[L’ET DIT TÔT D’O.N.G] Sénégal : la république de la tentation du ‘ndéwéneul’ permanent…et orienté (Par Ousseynou Nar Gueye)

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Tract Hebdo – Le Sénégal de cette mi- mois de mars 2026 ressemble à une partie de wourré jouée par des aveugles dans une pièce sans lumière : tout le monde entend les pièces tomber avec fracas, le bruit est assourdissant, mais absolument personne ne peut dire avec certitude qui mène la danse ou qui va finir par ramasser les pots cassés. Nous sommes dans l’ère du clair-obscur permanent, où la politique n’est plus un art de la cité, mais une chorégraphie du chaos soigneusement entretenue.

Regardez le spectacle désolant de l’UCAD : après des semaines à transformer le campus social en annexe de la caserne Samba Diéry Diallo, les forces de l’ordre ont enfin décidé de plier bagage. On les a vus jouer aux déménageurs de luxe, laissant derrière eux des étudiants hébétés qui avaient fini par intégrer le matricule des gardes mobiles dans leurs fiches de révision. On se demande si le retrait est un signe d’apaisement ou si l’État a simplement épuisé son stock de grenades lacrymogènes pour le trimestre. C’est la République du va-et-vient, où l’on militarise le savoir avant de se souvenir, un peu tard, que les livres ne mordent pas.

Pendant ce temps, à l’autre bout de l’arène, nous avons la tragédie de Nder mêlant mâles et femmes. Des maires se barricadent derrière des vagues de militantes dévouées, se rêvant en martyrs de la démocratie dès qu’une convocation judiciaire pointe le bout de son nez. À Ourossogui comme ailleurs, la victimisation est devenue le sport national, plus pratiqué que la lutte avec frappe. La politique sénégalaise n’est-elle pas simplement devenue une forme avancée du mbapatt, avec saafara mais sans l’huile de massage et avec beaucoup plus de discours ampoulés  ?

À gauche, dans nos rangs, on continue de rêver d’une égalité qui ne serait pas qu’un slogan sur un t-shirt délavé. On réclame du pain, de la dignité et des hôpitaux qui ne ressemblent pas à des décors de films d’horreur. À droite, les calculettes chauffent : on compte les sous, on spécule sur le gaz et le pétrole, on ajuste les dividendes en espérant que le peuple se contentera de la transformation systémique qui, pour le moment, n’a créé aucune infrastructure. C’est le grand écart permanent entre ceux qui n’ont rien et ceux qui ont peur de perdre ce qu’ils ont volé…ou cherchent encore à voler.

Nous, nous refusons de choisir entre la naïveté et le cynisme. Nous faisons les deux, mais avec une élégance désinvolte que les technocrates du FMI nous envient secrètement entre deux projets d’ajustements structurels. Que reviennent donc à la réalité ceux qui pensent que le pays se gère à coup de communiqués de presse et de ‘ndéwéneuls’ politiques exclusivement réservé aux militants du parti-État pastéfien, comme n’a pas hésité à le proclamer publiquement une députée Pastef à une cérémonie de la DER/FJ. Car en 2026, si l’espoir fait vivre, la lucidité, elle, permet de ne pas mourir idiot.

Mais bon, en ce qui me concerne, je continue tout de même d’apporter mon soutien au régime Pastef en place. Un soutien entier, mais critique car vigilant.

Ousseynou Nar Gueye

Fondateur de Tract Hebdo et Président d’Option Nouvelles Générations-Woorna Niu Dokhal

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