[IN MEMORIAM] Ndeysaan 1 année déjà! Baba Diaw, le grand homme d’affaires sénégalais, à tiré sa révérence (Par Majib Sène)

Tract – En décidant de consacrer une chronique à celui qu’on appelle « ITOC » à cause de ses activités dans le secteur des hydrocarbures, j’ai voulu lui rendre un hommage à la mesure de ses capacités. Ce thiéssois bon teint, grand intellectuel de surcroît, n’en demeure pas moins un vénérable ardo qui n’est lui-même que quand il est dans sa ferme, entouré de ses vaches laitières qui font sa fierté.

 Peu de sénégalais savent que Abdoulaye Diaw est un intellectuel d’une rare espèce pour avoir fréquenté les bancs du très célèbre Lycée Louis Le Grand à l’instar de son aîné feu Habib Thiam, ancien Premier Ministre du Président Abdou Diouf. Originaire d’une modeste famille qui manquait presque de tout, Dieu lui a donné, dans sa jeunesse estudiantine, une intelligence hors du commun à tel point que partout à l’école, il est premier surtout en mathématiques. Ce privilège qui n’est réservé qu’aux êtres doués, ne lui a jamais fait défaut raison pour laquelle il ne cesse d’accumuler des succès. Refusant la facilité, il a retroussé les manches pour travailler dur à l’instar des bâtisseurs d’empires. Ingénieur diplômé de l’École Centrale de Lille, puis ingénieur de l’Institut Français du Pétrole, il rentre au bercail et se met à la disposition de son pays. Intelligent, travailleur acharné, engagement et détermination sans faille, il a servi son pays d’appartenance dans toute la mesure de ses capacités. Son surnom ITOC résulte de sa cohabitation avec le pétrole, ce liquide précieux qu’il connaît à merveille pour l’avoir étudié en profondeur au point d’en être un exceptionnel manipulateur.Loin d’être un perroquet, encore moins un tonneau d’autant plus vide que sonore, il mène une vie tranquille conformément à son éducation de base, mais également à sa formation scientifique. Malgré une situation sociale proche de la stabilité, l’homme déteste le m’as-tu-vu et préfère la sobriété dans ses actes et dans son comportement dans la société. Beaucoup de sénégalais ignorent que cet homme d’affaires est un brillant intellectuel bardé de diplômes, parce qu’il ne se comporte pas comme un paon, cet oiseau le plus vaniteux d’entre tous. Parler en temps opportun, agir avec méthode et discernement et ne faire que ce qui est utile, tel pourrait être catalogué cet homme aux élans féconds. Jadis adulé par le Président Senghor en raison de sa grande intelligence, ami du Président Abdou Diouf en raison de ses immenses capacités managériales, bien considéré et respecté par le Président Abdoulaye Wade et conseiller privilégié du Président Macky Sall qui a la même formation que lui, voilà Baba Diaw ITOC.Il fait partie des meilleurs fils du Sénégal compte tenu de son engagement patriotique, de son ancrage permanent dans les valeurs et vertus d’un peuple toujours debout, jamais couché. Il peut être offert en exemple à la jeunesse d’aujourd’hui hélas trop souvent pressée pour atteindre les sommets de la gloire. Le Sénégal tel qu’il est aujourd’hui, porte l’empreinte indélébile de nos braves devanciers qui nous ont balisé les chemins incontournables qui mènent vers la réussite. Notre marche résolue vers les terres promises de l’émergence, doit être l’affaire de toutes et de tous car c’est dans ce pays que Dieu a tracé notre destin commun. Vivement que d’autres Baba Diaw émergent dans notre cher Sénégal, terre d’échanges et de rencontres, et carrefour de germination des plus belles fraternités.Hélas, c’est ce matin du mercredi du 3 juillet 2024, au moment où les trombes d’eau annonçant le prochain hivernage tombaient sur une partie de Dakar, que l’annonce a été faite du rappel à Allah SWT, de ce grand homme aux élans féconds. La mort sème partout le désarroi et la désolation. Celle du riche et celle du pauvre, celle du saint et du mécréant, elles ont toutes la même signification parce que marquant la fin de la vie sur terre. À sa famille éplorée, à ses amis et à tous ceux qui l’ont connu et aimé, nous présentons nos condoléances attristées et prions pour le repos de son âme dans les splendides jardins de Firdawsi. Amine.Majib Sène

[FOCUS] Refuser un visa à un Académicien sénégalais de renom : un affront à la science et à la dignité (Par Dr Papa Abdoulaye SECK)

