Ce jeudi 22 janvier, défilé de robes pour la Rentrée des Cours et Tribunaux à Dakar : la Justice en habits neufs ?

Bon ben, du moment ou c'est Yassine 'Gros Calibre' Fall qui est au ministère de la Justice, on est tous (presque) rassurés....Car quand même : il y a 10 jours, elle parlait de choses aussi importantes que d'images pornographiques sur un téléphone de détenu alité... Comme Farba, on en est un peu fourbus des escalades syntaxiques de Madame la Ministre.

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Tract Hebdo – Ce jeudi, Dakar a des airs de défilé de haute couture, mais version palais de justice. C’est la rentrée solennelle des Cours et Tribunaux. Pour l’occasion, tout le monde a sorti sa plus belle hermine, les toges sont repassées de frais et les discours sont plus lisses que la peau d’un tambour neuf. Le thème de cette année : « Justice et protection des droits ». C’est un titre magnifique, presque poétique, qui ferait un excellent sujet de dissertation pour un étudiant en première année de droit ou un refrain de chanson engagée. Mais à Tract Hebdo, on a le défaut d’avoir de la mémoire, et surtout, d’avoir une « très bonne droite » qui n’aime pas qu’on lui raconte des histoires à dormir debout avant la sieste.

On nous promet, pour la millième fois, une justice « indépendante ». À entendre les orateurs, la justice sénégalaise serait désormais si autonome qu’elle n’aurait même plus besoin de l’avis du Garde des Sceaux pour décider du menu de la cantine. On attend de voir si cette indépendance est réelle ou si elle est aussi relative que notre envie de faire la sieste après un thieb bien gras un vendredi après-midi. Car, entre la théorie des manuels et la pratique des couloirs du palais, il y a souvent un fossé que même un saut d’athlète olympique ne pourrait franchir. On espère surtout que cette année, la célèbre balance de la justice sera un peu plus précise qu’une balance de vendeur de riz au détail dans un marché de quartier, où le poids varie étrangement selon la tête du client ou l’épaisseur de son portefeuille.

La « gauche » de notre rédaction, toujours prompte à défendre le veuf et l’orphelin, salue l’intention de protéger les droits. C’est beau, c’est noble, c’est presque révolutionnaire ! Mais on se demande de quels droits on parle. S’agit-il du droit du citoyen lambda à ne pas attendre dix ans pour un jugement de divorce, ou du droit des puissants à voir leurs dossiers s’égarer « accidentellement » dans les tiroirs d’un bureau sans fenêtre ? Parce que, jusqu’ici, la protection des droits ressemble parfois à un buffet VIP : tout le monde est invité sur l’affiche, mais seuls quelques privilégiés ont accès aux couverts en argent.

Quant à notre « très bonne droite », elle s’inquiète du coût de cette solennité. Toutes ces hermines, ces tapis rouges et ces petits fours ont un prix. Si l’on pouvait transformer chaque discours ronflant en un nouveau tribunal de proximité ou en une pile de papier pour les greffiers qui travaillent encore sur des cahiers d’écolier, le pays ferait un bond de géant. La justice, c’est le socle de l’économie, nous dit-on. Certes. Mais un socle qui vacille dès qu’un vent politique souffle un peu trop fort, c’est moins un socle qu’un château de cartes.

En cette journée de rentrée, les magistrats se jurent fidélité à la loi. C’est touchant. On aimerait juste que cette fidélité ne soit pas une « relation libre » où l’on s’accorde des petits écarts selon les circonstances ou les appels téléphoniques nocturnes. La justice ne doit pas être un spectacle de gala où l’on brille une fois par an avant de retourner dans l’ombre des lenteurs administratives et des décisions sibyllines. On veut une justice qui n’a pas besoin de loupe pour voir le citoyen, et qui n’a pas besoin de calculette pour peser les arguments.

Alors, messieurs les juges, rangez vos plus beaux atours après la cérémonie et mettez-vous au travail. Le peuple n’attend pas des poèmes en latin, il attend des actes en wolof, en sérère ou en diola, qui lui prouvent que la loi est la même pour celui qui conduit une limousine que pour celui qui pousse un carrosse. À Tract Hebdo, on garde l’œil ouvert, et on a la main lourde sur la plume. Parce qu’une justice qui dort, c’est une démocratie qui ronfle.

Damel Gueye

Tract

www.tract.sn

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