Tract Hebdo – C’est ce qu’on appelle un «
bold move ». Une manœuvre audacieuse, presque insolente, qui en dit long sur le changement de logiciel à l’Élysée. En choisissant, pour la première fois en plus d’un demi-siècle, une terre anglophone pour abriter le Sommet Afrique-France, Paris ne fait pas que bousculer le protocole : elle acte un divorce par consentement mutuel qui ne dit pas encore son nom.Bienvenue dans l’ère de «
l’AFrance ». Ce néologisme n’est pas qu’une boutade ; il symbolise le désengagement progressif, mais implacable, de l’ancienne métropole de son pré-carré subsaharien francophone.
Le « French bash » par le verbeSous l’impulsion d’un Emmanuel Macron toujours aussi
disruptif, la France semble vouloir gommer son héritage par la sémantique. Regardez bien les programmes de co-développement lancés ces dernières années :
Choose Africa,
Digital Africa, ou encore le récent
Inspire & Connect Afrique de l’Ouest (organisé en août 2025 à Dakar sous l’égide de Bpifrance).Tout est en anglais. Comme pour signifier que, pour parler au futur du continent, la langue de Molière est devenue un frein, et celle de Shakespeare, l’unique sésame. Un signal clair envoyé aux anciennes colonies : le privilège de la proximité linguistique et historique s’efface devant le pragmatisme des affaires.
Le grand saut monétaire : 2027 en ligne de mireMais au-delà des mots, c’est sur le terrain du portefeuille que la rupture sera la plus brutale. Selon mon analyse, ce désengagement français va se matérialiser d’ici fin
2027 par une décision historique : la fin de la garantie de libre convertibilité du Franc CFA et son arrimage fixe à l’Euro.
La France s’apprête à couper le cordon ombilical monétaire qui l’unit à ses ex-colonies.Le signal de départ viendra probablement de la zone
CEMAC. Déjà étranglée par des difficultés de taux de change sur le marché noir et une érosion de ses réserves, la zone Afrique Centrale est le maillon faible qui forcera le destin. Ce « décrochage » sera le premier domino d’une réaction en chaîne.
L’Éco ou le chaos ?
Pourquoi 2027 ? Parce que c’est l’année charnière, la date butoir fixée par les 15 pays de la CEDEAO — dont les géants Nigeria et Ghana, aux côtés des 8 pays de l’UEMOA — pour lancer l’
Éco.Bien que cette monnaie putative semble encore piégée dans les limbes des sommets ministériels et des critères de convergence jamais atteints, le calendrier politique de Paris et les impératifs de souveraineté africaine convergent vers ce point de non-retour. En 2027, la France ne voudra plus porter le fardeau politique du CFA, et l’Afrique ne pourra plus s’en contenter.En somme, entre « l’AFrance » et ses anciens partenaires, le « je t’aime moi non plus » monétaire touche à sa fin. Préparez-vous : le réveil économique sera souverain ou ne sera pas.
Le maillon faible : pourquoi la CEMAC sera le « patient zéro » du décrochageSi 2027 est la date butoir politique pour l’UEMOA (Afrique de l’Ouest) avec l’horizon de l’Éco, la
CEMAC (Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, RCA, Guinée Équatoriale) est, elle, poussée vers la sortie par des impératifs économiques urgents.
• L’asphyxie du marché noir :Contrairement à l’Afrique de l’Ouest, les pays de la zone CEMAC souffrent d’une décorrélation flagrante entre le taux officiel et la réalité du terrain. Le manque de devises étrangères pousse les opérateurs économiques vers un marché parallèle où le Franc CFA se déprécie déjà de fait.
• La fin de la garantie de convertibilité : En 2027, la France pourrait annoncer qu’elle ne garantit plus de manière illimitée la parité fixe avec l’Euro. Pour Paris, c’est une manière de se dédouaner des critiques de « néocolonialisme » tout en transférant la responsabilité de la gestion des réserves de change aux banques centrales africaines (BEAC et BCEAO).
La stratégie Bpifrance : Le ‘Soft Power’ par l’investissementL’événement
« Inspire & Connect » organisé à Dakar en août 2025 n’est pas qu’un simple forum d’affaires. C’est l’outil de transition de la France.
• D’une relation d’État à État (politique) :< La France se retire des engagements souverains lourds.
• Vers une relation de Business à Business (privée) : en utilisant l’anglais et des codes de « Tech Hub », Paris tente de séduire la nouvelle génération d’entrepreneurs africains qui n’a plus de complexe vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale.
L’Éco en 2027 : mirage ou réalité ?Le ralliement du Nigéria est la clé de voûte. Si la France lâche le CFA, elle force indirectement les pays de l’UEMOA à rejoindre le projet de monnaie commune de la CEDEAO. 2027 ne sera peut-être pas l’année de la circulation fiduciaire des billets « Éco » dans tous les pays, mais ce sera très probablement l’année de
l’officialisation du divorce avec le Trésor français.
L’analyse de fond :Ce n’est pas l’Afrique qui quitte la France, c’est la France qui, par réalisme économique et fatigue diplomatique, redessine les contours d’une relation où le Franc CFA est devenu un boulet politique trop lourd à porter.
Le verdict : L’heure du grand large
En résumé, l’acte de décès du Franc CFA ne sera pas signé dans une rue de Dakar ou d’Abidjan par un décret révolutionnaire, mais bien à Paris, par pur réalisme froid.En 2027, la France d’Emmanuel Macron — ou de son successeur — aura fini de pivoter vers « l’AFrance » : une relation décomplexée, anglophile, où le business remplace le tutorat monétaire.Pour les pays de la zone
CEMAC, le réveil sera brutal. Pour ceux de l’
UEMOA, l’appel de l’Éco deviendra une obligation de survie face au bloc nigérian. La France, en lâchant la garantie de convertibilité, ne nous « libère » pas par pure bonté d’âme ; elle dépose le bilan d’un système devenu un boulet diplomatique trop coûteux pour son image de « start-up nation » mondiale.Le message est limpide : le parapluie de Bercy se ferme. À nous, Africains, de décider si nous allons construire notre propre toit monétaire ou si nous allons continuer à courir après des acronymes de sommets en anglais.
2027 n’est plus une échéance technique, c’est notre rendez-vous avec le miroir.Ousseynou Nar Gueye, Fondateur de Tract Hebdo (www.tract.sn) et Président d’Option Nouvelles Générations – Woornë Niu Dokhal (mouvement d’engagement civique et de participation citoyenne)