Tract –  »Monsieur le Consul Général de France,

 Je vous écris en tant qu’ancien Ministre, ancien Ambassadeur, ancien Directeur général de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), ancien Directeur général d’AFRICARICE, ancien Président du Groupe des 77 et Chine auprès de la Plateforme des Nations Unies à Rome, membre de six académies scientifiques de prestige – dont la très respectée Académie d’Agriculture de France – Chevalier de la Légion d’honneur française et Commandeur de l’Ordre du Mérite agricole (France).Il s’agit pour moi de dire ce qui suit :La récente décision des autorités consulaires françaises de refuser un visa au Dr Moctar Touré, Président de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal (ANSTS), est une humiliation inacceptable pour la science et pour le Sénégal. Ce refus intervient alors que le Dr Touré était invité pour faire une communication scientifique dans le cadre d’une rencontre internationale. En d’autres termes, pour faire ce qu’il sait faire de mieux : partager le savoir, représenter dignement l’Afrique scientifique, et contribuer à la réflexion mondiale sur les enjeux cruciaux du développement.Ce refus est difficilement excusable. Il constitue un geste d’un autre âge, empreint d’une condescendance qu’on croyait disparue. Empêcher un scientifique de cette envergure – ancien Directeur général de l’ISRA, ancien haut fonctionnaire à la Banque mondiale, pilier de la coopération scientifique internationale – d’accomplir sa mission intellectuelle, c’est s’attaquer à l’idée même de coopération scientifique. C’est envoyer un signal désastreux à tous les scientifiques africains : vos voix, vos idées, vos expertises ne valent pas déplacement. Je m’interroge : comment peut-on, dans le même temps, louer les vertus du dialogue scientifique mondial, vanter l’importance des partenariats équitables, et humilier publiquement l’un de ceux qui, depuis des décennies, incarnent ce pont entre les continents ? Ma déception est sans bornes! En effet, ce refus de visa n’est pas seulement un acte bureaucratique. C’est un acte éminemment politique. Il porte atteinte à la dignité de la science , à la liberté académique et à la reconnaissance du mérite.C’est une décision grave qui éloigne la France de l’Afrique scientifique! C’est pourquoi je me joins à toutes les voix, au Sénégal comme ailleurs, qui exigent des explications claires et des correctifs immédiats. Le Dr Moctar mérite d’être écouté, respecté, honoré! Et la coopération scientifique, si elle veut rester crédible, doit commencer par le respect .Je suis traumatisé et je pense à mes nombreux amis scientifiques français qui vont souffrir de cette décision si irréfléchie si absurde si opposée à une science sans frontière. « L’orgueil d’être différent ne doit pas empêcher le bonheur d’être ensemble « disait si justement le Président-poète feu Leopold Sédar Senghor, ce sénégalais qui a enseignait le français aux français de la France dans un lycée de Tours.En clair, ce qui est beau est la résultante de nos différences , monsieur le Consul général.! Laissez, monsieur le Consul Général, couler mes larmes et aidez-moi à amplifier mes prières pour un monde nouveau. »Dr Papa Abdoulaye SECK Membre de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal Membre de l’Académie d’Agriculture de France Ancien Ministre de l’Agriculture et de l’Équipement rural du Sénégal Ancien Ambassadeur du Sénégal auprès de la FAO, du FIDA et du PAM Ancien Directeur général de l’ISRA et d’AFRICARICE Chevalier de la Légion d’honneur (France) Commandeur de l’Ordre du Mérite agricole (France)

[ÉCOFINANCE] Éviter la crise chronique de l’endettement (Par Me Amadou Aly KANE)

Tract – La Cour des Comptes avait arrêté à hauteur de  99, 97 % du PIB, le ratio d’endettement du Sénégal, courant Septembre 2024. Il y a moins d’une semaine une Banque internationale a surenchéri en portant le taux d’endettement du pays à 120% du PIB.

 Au regard des implications de cette situation, il y a lieu de craindre pour notre pays, le syndrome de la dette argentine c’est-à-dire une spirale d’endettement.Pour combler notre déficit budgétaire élevé car, supérieur à la norme communautaire fixée à 3% du Pib d’une part et d’autre part pour éviter le défaut de paiement de sa dette, le Sénégal sera obligé d’emprunter de manière chronique et , à un taux loin d’être concessionnel .En effet, nous ferons face à un autre déficit jumeau qui est la perte de confiance des marchés financiers, en raison de la dégradation de la note souveraine de notre pays. Ce qui signifie que le loyer de l’argent sera de plus en plus cher pour le Sénégal.Comble de malchance, nous ne pourrons pas pour l’instant compter sur l’appui du bailleur de fonds multilatéral qu’est le FMI.Comment sortir au plus vite de ce mauvais pas ?Il faut indiscutablement un plan de relance pour stimuler notre économie. Ce plan, à notre sens, doit comporter plusieurs volets :– un volet politique– un volet juridique et judiciaire– un volet financier– un volet économique– un volet diplomatique.De notre point de vue, une approche exclusivement économique et financière, ne sera pas suffisante pour nous sortir du tunnel. Le pays scrutera avec une attention soutenue les propositions de sortie de crise du gouvernement.Me Amadou Aly KANE

[POINT DE VUE] Audition des magistrats par la commission d’enquête de l’assemblée nationale dans le nouveau Règlement intérieur: quelques précisions essentielles (par Amadou Ba, député Pastef)

