[Justice] Farba Ngom : ‘la prison c’est chic,…mais c’est long’ (Par O.N.G)

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Tract Hebdo – La nouvelle est tombée dans les rédactions comme un couperet bien huilé, ou plutôt comme le son lourd et métallique d’une porte de cellule qui grince sur ses gonds : la liberté provisoire a été, une fois de plus, refusée à Farba Ngom. Celui que l’on surnommait jadis le « député des foules », l’homme dont la voix pouvait couvrir le vrombissement d’un Boeing au décollage, reste donc à l’ombre. À Tract Hebdo, nous tenons à notre déontologie comme un politicien tient à ses per diem : nous respectons scrupuleusement la présomption d’innocence. Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de noter, avec une pointe de malice, que le silence forcé de Farba coûte nettement moins cher en décibels à la République et offre un repos auditif salvateur aux tympans de la nation.

Le spectacle de cette détention prolongée divise le Sénégal en deux camps, comme un plateau de jeu de dames. D’un côté, les partisans de l’ancien régime crient à l’acharnement politique, à la chasse aux sorcières et à la « victimisation » d’un homme dont le seul tort serait d’avoir été trop généreux avec l’argent… des autres. De l’autre côté, les tenants de la « rupture systémique» exultent, y voyant enfin le signal fort d’une reddition des comptes qui ne s’arrête pas aux seconds couteaux. Nous, à la rédaction, on se situe quelque part au milieu, observant avec fascination ce phénomène paranormal : Farba Ngom est en train de battre le record du monde de séjour en milieu carcéral sans perdre un iota de son charisme légendaire ni un cheveu de son brushing de chauve impeccable. C’est peut-être cela, le véritable « génie de Agnam ».

Il faut dire que passer des palais dorés et des meetings survoltés à la sobriété monacale et à cafards d’une cellule, c’est un saut de l’ange sans parachute. Farba, l’homme qui distribuait les billets de banque comme s’il s’agissait de simples prospectus pour une pizzeria libano-sénégalaise, doit maintenant apprendre la patience. La justice sénégalaise est une vieille dame : elle est peut-être lente, elle traîne parfois des pieds dans ses babouches administratives, mais elle possède une mémoire d’éléphant et une patience de crocodile. Elle sait attendre que le courant passe, que l’agitation retombe, pour refermer sa mâchoire avec la précision d’un horloger suisse égaré à Sandaga.

Pendant que ses avocats peaufinent des dossiers de plaidoirie épais comme des annuaires, Farba Ngom médite. À quoi pense-t-il ? Aux prochaines législatives ? À la saveur du riz brisé à 300 FCFA qu’il ne peut pas goûter en terrasse de restaurant chic sur la Corniche des Almadies ? Ou peut-être réalise-t-il que dans le « Nouveau Sénégal », le titre de « député des foules » ne donne droit à aucun coupe-file devant le juge d’instruction. En attendant, les moustiques de sa cellule sont les seuls à avoir le privilège de ses harangues nocturnes. On espère pour lui qu’ils sont sensibles à son éloquence, car pour le magistrat, la musique est finie. À Tract Hebdo, on se demande si la prison finira par devenir « chic » à force d’y voir défiler tout le gotha politique, ou si Farba finira par comprendre que le plus long des discours ne vaut pas la plus courte des libertés.

Ousseynou Nar Gueye

Fondateur

Tract Hebdo

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