‘Entre les promesses de l’or noir, la flambée du prix du riz et les drones qui nous surveillent même quand on rêve de thieboudienne… Tract Hebdo fait le point sur un pays qui veut décoller, mais qui cherche encore la piste d’atterrissage.’
Voici l’éditorial de votre édition du mercredi 7 janvier 2026. Un texte ciselé, entre conscience sociale et réalisme musclé, fidèle à l’ADN de Tract Hebdo.
Tract Hebdo – On nous l’avait promis comme le messie en baril, le remède miracle à tous nos maux, le sésame qui ouvrirait les portes d’un Dubaï sur les bords du fleuve Sénégal. En ce début d’année 2026, l’or noir est enfin là. On entend déjà le doux clapotis des revenus pétroliers dans les caisses de l’État. Mais pour le Sénégalais qui attend le bus de 6h dans la poussière des chantiers des JOJ, l’odeur du pétrole ressemble étrangement à celle de la sueur. Car si le brut remonte à la surface, les prix à la consommation, eux, ont déjà atteint la stratosphère sans attendre l’ascenseur.
C’est tout le paradoxe de notre « émergence » (Oups! Mot banni. Disons notre ‘Agenda Vision 2050 de Transformation Systémique’)) : nous sommes devenus un pays pétrolier avec des prix de pays importateur de diamants. À gauche, le gouvernement nous jure, la main sur le cœur et l’autre sur le décret, que les revenus seront « redistribués avec équité ». C’est charmant. On imagine déjà les cliniques rutilantes et les écoles climatisées. Mais en attendant, la seule chose que l’on redistribue vraiment pour le moment, ce sont les factures d’électricité et les taxes sur le tabac. C’est la magie de la macro-économie : les chiffres brillent dans les rapports du FMI pendant que les yeux des ménagères piquent en faisant le marché.
Alors, on nous demande de la patience. « C’est le temps des investissements structurants », disent les experts en cravate. À Tract Hebdo, on a une très bonne droite pour rappeler que si les fondations sont longues à bâtir, l’estomac du peuple, lui, n’a pas de fonction « pause ». On veut bien être les champions de la croissance, mais on aimerait éviter d’être les records du monde de la ceinture serrée. Le pétrole est une richesse nationale, pas un parfum de luxe qu’on ne peut sentir qu’à travers la vitre des ministères.
Damel Gueye
Tract Hebdo (www.tract.sn)