Tract –  »En tant que membre de la commission ad hoc chargé de la rédaction du nouveau Règlement intérieur de l’assemblée nationale (RIAN), il m’a paru important d’apporter quelques précisions suite aux inquiétudes soulevées par le magistrat Mamadou Yakham Keïta.Dans un article publié dans les médias intitulé: « Quand le juge devient justiciable devant le Parlement », l’éminent juge au Pool judiciaire financier alerte sur les dangers et risques de la possibilité ouverte dans le nouveau RIAN d’auditionner les magistrats devant ses commissions d’enquête.Il estime que la possibilité d’auditionner un magistrat peut entrer en contradiction avec le principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs et devenir potentiellement un instrument de pression du juge et de son indépendance.Il convoque pour s’en convaincre le droit comparé, en faisant remarquer que les grands systèmes démocratiques de la France, des États Unis ou du Royaume Uni n’ouvrent pas cette possibilité à leur parlement au nom de la protection de l’indépendance des magistrats.Ces inquiétudes sont légitimes et il faut savoir gré au juge Keïta d’avoir permis le débat juridique grâce à sa contribution de très haute facture.Qu’il me plaise ici de pouvoir lui apporter quelques éléments de réponse qui pourront définitivement (je l’espère humblement) apaiser ses craintes.Il faut rappeler que le nouveau Règlement intérieur est le fruit d’un travail collectif avec la participation de tous les groupes parlementaires.C’est ce consensus qui a permis son adoption par la plénière, à l’unanimité. Ce qui est exceptionnel vu le contexte politique.Ensuite, le Règlement intérieur apporte de très nombreuses modifications et innovations, dont les plus importantes se retrouvent effectivement dans les dispositions sur les Commissions d’enquête qui tenaient en un seul article dans l’ancien RIAN.Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 5 articles (art 53 à 58) qui traitent des Commissions d’enquête, montrant une volonté de renforcer sa légalité et son efficacité.Effectivement, désormais, les personnes appelées pour audition ont l’obligation d’y déférer avec le soutien de la force publique au besoin.La Commission d’enquête ne peut se faire opposer le secret professionnel dans la communication de certains documents (sauf ceux touchant la Défense).L’assemblée nationale a en outre maintenant la possibilité de saisir la justice si ces commissions d’enquête découvrent des faits pouvant être qualifiés de crimes ou délits.Ces innovations sont des ruptures importantes visant à garantir la mission constitutionnelle de l’assemblée nationale de contrôle de l’action du gouvernement.Bien sûr qu’il est aussi désormais possible d’auditionner des ministres et des magistrats, mais pour ces derniers, il est apporté des garanties essentielles empêchant toute possibilité de dévoiement des commissions d’enquête en instrument de pression sur la justice.Tout d’abord, avant toute constitution d’une Commission d’enquête, le Bureau de l’assemblée nationale saisit OBLIGATOIREMENT le ministre de la justice pour recueillir son avis sur d’éventuelles interférences avec des affaires judiciaires en cours.Si le ministre confirme ces possibles interférences, la proposition de constitution de la Commission d’enquête est annulée sine Die (art 54).Ensuite, Il ne peut être créé de commission d’enquête lorsque les faits ont donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours ou qu’un jugement définitif est intervenu sur les faits. Si une commission a déjà été créée, sa mission prend fin dès l’ouverture d’une information judiciaire relative aux faits qui ont motivé sa création (art 53).Pour l’audition des magistrats en service, il est OBLIGATOIRE de solliciter l’autorisation du Ministre de la Justice (art 56). L’assemblée nationale ne peut donc convoquer DIRECTEMENT un magistrat, encore moins requérir la force publique à son encontre.On voit qu’il impossible qu’une commission d’enquête fasse quelque ingérence contre l’indépendance de la justice et des magistrats dans des affaires en cours, car le ministre de la justice est érigé en rempart infranchissable contré toutes velléités parlementaires.Plus déterminante, une commission d’enquête sur la justice ne concerne que le SERVICE PUBLIC DE LA JUSTICE, et non des affaires en cours ou déjà jugées.Par exemple, si l’assemblée nationale souhaite comprendre les causes de la surpopulation carcérale, il sera impossible d’aboutir à des réformes structurantes sans l’audition des acteurs clefs que sont les juges d’instruction et les procureurs qui sont au cœur des problématiques liées aux longues détentions préventives.D’ailleurs les magistrats ne sont pas les seuls concernés. Les ministres peuvent être auditionnés sur AUTORISATION du Président de la République, de même que les députés sans besoin de lever leur immunité parlementaire.Ces innovations apportées au RIAN sont certes révolutionnaires par rapport à ce qui avait cours au Sénégal, mais elles n’atteignent pas ce qui se fait dans les démocraties majeures.En France par exemple, on se souvient tous de la commission d’enquête dans l’affaire Doutreau avec la mémorable audition du Juge Burgeau.Tout le monde y passe en France, du premier ministre, au magistrat jusqu’au plus petit fonctionnaire, même les gérants des grandes entreprises privées, jusqu’à récemment les Tiktokeurs et influenceurs pour réguler leur influence sur la jeunesse.Comme nous pouvons le constater, l’Assemblée nationale est en train d’opérer une véritable révolution démocratique pour être conforme à ses missions constitutionnelles jusque-là en léthargie.Mais cette révolution se fait dans le strict respect des droits de personnes auditionnées avec des garanties procédurales réelles, eu égard à leur statut particulier, et dans le strict respect du principe à valeur constitutionnelle de séparation des pouvoirs.Honorable député Amadou Ba, Pastef

[POINT DE VUE] Quand le juge devient justiciable devant le Parlement… (Par Mamadou Yakham Keita)

Tract – Le projet de nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale du Sénégal introduit des innovations importantes, notamment en matière de commissions d’enquête parlementaire. L’intention affichée est louable : renforcer le pouvoir de contrôle des députés sur la vie publique. Mais un article en particulier mérite une attention aiguë, tant il fait peser un risque réel sur l’équilibre des pouvoirs : l’article 56, qui prévoit que les commissions d’enquête pourront convoquer des magistrats en exercice, sous autorisation du ministre de la Justice.

