Tract – Dans le cadre de la revalorisation et de la sauvegarde de la culture mandingue, notamment du Kankourang, le Comité d’initiative national pour la sauvegarde et la promotion des valeurs culturelles mandingues a été reçu en audience, ce vendredi soir, par le Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, chargé de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique.
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de concertation engagée depuis plusieurs semaines entre l’État du Sénégal et les représentants de la communauté mandingue, autour d’un enjeu central : la protection du Kankourang, pilier de l’identité culturelle mandingue et patrimoine culturel immatériel inscrit à l’UNESCO.
« Le Kankourang n’est pas un folklore »
Prenant la parole au nom du comité, le professeur Balla Moussa Daffé, ancien ministre, ancien député, ancien maire de Sédhiou et professeur d’université à la retraite, a rappelé avec gravité l’objectif fondamental de la démarche :
« Le premier objectif que nous nous assignons est la protection et la sauvegarde du Kankourang. Nous assistons aujourd’hui à une banalisation dangereuse de ce qui constitue le pilier de la culture mandingue. »
Selon lui, l’urbanisation et le cosmopolitisme ont progressivement transformé le Kankourang en un objet de divertissement, voire de commercialisation, en rupture totale avec son caractère sacré.
« Le Kankourang est un mythe sacré, pas un objet d’amusement ni de djambadon. Il sort dans des circonstances exceptionnelles, selon une périodicité bien définie. »
Le professeur Daffé a également dénoncé certaines dérives, notamment l’exposition d’enfants en bas âge dans le bois sacré ou la confusion entre circoncision et initiation, appelant à une réappropriation rigoureuse des règles traditionnelles.
Vers une structuration nationale de la communauté mandingue
Pour sa part, Séni Mandjang, maire de la commune de Marsassoum et membre du comité d’initiative, a souligné que cette audience constituait une étape technique importante, faisant suite à une première rencontre avec le ministre de la Culture.
« Il s’agit maintenant de travailler en profondeur avec l’État sur les statuts, les règlements intérieurs et le fonctionnement des futures instances. »
Parmi les projets structurants figurent la mise en place de la Haute Autorité des Milieux Mandingues Organisés (HAMU) et la création d’une Fédération nationale des communautés mandingues. Une approche transversale est également envisagée, impliquant plusieurs départements ministériels, notamment l’Intérieur, les Forces armées, l’Éducation nationale et les Affaires étrangères.
Des rendez-vous décisifs annoncés
Le calendrier est déjà bien défini. Une rencontre technique à Kabendou, prévue le 14 février, permettra de valider les textes fondamentaux et de statuer sur les questions sensibles liées à la gestion du Kankourang. Ces travaux déboucheront sur les Assises nationales du Mandingue, annoncées pour le mois d’avril à Mbour.
Ces assises devraient réunir des figures emblématiques de la communauté mandingue, dont Sadio Mané, cité en exemple pour incarner les valeurs issues de l’éducation reçue dans le bois sacré.
L’État rassure et s’engage
Intervenant également, Mamadou Aïdara Diop, secrétaire général de la collectivité mandingue de Mbour, a salué l’écoute et la disponibilité du Secrétariat d’État.
« Le ministère a été très attentif à nos préoccupations et nous a donné des garanties qui nous permettent d’espérer une organisation conforme aux lois, tout en préservant le caractère sacré du Kankourang. »
L’audience a ainsi confirmé la volonté de l’État d’accompagner la communauté mandingue dans la sacralisation, la régulation et la transmission intergénérationnelle de ce patrimoine unique, y compris dans des événements d’envergure nationale comme les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), où la dimension culturelle devra pleinement trouver sa place.

Kémo DAFFÉ
Journaliste


