Tract Hebdo – Enfin la délivrance… ! Après une série de blessures imaginaires, de reports diplomatiques et de négociations de coulisses dignes de l’ONU, le combat Reug Reug – Boy Niang 2 a été officialisé pour le 7 juin 2026. L’arène nationale va vibrer, les tympans vont exploser, et les promoteurs vont se frotter les mains. C’est le retour des gladiateurs modernes, prêts à se massacrer pour le plaisir des foules et le plus grand bien de leurs comptes bancaires.
Ce duel explosif est présenté comme le choc des titans de la banlieue. D’un côté, la force brute de Reug Reug, le foudre de guerre qui semble avoir été sculpté dans le granit. De l’autre, la technique raffinée de Boy Niang 2, le génie de Pikine, capable d’esquiver une pluie de coups. C’est le yin et le yang de la lutte sénégalaise, mais avec des muscles gonflés à l’anabolisant naturel.
Nous nous interrogeons sur le sens de cette passion nationale pour des hommes qui se tapent dessus pour de l’argent. Est-ce un simple divertissement, ou une diversion massive pour nous faire oublier la précarité de nos vies ? La lutte est le miroir de notre société : violente, inégale, mais ô combien passionnante. Si seulement nos politiciens avaient le courage de ces lutteurs de s’affronter à la loyale, sans coups fourrés ni trahisons !
Le 7 juin, Dakar sera à l’arrêt. Les salons des maisons (et des bars aussi, astafourllah) seront pleins, les rues désertes, et les prières monteront vers le ciel pour que le gris-gris et le saafara de leur champion soient les plus puissants. Car la lutte au Sénégal, c’est 50% de technique, 50% de force, et 50% de mystique. Oui, 150%, car on ne lésine pas sur les moyens. Les promoteurs, eux, calculeront les profits avec une précision de changeur de monnaie de la rue de Thiong, pendant que les supporters s’écharperont sur les réseaux sociaux.
Il faut dire que la lutte est aussi un ascenseur social pour des milliers de jeunes issus de quartiers défavorisés. Devenir champion, c’est sortir de la misère, s’acheter une villa et devenir le héros d’une nation. C’est le rêve sénégalais à portée de poing. Mais pour un champion, combien de carrières brisées, de corps meurtris, de rêves évanouis ? La face cachée du sport n’est pas aussi glorieuse que les images des combats.
Vivement le 7 juin ! Que le meilleur gagne, et que le spectacle soit à la hauteur des millions investis. De toute façon, quel que soit le résultat, le vrai vainqueur sera le système qui fait de la lutte le principal exutoire d’une jeunesse en manque de perspectives. Et si Boy Niang 2 et Reug Reug ne se blessent pas d’ici là, bien sûr. Avec eux, tout est possible. Surtout l’impossible.
Néné Sow, Journaliste
Tract Hebdo
www.tract.sn


