le président de parti et ‘auto-disciple wadiste’ Babacar Gaye s’y met aussi : ‘Commandos de Sonko, calots bleus du PDS, tontons macoutes du PS, nervis de l’APR ? Henriette Niang Kandé et Sud Quotidien : Attention !!!’

Le politicien (ancien du PDS) Babacar Gaye est formel dans sa réponse a Henriette Niang Kande : 'Chaque régime sénégalais a produit simultanément ses intellectuels, ses communicants, ses mobilisateurs, ses groupes de défense et parfois ses nervis.'(sic!)
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Tract – Et voila, last but not least, le président de parti (qui ne souhaite participer pourtant à aucune élection, ni ne postule à aucun poste; dit-il ! -sic) et autoproclamé ‘disciple wadiste’, notre ami Babacar Gaye, s’est aussi fendu hier mardi 19 mai 2026 d’une réponse à la chronique d’Henriette Niang Kande, Dirpub de Sud Quotidien, qui a manifestement touché la où ça fait mal, pour tous les politiciens : celui de l’engagement, sincère ou non, bénévole ou stipendié, intellectuel ou violent, de leurs fournées de militants. Des encostumés aux dépénaillés, lesdits militants, entre 1958 et 2026…
Voici donc ce que le politicien madré Babacar Gaye a appellé sa ‘chronique planifiée de Babacar Gaye ou Réponse à Mme Henriette Niang Kandé’

