Tract Hebdo – C’est le grand nettoyage d’hivernage (en février). Les bulldozers sont de sortie pour libérer les trottoirs encombrés par les marchands ambulants. La consigne est claire : Dakar doit briller pour les investisseurs étrangers. On veut des avenues larges, des fleurs en plastique et surtout, ne plus voir cette économie informelle qui fait tache sur les photos satellite. Pour nous, c’est une attaque frontale contre la survie des plus démunis. On dégage le petit vendeur de café pour que le touriste puisse marcher sans encombre vers son hôtel cinq étoiles. C’est l’esthétique contre l’éthique. Notre très bonne droite, elle, savoure : l’ordre, enfin ! Une ville propre est une ville qui rassure les marchés. Tant pis si les « encombrements humains » n’ont nulle part où aller. Le maire nous promet des sites de recasement qui ne verront probablement jamais le jour, ou alors à 40 km du centre-ville. C’est la stratégie de la poussière : on la pousse sous le tapis en espérant que personne ne soulèvera le bord. Dakar sera propre, certes, mais elle risque de perdre son âme au profit d’un vernis de métropole aseptisée. Rangez vos étals, la patrouille passe !
Néné Sow, Journaliste
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