 Cette disposition ne tombe pas du ciel. Elle fait écho à une actualité encore récente, où des soupçons graves avaient visé des membres de l’autorité judiciaire. L’idée d’une audition parlementaire avait alors été évoquée, puis abandonnée, car elle ne reposait sur aucune base légale. L’article 56 semble vouloir combler ce vide pour l’avenir.Mais ce qui est en jeu dépasse de loin un simple correctif technique. Car cette disposition — jointe à la procédure prévue à l’alinéa 2 de l’article 62, qui permet le recours à la force publique en cas de refus de comparution — crée un brouillage institutionnel d’une gravité inédite.La force publique – police ou gendarmerie – placée sous l’autorité du juge, pourrait-elle être requise pour contraindre ce même juge à se présenter devant une instance politique ? Que resterait-il alors de l’autorité symbolique et fonctionnelle du magistrat ? Comment pourrait-il exercer son office avec la sérénité et l’impartialité requises, après avoir été publiquement convoqué, voire physiquement contraint, à répondre à une instance législative ?L’argument selon lequel la procédure parlementaire ne serait pas pénale pourrait être avancé. Mais cette distinction ne résiste pas à l’analyse. L’article 56 impose la comparution, le serment obligatoire, prévoit des sanctions pénales (articles 355 et suivants du Code pénal), autorise le recours à la force publique (article 62, alinéa 2), et permet de saisir le procureur de la République en cas d’infractions (article 57).Ces éléments traduisent une dynamique quasi juridictionnelle. Or, selon l’article 25 de la loi organique n°2017-10 portant statut des magistrats, un magistrat ne peut être auditionné, même à titre préliminaire, que par le Procureur général près la Cour suprême ou par un pair habilité, et uniquement avec l’autorisation expresse du ministre de la Justice.Ce niveau élevé de protection procède d’un souci de préservation de l’indépendance fonctionnelle de la magistrature.L’article 57 du projet de règlement, en confiant la transmission des faits au Procureur de la République, semble ignorer cette architecture statutaire. Il introduit ainsi une confusion regrettable entre mécanisme politique d’enquête et cadre judiciaire réservé, pourtant strictement balisé par une loi organique.Il en résulte un conflit normatif entre deux textes organiques que seul le Conseil constitutionnel pourra trancher.Mais il y a plus fondamental encore : la commission d’enquête parlementaire est un outil de contrôle de l’exécutif, pas un instrument d’investigation sur le pouvoir judiciaire. Les magistrats ne relèvent pas du gouvernement. Ils ne sont pas comptables de leur action devant l’Assemblée nationale. Les convoquer, c’est confondre la transparence avec l’ingérence, et le contrôle démocratique avec l’empiétement sur une sphère institutionnelle indépendante.Et sur ce point, le droit comparé est limpide.* En France, les magistrats en fonction ne sont jamais convoqués par les commissions d’enquête. Leur contribution éventuelle se fait par écrit, via le ministère de la Justice ou le Conseil supérieur de la magistrature.* Au Royaume-Uni, les select committees n’ont aucun pouvoir contraignant sur les juges en exercice. Lorsqu’un point de vue judiciaire est requis, il passe par des rapports ou des institutions spécialisées, mais jamais par des auditions directes.* En Allemagne, les commissions d’enquête n’entendent que des experts extérieurs ou des anciens magistrats. Aucun juge en service n’a à justifier son action devant le Bundestag.* Même aux États-Unis, où les commissions du Congrès disposent de pouvoirs étendus, les juges fédéraux bénéficient d’une immunité fonctionnelle stricte. Le Department of Justice peut être saisi, mais les magistrats eux-mêmes restent hors de portée des convocations politiques.Ces exemples ne sont pas des exceptions. Ils sont la norme dans toutes les démocraties respectueuses de la séparation des pouvoirs.Or, l’article 56, en l’état, fait du Sénégal une anomalie démocratique en devenir : le seul pays, à notre connaissance, à prévoir formellement la convocation, et potentiellement la contrainte physique, d’un magistrat par une commission d’enquête parlementaire.Ce n’est pas ici une réaction corporatiste. C’est une alerte institutionnelle. La justice ne peut rester sereine et impartiale si elle est exposée, même ponctuellement, à une mise en cause politique directe.Renforcer le contrôle parlementaire, oui. Mais en respectant la ligne rouge de l’indépendance judiciaire. Car le contrôle n’est pas la subordination, et la transparence ne doit jamais servir de prétexte à l’affaiblissement des contre-pouvoirs.D’autant plus que ce texte, adopté sous forme de loi organique, devra, avant toute promulgation, être soumis au contrôle de constitutionnalité, conformément à l’article 78 de la Constitution. C’est une étape décisive. Car une démocratie forte ne se mesure pas à l’étendue des pouvoirs, mais à leur équilibre.Mamadou Yakham KeitaMagistrat

[FOCUS] L’approche sectorielle du changement climatique, un blocage aux financements et aux politiques climatiques (par Dr Aliou Gori DIOUF)

Tract – À l’occasion de la Conférence mondiale sur le financement du développement, ouverte ce lundi 30 juin en Espagne, nous partageons une réflexion critique inspirée par la dernière publication de la Climate Policy Initiative (CPI), consacrée au paysage mondial du financement climatique.

