Diplomatie ? Le Président Diomaye ne doit pas etre contredit par son Premier ministre
Dialogue imaginaire : De ‘Diomaye mooy Sonko’ à ‘Diomaye moins Sonko’
QUAND SONKO MOOY DIOMAYE TEND VERS DIOMAYE « MOINS » SONKO (PAR LE PROF ABOU KANE)
J’ai l’impression que Sonko et Diomaye se comprennent mais n’ont pas les mêmes préoccupations pour le moment .
SONKO : Président, je dois prendre un vol, je reviens bientôt.
DIOMAYE : quoi ? tu as toujours dit que voler c’est pas bon. Tu veux prendre quoi ?
SONKO : Toi aussi, « prendre un vol » c’est prendre l’avion, tu dois le savoir tout de même !
DIOMAYE : Ah d’accord ! Mais j’ai déjà appuyé sur le bouton qui alerte la justice (que je vais recevoir) et l’armée. On va procéder à une restructuration pour être en sécurité.
SONKO : Pourquoi « restructuration » ? J’ai déjà dit qu’il n y aura pas de restructuration de la dette. Si c’est ce que le FMI veut, on ne le fera pas !
DIOMAYE : qui te parle de restructuration de la dette ? Je parle de la marche de l’Etat; je vais parallèlement restructurer la coalition.
SONKO : La marche de l’Etat ou de l’armée ? Je t’ai vu participer à la marche des militaires !
DIOMAYE : En tant que chef suprême des armées je peux le faire non ?
SONKO : Pourquoi tu amènes la cour suprême dans notre discussion ?
DIOMAYE : Non, j’ai dit « chef suprême des armées »; je n’ai pas dit « cour suprême ».
SONKO : c’est vraiment compliqué ! Écoute, je vais devoir prendre congé de toi pour ne pas rater mon vol; on en reparlera.
DIOMAYE : Mai tu avais déjà pris tes congés ! Si tu en prends encore il faut te reposer jusqu’en 2029.
SONKO : Non ! « prendre congé de toi » c’est une manière polie de te dire que je vais partir.
DIOMAYE : Ah d’accord ! je pense qu’il faudra qu’on parle le même langage pour éviter des divergences inutiles et sans fondement. Je pense tellement à 2029 !
SONKO : c’est parce que tu penses à 2029 qu’on ne parle plus le même langage ; celui de Pastef.
DIOMAYE : Pourtant je mets du Pastef dans tout ce que j’ai fait jusque-là. Pastef signifie « détermination » et je suis déterminé.
SONKO : Moi je parle du parti Pastef et toi tu me parles du mot « Pastef ». Tu as besoin d’une mise à jour ou d’un recyclage car tu oublies vite !
DIOMAYE : C’est vrai qu’au palais on te dit tout ce que tu dois faire et parfois on réfléchit pour toi alors que dans le parti tu réfléchis et tu fais parfois du mimétisme pour pouvoir échapper à certains adversaires.
SONKO : Qu’est-ce que Mimi Touré vient faire dans notre discussion ?
DIOMAYE : Non j’ai dit « mimétisme »; c’est le fait d’imiter ou si tu veux, le fait de montrer un visage qui n’est pas le tien pour te protéger des autres.
SONKO : D’accord, pourtant tu ne m’as pas imité alors que je t’ai bien dit que Sonko moy Diomaye. Je constate que tu veux faire du Diomaye « moins » Sonko ; c’est le signe (-) que tu veux utiliser pour aller sans moi.
A suivre…..
Dans tous les cas, il leur faudra beaucoup de Pastef (détermination) pour régler cette crise au sommet de l’Etat qui ne peut pas être sans conséquences sur l’économie et sur la stabilité du pays.
Pr Abou KANE
FASEG/UCAD
‘Camarades Diomaye et Sonko, qui sera notre candidat en 2029 ?’

LETTRE OUVERTE – Nous sommes à peine à deux ans de la victoire et à trois ans de la fin du mandat présidentiel.