Du club de réflexion aux commandos : attention aux raccourcis historiques

Mme Henriette Niang Kandé a signé un texte brillant, vivant et remarquablement écrit sur l’évolution du vocabulaire militant au Sénégal.
La plume est élégante, les images fortes et l’ironie souvent savoureuse. Mais derrière la qualité littéraire se glisse une reconstruction historique discutable, parfois déséquilibrée, qui finit par produire une lecture partielle, et donc partiale, de notre histoire politique.
Car l’histoire du militantisme sénégalais ne suit pas une trajectoire aussi linéaire qu’elle le suggère : du penseur senghorien au «bouclier humain» contemporain. La réalité est beaucoup plus complexe.
En effet, les différentes formes de militantisme ont coexisté sous tous les régimes. Il a été intellectuel, clientéliste, musclé, idéologique et parfois para-sécuritaire.
Le premier biais du texte consiste à idéaliser excessivement l’époque senghorienne en la réduisant presque à une République de professeurs, de philosophes et d’intellectuels débattant dans des salons feutrés autour de la négritude et du socialisme africain.
Oui, il y eut des clubs de réflexion. Oui, il y eut le Club Nation et Développement, le GRESEN et toute une galaxie d’intellectuels gravitant autour du pouvoir. Mais réduire le militantisme senghorien à une aristocratie cérébrale revient à oublier volontairement une autre réalité : celle des «Comités d’action», pour ne pas dire de bastonnade, des mobilisations encadrées, des réseaux d’appareil et parfois la survivance d’un militantisme de pression organisé autour du parti-État.
Le Sénégal a connu son premier assassinat politique en mars 1967, lorsque Ibou Ndaffa Faye, gros bras de Jacques d’Erneville, poignarda à mort le sémillant député-maire de Mbour, Demba Diop.
Aussi, le Sénégal post-1968 n’était-il pas seulement une bibliothèque bien garnie ; c’était aussi un système politique soucieux du contrôle social et de la maîtrise de la rue par une violence clandestine d’État.
L’histoire des militants-soldats n’a donc pas commencé avec Abdoulaye Wade qui, il faut le rappeler, a fait ses débuts à l’UPS et, par conséquent, a vécu les renouvellements sanglants et la culture d’affrontement des tendances rivales du parti unique. Vouloir lui imputer l’émergence de ces «militants-soldats», c’est lui faire un mauvais procès en ce mois de son centenaire. Et c’est là que réside le second déséquilibre du texte.
Sous Abdou Diouf également, le militantisme ne se limitait nullement à des «soutiens» assis sous des tentes avec des chaises en plastique ou à des tribunes et éditoriaux signés par des intellectuels.
Cette période a connu des formes beaucoup plus offensives d’organisation politique. Les «Tontons Makhouts» du Parti socialiste, les groupes de pression militants ou encore les «lutteurs» conduits notamment par l’ancien ministre des Sports participaient déjà d’une logique de démonstration de force, d’occupation de l’espace public et parfois d’intimidation politique.
Autrement dit, la «milicisation» symbolique du militantisme précède largement l’alternance de 2000.
Le texte commet aussi une autre injustice historique. Il laisse croire que les régimes récents auraient abandonné toute dimension intellectuelle ou doctrinale pour ne privilégier que l’usage des milices et des gros bras. Là encore, les faits résistent à cette simplification.
Le Parti démocratique sénégalais de Wade ne se résumait pas aux «Calots bleus», dont la création fut aussi une réponse politique aux embuscades de Makacoulibantang, aux attaques de Loro et à la tentative d’assassinat de Maître Wade à Ndande.
En effet, bien avant Felwine Sarr, Mamadou Diouf, Mbougar Sarr, Boubacar Boris Diop, Massamba Diouf et consorts, le PDS a eu aussi ses intellectuels organiques, au sens gramscien du terme : Abdoulaye Wade, Fara Ndiaye, Boubacar Sadji, Abdourahmane Cissé, Saliou Kandji, etc.
Né un an après la publication du «Manifeste des 200», le Parti démocratique sénégalais a toujours disposé de cadres de formation militante et d’espaces de production intellectuelle structurés : l’Institut libéral, la Coordination des Cadres du PDS, le Club Initiatives et Stratégies, le Cercle des intellectuels, des cellules de réflexion économique, juridique et diplomatique qui alimentaient le débat public et préparaient l’alternance.
De la même manière, sous Macky Sall, il y eut certes les «Marrons du feu», mais également le Cercle des Cadres Républicains, le Cercle des Universitaires Républicains et plusieurs réseaux technocratiques qui participaient à la production doctrinale du pouvoir.
Les programmes «Yoonu Yokkute» et le PSE ne sont pas sortis de la cuisse de Jupiter ; ils sont le fruit de plusieurs mois de réflexion et de production intellectuelle.
Chaque régime sénégalais a donc produit simultanément ses intellectuels, ses communicants, ses mobilisateurs, ses groupes de défense et parfois ses nervis.
La différence réside moins dans leur existence que dans le contexte politique, le niveau de tension nationale et surtout la puissance des réseaux sociaux, qui rendent aujourd’hui ces phénomènes beaucoup plus visibles et viraux.
C’est pourquoi il faut se méfier des reconstructions romanesques de notre histoire politique. Le Sénégal n’est jamais passé brutalement de la bibliothèque au commando. Les deux ont toujours coexisté.
Derrière chaque grand régime sénégalais, il y eut toujours des idéologues, des stratèges, des militants disciplinés, des gardes rapprochées politiques et des structures de mobilisation populaire constituées de gros bras et de sympathisants zélés.
La République sénégalaise a toujours mêlé le verbe et le rapport de force.
En vérité, le texte de Mme Henriette Niang Kandé décrit moins une évolution absolue du militantisme qu’une transformation du langage politique et de la mise en scène du pouvoir. Et encore.
Car même aujourd’hui, derrière les «Boucliers», les «Commandos» ou les «Forces spéciales», persistent toujours des clubs de réflexion, des cercles universitaires, des laboratoires d’idées et des technocraties politiques qui continuent d’alimenter le débat public. Heureusement d’ailleurs.
Le Sénégal reste, malgré ses tensions, une démocratie profondément bavarde, intellectuelle et politique. Et c’est au nom de ce bavardage intellectuel que je me suis permis d’égratigner ma cousine à plaisanterie, qui était certainement en train de s’empiffrer de pain beurré au moment de revisiter l’histoire des militants-soldats. À moins qu’elle ne rêvât de béliers aux grosses cornes en cette période de tracasseries sociales causées par la Tabaski.
C’est peut-être même là sa singularité : nous avons réussi l’étrange prouesse de transformer à la fois les concepts et les idées, d’une part, et les rapports de force, d’autre part, en culture politique nationale.
Par Babacar Gaye
Disciple de Me Abdoulaye Wade
(aimable autorisation a Tract Hebdo – www.tract.sn)
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