Tract Hebdo – Chers lecteurs, fidèles du clic et de la pensée libre, on ne va pas se mentir : au Sénégal, la politique est un sport national qui se joue parfois sans arbitre, mais jamais sans spectacle. De mon côté et dans les colonnes où je publie, nous gardons notre cap : celui qui remet les idées en place, pas celui qui cherche le KO (chaos ?) inutile. Aujourd’hui, on débriefe la sortie dominicale de notre « PROS » national. Notre boussole ne varie pas. Nous soutenons le régime Pastef parce que son succès est celui du Sénégal, et surtout celui de cette jeunesse qui a faim d’avenir. On veut que ça marche, on prie pour que les promesses fleurissent en réalités sonnantes et trébuchantes. Mais soutenir ne veut pas dire s’aveugler. Et la sortie d’hier, dimanche 1er mars, de notre bouillant Premier ministre Ousmane Sonko, mérite qu’on brandisse la calame de notre « très bonne droite » pour ajuster la focale.
Le cœur à gauche, l’œil aux aguets
D’emblée, levons toute équivoque : notre soutien au régime Pastef reste entier. Pourquoi ? Parce que l’échec n’est pas une option. Les attentes de la majorité des Sénégalais, et surtout de cette jeunesse qui a porté ce projet comme un bouclier contre l’injustice, sont immenses. On veut que ça marche, on veut que le « PROJET » devienne réalité, pour le bien de la Nation. Mais aimer, c’est aussi savoir dire quand le costume semble un peu serré aux entournures.
L’ombre du ‘Tuteur’
Dès le début, le malaise était là, tapi sous l’euphorie de la victoire. Rappelez-vous cette phrase, presque paternelle, lancée par Sonko au Président élu : « PR Diomaye, reste à l’écart, nous allons nous battre pour toi, je vais me battre pour toi ». Un aveu de force qui, avec le recul, ressemblait à une mise sous tutelle.
À mon humble avis, l’erreur de casting a commencé là. Ousmane Sonko n’aurait jamais dû s’installer à la Primature dès le jour 1. Sa place ? Super-ministre des Affaires présidentielles. Un poste au cœur du Palais pour protéger le « Projet », tout en laissant Diomaye Faye imprimer seul sa marque de Chef de l’État. Après la dissolution de juillet 2024 et ce raz-de-marée historique aux législatives du 17 novembre (130 députés sur 165, quand même !), Sonko aurait dû sagement migrer vers le perchoir. En devenant Président de l’Assemblée nationale (PAN), il aurait verrouillé le législatif, fait passer les lois comme une lettre à la poste, et laissé l’exécutif respirer.
L’ombre portée du ‘Grand Frère’
Hier, dimanche 1er mars, Ousmane Sonko a encore une fois occupé l’espace. Et c’est là que le bât blesse légèrement dans ma lecture du jeu institutionnel. Depuis la victoire éclatante de mars 2024, une impression persiste : une fois encore, répétons-le, Sonko a voulu, d’emblée, s’imposer comme l’homme fort, le garant, le tuteur du régime. C’était beau, c’était loyal, mais c’était aussi le signal d’une dyarchie qui ne disait pas son nom et qui a fini par accoucher de deux béliers dans le même enclos . En politique, le silence du Président est d’or, mais la parole du Premier Ministre ne doit pas devenir du plomb qui pèse sur l’autorité du Palais.
L’erreur de casting stratégique ?
Je persiste et je signe : Sonko Premier Ministre, c’est peut-être le court-circuit de trop. À mon humble avis, la place naturelle du leader du Pastef aurait dû être, je le répète, celle de Super-Ministre des Affaires Présidentielles. Pourquoi ? Pour rester au cœur du Palais, coordonner la vision, et laisser Diomaye Faye imprimer seul sa marque de Chef de l’État. Il y a là comme une chronologie ratée : Il aurait dû rester dans cette tour de contrôle jusqu’à la dissolution de l’Assemblée en juillet 2024, puis, fort de sa victoire aux législatives (remportées haut la main, rappelons-le) en novembre 2024, envisager la suite.
En s’installant à la Primature dès le premier jour, il s’est exposé aux tirs de barrage quotidiens et, surtout, il a créé ce sentiment de « cohabitation interne » qui a fini de cristalliser entre le Palais de l’Avenue Roume et le Petit Palais de la corniche de l’Anse Bernard dans lequel réside le locataire de la Primature .
