Transports : ce BRT qui va plus vite que nos ambitions de transformation systémique…

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Tract Hebdo – Attachez vos ceintures, car à gauche on apprécie le service public, mais à droite, on n’aime pas que le ticket coûte un bras. Le Bus Rapid Transit (BRT) circule enfin à plein régime dans les artères de notre capitale ! Miracle de l’ingénierie moderne, serpent de fer et de verre fendant la cohue dakaroise, il est là. C’est propre, et c’est surtout le seul endroit du pays où notre citoyen sénégalais lambda peut avoir l’illusion fugace de vivre au XXIe siècle pendant exactement 15 minutes. Pour le prix d’un ticket, vous vous offrez un voyage spatio-temporel : vous montez à Guédiawaye en 2026, vous survolez la misère urbaine dans une cabine pressurisée, et vous savourez ce sentiment d’Européen en escale avant d’être brutalement recraché dans la réalité.

Car la chute est rude, chers lecteurs. Une fois les portes automatiques refermées derrière vous, le charme rompt. Vous retombez instantanément dans le chaos symphonique des klaxons et les émanations de gasoil frelaté d’un « Car Rapide » de 1974, ce vestige archéologique qui tient debout par la seule force des prières de son chauffeur. C’est tout le paradoxe de notre Transformation systémique héritière malgré elle de l’Emergence de Macky : nous avons des bus de l’an 3000 qui roulent au milieu de charrettes qui datent de l’age de pierre . Le BRT, c’est une île de futurisme dans un océan de débrouille, un TGV qui passerait au milieu d’un vide-grenier géant.

Nous, on applaudit la prouesse. Enfin un transport de masse qui ne ressemble pas à une boîte de sardines  ! On se réjouit de voir l’étudiant, l’artisan-bijoutier, le lycéen de Blaise Diagne, le menuisier, l’électricieb, le vendeur  la sauvette, la marchande de légumes et l’ouvrier voyager dans le confort, loin de la poussière et de l’anarchie des transporteurs privés. C’est le triomphe de l’intérêt général sur le lobby des pneus lisses. Mais, notre journal digital ne peut s’empêcher de poser la question qui fâche : tout ce luxe pour seulement quelques kilomètres de couloirs sécurisés ?

Car en dehors de cette piste de danse pour autobus, c’est toujours le Moyen-Âge routier. On a mis des baskets de marque à un pays qui a encore des béquilles. Le BRT va plus vite que nos ambitions car il file à 60 km/h là où notre administration avance encore à la vitesse d’un escargot asthmatique. On a numérisé le ticket, mais on n’a toujours pas réglé le problème des tas de saleté qui débordent juste à côté de la station Pétersen. C’est le maquillage coûteux sur un visage qui n’a pas été lavé depuis les années Senghor.

Au final, le BRT est une superbe vitrine. Mais une vitrine sans magasin reste une simple illusion d’optique. On espère que cette vitesse de pointe finira par contaminer le reste du pays, et que nos dirigeants apprendront à rouler aussi droit que leurs bus, sans prendre les couloirs de bus pour leurs raccourcis personnels. En attendant, profitez bien, car dès que vous descendez, c’est le retour au sauna national, option « poussière de latérite ».

Dibor Faye, journaliste de Tract Hebdo

www.tract.sn

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