Tract Hebdo – On croyait avoir beaucoup vu en matière de diversion politique, mais là, le gouvernement Sonko 2 vient de placer la barre très haut. Dans un élan de pudibonderie législative qui confine au ridicule, nos dirigeants s’apprêtent à durcir les peines pour faits d’homosexualité. Mais le clou du spectacle, c’est l’inclusion, parmi les nouvelles infractions, de « l’apologie » et de la « promotion » de l’homosexualité. C’est l’art de criminaliser non seulement l’être, mais aussi le dire, le penser, et même le soupçonner. Un coup de génie répressif qui ferait pâlir d’envie n’importe quel régime autoritaire des années 50.
C’est une obsession qui devient malsaine. Alors que le pays se débat avec une stagflation morose, un chômage des jeunes endémique et des infrastructures restant à construire , nos députés et ministres semblent obsédés par ce qui se passe sous les draps des Sénégalais. C’est l’arme de distraction massive par excellence. Quand le peuple a faim, donnez-lui une loi morale ! À défaut de remplir les assiettes, on prétend remplir les prisons d’un péril imaginaire.
Nous défendons les libertés individuelles et le droit de chacun à vivre sa vie comme il l’entend, sans que l’État ne s’érige en vigile des mœurs. Cette loi n’est pas seulement liberticide, elle est socialement injuste. Elle frappera, comme toujours, les plus démunis, ceux qui n’ont pas les moyens de se payer la discrétion. C’est la démocratisation de la répression. L’État doit s’occuper de ce qui le regarde. Et ce qui le regarde, c’est l’économie, l’éducation, la santé. Pas la chambre à coucher des Goorgorlous et autres.
Mais l’inclusion de l’apologie et de la promotion comme infractions franchit une nouvelle frontière dans l’absurde. Qu’est-ce que l’apologie ? Écrire un article qui ne condamne pas assez fermement ? Inviter un artiste soupçonné ? Et la promotion ? Laisser un drapeau arc-en-ciel visible ? La notion est si floue qu’elle devient une arme de censure totale, utilisable contre n’importe quel opposant, journaliste ou simple citoyen jugé trop progressiste. C’est l’introduction du délit d’intention et du délit de parole dans notre code pénal.
Le gouvernement joue avec le feu sociétal pour masquer ce qui commence à ressembler à de l’incompétence économique. C’est une tactique réactionnaire : désigner un bouc émissaire facile pour détourner l’attention des vrais problèmes. Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que la « promotion » de l’homosexualité est un mythe pour effrayer les masses. La vraie « promotion » dont nous avons besoin est celle de l’emploi, de la justice sociale et de l’égalité des chances.
Cette surenchère répressive est un aveu de faiblesse. Un pouvoir sûr de lui et de sa vision pour le pays n’aurait pas besoin de ces lois de diversion pour exister. En focalisant le débat sur la moralité privée, le gouvernement tente de faire oublier son échec à garantir la reddition des comptes par les acteurs du régime passé et à remplir aussi les caisses du Trésor public autrement qu’avec de l’argent destiné à payer des salaires mais pas à construire des infrastructures . C’est la bonne vieille méthode : quand on ne sait pas gérer le présent, on préfère fustiger ce qu’on fantasme comme l’immoralité du futur.
Alors, chers lecteurs, préparez-vous. Bientôt, il faudra un permis de conversation et un certificat de conformité morale pour discuter politique ou société. À moins que… à moins que nous ne décidions que la vraie morale, c’est de lutter contre la pauvreté et l’injustice, et non contre nos voisins. On sera là pour le rappeler, avec le sourire de ceux qui savent que la raison finit toujours par l’emporter. Mais d’ici là, surveillez vos paroles, car on ne sait jamais quelle « apologie » vous pourriez commettre sans le savoir. Quand à la sapologie, n’en parlons pas….
Néné Sow, Journaliste
Tract Hebdo
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