Nous sommes confrontés à l’exigence du « redressement » des finances publiques dans la transition vers la souveraineté nationale. Les dégâts dont nous avons hérités doivent être réparés. Nous devons sur la base des lois et des institutions néocoloniales, en attendant une future révision constitutionnelle pour un régime parlementaire, satisfaire la demande sociale de reddition des comptes financiers et des crimes de sang. Le double jeu des institutions de Bretton Woods (FMI/BM/Agences de notation) a pour objet de nous imposer un diktat impérialiste libéral.
Voilà le contexte dans lequel surgit la contradiction secondaire entre le PR et le PM par ailleurs PR du parti; contradiction qui prend la forme visible de nominations contestées de deux représentantes de la Coalition, l’une venant du PS puis du PDS et l’autre de l’APR/BBY.
Accepter comme alliés des libéraux dans la lutte pour bouter hors du pouvoir la dictature néocoloniale de l’APR/BBY était une tactique juste pour affaiblir puis vaincre l’État hors la loi de l’APR/BBY.
Le parti est l’instrument stratégique de la conquête et de la préservation du pouvoir pour avancer résolument vers la souveraineté nationale et réaliser le moom sunu reew parce que doomu reew moy tabax reew. La tactique doit être et est au service de la stratégie.
Résoudre les inévitables contradictions secondaires et secondairement antagoniques qui vont jalonner notre longue marche est le moyen efficace de faire face victorieusement à la contradiction principale qui oppose notre camp souverainiste au camp néocolonial laquais de l’impérialisme.
Pour résoudre l’actuelle contradiction secondaire, il nous faut :
– écarter les deux nominations à la tête de la Coalition;
– stopper l’actuel processus vers deux coalitions distinctes;
– nos deux camarades, PR et PM, doivent trouver sur ce point le compromis nécessaire en s’appuyant sur la médiation actuelle du BP;
– refaire revivre le parti comme entité fonctionnelle démocratique de la base au sommet, d’espaces de décisions démocratiques collégiales de la base au sommet et de liaison avec les masses populaires;
– rétablir le primat du parti (stratégique) sur la coalition (tactique), donc la seconde doit démocratiquement être animée par le premier ;
– Dépersonnaliser les prises de positions pour ou contre un tel pour remettre le parti en tant que collectif organisé de la base au sommet au centre de la vie politique du pays.
A deux ans de la prise du pouvoir et à trois ans de la fin du mandat, nous n’avons aucun intérêt à la division et à une bataille prématurée sur l’élection présidentielle de 2029 :
– 2029 sera l’année où le peuple jugera notre bilan;
– QUI sera notre candidat en ce moment ? Cette question prématurée aujourd’hui, à défaut d’avoir été tranchée par notre candidat naturel empêché arbitrairement et illégalement pour 2024 et notre candidat désigné par le premier, devra trouver une réponse démocratique par le parti au moment approprié;
– Halte aux propos outranciers visant l’un ou l’autre des camarades membres du parti, l’un PR et l’autre PM; d’ailleurs sur ce point remarquons que le PM et PR du parti n’a pas utilisé les mots « traître » ou « workat »;
– Faisons focus sur le redressement de la transition pour dé-néocoloniser l’appareil d’État néocolonial dont notre camp et notre parti souverainiste, panafricain ont hérité pour préparer efficacement la rupture et la transformation systémique à laquelle nous nous sommes engagés.
Tel est le chemin du dépassement de l’actuelle contradiction secondaire qui ne peut et ne doit diviser durablement notre parti, notre coalition, notre camp souverainiste.
Par Fodé Roland Diagne (France)
Festival des Grillades à Dakar : bis repetita en fin novembre 2025

Les 29 et 30 novembre 2025, on se retrouve tous, entre Dakarois et hôtes étrangers vivant parmi au Sénégal (comme dirait le Président Senghor) sur l’Esplanade du Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Rose ? Ce sera un occasion unique pour vivre l’édition bis du Festival des Grillades de Dakar, qui s’installe pour de bon dans l’agenda culturel et gastronomique de la capitale sénégalaise, en persistant et signant pour ce grand retour, après l’édition de l’année dernière . Ce sera du 29 au 30 novembre 2025 , donc, Esplanade du Grand Théâtre, Dakar.
