Tract Hebdo – Le Sénégal veut transformer la contrainte climatique en opportunité économique. Jeudi dernier, à Dakar, un atelier national a permis d’affiner le cadre réglementaire du futur marché carbone, présenté comme un levier pour faire reverdir nos comptes en banque. On espère juste que les crédits carbone ne s’évaporeront pas comme l’eau du Lac Rose !
Notre pays, en tête du peloton africain, semble avoir mis le turbo sur la « green economy ». On nous assure que ce marché est une mine d’or verte, une sorte de puit de pétrole, mais avec des arbres et des zébus qui pètent moins de méthane. C’est audacieux, c’est moderne, c’est… très technique.
Un instrument de souveraineté, nous dit-on. Parce que, c’est bien connu, rien ne dit « indépendance » comme le fait de vendre des droits à polluer que nous n’avons pas encore entièrement utilisés. C’est un peu comme vendre des places de parking dans un garage vide. Génial !
Ousmane Fall Sarr, spécialiste des questions climatiques, nous explique doctement que ce mécanisme est une « opportunité réelle de financement ». On le croit sur parole. Après tout, les experts sont là pour ça, pour nous rassurer que derrière les mots compliqués se cachent de vrais billets.
Entre encadrement juridique et gouvernance nationale, on sent que l’État veut garder la maîtrise de ce nouveau joujou financier. Pas question que les cowboys du carbone viennent faire la loi dans nos savanes. Le marché carbone, c’est comme le couscous thièrè baassi, c’est meilleur quand c’est fait maison.
Mais soyons honnêtes, quand on parle de marché carbone, on imagine déjà les spéculateurs en costume-cravate qui vendent des « droits à respirer » à des industries lointaines. Un monde où l’air pur devient une marchandise, et la pollution, un produit de luxe. C’est ça le futur ?
Pendant ce temps, le citoyen lambda se demande si son vieux car rapide sexagénaire polluant va lui rapporter des crédits carbone, ou s’il devra acheter des « crédits de respiration » pour pouvoir prendre une grande bouffée d’air frais.
Au fond, le Sénégal est en train de se positionner sur un échiquier mondial complexe. On espère juste que la partie sera jouée en notre faveur, et que la verdure ne sera pas seulement dans les comptes bancaires de quelques-uns. Parce que, nous, on aime le vert, mais surtout quand il est synonyme de prospérité pour tous, pas seulement pour les traders du carbone.
Damel Gueye, journaliste
Tract Hebdo
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