TRACT FASHION & MODELS – Ce matin d’octobre, il fait chaud à Dakar. Le tintamarre dans la rue, attisé par moment de discussions à haute voix de gardiens s’égosillant à rompre leurs cordes vocales dans leur ambigu désir de se faire qualifier de plus exercés que les entraîneurs de football de grandes équipe européennes, ballonne notre attente. Parce que le jeune Blaya, avec qui on avait rendez-vous pour un entretien, tarde à venir. Heureusement, après un tour d’horloge happé dans les embouteillages entêtants de la circulation automobile de la capitale, il débarque dans une allure mesurée, le visage rutilant d’une fine sueur qu’il tente de faire disparaitre en se tamponnant le faciès de coups de mouchoirs. Grand de 1m92, le jeune homme est un bel athlète du mannequinat.
Son sourire évasé et regard discret veulent qu’on lui pardonne son retard. Abdoulaye Mactar Thioye, c’est son nom de baptême, tient à son rendez-vous, même s’il lui a fallu descendre du taxi, marcher sous la chaleur accablante pour nous parler de sa vie… Il est né à Dakar avec une enfance passée dans son quartier de Gibraltar. Et c’est là, tout petit, qu’on lui composa le surnom de Blaya, un cliquetis de son prénom Abdoulaye qui résonne jusqu’à aujourd’hui. Cadet de la famille, toujours scotché à grand-mère, le jeune garçon a fréquenté l’école jusqu’à l’université à la faculté des lettres, département anglais. Mais les nombreuses grèves lui ont ôté le goût de continuer à sillonner les couloirs du campus et il est parti s’inscrire dans un institut supérieur où il a trimé pour décrocher un parchemin en marketing et communication qui lui ouvre les portes de la société de téléphonie Orange. Mais, le jeune homme se trouve submergé par ce job très prenant qui l’empêche de vivre d’autre rêve. Il veut changer de cap… Et c’est le moment de prendre une bonne gorgée d’eau fraiche pour se détendre le physique raidi par la température, révélant qu’il fait un peu de musculation, mais cette sirotée est tout aussi réparatrice pour se remettre les idées en place.
«La plastique des femmes sénégalaises ne se retrouve nulle part ailleurs»
La liste est longue. Il a fait du chemin en quelques années, mais c’est surtout son sérieux et sa prestance qui l’ont imprégné de cette constance. Sans prétention ? De ses lèvres gonflées qui lui donne parfois le visage grave, il ressort encore de l’énergie pour nous dire que les gens lui reprochent parfois de se prendre trop la tête. «Je valorise, parce que pour moi, c’est un job le défilé. Le mannequin, sur la piste, le podium, doit impressionner. Oui, il doit valoriser l’habit ou la tenue qu’il porte», indique-t-il en se remettant droit sur sa chaise pour faire comprendre sa posture sur scène. Voilà pourquoi Blaya, qui préfère le port des costumes et autres mises classiques, ne veut pas faire d’amalgame dans ce métier. Il bavarde moins quand y a boulot, l’exécute et rentre chez lui. Avec un petit sourire, il se remémore la réflexion d’un homme du milieu. «Dans le mannequinat, le plus posé, le plus sujet à la concentration est celui qui réussit le mieux», révèle-t-il, les yeux pétillant de cette vérité qu’il a fait sienne. Son attitude d’homme taciturne fait que souvent, il se voit indexé comme une personne pas normale parce que trop calme dans l’ambiance agitée et festive d’une soirée de défilé de mode. «Mais, c’est ma nature. J’aime le mannequinat, par contre je n’aime pas fréquenter les lieux chics, et je n’aime pas changer d’amis. Je me comporte normalement», brandit-il comme pour s’excuser. Mais non, il veut juste dire qu’après son travail accompli, il préfère aller retrouver les siens. C’est avec eux qu’il se reprend pour partager autres choses. Par exemple son gout pour le port des costumes et autres mises classiques, le sport de salle et le basket, mais aussi son regard porté sur les femmes, les Sénégalaises, avec qui il entretient de très bons rapports.
Cheikh Tidiane Coly