Le risque de l’usure
Vouloir être au four et au moulin, être à la fois le bouclier du Président et le glaive du Gouvernement, c’est un exercice d’équilibriste épuisant. Pour que le Sénégal gagne, il faut que l’institution présidentielle respire. Sonko est un moteur exceptionnel, mais attention : le moteur fait vibrer la carrosserie au point de desserrer les boulons de l’État. On soutient, on espère, mais on surveille la jauge. Parce qu’à la fin, c’est le peuple qui compte.
L’impasse et la ‘Cohabitation Douce’
Car voilà, la réalité économique est une maîtresse cruelle. Entre l’histoire de la « dette cachée » du régime précédent (le Salltennat de Macky) et la rupture brutale de l’accompagnement financier du FMI, le pays est dans une impasse depuis bientôt deux ans, soit à mi-mandat du PR Dimaye dans les faits. Sonko le sait. Il sent le souffle de la crise et l’impatience des foyers. Hier, dans son discours, on a senti un homme qui cherche la porte de sortie. En parlant soudainement de « cohabitation douce » avec le PR Diomaye, Sonko semble préparer son propre limogeage. C’est la stratégie du retrait tactique : laisser Diomaye seul face au bilan d’un premier mandat qui risque d’être maigre en infrastructures, en usines et en avancées agricoles.
Le scénario du pire pour 2029
Le calcul est transparent : se refaire une virginité politique, se poser en recours et se présenter à la présidentielle de 2029. Pour cela, il compte sur sa majorité mécanique à l’Assemblée pour lui tailler une loi sur mesure. Mais attention ! Le Conseil constitutionnel n’est pas une chambre d’enregistrement et pourrait fort bien retoquer ce plan. La crise pastéfienn est aussi une affaire d’égos au sommet de l’État.
La ‘part du Boss’ : Diomaye, l’apprenti sorcier ?
Car rendons à César ce qui appartient à Bassirou. Si nous en sommes là, c’est aussi parce que le Président Diomaye Faye a lui-même tressé les cordes pour se faire lier. Souvenez-vous de sa première sortie télévisée après le 4 avril. Face aux journalistes, il avait presque invité son Premier ministre à « regarder le fauteuil présidentiel ». Une maladresse ? Non, une théorie : celle du « Premier ministre super fort ». Eh bien, Monsieur le Président, avec ce 1er mars 2026, vous êtes servi ! Le plat est épicé, peut-être même un peu trop relevé pour l’estomac de la République.
Car entre-temps, la magie du Palais a opéré. On connaît l’adage : la fonction crée l’organe. Et ici, l’organe est devenu un ego présidentiel qui a gonflé jusqu’à occuper tout l’espace sous les ors du Palais de l’Avenue Roume. Diomaye a pris goût à la stature. Son esprit s’est transformé, frôlant le messianisme : « C’est moi que le peuple attendait, c’est moi qu’il a élu. Je ne dois plus rien à personne. « Une posture de défi qui semble dire à son mentor : « Si tu penses que je te suis redevable, allons devant le peuple souverain et voyons qui il choisit entre toi et moi. » L’exemple le plus frappant de cette dérive égocentrée ? Ce fameux plan pour la Casamance, baptisé très officiellement « Plan Diomaye ». On connaissait les plans quinquennaux, les plans d’urgence, mais donner son propre prénom à un programme de développement national, c’est signer un acte de propriété sur l’espoir des Sénégalais. C’est l’affirmation d’un homme qui ne veut plus être l’ombre de personne, mais qui veut imprimer sa propre légende, quitte à ce que le « Projet » initial s’efface derrière le « Prénom ».
Le risque final ? C’est le syndrome du sabordage. Si Pastef arrive en 2029 avec deux capitaines pour un seul fauteuil (Diomaye sortant et Sonko revenant), ils finiront par se couler mutuellement. Et dans ce naufrage, c’est un « troisième larron », encore inconnu au bataillon, qui ramassera la mise sur les décombres de l’espoir patriotique.
On soutient le régime Pastef, oui. Mais on n’a pas signé pour un suicide politique en direct. Souriez, vous êtes gouvernés …et prévenus.
Ousseynou Nar Gueye, Fondateur de Tract Hebdo (www.tract.sn) et Président d’ « Option Nouvelles Générations – Wornë Niu Dokhal », mouvement citoyen et d’engagement civique
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