 IntroductionCe rendez-vous international de haut niveau constitue, à notre avis, un cadre opportun pour interroger les dynamiques actuelles du financement du développement, mais aussi pour examiner de manière approfondie les avancées, les limites et les perspectives du financement climatique mondial.La Climate Policy Initiative (CPI) établit régulièrement un état des lieux du financement climatique mondial à travers des publications fondées sur la compilation rigoureuse de données issues de multiples sources et acteurs. Ces rapports visent à analyser les flux financiers destinés à lutter contre le changement climatique, tant à travers l’adaptation que l’atténuation.C’est dans ce contexte que nous proposons une lecture critique des constats posés par la CPI, en y apportant une grille d’analyse centrée sur les limites structurelles de l’architecture institutionnelle actuelle et sur la nécessité d’un changement de paradigme pour accélérer les politiques climatiques. 
  1. La Climate Policy Initiative alerte
La publication de la CPI, parue en juin 2025 et portant sur les flux financiers de l’année 2023, dresse un bilan actualisé et détaillé des ressources mobilisées pour faire face au changement climatique, tant pour l’atténuation que pour l’adaptation. Elle met en lumière des progrès encourageants, mais également des alertes majeures sur les menaces qui pèsent sur la mobilisation future des ressources. Si une analyse approfondie des résultats fera l’objet d’un autre document, nous proposons ici une réflexion critique inspirée par l’alerte majeure et les menaces qui pèsent sur la mobilisation future des ressources identifiées par la CPI.La CPI alerte :« Même si les investissements climatiques sont en hausse, les événements géopolitiques en cours en freinent l’élan, risquant d’accentuer la fragmentation et d’avoir un impact sur les flux futurs. Le changement climatique ne s’interrompra pas du fait de priorités politiques changeantes – des politiques climatiques accélérées et des investissements renforcés sont nécessaires pour garantir la stabilité et la sécurité socio-économiques. Une telle action ouvre également de vastes perspectives de développement économique, de création d’emplois, de compétitivité et de prospérité à long terme. L’alternative – le statu quo – ne fera qu’aggraver les dommages économiques, sociaux et environnementaux dans le monde entier. »Cette alerte met en évidence un risque additionnel : l’imprévisibilité des changements de priorités politiques, dictés par des crises géopolitiques susceptibles de surgir à tout moment. Ces crises peuvent entraîner une réaffectation des ressources financières initialement prévues pour l’action climatique vers d’autres priorités nationales. En réponse, CPI recommande l’adoption de politiques climatiques accélérées, accompagnées d’investissements soutenus, comme gage de stabilité et de sécurité socio-économiques. Selon l’Initiative, une telle dynamique serait porteuse d’opportunités concrètes pour le développement, la compétitivité, l’emploi et la prospérité à long terme. À défaut, les pertes économiques, sociales et écologiques risquent de s’aggraver. 
  1. Un statu quo toujours constaté et dénoncé mais toujours mal compris.
Cette mise en garde, bien que particulièrement pertinente et réaliste, n’est pas nouvelle. Elle est récurrente dans la littérature sur l’action climatique depuis plusieurs années. Pourtant, les progrès dans la mobilisation des ressources financières et la mise en œuvre accélérée des politiques climatiques demeurent limités. Ce statu quo est régulièrement dénoncé par les États les plus vulnérables et par la majorité des organisations de la société civile du Sud global comme du Nord. Mais il y a une question rarement posée : pourquoi la léthargie persiste-t-elle malgré les constats et dénonciations ?Peu d’analyses interrogent véritablement les causes profondes de cette inertie. Nous formulons ici l’hypothèse que cette situation découle d’une compréhension biaisée de la problématique climatique – et plus largement environnementale – perçue à tort comme une question strictement sectorielle. 
  1. La dérive sectorielle et sa traduction institutionnelle
Dans la quasi-totalité des pays membres de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), la réponse au changement climatique a été presque systématiquement institutionnalisée via la création de ministères de l’Environnement, devenus les principaux porteurs des politiques climatiques. Cette « ministérialisation » de la question climatique a conduit à une sectorialisation de fait : on applique une approche sectorielle à une question multisectorielle, voire transsectorielle. La question climatique est institutionnellement réservée aux ministères de l’environnement.Pourtant, dans les discours, les acteurs reconnaissent à l’unanimité que le changement climatique est une problématique multisectorielle, voire transversale. Ce paradoxe – une approche sectorielle pour un enjeu fondamentalement transversal – explique en grande partie l’absence d’accélération des politiques climatiques. Les efforts déployés par les ministères de l’Environnement, bien que louables, ne suffisent pas à impulser un changement systémique. 
  1. Un changement de paradigme vers une gouvernance climatique qui donne aux secteurs la place qui leur sied est nécessaire
Aucune politique climatique ambitieuse ne pourra émerger tant que les autres ministères, ceux qui sont impactent et sont impactés par le changement climatique, ne seront pas impliqués de manière équivalente. Il est impératif que les ministères de l’Économie et des Finances, des Infrastructures, des Transports, de l’Énergie, de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche, de l’Éducation, de la Santé, de la Culture, des Télécommunications, de la Recherche, de la Formation professionnelle, de la Protection sociale, ou encore du Numérique etc., soient pleinement engagés dans la lutte contre le changement climatique, au même titre que les ministères de l’Environnement.Chaque ministère doit disposer de son propre agenda climatique, d’un budget spécifique, et de ressources humaines qualifiées, d’un dispositif de mise en œuvre et de suivi-évaluation et apprentissage dédiées à cet enjeu, coordonnés par une structure logée à la Primature ou à la Présidence de la République. Ce n’est qu’à cette condition que pourra émerger une action climatique collective, systémique et coordonnée. ConclusionIl est urgent de rompre avec la logique hiérarchique qui relègue les autres ministères au rang d’acteurs de seconde zone dans la lutte contre le changement climatique. Il faut instaurer une gouvernance climatique partagée où chaque secteur du développement humain se sentira autant responsable et impliqué que le ministère de l’Environnement.Ce changement de paradigme est une condition sine qua non pour voir se développer, dans chaque secteur, des politiques climatiques budgétisées, exécutées par des personnels compétents et ancrées dans les réalités opérationnelles de chaque domaine.Par Dr Aliou Gori DIOUF

