Affaire Mame Mbaye Niang contre Ousmane Sonko, les avocats de Niang y vont mordicus : ‘Pas question de rouvrir la boîte de Pandore ou… boîte de Sonko !’

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Tract Hebdo – On sort la truelle et le ciment pour cet article. Le feuilleton judiciaire le plus long de l’histoire du Sénégal (après celui de la rénovation du building administratif Président Mamadou Dia….) connaît un nouvel épisode. Pour les avocats de Mame Mbaye Niang, le dossier est clos, verrouillé et jeté au fond de l’Atlantique. Circulez, y’a rien à voir, même si la défense d’Ousmane Sonko gratte à la porte avec l’énergie d’un chat qui veut rentrer sous la pluie.

C’est une scène qui ferait passer les meilleurs drames polygamiques de Marodi pour des pièces de théâtre d’école primaire. Imaginez l’histoire d’un match de football épique : l’équipe A mène 1-0 dès la 15ème minute de jeu. Soudain, au lieu de continuer à courir après le ballon, les joueurs de l’équipe A décident de sortir des truelles, de mélanger du mortier et de construire un mur de briques de trois mètres de haut devant leurs propres buts. Mieux encore, ils dégonflent le ballon, le mettent dans un coffre-fort et rentrent chez eux en déclarant que le match est terminé par « extinction naturelle de la contestation ». Voilà, en substance, la posture actuelle du pool d’avocats de Mame Mbaye Niang.

Pour ces ténors du barreau, le procès pour diffamation contre Ousmane Sonko n’est plus un sujet de débat, c’est une relique sacrée. Ils sont formels : l’affaire est gagnée, emballée dans du papier cadeau avec un joli nœud bleu APR, et pesée avec une précision d’orfèvre de la Cour des Maures sur l’avenue Blaise Diagne. Pas question de rouvrir la boîte de Pandore — ou plutôt la « boîte de Sonko » — de peur que n’en sortent des arguments juridiques imprévus ou, pire, une brise de changement qui viendrait éteindre la flamme de leur triomphe.

Au fond, on peut les comprendre, et notre « très bonne droite » ne peut s’empêcher de saluer cette efficacité tactique. Pourquoi, au nom de la logique pure, iraient-ils risquer un nouveau round, une énième prolongation ou une séance de tirs au but psychologique, alors que le trophée trône déjà fièrement sur la cheminée du ministère ? C’est la stratégie de la tortue, mais revisitée avec une robe d’avocat et un Code de procédure pénale en guise de carapace. On se blottit, on ne bouge plus, et on attend que l’adversaire s’épuise à frapper sur du dur.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la barricade, les partisans du camp adverse crient au déni de justice avec la force de mille vuvuzelas. Ils invoquent les droits de la défense, la quête de la vérité et le besoin de clarté. Mais la vérité, dans le milieu feutré des prétoires sénégalais, est parfois une notion aussi élastique qu’un chewing-gum oublié sous un banc public. On se croirait véritablement coincé dans une production Netflix où le scénariste, parvenu à la fin de la saison 1 sur un cliffhanger qui l’arrange, refuserait catégoriquement d’écrire la saison 2. Pourquoi ? Par peur, sans doute, que le « méchant » désigné par le script initial ne finisse par gagner à la fin, porté par un revirement de situation que même les sondages n’auraient pas vu venir.

La justice sénégalaise, vue sous cet angle, ressemble à un grand plat de soupoukandia national. Tout le monde se presse autour du bol, tout le monde veut la meilleure part — le morceau de poisson bien charnu ou la carotte fondante — mais quand vient le moment de faire la vaisselle et de nettoyer la marmite des scories du passé, tout le monde trouve soudainement une urgence ailleurs. Les avocats de la partie civile préfèrent garder le plat propre (du moins en apparence) plutôt que de risquer de découvrir des grains de sable au fond du riz.

Cette résistance acharnée à la réouverture du dossier pose pourtant une question de fond à notre « gauche résolue » : une justice peut-elle être perçue comme équitable si elle se mure dans une certitude définitive alors qu’une partie du public réclame encore des éclaircissements ? Le droit est une chose, la perception sociale de la justice en est une autre. En choisissant le béton armé plutôt que la fluidité du débat, les conseils de Mame Mbaye Niang assurent peut-être leur victoire technique, mais ils laissent planer sur le pays un parfum de « fin de non-recevoir » qui ne calme en rien les esprits échauffés.

En attendant, le mortier sèche. Les briques s’empilent. Et le citoyen lambda, lui, regarde ce mur s’élever entre lui et la compréhension totale des enjeux. Chez Tract Hebdo, on se demande simplement si, à force de construire des murs pour protéger des verdicts, on ne finira pas par transformer le palais de justice en un bunker impénétrable où la seule chose que l’on entendra encore sera le bruit du béton que l’on coule sur les dossiers gênants.

Damel Gueye

Tract.sn

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