Tract Hebdo– S’il y avait un prix Nobel de la survie judiciaire, Seydina Fall, alias Bougazelli, ne serait pas seulement nommé, il serait président du jury à vie. Ce jeudi 8 janvier 2026, l’ancien député de Guédiawaye fait encore les choux gras de la presse après de nouvelles révélations sur des histoires de « loyers fantômes » dans la banlieue dakaroise. À Tract Hebdo, on se demande si l’homme n’a pas trouvé le secret de l’élixir d’invincibilité, ou s’il possède simplement un abonnement illimité à la case « Sortie de prison gratuite » du Monopoly national.
Souvenez-vous, l’homme était déjà entré dans la légende avec l’affaire des faux billets où, selon la rumeur populaire, les liasses s’étaient transformées en papier journal par la seule force de sa volonté (ou d’un tour de magie non répertorié). Aujourd’hui, il revient sous les projecteurs pour des litiges fonciers et immobiliers qui feraient passer un labyrinthe grec pour une ligne droite. On parle de locataires qui paient mais n’habitent pas, et de maisons qui existent sur le papier mais s’évaporent dès qu’un huissier pointe son nez.
À gauche, notre fibre sociale s’insurge : comment, dans un pays où se loger coûte plus cher que d’envoyer un satellite en orbite, peut-on encore jouer avec le toit des citoyens ? Avec notre droite, on s’incline devant la performance technique : Bougazelli est le seul homme capable d’être cité dans dix dossiers brûlants et de ressortir du tribunal avec le sourire de celui qui vient de gagner un panier garni. À Guédiawaye, on commence sérieusement à croire qu’il ne marche pas sur le sol comme nous, mais qu’il flotte sur un nuage d’immunité certifié ISO 9001.
Pendant que le petit voleur de portable à la sauvette de la gare de Cyrnos prend six mois ferme sans passer par la case départ, les ténors de la politique locale semblent bénéficier d’une justice « Wi-Fi » : sans fil et avec beaucoup de déconnexions dès que ça devient sérieux. Le « Projet » de rupture nous avait promis la fin de l’impunité, mais face à Bougazelli, même la justice semble hésiter, comme si elle craignait que le dossier ne se transforme en confettis entre les mains du juge.
Le cas Bougazelli est le thermomètre de notre État de droit : tant qu’il sera au-dessus des lois, les lois seront en dessous de tout. On attend de voir si, cette fois-ci, la justice va enfin mordre ou si elle va se contenter de japper poliment avant de retourner dans sa niche. En attendant, les habitants de Guédiawaye scrutent leurs quittances de loyer avec suspicion, se demandant si leur mur ne va pas disparaître demain matin au profit d’un nouveau miracle immobilier.
Dibor Faye
Tract Hebdo
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