
Tract Hebdo –(L’ET DIT TÔT – par Ousseynou Nar Gueye) – Nous y voilà. Lundi 12 janvier 2026. Le Sénégal se réveille d’un week-end riche en promesses et en paradoxes. Avec des Lions de la Téranga, à la CAN Maroc 2025, qui iront en demi-finale mercredi prochain contre notre ‘bon client’ qu’est l’Égypte (que nous avons battu deux fois lors de confrontations à enjeu footballistique déterminant, ce qui est un motif justifié pour un espoir de voir nos Lions arriver en finale de CAN et soulever la Coupe, kaar kaar… ) et Gaïndés qui réenchantent le récit national d’un rêve de victoire collective et de gloire partagée.
Par ailleurs, on nous chante, sur tous les tons, le nouveau Sénégal souverainiste et panafricaniste de gauche, et rétif à restructurer toute dette nationale, cachée ou pas cachée, et refusant derechef de répondre aux diktats de ces (présumés) ‘mondialistes cosmopolites et dévoyés’ du FMI !
On nous montre des trains rapides hérités, des autoponts tout aussi hérités et de prometteurs (?) sommets diplomatiques dans les Émirats et autres pétro-monarchies, où l’on s’embrasse en costume à col Mao ou en boubous indonésiens avec chapeau africain.
C’est beau, c’est propre, ça brille sous le soleil de janvier et cela nous laisse espérer qu’on s’en sortira sans le FMI en 2026, et pas seulement en empruntant sur le marché financier régional de l’UEMOA pour payer la solde des fonctionnaires; mais en obtenant aussi des giga-financements pour les investissements, les infrastructures, la mobilité urbaine et inter-urbaine, et l’appui au développement continu d’un secteur privé fort fait de PME et d’industries devenant de vrais champions économiques nationaux et allant à l’assaut des marchés des pays limitrophes et plus lointains, autant dans la CEDEAO que dans l’UEMOA, et pourquoi pas au-delà. Des PME et industries sénégalaises appuyées pour transformer localement tous nos produits bruts afin d’en extraire la véritable valeur ajoutée financière qui peut être exponentielle. Des PME et industries qui créent des marques et labels distinctifs, gages de qualité, qui là aussi, nous permettront des gains de productivité et un vrai choc d’industrialisation.
Disons-le tout net : cela passera déjà par l’apurement total de la dette intérieure que notre État doit à son secteur privé national.
A Tract Hebdo, on a cette fâcheuse habitude – héritée de notre « très bonne droite » – de regarder sous le tapis. Et ce qu’on y voit, c’est une gauche souverainiste panafricaniste au pouvoir d’État (que nous soutenons) qui semble s’essouffler un peu à mettre en place un mix de social et de ‘développemental’ véritable et efficace, dans ce qui reste, à nos yeux, une grande foire du néolibéralisme tropicalisé, qu’on peinera à arriver à remplacer par une imposition fiscale généralisée à coups de 1% sur les achats de miches de pains.
Avant 2024, on a construit des infrastructures pour le futur, mais avec quel argent ? Celui de nos enfants qui, pour l’instant, apprennent encore dans des abris provisoires quand le vent souffle trop fort. Il faut bien assumer le passif fiscal, budgétaire et d’endettement de Macky Sall. Mais il faut aussi apporter les actifs de ‘Diomaye mooy Sonko’ (ou de ‘Diomaye nekkatoul Sonko’ ?), et nous construire les propres projets et infrastructures de ce premier mandat, ce ‘Diomayat’ du nouveau régime, qui n’est plus tout neuf.
Car, dans deux mois, en mars 2026, on en sera à mi-mandat pour le Président Bassirou Diomaye Faye, l’année 2028 qui est une année de campagne électorale permanente et électrisée ne pouvant être prise en compte dans le décompte du mandat présidentiel actuel.
Le Sénégal rebrandé et relifté, n’est pas seulement séduire l’investisseur étranger. Le nirvana terrestre sénégalais, c’est quand le citoyen de Keur Mbaye Fall peut prendre le TER sans sacrifier son repas du soir. C’est quand l’agriculteur de Casamance peut écouler sa production sans voir ses fruits pourrir sur le bord d’une route nationale flambant neuve mais trop chère pour les transporteurs.
On nous dit que le Sénégal est sur la rampe de lancement. Très bien. Mais ne roulez pas encore trop longtemps sur le tarmac avant de décoller., Messieurs les gouvernants. Par ailleurs, vous le savez, un décollage réussi demandera que tout l’équipage ‘pastefisé’ reste à bord, mais également tous les passagers que nous sommes, et pas seulement ceux qui sont en première classe et qui (même-eux !) n’ont déjà plus droit au wi-fi gratuit à bord.
L’édito (et dit tôt !) de ce matin est un appel à rester en éveil avec tous nos sens, pour tous ceux qui sont, comme on dit, ‘aux affaires’. En responsabilité de gérer ce pays et d’en infléchir positivement la trajectoire économique et de développement durable et inclusif.
L’Agenda de Transformation systémique Vision Sénégal 2050 ne doit pas être un spectacle d’endogénéité et d’authenticité africaine en tout pour les yeux scrutateurs du reste du monde et avec des taxes nouvelles pour tout le populo, y compris sur les achats de gigabits de connexions Internet (Messieurs les gouvernants, l’accès à Internet, à Facebook, à Tik Tok et à Instagram fait désormais partie des Droits de l’Homme !), mais elle doit être un bol de midi plein et ‘poissonneux’ pour tous les estomacs de chez nous, avec des variations régulières au dîner vers le poulet vermicelle ou le ragoût de viande au pain.
Alors oui, soyons souverains. Soyons fiers. Mais restons impertinents. Car au pays de la Téranga, la plus grande richesse ne sera jamais le pétrole ou le gaz qui dort sous nos côtes, mais la capacité de ce peuple à toujours demander des comptes avec le sourire, tout en préparant le meilleur Tièp du monde. Un Tièp où, dorénavant et pour longtemps (et fissa!), tout le monde aura droit au thiof, au beuggeudj, au soouul, au khoogne et au mathiaate : composition heureuse du plat national, tel que ne manque jamais de le souligner notre ami négropolitain et ‘hermano de siempre’, l’écrivain et journaliste Elgas.
Les Seckènes et les Diawènes, je vous pardonne par avance : vous pourrez manger en premier.
Ousseynou Nar Gueye
Fondateur de Tract Hebdo
Journaliste et communicant