[TRIBUNE] Suppléance inédite, dérive dangereuse : le piège du nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale Par Thierno BOCOUM

Tract – La récente adoption du nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale s’inscrit dans une démarche d’ouverture qu’il faut saluer. Elle vise à moderniser les règles parlementaires en associant, pour une fois, l’ensemble des groupes politiques, y compris l’opposition et les députés non-inscrits.

 Cependant, au cœur de cette dynamique, un article retient l’attention par sa portée alarmante : l’article 15.Sous couvert d’organiser la vacance du poste de Président, il introduit une faille de gouvernance sans précédent. Nous sommes face à suppléance sans pouvoir, une élection sans arbitre désigné, un Parlement réduit au silence tant que son Président n’est pas élu.Une situation inédite et dangereuse que cette tribune entend démontrer point par point.L’article 15 aborde enfin un sujet resté depuis longtemps dans l’ombre à savoir la vacance du poste de Président de l’Assemblée nationale. Il évoque trois cas : démission, empêchement définitif, décès. Jusque-là, rien à redire.Cependant, alors qu’on attendait une procédure de continuité, on découvre une suspension pure et simple du pouvoir législatif.Le texte interdit toute activité parlementaire tant que le Président n’a pas été remplacé, sans fixer de délai ni prévoir un mécanisme d’intérim. C’est un saut manifeste dans le vide institutionnel. Un verrou silencieux inséré au cœur du fonctionnement démocratique.Partout où la démocratie est prise en compte, le vide institutionnel est comblé par des mécanismes clairs et opérationnels.En France, le doyen d’âge, assisté des deux plus jeunes secrétaires, préside les séances jusqu’à l’élection d’un nouveau Président (article 2 du Règlement). Aux États-Unis, un « Speaker pro tempore » est immédiatement désigné dans une liste préétablie pour assurer l’intérim. Dans des pays africains comme le Bénin ou le Ghana, un vice-président (souvent le premier élu ou le plus âgé) assure automatiquement l’intérim sans interruption des travaux parlementaires. Ces systèmes assurent la continuité du pouvoir législatif. Le nouveau règlement sénégalais, lui, transforme un vide fonctionnel par la pratique en blocage légalement assumé.Avant 2025, même sans texte explicite, la suppléance pouvait s’imposer naturellement. Le Premier Vice-Président assumait l’intérim, selon son rang et la coutume parlementaire.L’article 9 du règlement de 2002 précisait que les Vice-présidents « peuvent le suppléer », fondant ainsi une suppléance de fait.Avec cette nouvelle réforme, ce Vice-président ne supplée plus. Il constate, informe et s’éloigne. Aucune fonction, aucune capacité d’action. Même pas une compétence d’urgence.La vie parlementaire est suspendue dans l’attente d’une élection dont le calendrier reste ouvert.L’Assemblée passe ainsi d’un silence interprétable à un silence réglementaire absolu. Une République parlementaire en veille.L’ambiguïté culmine dans cette phrase sibylline : « L’élection est présidée par un Vice-Président. »Mais lequel parmi les huit ? Sur quels critères ?Ce flou ouvre la voie à toutes les manœuvres et peut aboutir e légitimement à la contestation de l’autorité de séance et donc la fragmentation de la procédure élective.Ce vide peut même devenir un outil stratégique. Une vacance volontairement prolongée pourrait neutraliser l’Assemblée au moment le plus critique.La réforme aurait dû instituer une suppléance active, assurée par le Premier Vice-Président ou à défaut le doyen d’âge non candidat, fixer un délai impératif pour organiser l’élection d’un nouveau Président, désigner clairement l’autorité présidant la séance élective et autoriser la poursuite d’actes administratifs essentiels en cas de vacance prolongée.Cette réforme du règlement intérieur aurait pu être un signal fort de maturité démocratique. Mais dans sa version actuelle, elle consacre une anomalie dangereuse : un Parlement mis en pause, faute de procédure de continuité claire.Et face à ce genre de silence réglementaire, la responsabilité des députés majorité comme opposition est de le briser.Il n’est pas trop tard pour corriger le texte et inscrire dans notre droit parlementaire les principes de stabilité, de continuité et de clarté.Thierno Bocoum Président AGIR- LES LEADERS

[TRIBUNE] Jusqu’à quand, Ousmane Sonko, abuseras-tu de notre patience ? (Par Ibrahima Hamidou Deme)

Tract – ‘Jusqu’où iras-tu dans la provocation, la menace et l’intimidation ? Combien de temps encore allons-nous faire semblant de ne pas entendre la voix d’un homme qui, dans ses fonctions régaliennes, parle et agit comme un chef de clan, rêvant tout haut d’un pouvoir dictatorial ?

