
Tract Hebdo – Le gouvernement Sonko II vient de nous livrer sa feuille de route pour l’année 2026, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’optimisme ne connaît pas la crise au sommet de l’État.
Avec une liste de 44 projets dits « prioritaires », allant de la construction d’universités ultra-connectées dans des villages qui attendent encore le forage, à la numérisation intégrale de l’administration (pour que vos dossiers se perdent désormais en 5G), le catalogue ressemble à s’y méprendre à une lettre au Père Noël rédigée par un syndicaliste en pleine euphorie post-grève. Le montant total ? 633 milliards de francs CFA. Une paille, si l’on considère que cet argent est censé apparaître par la magie de la « souveraineté retrouvée ».
Le grand mot d’ordre pour financer cette épopée budgétaire est la fameuse « réduction du train de vie de l’État ». On nous l’annonce à chaque changement de régime comme le Messie mu sèlleu mi, mais le Messie mu sèlleu mi, semble toujours bloqué dans les embouteillages de la VDN alias boulevard Aliou Ardo Sow.
On attend avec une impatience non feinte de voir si les 4×4 rutilants, ces paquebots des sables qui consomment plus de carburant qu’un petit pays d’Europe centrale, seront enfin troqués contre des vélos pliables ou, soyons fous, des abonnements au BRT pour nos chers ministres.
À Tract Hebdo, notre flair légendaire nous murmure toutefois que la « réduction du train de vie » risque fort de commencer, comme d’habitude, par la base. On parie déjà sur la suppression de la climatisation dans les salles d’attente des dispensaires de la banlieue dakaroise ou sur le remplacement du café des fonctionnaires subalternes de Kaolack; Ziguinchor et autres Kédougou par une infusion de feuilles de nebeday « certifiée patriotique ».
Le plus croustillant reste l’arbitrage de ces 44 projets. On y parle d’autosuffisance alimentaire alors que le prix de l’oignon continue de grimper plus vite que la cote de popularité d’un attaquant des Lions de la Téranga.
On y évoque la « santé pour tous » tout en demandant aux patients d’apporter leurs propres draps et, si possible, leur propre interne en médecine. C’est la stratégie de la « Rupture systémique » : on rompt avec le bon sens pour épouser le lyrisme budgétaire. On nous promet des autoroutes de l’information alors que le citoyen lambda cherche surtout une piste carrossable pour évacuer ses récoltes.
Certes, l’intention est noble. Qui ne voudrait pas d’un Sénégal où chaque projet est une brique vers l’émergence (pardon, vers la « Souveraineté », le mot « Émergence » étant devenu tabou depuis 2024) ? Mais entre les lignes de ce budget pharaonique, on sent poindre l’ombre de la « bonne droite » de notre journal : celle qui sait que l’argent ne tombe pas du ciel, même si le ciel est aux couleurs arc-en-ciel de notre drapeau vert, jaune, rouge.
Pour financer ces 633 milliards sans étrangler le contribuable qui tire déjà la langue, il faudra plus que des discours enflammés au Grand Théâtre National Doudou Ndiaye (qui voit la vie en…) Rose :
Il faudra de la rigueur, de la vraie. Pas celle qui consiste à supprimer les biscuits, jus d’orange pressée et petits fours lors des séminaires, mais celle qui s’attaque aux privilèges en béton armé des nouveaux princes de la République.
En attendant, les 44 projets trônent sur les bureaux ministériels comme des trophées de chasse avant même que la chasse ait commencé.
On nous annonce un « Sénégal 2050 » qui commence demain matin à 8 heures précises. Espérons simplement que le réveil ne sera pas trop brutal pour le Trésor public, car à force de tirer sur la corde de la réduction du train de vie, on risque de finir par marcher à pied vers l’émergence… euh, vers la souveraineté.
Damel Gueye
Tract Hebdo
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