Tract Hebdo – C’est la fête au village à Dalifort-Foirail ! Après trois ans d’attente, trois longues années de promesses et de chantiers en pointillés, le commissariat de police d’arrondissement a enfin été inauguré ce jeudi 26 février. Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, arborant un sourire de circonstance (probablement sponsorisé par une marque de dentifrice nationale), a coupé le ruban inaugural. Il était temps. Trois ans pour construire un commissariat, c’est à peu près le temps qu’il faut pour bâtir une cathédrale au Moyen Âge. L’efficacité sénégalaise, messieurs dames !
Désormais, les voleurs de bétail et les pickpockets n’auront qu’à bien se tenir. À moins qu’ils ne s’inscrivent au nouveau club de sport du commissariat, qui sait ? Cette inauguration est présentée comme une victoire majeure contre l’insécurité galopante dans cette zone. On imagine déjà les patrouilles zélées, prêtes à coffrer le premier passant venu pour vagabondage ou troubles à l’ordre public (traduction : ne pas avoir la bonne tête). C’est le retour de l’ordre, ou du moins, de son architecture.
Nous nous réjouissons de voir les forces de l’ordre se rapprocher des populations. Mais nous nous posons aussi une question : cette proximité servira-t-elle à protéger les citoyens des criminels, ou à protéger le pouvoir en place depuis deux ans (déja !) de certains citoyens déja mécontents ? Le doute est permis, surtout quand on sait que dans certains de nos quartiers, la police est perçue plus comme une force d’occupation que comme une force de protection. La sécurité est un droit, pas une faveur qu’on nous octroie après trois ans de négociations budgétaires obscures.
Le ministre a prononcé un discours vibrant sur la tolérance zéro. C’est un concept intéressant, surtout quand on voit le niveau de tolérance des autorités face aux magistrats qui n’arrivent pas à faire rendre gorge aux voleurs de deniers publics emprisonnées, au point de décourager le PM Sonko selon ses dires devant les députés ? Mais bon, ne mélangeons pas les torchons et les serviettes de fonction. L’important, c’est que Dalifort a son commissariat. On espère qu’il sera équipé de laptops qui fonctionnent et de véhicules avec de l’essence, sinon ce sera juste un joli décor pour des photos d’inauguration.
Il faut dire que Dalifort-Foirail est une zone stratégique, connue pour ses marchés et son activité débordante. Sécuriser cet endroit, c’est sécuriser les flux financiers qui échappent souvent à l’État. C’est donc une opération de rentabilité économique autant que de sécurité publique. Et les populations dans tout ça ? Elles paieront les taxes, comme d’habitude, pour financer un commissariat qui servira peut-être à les réprimer lors des prochaines manifestations.
Bravo à Dalifort pour ce nouveau bâtiment tout beau, tout propre. On lui souhaite une longue vie, pleine de procès-verbaux utiles et de gardes à vue justifiées. Pour le reste, c’est-à-dire la vraie sécurité, celle qui vient de la justice sociale et de l’égalité des chances, on repassera. Trois ans, c’est court pour changer le monde, mais c’est long pour construire quatre murs et un toit pour la police. Allez, circulez, il n’y a plus rien à voir !
Dibor Faye, Journaliste
Tract Hebdo
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