Patrimoine bâti de l’État : le gouvernement Sonko récupère ses clés, ses meubles…en attendant de nouveaux bien lotis ?

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Tract Hebdo – C’est l’heure du grand inventaire, et il y a comme un air de déménagement forcé dans les couloirs du pouvoir. L’État, dans un élan de lucidité administrative soudaine, a lancé un audit massif du patrimoine bâti. Résultat : on récupère des immeubles, on renégocie des loyers qui flirtaient avec l’indécence, et on ressort les vieux inventaires poussiéreux. Pour certains anciens dignitaires, habitués jusqu’ici aux privilèges des villas de fonction payées par le contribuable et à l’entretien gracieux des climatiseurs, la chute est rude : ils vont devoir, comme tout le monde, découvrir les joies intenses de la recherche d’appartement sur Facebook Marketplace.

On les imagine déjà, parcourant les annonces entre deux posts nostalgiques sur leur ancienne gloire, à essayer de négocier une caution avec un propriétaire qui n’en a que faire de leur ex-titre de ministre ou de conseiller spécial. C’est ce qu’on appelle le retour au réel, une expérience éducative que nous ne saurions que trop conseiller à nos élites. On se délecte de ce spectacle, même si l’on reste vigilants. Car si l’idée de mettre fin au « luxe d’État » est une promesse que nous saluons avec enthousiasme, on nous la sert, cette promesse, entre deux inaugurations grandioses de pose de première pierre de « cités de la transformation » dont le délai de réalisation future, elle, reste souvent bien plus élastique que prix d’une chambre à louer dans Dakar et banlieues.

Le luxe d’État, c’est fini ? C’est ce qu’on nous serine en boucle. C’est une mélodie douce à l’oreille du citoyen qui galère à payer son loyer ou qui voit ses impôts servir à entretenir des résidences secondaires pour des serviteurs de l’État qui ne servent finalement qu’eux-mêmes. On n’a jamais supporté cette noblesse de cour où l’on traite le bien public comme un patrimoine personnel. Récupérer ces immeubles est une mesure de salubrité publique, une action  qui remet un peu de décence dans la gestion de la cité.

Mais attention, ne nous y trompons pas : la gestion du patrimoine bâti ne doit pas devenir une simple opération de « chaises musicales » où l’on expulse les anciens pour mieux installer les nouveaux venus, sous prétexte qu’ils sont, eux, « du bon côté » de l’histoire actuelle et de la politicaillerie des deux ans écoulés. Si les clés changent de main, c’est pour que les espaces servent aux besoins collectifs : bureaux pour les services publics réellement utiles, logements sociaux, ou infrastructures de proximité. Le patrimoine de l’État doit rester le patrimoine du peuple, pas le mobilier de luxe d’une nouvelle classe dirigeante qui se donnerait bonne conscience avec des discours de sobriété.

Nous resterons donc en alerte pour vérifier que ces immeubles récupérés ne finissent pas privatisés dans des montages obscurs ou attribués à de nouveaux copains. En attendant, on invite les anciens locataires des luxueuses villas de l’État à ne pas oublier leurs cartons. La recherche sur Facebook ou sur Expat-Dakar, c’est une école de patience et d’humilité. Et si jamais ils ont besoin de conseils pour éviter les arnaques aux annonces, qu’ils n’hésitent pas à nous demander : on connaît bien le sujet, c’est là que vivent tous nos journalistes …

Damel Gueye, Tract Hebdo

www.tract.sn

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