Télécoms : un record de 17 milliards de redevances pour l’État sénégalais, alors vivement la connectivité rurale …!

Publicité

Tract Hebdo – Le Trésor Public sénégalais affiche un sourire aussi large que celui d’un actionnaire de la BRVM d’Abidjan un jour de versement de dividendes : 17 milliards de francs CFA viennent d’être encaissés au titre des redevances télécoms. Une somme coquette qui fait briller les yeux de nos technocrates à l’approche du prochain rapport de conformité budgétaire. C’est ça, la magie de l’économie numérique version 2026 : un simple clic sur un lien, une recharge de crédit, une activation de forfait « illimité » (terme que nous suggérons de réévaluer devant un juge), et hop, l’État prélève sa dîme. C’est efficace, c’est moderne, c’est rapide.

Pendant que nos dirigeants célèbrent cette manne financière, le Sénégalais, lui, vit une expérience beaucoup moins « numérique ». Pour le citoyen lambda, cette connectivité ressemble davantage à un combat de boxe contre un routeur capricieux. On galère avec nos forfaits qui fondent comme du beurre exposé en plein soleil de midi sur le marché de Colobane. À peine avez-vous reçu la notification  « votre solde est insuffisant » que votre connexion 4G, quand elle n’est pas subitement rétrogradée en 2G, vous lâche au moment crucial d’un transfert d’argent ou d’une communication urgente. On paie pour la vitesse de la lumière, nous !

Le paradoxe est total : nous sommes un pays « connecté », mais déconnecté de la réalité des infrastructures. On prône le « Digital Senegal », on rêve de start-ups et de métavers, mais on peine à garantir une couverture réseau stable dans les zones rurales, là où la téléphonie est pourtant un service de première nécessité pour briser l’isolement. Les 17 milliards récoltés ne devraient pas servir à boucher les trous d’un budget sous pression, mais à irriguer le pays de fibre optique et d’antennes-relais là où le silence radio est la norme.

Nous disons les choses : une manne de cette taille, issue de l’usage collectif, doit faire l’objet d’une redistribution sociale massive. Ce ne sont pas les dividendes des opérateurs qu’il faut protéger, ni la trésorerie de l’État qu’il faut engraisser pour le prestige. Ce qu’il faut, c’est une politique tarifaire régulée pour les plus modestes et un investissement massif dans les zones rurales délaissées. Connecter les zones rurales, ce n’est pas une option, c’est un devoir démocratique.

Alors, monsieur l’État, puisque vous avez encaissé, montrez-nous maintenant ce que vous savez faire avec ces 17 milliards. Allez-vous continuer à vous frotter les mains en comptant les pièces, ou allez-vous enfin taper du poing sur la table des opérateurs ? Le peuple paysan attend des connexions qui ne lâchent pas, des forfaits qui durent, et surtout, que cet argent serve à construire le pays, et non à financer la facture de téléphone de l’administration. Car après tout, en matière de numérique, si le client est le roi, il aimerait bien, aussi, ne pas se sentir comme dans un réseau saturé où on ne peut pas passer d’appels.

Damel Gueye, Directeur de Publication, Tract Hebdo

www.tract.sn

Publicité