La dynastie Khamenei s’installe en Iran : le fils Mojtaba devient Guide Suprême, le monde s’embrase… et Dakar scrute les mimiques faciales de Diomaye et Sonko (Par Dibor Faye)

Mojtaba K.
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Tract Hebdo – Le trône, le fils héririer et les fusées : quand la succession à Téhéran nous rappelle que le Sénégal n’est pas (encore) une île… Mojtaba Khamenei a donc été intronisé Guide Suprême de la République islamique d’Iran. Il succède à son père, Ali Khamenei, dont le destin a basculé brutalement au premier jour de l’offensive majeure lancée par la coalition menée par les États-Unis et Israël le 28… Oups, pardon, nos excuses, on s’est trompé de rubrique. C’est vrai, c’est l’actualité internationale, celle qui donne des sueurs froides aux diplomates et qui fait flamber le prix du baril de pétrole. On se croirait dans un thriller géopolitique où les héritiers prennent la place des patriarches dans un jeu de chaises musicales sanglant.

Mais pourquoi nous, humbles lecteurs de Tract Hebdo, devrions-nous nous soucier des turbulences du Moyen-Orient ? D’abord parce que, dans ce monde devenu un village global, quand le Golfe éternue, Dakar attrape souvent la grippe sous forme d’inflation galopante. Ensuite, parce que ce théâtre de la succession dynastique — où le pouvoir se transmet comme un héritage de famille — est un sujet qui devrait nous faire grincer des dents par ici. Voir le pouvoir se pérenniser ainsi, c’est un rappel brutal que les monarchies ne sont pas toutes couronnées, et que certains « guides » semblent confondre la chose publique avec leur propre patrimoine familial.

Pendant que Téhéran se fragmente et que la Syrie, encore et toujours, subit les dommages collatéraux de ces grands jeux de puissance, ici, au Sénégal, nos préoccupations semblent soudainement… disons, dérisoires. Alors que le monde s’embrase et que l’ordre mondial vacille sur ses bases, nous, nous sommes occupés à scruter la moindre mimique faciale entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Est-ce qu’ils se parlent ? Est-ce qu’ils se boudent ? Est-ce qu’ils préparent un remaniement ou un divorce à l’amiable ? On débat du sexe des anges politiques tandis que la géopolitique mondiale est en train de redessiner les frontières.

C’est peut-être ça, le propre de notre cher Sénégal : une capacité phénoménale à faire de l’autarcie intellectuelle, même quand le ciel nous tombe sur la tête. On se dispute pour des querelles de qui montera sur le minaret alors que les enjeux nous dépassent largement. C’est à la fois rassurant de garder les pieds sur terre, et un peu inquiétant de voir à quel point nos priorités semblent déconnectées de la réalité volcanique qui entoure notre petit coin de paradis. Mais bon, après tout, chacun ses priorités, n’est-ce pas ? Il vaut mieux débattre du silence de Diomaye que d’avoir à gérer les frappes aériennes. Profitons-en tant que ça dure, et rappelons-nous que si le monde brûle, c’est peut-être aussi parce que personne n’a pensé à mettre un peu d’eau dans gingembre  — ou de lucidité dans son régime.

Dibor Faye, journaliste à Tract Hebdo

www.tract.sn

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