Tract Hebdo -Le gouvernement vient de nous servir son énième plan de relance pour notre pavillon national, Air Sénégal. On nous parle cette fois de « redressement stratégique », de « rationalisation des coûts » et de « souveraineté aérienne ». À force d’entendre ces termes techniques, on finit par se demander si la direction de la compagnie ne confond pas un Airbus avec un tableau Excel de stagiaire en fin de cycle. À ce niveau de turbulences chroniques, l’avion n’a plus besoin de kérosène, mais d’un exorciste de haut vol ou, à défaut, d’un marabout capable de stabiliser le train d’atterrissage par la seule force de la pensée.
Soyons sérieux deux minutes (un record pour ce journal) : on veut bien être patriotes. On veut bien arborer fièrement le logo de la Téranga sur la dérive de l’appareil et manger du thieb de bord en écoutant du Youssou N’Dour dans les écouteurs. On veut bien voler « local ». Mais le patriotisme s’arrête là où commence le cauchemar logistique. Si prendre un vol Dakar-Ziguinchor demande autant de préparation psychologique qu’une expédition en Laponie, et si l’on risque d’arriver à destination en 2028 alors qu’on est parti ce mercredi matin, autant opter pour une pirogue motorisée ou un bon vieux « sept-places » climatisé par les courants d’air de la nationale 1.
La « gauche » de notre rédaction applaudit des deux mains l’idée d’une compagnie publique forte, capable de désenclaver nos régions et de relier la diaspora au pays sans se faire plumer par des compagnies étrangères aux tarifs de voyous. Mais notre « très bonne droite », elle, a mal à sa calculette. Comment peut-on engloutir des milliards de francs CFA dans un puits sans fond alors que les retards se comptent en jours et les annulations en larmes de passagers ? On nous annonce des nouveaux appareils, mais on attend surtout de nouveaux horaires qui soient autre chose que des suggestions poétiques.
Le nouveau plan de restructuration prévoit de supprimer les lignes déficitaires. À ce rythme, si l’on suit la logique comptable, la compagnie finira par ne plus faire que des trajets entre le Terminal et la piste de décollage, histoire de ne pas trop user les pneus. On nous promet aussi une meilleure gestion des bagages. C’est une avancée : jusqu’ici, envoyer sa valise avec Air Sénégal relevait du jet de bouteille à la mer. On savait où elle partait, on ignorait si elle reviendrait un jour, chargée de souvenirs ou de moisissures.
En attendant le miracle, les passagers continuent de pratiquer le « sport national » : l’attente contemplative dans le hall de l’AIBD. On y voit des familles entières camper comme s’ils attendaient l’apparition de la lune pour la Korité. La direction nous assure que « l’esprit de la Téranga » est au cœur de leur stratégie. Certes, l’accueil est chaleureux, mais la Téranga ne remplace pas un réacteur qui fonctionne ou un équipage qui ne découvre pas son planning cinq minutes avant l’embarquement.
Alors, Air Sénégal va-t-elle enfin sortir du hangar des vœux pieux ? Ou allons-nous assister à une énième métamorphose administrative où l’on change les logos pour oublier qu’on ne change pas les méthodes ? Pour l’instant, la compagnie est comme un lion en cage : elle a fière allure sur les photos de presse, mais elle ne court pas très vite. Messieurs les technocrates, par pitié, faites-nous voler, ou vendez les avions pour acheter des vélos : au moins, avec un vélo, on sait quand on arrive, et c’est bien plus écologique pour la gauche !
Néné Sow, reporter
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