Tract Hebdo – À Kaolack, ville carrefour où le thermomètre semble avoir fait un pacte avec le diable, le défi de l’adaptation n’est pas une figure de style, c’est une question de survie quotidienne. En ce moment, la chaleur ne se contente pas de monter ; elle s’installe, elle colonise, elle opprime. Et pour couronner le tout, une bonne partie de la population observe le jeûne. C’est le combo gagnant de la souffrance purificatrice.
Au marché Central, c’est le cœur battant, mais un cœur qui bat la chamade sous le poids d’une atmosphère lourde et moite. Imaginez un peu : vendre des sacs de riz ou réparer une chambre à air par 42 degrés à l’ombre (si vous trouvez de l’ombre), le ventre vide, la gorge sèche. C’est de l’héroïsme au quotidien, mais un héroïsme dont on se passerait bien.
Les commerçants et les chauffeurs de clando, ces forçats du bitume, sont passés maîtres dans l’art de la survie thermique. Ils bougent le moins possible, parlent doucement pour économiser la salive et transforment la moindre bâche en oasis improvisée. Pour eux, l’adaptation n’est pas un concept de conférence de l’ONU, c’est juste essayer de ne pas s’évanouir avant 19 heures.
Cette situation soulève une question cruciale de justice sociale, notre dada à Tract Hebdo. Comment peut-on parler de développement quand des millions de nos concitoyens travaillent dans des conditions dignes du Moyen Âge, sans aucune protection sociale ni sanitaire ? C’est le triomphe de l’économie informelle sur la dignité humaine. C’est là que notre droite intervient : il est inadmissible que l’État ne propose aucune infrastructure adaptée, aucun plan d’aide pour ces travailleurs qui portent l’économie de la région à bout de bras.
L’adaptation, à Kaolack, c’est aussi un business. Le prix de la glace s’envole, les vendeurs d’eau sont les rois du pétrole (ou plutôt de l’eau minérale douteuse, conditionnée en sachets plastiques) et les rares coins climatisés sont pris d’assaut comme des bunkers pendant une guerre nucléaire. Le marché de la misère prospère toujours quand les pouvoirs publics défaillent.
On ne peut s’empêcher de sourire amèrement en pensant aux climatiseurs qui ronronnent dans les bureaux feutrés des ministères, pendant que certains de nos concitoyens cuisent à petit feu. C’est le grand paradoxe sénégalais : on a des milliards pour des trains Express et des autoroutes, mais pas un franc pour assurer des conditions de travail décentes à ceux qui en ont le plus besoin.
Kaolack résiste, car elle n’a pas le choix. Entre la ferveur religieuse et la nécessité économique, la chaleur n’est qu’un obstacle de plus sur le chemin escarpé de la survie. Nous, on aimerait bien que le « développement » rime aussi avec « frais » et « juste ». Un vœu pieux, sans doute. En attendant, que la fraîcheur soit avec eux. S’ils la trouvent.
Damel Gueye
Tract Hebdo
www.tract.sn


