UCAD : quand le savoir est passé de la tête… aux pieds (des forces de l’ordre)

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Tract  Hebdo – L’université sénégalaise est en deuil. Encore une fois. Une fois de trop. Abdoulaye Ba, étudiant en deuxième année de médecine, ne posera jamais de diagnostic, ne prescrira jamais de remède et ne sauvera aucune vie. Sa propre trajectoire s’est arrêtée net, fauchée par une « consultation » d’un genre nouveau, administrée à domicile par des praticiens en uniforme et rangers. Le 10 février dernier, la chambre d’étudiant, ce sanctuaire censé abriter les rêves de la future élite, s’est transformée en souricière. Ce jour-la, apparemment, pour le gouvernement Sonko 2 de la Rupture, la réforme universitaire ne passait plus par les amphithéâtres, mais par une gestion très « physique » des arriérés de bourses.

La pédagogie du coup de pression

On nous avait promis, la main sur le cœur et le « Projet » sous le bras, un campus apaisé, une académie d’excellence où le débat d’idées remplacerait le fracas des boucliers. Résultat des courses en ce mois de février 2026 : les restaurants universitaires sont clos et les chambres du campus social sont fermées, transformant l’UCAD en un immense centre de retraite spirituelle désertique avec aucun pénitent dedans C’est bien connu, la fumée blanche des lacrymos aide à la concentration ? 

Une réforme qui marche à l’envers

Si l’objectif était de vider les campus pour ne plus avoir à gérer les contestations, c’est une réussite totale. Les cités universitaires ressemblent désormais à des zones de combat post-apocalyptiques où les seuls diplômes distribués sont des certificats d’aptitude à l’esquive de projectiles. On se demande sincèrement : si c’est cela l’impossible réforme, ne serait-il pas temps de réformer d’abord les réformateurs ?

On ne peut accepter que le savoir et la quête de savoirs soient ainsi piétiné. On ne construit pas une nation souveraine en gazant sa jeunesse studieuse. La rupture systémique ne doit pas être celle des crânes, mais celle des mauvaises habitudes. Or, sur ce coup-ci,  on a l’impression qu’on a nous a reconduit un ancien logiciel inchangé d’un iota : la jeunesse a réclamé des bourses, on lui a répondu par la poudre. C’est une méthode d’un autre âge, une « très mauvaise droite » qui frappe sans réfléchir.

Le silence assourdissant du « Projet »

Le « PROJET », ce mot mystique, semble avoir oublié cette fois-ci un chapitre essentiel : celui de la dignité humaine au sein de l’école. Comment peut-on parler de souveraineté numérique ou industrielle quand les futurs ingénieurs et médecins doivent jouer à cache-cache avec les forces de l’ordre pour ne pas finir à la morgue ?

Le contraste est saisissant : d’un côté, les ors de la diplomatie internationale à Addis-Abeba, et de l’autre, l’odeur de brûlé et le sang sur les pavés de Dakar. N’uu aurait-il pas la une schizophrénie gouvernementale qu’il devient urgent de traiter ? On attend toujours que les théoriciens du pouvoir nous expliquent mathématiquement comment on peut mémoriser l’anatomie humaine avec pour seul éclairage les gyrophares des blindés. Abdoulaye Ba est mort pour avoir voulu apprendre. Aussi, n’oublions pas que derrière chaque statistique de « réforme réussie », il y a parfois un cercueil qu’on ne devrait pas avoir à porter. Nous encaissons la douleur, mais laissez nous pointe du doigt les responsables avec une précision chirurgicale.

Dibor Faye, journaliste, Tract Hebdo

www.tract.sn

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