Tract – La Coupe d’Afrique des Nations qui vient de s’achever au Maroc restera comme l’une des éditions les plus marquantes de l’histoire récente du football africain. Bien au-delà du simple résultat sportif, cette CAN a été le reflet des ambitions du continent, de ses progrès, mais aussi de ses défis persistants. Elle a montré que le football africain est capable du meilleur, tout en rappelant l’urgence de certaines réformes.
Une organisation et des infrastructures qui subliment le football
Le premier enseignement positif de cette CAN concerne sans conteste les infrastructures. Le Maroc a mis à disposition des stades modernes, bien équipés et parfaitement entretenus. Mais ce sont surtout les pelouses de très grande qualité qui ont marqué les esprits.
Grâce à ces surfaces impeccables, les joueurs ont pu s’exprimer pleinement. Le jeu a gagné en fluidité, en intensité et en qualité technique. Cette CAN a offert de belles séquences de football, rappelant que le talent africain n’a besoin que de bonnes conditions pour briller au plus haut niveau.
Transports et accueil : un savoir-faire confirmé
L’organisation logistique a également été un point fort du tournoi. Les transports ont facilité les déplacements des équipes, des officiels et des supporters entre les villes hôtes. Cette fluidité a contribué à maintenir une atmosphère sereine et festive.
Sur le plan de l’hébergement, le Maroc a démontré sa capacité à accueillir un événement continental majeur. Les hôtels et infrastructures touristiques ont répondu aux exigences des délégations, des médias et des supporters, renforçant l’image d’un pays prêt pour les grandes compétitions internationales.
Des stades vivants, des symboles humains forts
Au-delà des installations, cette CAN restera aussi marquée par des images fortes dans les tribunes. Le supporter congolais Michel Kula Molabinga, surnommé “Lumumba”, resté immobile – plusieurs fois – pendant 90 minutes, a incarné à lui seul la profondeur symbolique du football africain : une passion silencieuse, intense, presque militante.
Ces moments rappellent que le football en Afrique dépasse le simple divertissement. Il touche à l’identité, à la mémoire collective et à l’engagement des peuples.
La beauté du jeu africain mise en lumière
Sur le terrain, cette CAN a offert des gestes de grande classe. Parmi eux, le but du jeune Algérien Adil Boulbinaa contre le Congo en quart de finale restera comme l’un des plus beaux du tournoi.
Contrôle précis, lecture intelligente du jeu, enchaînement rapide et frappe parfaitement maîtrisée : ce but illustre la richesse technique et le potentiel de la nouvelle génération africaine, sublimés par des conditions de jeu optimales.
Quand le football rapproche les nations
Cette compétition a également mis en lumière des relations fraternelles entre certaines sélections, notamment entre le Sénégal et le Maroc. Une relation marquée par le respect, la coopération et l’amitié, qui dépasse largement le cadre du football et rappelle que le sport peut être un véritable pont entre les peuples.
Une CAN réussie, mais des manquements préoccupants
Malgré ces nombreux points positifs, cette CAN n’a pas été exempte de critiques. La question de l’arbitrage a été au cœur des débats, avec plusieurs décisions jugées discutables : pénaltys non sifflés, fautes ignorées et une VAR parfois défaillante dans des moments clés.
À cela se sont ajoutés des problèmes logistiques, notamment pour la sélection sénégalaise : arrivée à la gare de Rabat sans escorte de sécurité, difficultés liées à l’hôtel et conditions du terrain d’entraînement. L’accumulation de ces incidents a nourri un sentiment d’injustice et renforcé, chez une partie de l’opinion, l’idée que le Maroc aurait été favorisé.
Une finale sous tension extrême
La finale entre le Maroc et le Sénégal a cristallisé toutes ces tensions. Le Sénégal a estimé que certaines décisions arbitrales n’étaient pas justes. Dans un geste fort et inhabituel, le sélectionneur sénégalais a demandé à ses joueurs de quitter temporairement la pelouse.
Si cette décision n’est pas conventionnelle, elle peut être interprétée comme un moyen de faire pression, de casser la dynamique marocaine, jusque-là favorable. Une stratégie risquée, mais qui a fonctionné pour le Sénégal.
Malheureusement, ces tensions ont donné lieu à des images regrettables : tentative d’envahissement du terrain par des supporters sénégalais, et gestes provocateurs de certains ramasseurs de balle cherchant à récupérer la serviette du gardien sénégalais tenue par son remplaçant.
Dans ce contexte électrique, Sadio Mané a incarné le leadership et la responsabilité, en demandant à ses coéquipiers de revenir sur la pelouse afin que le football reprenne ses droits.
Redorer l’image du football africain : des solutions urgentes
Ces épisodes rappellent une évidence : il est temps que la CAF apporte des solutions définitives pour protéger l’image du football africain.
D’abord, la professionnalisation de l’arbitrage est indispensable. Cela passe par une formation continue de haut niveau, une VAR fiable et systématiquement opérationnelle, ainsi qu’une communication transparente sur les décisions controversées.
Ensuite, il est essentiel de garantir une indépendance totale entre l’organisation locale et l’arbitrage, afin d’éviter toute suspicion de favoritisme.
La CAF doit également veiller à une égalité stricte de traitement des équipes, notamment en matière de sécurité, d’hébergement et de terrains d’entraînement, avec des contrôles réguliers et rigoureux.
Enfin, une meilleure gestion des crises et une responsabilisation de tous les acteurs — joueurs, entraîneurs, dirigeants et supporters — sont nécessaires pour préserver l’esprit du jeu et le respect des règles.
Un tournant à ne pas manquer
Cette Coupe d’Afrique des Nations au Maroc a prouvé que le football africain est capable d’excellence. Mais elle a aussi montré que le continent se trouve à un tournant décisif. Les progrès réalisés doivent désormais s’accompagner de réformes profondes et durables.
Plus qu’un jeu, cette CAN a été un miroir de l’Afrique : ambitieuse, talentueuse, passionnée, mais encore perfectible. À la CAF de transformer ces leçons en actions concrètes pour faire entrer définitivement le football africain dans une nouvelle ère.

Bassirou Sakho
Conseiller sportif et consultant
Professeur d’anglais à La Sorbonne au département de Sport STAPS
Bachir.sakho@gmail.com