Désormais un rendez-vous culinaire et musical incontournable, le festival promet une édition riche en saveurs et sons. Stands pour gourmets gourmands, concerts live, animations musicales pour tous et ambiance conviviale, cet événement célèbre le plaisir de bien manger et de faire la fête ensemble.
Un week-end à ne pas manquer pour les amoureux des viandes, poulets et autres poissons passés au grill ou au feu de bois, dans le cœur battant de Dakar.
Papa Ousmane Diagne
Martin Faye, journaliste retraité : ‘L’Etat ne doit pas confondre régulation et répression’
L’irruption des gendarmes dans le studio de 7tV, mardi soir, alors que Maïmouna Ndour Faye recevait en direct le journaliste Madiambal Diagne, en fuite en France et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, continue de susciter de vives réactions dans le milieu médiatique. L’ancien journaliste de la RTS et formateur, Martin Faye, estime que cette intervention traduit un glissement inquiétant dans la gestion de la liberté de la presse au Sénégal.
Le décor était celui d’une émission ordinaire avant que la tension ne s’invite en direct. À peine quelques minutes après le début de l’entretien entre Maïmouna Ndour Faye et Madiambal Diagne, le signal de 7TV est brutalement coupé. La journaliste est interpellée et conduite à la Section de Recherches. Une scène inédite dans le paysage audiovisuel sénégalais, qui intervient en pleine tenue du Salon international des Médias africains à Dakar.
Pour Martin Faye, ce qui s’est passé dépasse le simple incident télévisuel. «Il faut distinguer deux choses : la responsabilité du média et celle de l’État. Si une chaîne invite une personne recherchée, cela soulève des questions déontologiques, mais cela ne justifie pas une descente de gendarmerie en plein direct. Ce n’est pas ainsi qu’on régule les médias dans un État de droit», a déclaré le formateur.
Selon lui, les autorités disposent de moyens légaux pour réagir sans recourir à la force. «Quand la gendarmerie interrompt une émission, elle envoie un message d’intimidation à toute la presse. Ce type d’intervention crée un précédent dangereux. Le gouvernement pouvait saisir le CNRA ou exiger un droit de réponse. Il ne devait pas s’arroger le pouvoir de censurer une émission en direct», a ajouté Martin Faye, dénonçant une forme de «réflexe autoritaire». Toutefois, l’ancien journaliste n’élude pas la part de responsabilité des médias. «Les journalistes ne sont pas au-dessus de la loi.
Inviter une personne sous mandat d’arrêt exige prudence et rigueur. Le rôle du journaliste, ce n’est pas d’offrir une tribune à un fugitif, mais de contribuer à la manifestation de la vérité. Il faut contextualiser les propos, rappeler le statut judiciaire de l’invité et éviter toute complaisance», a-t-il reconnu. Mais pour lui, la réaction des autorités est restée largement disproportionnée. «On pouvait reprocher à 7TV un manquement déontologique, mais pas justifier une intervention armée dans une rédaction. Cela nous ramène à des pratiques que l’on croyait révolues», a regretté Martin Faye.
«LA LIBERTE DE LA PRESSE ET LA RESPONSABILITE JOURNALISTIQUE NE SONT PAS DES VALEURS OPPOSEES»
Abordant les critiques également adressées à la TFM pour la diffusion d’une émission jugée partisane quelques jours plus tôt, le formateur appelle à une approche équitable dans la régulation. «On ne peut pas avoir deux poids deux mesures : tolérer certaines dérives parce qu’elles viennent de médias proches du pouvoir et punir d’autres parce qu’elles paraissent gênantes. Si l’on veut une presse responsable, il faut d’abord un encadrement juste et cohérent», a-t-il souligné.
En conclusion, Martin Faye en appelle à la retenue de toutes les parties. «La liberté de la presse et la responsabilité journalistique ne sont pas des valeurs opposées. Elles se complètent. Mais l’État, lui, ne doit jamais confondre régulation et répression. C’est à ce prix seulement que notre démocratie pourra grandir.»