 Il y a deux mois, devant la représentation nationale, tu affirmais que tu allais « t’impliquer personnellement » pour faire taire des chroniqueurs jugés trop critiques. Hier encore, tu as franchi le rubicon en déclarant que si tu étais président de la République, « certaines personnes ne parleraient plus ».Ces propos ne sont ni des lapsus ni des excès de langage. Ce sont les mots d’un homme qui ne supporte ni la contradiction, ni la critique, ni la liberté d’expression.Et ces déclarations ne sont pas isolées. Elles s’ajoutent à une longue série de menaces et d’attaques contre l’opposition, la presse, la société civile, les institutions ; en somme, contre la liberté et la démocratie. Chaque mot que tu prononces, chaque promesse que tu formules, chaque menace que tu profères révèle ce que tu es vraiment : un dictateur en puissance, dissimulant de moins en moins son projet de gouvernance totalitaire.Tu dis vouloir «effacer» les voix discordantes. Mais tu dois savoir que nous avons choisi la République. Et la République n’a pas vocation à faire taire. Elle protège la liberté d’expression. Elle garantit la coexistence des opinions, même les plus critiques. Elle encadre cette liberté et, en cas d’abus, en confie la sanction à l’autorité judiciaire.Tu dis que certains ne parleraient plus. Mais qui t’a donné ce pouvoir ? Le silence que tu veux imposer à d’autres est celui que redoutent tous les peuples qui ont vu naître des tyrannies sous des promesses de rupture.Alors oui, j’ose te poser, comme Cicéron à Catilina, cette question : Jusqu’à quand abuseras-tu de notre patience ? Jusqu’à quand continueras-tu à parler au nom du peuple pour mieux l’abuser ? Jusqu’à quand penseras-tu que ta volonté fait loi, que ta parole fait vérité, que ta personne est au-dessus de toute critique ?Le Sénégal n’est pas une propriété privée. Le pouvoir ne confère pas le droit d’effacer qui l’on veut. Et la démocratie ne saurait se plier aux caprices d’un homme incapable de supporter la contradiction.Nous resterons debout. Nous parlerons. Et nous rappellerons, chaque fois que nécessaire, que la liberté est un droit constitutionnel, non une faveur octroyée par un prince.’IHD

[FOCUS] Le déficit budgétaire, c’est lorsque les dépenses de l’Etat sont supérieures à ses ressources (recettes)- (Par Karim CAMARA)

Tract – Par exemple, la loi de finance rectificative (LFR) 2025 prévoit des recettes budgétaires de 4.668,9 milliards et des dépenses de 6.364,8 milliards, soit une différence de 1.695 milliards qu’on appelle déficit. 

 Ce déficit sera financé par des emprunts. C’est un procédé légal et banal utilisé par tous les pays du monde, du plus riche au plus pauvre.La dette publique (stock) peut être considérée comme l’accumulation des déficits (flux) sur plusieurs années. En langage simple, un déficit de 300 milliards en 2020 + un déficit de 600 milliards en 2021 donnent une dette de 900 milliards à payer à l’échéance qui peut être en 2027 et 2028.Toutefois ce déficit ne peut dépasser 3% du PIB, selon les normes communautaires.Le PIB prévu en 2025 étant de 21.690 milliards, le déficit du Sénégal devrait être de 650,70 milliards si on se conforme au taux de 3%. Toutefois, le gouvernement a décidé de creuser ce déficit à 1.695 milliards soit un taux de 7,82%.Pourquoi ce choix ? En vérité, il ne s’agit pas d’un choix mais d’une contrainte léguée par le «Makylleur et les resquilleurs» du régime sortant. En effet, « le déficit calculé et annoncé au FMI (par le régime de Maky SALL) est très loin de sa valeur réelle», d’après la Cour des comptes. Les lignes qui suivent l’expliquent :Dans l’audit de la situation des finances publiques – Gestion 2019 au 31 mars 2024, la Cour des comptes nous révèle les véritables chiffres du déficit :▪︎9,85% en 2019 ; ▪︎9,17% en 2020 ; ▪︎11,47% en 2021 ; ▪︎12,65% en 2022 ; ▪︎12,30% en 2023.Or, sous le Pr Maky SALL les déficits déclarés étaient respectivement 3,92%, 6,40%, 6,32%, 6,08% et 4,90%. Un véritable fossé pour ne pas dire du brigandage assumé.Ainsi donc, le déficit prévu par la première loi de finance (il s’agit de la loi de finance rectificative du 31 décembre 2024) voté sous l’ère du Pr Bassirou D. D. FAYE ne pouvait subitement passé de 12,30% (2023) révélé par la Cour pour s’abaisser au taux communautaire de 3%. Il a été prévu à 11,60% par le gouvernement du PM O. SONKO alors même que la loi de finance initiale de 2024 votée sous Maky SALL l’avait annoncé à 3,9% (encore lui).Avec la LFR 2025, le gouvernement a décidé d’abaisser le deficit à 7,82%. Ce qui permettra, à terme, d’atteindre progressivement le taux de 3% autorisé par les normes communautaires (on peut epiloguer sur la faiblesse du seuil pour des pays pauvres où le besoin de financement est abyssal).Lorsque le député Thierno A. SALL indique que le gouvernement s’est endetté à hauteur de 10.207 milliards en deux ans, il a tout faux et il le sait. Dans son calcul mental digne d’un élève du primaire, il cumule la couverture du besoin de financement global de la LFR 2025 soit 5.715.5 milliards et celui de la LFR 2014 soit 4.491,4 milliards.Oui, ce besoin c’est de l’endettement. Mais pour faire quoi avec ? Souli bouki – soul bouki wala léb ngir fay bor… bor bi fi tapalèkate yi bayi tè lou bari dagnou ko neube.Pour 2025, ce besoin est principalement constitué par l’amortissement (remboursement) de la dette (3.384 milliards), le financement du déficit (1.695 milliards) et des arriérés sur ressources intérieures et extérieures (500 milliards).On voit nettement que le nouveau gouvernement ne fait que rembourser voire payer des dettes laisser par ses prédécesseurs, excepté le montant de 1.695 milliards qui relève d’un endettement réel du gouvernement SONKO. Pire ce remboursement de la dette n’est constitué que du principal. Il ne prend pas en compte le paiement des intérêts qui dépassent 1000 milliards.Le député SALL devrait avoir l’honnêteté morale de dire cette simple vérité au lieu d’annoncer me chiffre farfelu de plus de 10.000 milliards que Diomaye & Sonko auraient emprunté en deux ans.Le gouvernement est entrain de faire des efforts énormes pour assainir nos finances publiques mis à mal par des voyous financiers. Du banditisme de grand chemin orchestré par l’ancien Pr Maky SALL, ses ministres des finances, certains ministres et certains hauts fonctionnaires.Il faut les traiter à la mesure de leur audace. Certains actes doivent être criminalisés en ce qu’ils impactent négativement et durablement nos économies et la vie des populations plus que les vols et agressions des petits bandits.Karim camara Inspecteur des impôts et domaines

