Tract Hebdo – Arène nationale : on range les muscles, on sort les avocats ? Le choc tant attendu du 15 février entre Tapha Tine, le géant du Baol, et Franc, le prodige des Parcelles Assainies, a bien failli finir aux oubliettes de l’histoire sportive. Pendant quelques jours, le Sénégal a retenu son souffle, non pas devant une prise de lutte spectaculaire, mais devant le bureau d’un juge. La nouvelle fédération de lutte avait en effet décidé de siffler la fin de la récréation, suspendant tous les face-à-face pour cause de violences répétées lors des derniers rassemblements. Une décision qui a fait l’effet d’une douche froide sur un volcan.
Le bras de fer des coulisses
Mais dans l’arène sénégalaise, le véritable combat se joue souvent loin du sable. Face à la menace d’une saison blanche pour ce « combat du siècle », la machine s’est mise en branle. D’un côté, des promoteurs aux abois voyant leurs investissements de centaines de millions s’évaporer ; de l’autre, une base de fans en manque de ‘bakks’ et de provocations verbales. Sous la pression croissante de l’industrie du spectacle, la Fédération a fini par lâcher du lest. On ressort donc les micros, mais sous haute surveillance, car le moindre dérapage pourrait transformer le stade en zone d’exclusion aérienne.
Tapha Tine : l’artillerie lourde et les experts
Pour contrer l’ascension fulgurante de Franc, l’invaincu des Parcelles, Tapha Tine ne s’est pas contenté de soulever de la fonte dans des salles de sport sombres. Le Géant du Baol a révolutionné sa préparation en recrutant une véritable armée de l’ombre : des préparateurs physiques venus d’Europe, mais aussi des ‘experts’ en stratégie de combat. L’enjeu est colossal. Pour Tapha, c’est le combat de la maturité, celui qui doit prouver que la force brute du Baol peut encore terrasser la fougue technique de la jeune garde. Il ne s’agit plus seulement de cogner ; il s’agit de ne pas tomber dans le piège tactique d’un Franc plus mobile que jamais.
Le cocktail explosif : mystique et FCFA
On ne le répétera jamais assez : la lutte sénégalaise est une science occulte enveloppée dans un business de luxe. Entre les potions mystiques de safara déversées par litres et les enjeux financiers qui feraient trembler un agent de change de la rue de Thiong, l’atmosphère est électrique. Les parieurs s’agitent, les marabouts consultent les cauris, et les sponsors comptent les secondes de visibilité. L’arène reste d’ailleurs le seul endroit au pays de la Téranga où l’on peut se taper dessus légalement, sous les applaudissements de la foule, sans finir devant le procureur ou en garde à vue à la gendarmerie… à une condition sine qua non : que les supporters, eux, gardent leurs mains dans leurs poches.
Un test de sécurité pour le pays
Au-delà de l’aspect sportif, ce duel du 15 février sera un véritable test pour l’ordre public. Dans un contexte national où chaque rassemblement est scruté avec méfiance par les autorités, la lutte doit prouver qu’elle peut s’autoréguler. Franc joue sa réputation d’invincibilité, Tapha Tine joue son héritage, et le Sénégal joue son image. Car si les muscles sont de sortie, c’est bien la discipline qui sera l’arbitre final de cette soirée. Rendez-vous le 15, si les nerfs des uns et des autres ne lâchent pas avant le premier coup de sifflet.
La Rédaction de Tract Hebdo


