[Tract] Les méga-téra-embouteillages de Dakar : klaxons en tam-tams et nerfs en fils de fer !

In a kakataar car in Dakar...is it a crash test ? Kaar kaar

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Tract Hebdo – Ah, Dakar ! Ndakarou et ses Nitt Ndiaye, Ndakarou et ses Doff Diop ! Ses plages ensoleillées, sa téranga légendaire, ses odeurs de thiéboudienne, de mafé et de soupoukandia… et ses embouteillages, un spectacle si grandiose qu’il mériterait sa propre catégorie aux Oscars ! Avec son gaz carbonique, ses fumées noires et ses odeurs de gazole. Chaque début de semaine qu’Allah fait, et jusqu’au samedi (les dimanches, c’est répit : tout le monde récupère de ses efforts…), notre capitale crée en 1857 prouve qu’elle est la championne incontestée du « stop-and-go » à l’échelle planétaire. On suppute même que les embouteillages dakarois sont si épiques qu’ils servent de banc d’essai pour les systèmes de freinage des plus grands constructeurs automobiles mondiaux. « Si ça tient à Dakar, ça tiendra partout ! » C’est leur nouveau slogan, paraît-il.

Imaginez la scène : lundi matin, 8h. Le soleil darde ses rayons sur une ville qui s’éveille… enfin, qui essaie. Car entre le point A et le point B,le Point E et Pikine, il y a un océan de tôle, de sueur et de patience égarée. Les automobilistes, véritables stoïciens des temps modernes, transforment leurs habitacles en temples de méditation forcée. Certains ont même développé des techniques de respiration yogique pour éviter l’implosion veineuse. On a aperçu un chauffeur de taxi (un Yango ou un Yassir ?) réciter des poèmes de Léopold Sédar Senghor pour se calmer (‘Ô femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est beauté »…mais on s’égare!), tandis qu’un autre tentait d’apprendre le tachahoud avec une applic’tion mobile, faute de mieux.

Les embouteillages à Dakar, ce n’est pas seulement un problème de circulation, c’est une expérience sociologique unique. C’est là que l’on observe la véritable nature humaine, entre l’ingéniosité du vendeur ambulant qui propose des chargeurs solaires et des cacahuètes grillées, et la fureur du cadre supérieur dont la chemise est déjà froissée avant même d’arriver au bureau. C’est aussi l’occasion de tester la solidité des amitiés, car partager une heure et demie de klaxons et de pots d’échappement, ça soude ou ça brise à jamais.

Les autorités, elles, semblent jouer à un jeu de cache-cache avec le problème. Chaque nouvelle route, chaque autopont, chaque giratoire est annoncé comme la solution miracle, le messie du fluide routier. Mais invariablement, le serpent de métal se reforme, plus long et plus patient que jamais. On se demande parfois si les ingénieurs ne cachent pas un générateur d’embouteillages pour maintenir une certaine « ambiance » locale. Après tout, sans embouteillages, Dakar ne serait plus tout à fait Dakar, n’est-ce pas ? Il manquerait ce petit quelque chose, cette saveur particulière qui fait qu’on aime la détester… et qu’on ne peut s’empêcher de revenir. C’est comme ce pont à l’entrée de Keur Massar fait dans le mauvais sens, pour desservir Malika et Mbeubeuss sans trafic, au lieu d’aller vers les tréfonds de Keur MAssar noirs de monde, d’habitations et de nouvelles cités…

Alors, la prochaine fois que vous serez coincé dans l’interminable file d’attente, ne râlez pas. Profitez-en ! Écoutez ce podcast que vous n’avez jamais le temps d’écouter, appelez votre grand-mère en banlieu profonde qui a tout son temps vu qu’elle vend des arachides devant sa maison, ou méditez sur le sens de la vie. Car à Dakar, l’embouteillage n’est pas un obstacle, c’est une destination en soi. Et pour certains, c’est même le seul moment de la journée où ils sont obligés de ralentir. Peut-être est-ce cela, au fond, le vrai luxe ? Dalal ak jamm ci Daar, ô visiteur temporaire. Pour les résidents ? : « Kou mougne, mouuugne »!

Damel Gueye

Tract Hebdo

www.tract.sn

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