Tract Hebdo– Ce lundi 26 janvier 2026, l’actualité sénégalaise sera marquée par un phénomène qui, à force d’être répété, en devient presque une marque de fabrique : l’éternel équilibre (ou déséquilibre, c’est selon) entre la tradition et la modernité dans la gouvernance du pays, entre la religion et la reddition (des comptes), entre les psalmodies spirituelles et la frénésie des ‘reels’ de TikTok.
Ainsi, le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, lors de son discours de milieu de semaine lors de la Rentrée Solennelle des Cours et Tribunaux, a une fois de plus jonglé avec les concepts de ‘valeurs endogènes’ et de ‘progrès technologique’, laissant les observateurs avertis assez perplexes.
Chez « Tract Hebdo », nous qui aimons la nuance et l’impertinence, on ne peut s’empêcher de sourire. La démocratie sénégalaise, c’est un peu comme un bal masqué où chacun joue un rôle, avec des masques parfois si bien faits qu’on ne sait plus qui est qui.
Les griots modernes, armés de smartphones, commentent la politique sur TikTok; les chroniqueurs analphabètes et anciens tailleurs ou coiffeurs sont sur les télés privées; tandis que les anciens notabilisés, drapés dans leurs boubous, observent la scène avec un mélange de sagesse et de fatalisme.
On nous parle de ‘bonne gouvernance résolue’, de ‘transparence obligatoire’, de ‘rupture systémique’ (bon, ça, on nous en parle un peu moins…, on parle désormais plus d’union des coeurs, dans ce ‘Diomayat’ déjà arrivé à mi-mandat), de ‘reddition des comptes par l’ancien régime des deux Salltennats mackyavéliques’, ‘d’appels a candidature pour les directions générales publiques’ (quel serpent de mer…!) et de « montée en compétences de l’Administration et des Agents publics « .
Des mots qui sonnent doux à l’oreille, mais dont la mise en œuvre se heurte souvent aux réalités d’un terrain politique conflictogène (Merci la CAN Maroc 2025, merci Nianthio Sadio Mané ‘Superman..é’, merci coach Pape ‘Thioo’ -comme prononce Canal+ – , pour la trêve politicienne actuelle…!) et d’un terreau social de populations aux individus aussi glissants que des savonnettes un peu trop entamées.
Les décisions politiques sont parfois prises dans l’opacité ou, au contraire, de façon un peu trop…translucide (or, l’Etat doit souvent pouvoir s’entourer du mystère de la mystique républicaine, pour être mieux obéi, dans ses lois, décrets et règlements, par les citoyens et usagers – tous autant adeptes de l’évitement fiscal et du ‘service camarades’ quand ils vont dans les services administratifs).
Les institutions peinent à suivre le rythme des évolutions sociétales, de la pression d’une jeunesse sénégalaise 4.0 et 5G, majoritaire statistiquement et biberonnée à la révolte, à tout tourner en dérision avec des ‘lol’ et des émoticones ‘je rigole’ , et à la contestation systématique via réseaux sociaux.
Et, enfin, osons le dire, de la corruption, qui tel un fantôme trop familier depuis au moins l’an 2000, rôde toujours aux alentours des couloirs du pouvoir pastéfien. Ou déjà en son sein.
Le peuple sénégalais, lui, est un mélange de résignation et de rébellion. Il subit les avanies des services publics et des logeurs privés (‘appartement a louer; réservé aux étrangers, désolé’…!!!)avec humour, se moque des promesses électorales non tenues, mais sait aussi se mobiliser quand les lignes rouges sont franchies. C’est un peuple qui a le sens de la Téranga, mais qui sait aussi se montrer ‘terang..agacé’, quand on le pousse à bout.
Alors, la démocratie sénégalaise : une utopie moderniste ou une réalité ancrée dans les traditions ? Un peu des deux, sans doute. C’est un pays qui avance, à son rythme, avec ses contradictions et ses fulgurances. Un pays où les jeunes rêvent d’innovation et les anciens s’accrochent aux valeurs dites ‘d’antan et de toujours’, dans ce pays du thieddo Kocc Barma Fall où dorment sous terre, du sommeil éternel de la mort, de véritables saints hommes des deux siècles passés, vénérés par tous (et les jeunes ne sont pas en reste dans cette saine révérence aux saints sénégalais).
Nous, on continuera à observer, avec un œil critique et un sourire en coin, cette sarabande de démocratie d’une ‘Sénégalerie’ souvent sujette aux accélérations endiablées puis aux cahoteuses pannes de souffle; une danse de chaises musicales (‘Ôte-toi de là que je m’y mette… ou que j’y mette mon parent!’), qui tient plus du mbalakh aux sautillements fantasques que du Yéla aux pas de danse bien ordonnés…
Car au fond, la démocratie, au Sénégal comme ailleurs, c’est avant tout une histoire d’hommes et de femmes, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs ambitions et leurs déceptions, leurs résolutions nobles et leurs capitulations en rase campagne au Dieu-Argent.
Et c’est cette histoire que nous continuerons de raconter, avec notre « très bonne droite » et notre « résolument de gauche ».
Sans oublier l’incontournable touche de Téranga et le souvent excessif Masla’a, qui font tout le charme piquant de notre… Sénégalaxie.
Dibor Faye
Tract Hebdo
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