ICS : l’État range les pioches, ferme trois concessions, sort les dossiers et cherche les propriétaires

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Tract Hebdo – Le verdict est tombé comme un couperet dans le ciel industriel de Mboro et Taïba : l’État a officiellement décidé de ne pas renouveler trois concessions minières majeures détenues par les Industries Chimiques du Sénégal (ICS). Pour une fois, le discours politique a pris une tournure concrète. On ne se contente plus de discourir sur la « souveraineté » dans des séminaires feutrés à Dakar ; on s’attaque enfin au cœur du réacteur : les ressources minières, ce fameux sous-sol qui, en théorie, appartient au peuple sénégalais, mais qui, en pratique, est souvent passé entre les mains de ceux qui possèdent les plus grosses machines, les meilleurs avocats d’affaires et les réseaux d’influence les plus opaques.

Cette décision, à bien des égards, est une victoire « résolument de gauche ». Récupérer ce qui appartient à la nation, c’est le B.A.-BA du socialisme pragmatique que nous revendiquons. Depuis trop longtemps, le phosphate sénégalais était traité comme une rente privée, laissant aux populations locales les nuisances environnementales et à l’État des miettes en termes de redevances. En reprenant la main, le gouvernement envoie un signal clair : le temps du « far-west » minier, où les multinationales dictaient leurs conditions au mépris de l’intérêt national, touche à sa fin. C’est un coup de semonce nécessaire qui réjouit tout citoyen soucieux de voir les richesses du sous-sol servir enfin au développement réel du pays, et non au seul enrichissement des actionnaires.

Cependant, si nous avons le cœur à gauche, nous surveillons le mouvement. Car, dans l’histoire de notre pays, on a trop souvent vu les nationalisations se transformer en « partage de gâteau » entre nouveaux initiés. Une fois les anciennes concessions récupérées, la question n’est plus de savoir si c’est une bonne décision, mais comment elle sera mise en œuvre. Qui va hériter des pelles, des camions et de l’exploitation ? Est-ce que ce phosphate servira à construire des écoles, des hôpitaux et à financer la transition agricole, ou va-t-il simplement changer de main pour tomber dans l’escarcelle des « nouveaux copains » du régime, ceux qui ont remplacé les anciens obligés sur les banquettes du pouvoir ?

Nous resterons donc aux aguets. Le retour des concessions dans le giron public est une première étape, courageuse et nécessaire. Mais la transparence devra être totale sur les nouveaux contrats d’exploitation. Si c’est pour que l’État devienne simplement un gestionnaire de copinage, alors la « rupture » promise ne sera qu’une simple redistribution des cartes au sommet. Le peuple n’a pas besoin de nouveaux prédateurs locaux pour remplacer les anciens prédateurs étrangers ; il a besoin d’une gestion transparente, au service de la collectivité. On attend donc de voir la suite avec impatience. À bon entendeur, salut : les dossiers sont sortis, mais le peuple, lui, regarde par-dessus l’épaule des signataires.

Dibor Faye, journaliste, Tract Hebdo

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