Tract Hebdo -Le rêve américain vient de prendre un sacré coup de clim. Ce jeudi 8 janvier 2026, l’ambassade des États-Unis à Dakar a confirmé l’extension du programme de « caution pour visa » au Sénégal. Désormais, pour espérer fouler le sol de la bannière étoilée, certains demandeurs devront déposer une caution pouvant grimper jusqu’à 15 000 dollars (soit environ 9 millions de FCFA). À ce prix-là, on n’achète plus un billet d’avion, on finance une partie de la campagne électorale de Donald Trump, qui semble avoir transformé le Département d’État en une succursale de casino de Las Vegas.
Washington justifie cette mesure par la lutte contre le « visa overstay », ce sport national qui consiste à oublier de reprendre l’avion une fois le séjour expiré. Pour l’administration américaine, le Sénégalais moyen est un fugitif en puissance qui ne demande qu’à s’évaporer dans les rues du Bronx. Résultat : on demande une garantie financière qui équivaut à dix ans de salaire d’un enseignant moyen. C’est une manière très civilisée de dire : « Si vous n’êtes pas millionnaire, votre curiosité pour la Statue de la Liberté s’arrête à la porte de l’ambassade des Almadies ».
Le mécanisme est d’une simplicité diabolique : vous passez votre entretien, et le consul, après avoir scruté vos chaussures et votre compte en banque, décide si vous êtes un risque à 5 000, 10 000 ou 15 000 dollars. C’est le « juste prix », mais version cauchemar. À gauche, on dénonce une discrimination par l’argent qui bafoue la dignité humaine ; avec notre droite, on se demande si le Sénégal ne devrait pas demander une caution de 20 000 dollars à tout Américain qui vient chez nous pour « chercher ses racines » ou manger du riz au poisson.
La pilule est d’autant plus amère que le Mondial 2026 approche. Les supporters des Lions qui espéraient aller pousser le « Gaïndé » aux États-Unis vont devoir choisir entre payer leur loyer pour les trois prochaines années ou aller voir Sadio Mané dribbler sur une pelouse du New Jersey. À moins de gagner au loto ou de vendre un rein sur le marché noir, le supporter sénégalais devra se contenter de l’écran plat du quartier, ce qui est finalement beaucoup plus sûr pour son épargne.
L’ironie du sort, c’est que cette caution est censée être remboursée si vous revenez à temps. On imagine déjà les scènes de liesse à l’aéroport Blaise Diagne, non pas pour les retrouvailles familiales, mais pour la récupération du chèque de caution. « Maman, je suis rentré ! — On s’en fiche de ta valise, où est le reçu de la banque ? ». Le voyageur devient un otage financier volontaire, un explorateur sous caution judiciaire internationale.
Pendant ce temps, les autorités sénégalaises tentent de négocier. Mais que négocier face à un Oncle Sam qui a décidé que la liberté avait un prix, et que ce prix est indexé sur la peur migratoire ? C’est la fin de l’époque où l’on partait chercher fortune ; maintenant, il faut déjà être fortuné pour avoir le droit de partir chercher quoi que ce soit. On attend avec impatience la prochaine étape : un péage à l’entrée de l’espace aérien américain ?
En définitive, le message est clair : l’Amérique reste une terre d’accueil, mais seulement si vous laissez vos économies à la consigne. Pour les autres, il reste Google Maps et les films de Hollywood. C’est moins cher, et ça ne demande pas d’hypothèque sur la maison de la grand-mère à Louga.
Damel Gueye
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