[TRIBUNE] Dette du Sénégal: Ne pas tomber dans le piège de la manipulation des chiffres (par Mady Cissé)

Tract – Le besoin de financement de la LFR est de 5715 milliards. Il est composé du déficit budgétaire de 1695 milliards de FCFA, de l’amortissement de la dette de l’administration centrale de 3384 milliards de FCFA et l’apurement des arriérés de paiement intérieurs et extérieurs de 500 milliards de FCFA. L’amortissement de la dette qui se situe à 3384 milliards, soit 60% du besoin de besoin de financement (5715 milliards de FCFA). 

 L’amortissement n’est pas un flux générateur de dette. Il s’agit de payer la dette qui arrive à terme en 2025. Le flux générateur de dette reste le déficit budgétaire. Il est essentiel de savoir ce qu’est un flux de dette et ce qu’il ne l’est pas. Si quelqu’un assimile le besoin de financement brut de l’Etat a de la dette, c’est par ce qu’il ne comprend rien des finances publiques. Il ne sait pas ce qu’est un flux générateur de dette.La dette nouvelle de l’administration centrale du nouveau régime est le déficit budgétaire de 2024 et celui de 2025. A la lumière des conclusions du rapport de la cour des comptes, ces nouvelles autorités ne peuvent pas faire des dépenses extra-budgétaires.Pourquoi le remboursement de la dette (extérieure et intérieure) est ressorti à 3384 milliards dans la LFR contre 2923 dans la LFI. Il faudra se référer au rapport de la Cour des comptes. Dans le rapport de la Cour des Comptes, la dette de l’administration centrale est ressortie à 99,7% du PIB contre 73% du PIB avant rapport d’audit, soit une hausse de 27 points du PIB (environ 5000 milliards de FCFA).Cet écart de 27 points de PIB n’était pas retracé dans la dette officielle. Par conséquent, son intégration implique une révision à la hausse de l’amortissement de la dette (extérieure et intérieure) et des intérêts à payer. Le rapport de la Cour des Comptes a bien explicité les sources de la dette non retracée dans la dette officielle. Il s’agit de la dette bancaire directe (dépenses extra-budgétaires) et des emprunts projets au-delà de l’autorisation parlementaire dans les lois de finances. Par exemple, dans la LFR, l’Etat doit rembourser au titre de la dette bancaire un montant de 821 milliards. C’est l’audit de la Cour des Comptes qui oblige l’Etat a intégré ce remboursement dans la dette officielle.Concernant, l’apurement des arriérés de paiement, la Direction Générale du Budget est très explicite dans son rapport d’exécution budgétaire du quatrième trimestre. Il faut noter que ces arriérés cumulés sur plusieurs années ne sont pas pris en charge par le Trésor public car n’ayant pas de couvertures budgétaires. L’Etat a décidé d’apurer les arriérés de paiement de plusieurs années, afin de liquéfier l’activité économique. C’est une excellente mesure de l’Etat d’éponger les arriérés.Le nouveau régime s’est bien inscrit dans une trajectoire de faire baisser la dette en pourcentage du PIB sur le moyen et long terme. Le déficit budgétaire est passé de 11,6% dans la LFR 2024 à 7,8% du PIB dans la LFR-2025, soit une baisse de 3,8% du PIB. Le flux générateur de dette est le déficit budgétaire, et les nouvelles ont bien réduit le flux générateur dette dans la LFR-2025. Cette dynamique de réduction de déficit budgétaire se poursuivra.Mady Cissé