Tract Hebdo – Pendant que les claviers sénégalais et marocains fument encore sur les réseaux sociaux, menaçant de provoquer une surchauffe généralisée des serveurs de la Silicon Valley, le Premier ministre Ousmane Sonko a posé le pied sur le tarmac de Rabat ce lundi 26 janvier au matin. Officiellement, il vient pour la 15ème Grande Commission mixte Sénégal-Maroc. Officieusement, il vient surtout vérifier que l’amitié entre les deux peuples est plus solide qu’une défense centrale marocaine à la 90ème minute.
Entre phosphate et fair-play
Sur le papier, l’agenda est d’une austérité à faire dormir un comptable de la Banque Mondiale : économie numérique, souveraineté alimentaire, et surtout, le précieux phosphate. Le Sénégal veut des engrais pour ses champs de mil, et le Maroc en a à revendre. Mais dans les couloirs du Palais des Hôtes, l’ambiance est aussi tendue qu’une séance de tirs au but. Le protocole marocain a dû recevoir des consignes strictes : « Interdiction formelle de prononcer les mots ‘penalty’, ‘arbitre’ ou ‘VAR’ en présence de la délégation dakaroise ».
Un conseiller sénégalais, aperçu en train de dissimuler maladroitement un maillot des Lions sous son costume de chez l’artisan tailleur, aurait glissé à son homologue chérifien : « Écoute, mon frère, on est venus pour le phosphate, pas pour la VAR. Gardez vos ralentis, on garde la Coupe, et tout le monde est content, non ? »
La diplomatie du couscous contre le celle du thieb
Le véritable défi de cette visite ne réside pas dans les accords commerciaux de plusieurs milliards, mais dans la gestion des ego sportifs. Imaginez la scène lors du dîner officiel : entre le thé à la menthe et un tajine aux pruneaux, le silence devient pesant. On n’ose pas demander « Comment s’est passé votre voyage ? », de peur que la réponse ne soit : « Plus fluide que votre défense sur l’aile droite ».
La diplomatie, c’est cet art sublime de serrer la main de celui à qui on a « emprunté » le trophée continental une semaine plus tôt, tout en discutant avec un sérieux olympien de la coopération décentralisée. Sonko le prophète en son pays, en maître des jeux politiciens contorsionnistes mais fermes, sait qu’une tonne d’engrais vaut bien quelques sifflets dans les stades, mais l’histoire ne dit pas s’il a réussi à ne pas sourire en passant devant la vitrine (vide) du musée de la Fédération Royale Marocaine de Football.
Le spectre de la 90ème minute
Alors que les ministres signent des mémorandums d’entente à tour de bras sur le transport et l’énergie, les experts en géopolitique se demandent si le Sénégal ne devrait pas inclure une clause « clémence arbitrale » dans ses futurs traités internationaux. « Si vous nous donnez des tarifs préférentiels sur les engrais au phosphate, on vous promet de ne pas célébrer trop fort la prochaine fois », aurait pu être la proposition la plus honnête de la semaine.
En attendant, Ousmane Sonko joue la carte de la « souveraineté partagée ». Comprenez : le Maroc garde le leadership sur le phosphate, et le Sénégal garde le leadership sur le ballon rond. Un échange de bons procédés qui prouve que dans le « Sénégal nouveau de rupture systémique », on sait quand même faire la part des choses entre le développement agricole et la passion du cuir. Mais attention, au retour à Dakar, il faudra expliquer aux supporters que le phosphate marocain ne servira pas à fertiliser les pelouses pour que les Lions courent encore plus vite… Quoi que ?
Damel Gueye
Tract Hebdo
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