[Aux Affaires étrangères] Le grand écart du ministre Cheikh Niang entre ‘rupture souverainiste sénégalaise’ et ‘multilatéralisme à assumer’

Au total et au final?  Le ministre Cheikh Niang n'est pas un révolutionnaire de la table rase, mais un réformateur de la table dressée. Son défi reste de convaincre la base souverainiste que le respect des protocoles internationaux n'est pas une soumission, mais le déguisement nécessaire d'une nation qui reprend ses droits.

Le grand écartèlement du zen flegmatique diplomate de carrière et ministre Cheikh Niang... au maroquin de la Place de l'Indépendance...
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Tract hebdo – C’est le grand écartèlement de la Place de l’Indépendance, au ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur. Depuis sa nomination en septembre 2024, Cheikh Niang, diplomate de carrière au flegme olympien et au CV plus long qu’une file d’attente devant le consulat de France à France dans les années 90 et une cohue tout aussi longue devant VSF Global chargé des visas Schengen en ces années vingt vingt ; Cheikh Niang donc, s’est vu confier une mission de haute voltige : incarner la « rupture souverainiste » tout en restant le chouchou du multilatéralisme. Un peu comme si l’on demandait à un chef étoilé de préparer un « soupoukandia » 100% local, mais avec des épices importées par avion spécial.

 

Le ministre Cheikh Niang se retrouve donc écartelé. D’un côté, il y a la doctrine du « Jub, Jubal, Jubanti », qui exige de regarder les anciennes puissances dans les yeux sans ciller. De l’autre, il y a la réalité des instances internationales où, si l’on tape trop fort sur la table, on finit par renverser son propre verre de champagne…ou de gingembre (on ne veut offenser personne, hein).

La méthode Niang : le souverainisme de velours

Là où sa prédécesseure Yassine Gros Calibre FAll a pu être tentée par la gesticulation activiste, Cheikh Niang a choisi la « diplomatie du murmure souverain ». Il affirme la souveraineté du Sénégal avec une telle courtoisie que même ses interlocuteurs occidentaux se surprennent à acquiescer avant de réaliser qu’ils viennent de se faire gentiment éconduire.

C’est le paradoxe de sa fonction : devoir expliquer à New York que le Sénégal n’appartient à personne, tout en s’assurant que le Sénégal siège partout.

Un numéro d’équilibriste où le ministre semble dire :

« Nous sommes totalement indépendants, mais ne partez pas trop loin, on a encore besoin de réformer votre Conseil de sécurité ! »

Les premiers pas de Cheikh Niang (septembre 2024 – janvier 2026)

Malgré notre ton un tantinet satirique sur lui, le parcours de Cheikh Niang depuis sa prise de fonction montre une activité dense visant à stabiliser l’image du Sénégal après une période de transition politique intense. En terme de rééquilibrage stratégique au Maroc (janvier 2026), il vient de coprésider la 15e Grande Commission Mixte Maroc-Sénégal à Rabat avec Nasser Bourita. C’est l’occasion de signer de nombreux accords (jeunesse, transports, culture), prouvant que la « souveraineté » passe d’abord par le renforcement des alliances sud-sud historiques.

Pour ce qui est du  discours du « réalisme souverainiste », dès ses premières sorties fin 2024, il a théorisé une diplomatie fondée sur la coresponsabilité. Pour lui, le multilatéralisme ne doit plus être une « passivité », mais un espace où le Sénégal impose ses intérêts vitaux.

A propos de l’ancrage dans la CEDEAO, malgré les tensions régionales, il a maintenu une présence active lors des sommets d’Abuja (décembre 2025), tentant de réconcilier l’idéal de l’intégration africaine avec les velléités de départ de certains voisins. Toutefois, le ministre Cheikh Niang, on ne s’est souvenu de son existence et de son appartenance au gouvernement Sonko 2 que lors du putsch contre le Président Embalo à Bissau. Son Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur, le sieur Amdou Chérif Dioouf, membre de Pastef dont il est secrétaire national en cherge des Finances, est plus connu que lui : c’est tout dire…

Enfin, dans la gestion de la diaspora : il murmure avoir placé les « Sénégalais de l’Extérieur » au cœur de sa feuille de route, les traitant non plus comme de simples envoyeurs de fonds, mais comme des acteurs de la diplomatie économique. Wait and see ?

Au total et au final ?  Cheikh Niang n’est pas un révolutionnaire de la table rase, mais un réformateur de la table dressée. Son défi reste de convaincre la base souverainiste que le respect des protocoles internationaux n’est pas une soumission, mais le déguisement nécessaire d’une nation qui reprend ses droits.

Néné Sow

Tract Hebdo

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