Tract Hebdo – L’ex-instituteur de classe exceptionnelle Doudou Wade, figure emblématique du PDS dans lequel il est le neveu le plus connu de Gorgui Abdoulaye Wade, est de nouveau convoqué par les autorités. Entre rumeurs d’affaires d’État et blagues potaches sur un livre non rendu, le PDS s’embrase et dénonce un complot digne d’une série sénégalaise diffusée sur Sunu Yeuf de Canal+, mais avec un budget bien plus conséquent.
L’agenda de la justice sénégalaise est décidément bien rempli, surtout lorsqu’il s’agit de piocher dans le carnet d’adresses du Parti Démocratique Sénégalais. Cette semaine, c’est au tour de Doudou Wade, le « neveu national » autoproclamé et pilier inébranlable (ou parfois chancelant, selon le vent politique) du PDS, de fouler le tapis rouge – ou plutôt le carrelage un peu terne – des locaux de la Division des Investigations Criminelles (DIC). On aurait pu croire que les murs de ces institutions manquaient d’une certaine patine historique ou d’une voix grave pour réciter les grands classiques de la rhétorique sénégalaise ; voilà donc que Doudou Wade vient combler ce vide avec sa présence magistrale et son aura de « survivant politique ».
Pour les observateurs moins initiés, l’affaire pourrait passer pour une banale convocation. Mais au Sénégal, et particulièrement au sein de la grande famille libérale, une simple « invitation » des forces de l’ordre prend des allures de tremblement de terre politique, un séisme dont les répliques sont ressenties jusqu’aux plus lointaines contrées du Fouta. Aussitôt la nouvelle tombée, les téléphones portables se sont enflammés plus vite qu’un feu de brousse en pleine saison sèche. Les groupes WhatsApp du PDS ont connu une activité frénétique, transformant chaque militant en expert juridique improvisé et en stratège de communication de crise. Les invectives, les appels à la mobilisation et les dénonciations d’un « acharnement politique sans précédent » ont fusé, le tout accompagné d’une profusion de « emojis » larmes et poings levés.
On en vient à se demander si la justice sénégalaise n’aurait pas souscrit un abonnement « Premium » aux cadres du parti libéral, avec des rappels réguliers pour s’assurer qu’ils n’oublient pas le chemin du tribunal. Est-ce une véritable tentative de museler une opposition qui, malgré les apparences, conserve une certaine capacité de nuisance vocale ? Ou s’agit-il simplement d’une procédure de routine, une de ces formalités administratives qui, lorsqu’elles touchent une personnalité du calibre de Doudou Wade, se transforme invariablement en un psychodrame national digne des plus grands opéras-savons ?
Le débat fait rage dans les atayas de quartier et les salons feutrés de la capitale. Entre deux gorgées de thé à la menthe – plus amer que la situation politique – les militants du PDS et les sympathisants de l’ancienne ancienne majorité se demandent si le célèbre slogan « Sopi » ne devrait pas être actualisé en « Souvent On Passe Ici » (comprendre : au tribunal ou dans les locaux de la police). Certains, plus taquins, suggèrent même que le véritable « Sopi » désormais, c’est l’alternance entre le fauteuil de la Présidence et le banc des accusés.
Doudou Wade, lui, affiche un calme olympien, une impassibilité qui confine à l’art martial. C’est le calme de ceux qui ont vu passer plus de régimes politiques que de saisons des pluies, plus de procès que de consultations électorales, et plus de coups bas que de jours ensoleillés. Cet homme, qui a traversé les tempêtes politiques avec la résilience d’un fromager séculaire, semble immunisé contre le stress des convocations. Il a ce flegme teinté d’une légère ironie, celui qui fait dire : « encore un tour de manège ? Très bien, asseyons-nous et voyons ce que la machine à laver de la justice nous réserve cette fois-ci. »
Mais derrière cette façade de sérénité, on devine que la machine judiciaire, même lorsqu’elle se veut impartiale, a un impact sur les équilibres politiques. Chaque convocation est une petite piqûre de rappel, un signal envoyé à la base militante, et un message subliminal aux électeurs. Le PDS, en criant au loup à chaque fois, risque-t-il de lasser son auditoire ou, au contraire, de galvaniser ses troupes en les transformant en martyrs permanents d’une « république bananière » (pour reprendre leurs propres termes enflammés) ?
Chez Tract Hebdo, nous observons cette danse politique avec notre œil gauche critique et notre bonne droite qui aime pointer les incongruités. Ce n’est pas parce que l’on rit de la situation qu’on en ignore la gravité. La justice, qu’elle soit rendue pour des affaires légitimes ou pour des motifs plus… flous, demeure un pilier de la démocratie. Le problème, c’est quand ce pilier commence à ressembler à un poteau télégraphique sur lequel les oiseaux de la politique viennent se poser à tour de rôle, laissant derrière eux des traces pas toujours très propres.
En attendant le dénouement de cette énième saga judiciaire, le Sénégal continue de tourner. Et Doudou Wade, qu’il soit un lion rugissant ou simplement enrhumé par les courants d’air du palais de justice, reste un personnage incontournable de notre paysage politique, un éternel convive de ce grand banquet où les plats sont souvent aigres-doux et les conversations toujours épicées.
Damel Gueye
Tract.sn


