
Tract Hebdo – Une nouvelle étape dans la (tuerie en?) série de rebaptisations de rues à Dakar a été franchie hier dimanche. L’ancienne Avenue Jean Jaurès est désormais baptisée Avenue Thierno Saïd Nourou Tall, petit-fils et ‘héritier de l’époque contemporaine de Cheikh Oumar Al Foutiyou Tal’l, selon un communiqué de la famille omarienne. La cérémonie a eu lieu ce dimanche 1er février à partir de 14h30 au rond-point de Sandaga.
La famille omarienne qualifie cette démarche de « décolonisation de notre nation », inscrivant ce changement de nom dans une volonté plus large de remplacer les vestiges coloniaux par des symboles de l’identité sénégalaise. « Le nom de Jean Jaurès, figure emblématique du socialisme français, cédera ainsi la place à un personnage historique ancré dans le patrimoine religieux et culturel du pays ». Le socialisme est-il païen ? Le ‘socialisme français’ est-il paganiste, apostat et adultérin, et donc digne de lapidation en place publique ? L’ironie étant que le maire débaptiseur de Dakar Plateau Alioune Ndoye est (prétendument?) encore socialiste…
Je suis contre cette rebaptisation, discipline anti-sportive et dénué de hauteur de vue comme de fair-play historique, dans laquelle excelle ce rebaptiseur en série qu’est le maire Dakar Plateau Alioune Ndoye.
Dakar Plateau qui n’est que l’une des 19 communes de Dakar.
Nous avons une histoire de plus de 300 ans avec la France. Cette histoire-là, quand même, doit être racontée à nos enfants et à nos petits enfants. Ces menées révisionnistes s’apparentent aux mêmes qu’on a vu avec la publication des premiers tomes de l’histoire générale du Sénégal, où plusieurs familles maraboutiques se sont invités pour tenter d’imposer quel devait être le traitement réservé à leurs ancêtres, au mépris de toute orthodoxie de travail d’historicité .
Or, il est constant que notre Sénégal contemporain est le fruit d’un triple apport : la culture négro- africaine, l’héritage arabo-musulman et le legs franco-occidental par la France colonisatrice, dont nous ne pourrons pas nier le rôle fécondateur dans nos apports; même si cette fécondation in vivo est tenue pour certains par un viol des consciences, elle a donné des enfants. Oui, même si certains de ces apports coloniaux nous sont parvenus à notre corps défendant, nous devons assumer le statut de métis culturels qu’ils ont fait de nous. Et non tenter d’en occulter des pans entiers en cachant ces « seings » qu’on ne saurait voir. Laissez les rues de Dakar; la statue Faidherbe tranquille et conservons au pont à 7 arches de Saint- Louis le nom de Faidherbe. L’histoire, avec un grand H, est un tout et non pas un étalage de légumes et fruits où on fait son marché pour cuisiner la tambouille révisionniste de son choix. Il existe 18 autres communes à Grand Yoff 5GY sur Google Maps), Liberté (LB sur Google Yoff) , Mermoz ( MZ sur Google Maps) avec des noms de rues à deux lettres suivies de chiffres : allez donc donner des noms de figures sénégalaises des temps anciennes et des temps actuels, à ces rues qui retersent encore à désignation par des noms alphabético-numériques qui ne sont utiles qu’aux taxis VTC (GY – 142, MZ 133, LB-28 et j’en passe) .
Je termine cet article en mentionnant ce paragraphe issu de l’APS, qui me fait secouer la tète de dépit. Dépit toutefois un peu résigné :
« Cette initiative s’inscrit dans le mouvement de rebaptisations lancé depuis octobre 2025 dans la commune de Dakar-Plateau. En septembre 2025, le Conseil municipal avait approuvé à l’unanimité la décision de rendre hommage à des personnalités emblématiques de l’histoire et de l’identité sénégalaise en modifiant les noms de plusieurs rues, avenues et boulevards. Le 5 octobre dernier, le maire Alioune Ndoye avait expliqué que cette initiative visait à rendre « un hommage vibrant à la richesse de notre héritage culturel, historique et spirituel » (sic). Parmi les personnalités déjà honorées figuraient des leaders religieux, des responsables politiques et militaires, ainsi que des dignitaires de la communauté léboue.
Le choix de Thierno Saïd Nourou Tall pour cette avenue témoigne de l’importance accordée au patrimoine religieux et spirituel dans la construction de la nouvelle identité urbaine de Dakar. À travers ces rebaptisations successives, la ville renoue progressivement avec ses racines historiques, efface les traces de la période coloniale et forge un espace urbain résolument tourné vers l’identité nationale. (sic-re-sic – et re-sic-sic »).
Edile récidiviste Alioune Ndoye : oui, n’est-ce pas… ? Rien que ça ?
Eh bien, au nom de la reconquête de la vache sacrée qu’est notre « identité nationale » : que les médecins sénégalais cessent donc de mettre des blouses blanches, que les avocats de notre pays cessent d’arborer des toges noires, les juges des toges rouge à hermine, et que les mécaniciens de Difoncé (Crédit Foncier) cessent de porter des salopettes bleues. Par exemple. Et proclamons l’anglais et le wolof comme étant désormais les deux langues officielles du Sénégal; le Royaume ni n’ayant conquis et colonisé que la Gambie…
Une nation, fut-elle africaine et anciennement colonisée : c’est l’identité endogène, additionnée de l’universalisme de certains apports.
Serigne Dawakh Ousseynou Nar Gueye
Fondateur de Tract Hebdo, Aîné Mi-Public Numéro 1
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