L’avocat Amadou Sall empêché par la gendarmerie de Ouakam de voir sa cliente journaliste et sommé de se soumettre à un alcootest

L’Ordre des Avocats du Sénégal a vivement réagi, dans un communiqué daté du 30 octobre 2025, à l’interpellation controversée de Me El Hadji Amadou Sall survenue le 28 octobre dernier. L’avocat au Barreau du Sénégal « a été empêché d’exercer son office par des éléments de la brigade de gendarmerie de Ouakam, où il s’était présenté pour assister un client qui venait d’être interpellé et d’y être conduit », précise le texte signé par le Bâtonnier, Me Mbaye Sène.
Selon l’Ordre des Avocats, le père de l’avocat, « ces éléments des forces de défense et de sécurité lui ont exigé de subir un test d’alcoolémie pour pouvoir s’entretenir avec son client et exercer sa mission ». Une exigence que le Conseil qualifie de transgression flagrante des principes fondamentaux du droit.
Le communiqué rappelle avec force que « la défense est un droit absolu dans tous les états et à tous les degrés de la procédure », citant l’article 9 de la Constitution du Sénégal. Il souligne également l’article 5 du Règlement n°05/CM/UEMOA sur l’harmonisation des règles régissant la profession d’Avocat, qui stipule que « les Avocats assistent leurs clients dès leur interpellation, durant l’enquête préliminaire, dans les locaux de la police, de la gendarmerie, ou devant le parquet et qu’à ce stade, aucune lettre de constitution ne peut être exigée de l’Avocat ».
L’Ordre des Avocats considère que le traitement infligé à Me El Hadji Amadou Sall « vient s’ajouter à une transgression tout aussi flagrante de la loi commise, une fois encore, par des officiers et agents de police judiciaire ». Le Conseil dénonce cette situation comme une violation récente de l’article 6 du Règlement de l’UEMOA et de la Division des Investigations Criminelles.
Face à ce qu’il qualifie de « dérives graves et inquiétantes », l’Ordre des Avocats du Sénégal lance un appel solennel « au respect scrupuleux par les pouvoirs publics des droits de la défense et à la cessation immédiate et définitive de toute entrave à l’exercice de la profession d’avocat au Sénégal et aux droits et libertés accordés par la loi ».
Le communiqué se conclut par un avertissement : « Il reste attentif à l’observation des principes et règles de l’État de droit », signifiant ainsi la détermination de l’Ordre des Avocats à défendre les prérogatives de ses membres et, plus largement, à garantir le respect de la dignité de l’Avocat et des droits de la défense au Sénégal.


Pactes (et impacts): La cassure entre Abdou Diouf et le Ndigël Mouride
La religion a toujours eu une place prépondérante dans la vie des Sénégalais. Elle est même au cœur de leur existence. Même la Politique et les politiciens ne peuvent s’en départir. Et souvent, dans cette cohabitation du temporel et du spirituel, l’Etat se voit conforté et soutenu par le pouvoir religieux. Mais, il est arrivé qu’il soit également secoué dans ses soubassements régaliens. Alors les relations entre Khalife général et Chef de l’Etat peuvent être amicales, mais aussi de temps à autres problématiques. A l’exemple de Serigne Abdoul Ahad Mbacké et d’Abdou Diouf qui en parle lui-même dans ses Mémoires.
Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal indépendant était le premier à savoir vivre et grandir à l’ombre du pouvoir des chefs religieux dans la marche politique de notre pays. Sa confession catholique n’a pas été une voilette pour obtenir le soutien nécessaire – contre ses adversaires politiques d’alors de confession musulmane – des khalifes généraux de Touba, en l’occurrence Serigne Fallou (entre 1945 à 1968) et ensuite Serigne Abdoul Ahad Mbacké (de 1968 à 1989). En définitive, avec les guides religieux de tous les autres – Seng ca kaw (Senghor au sommet) comme l’aurait prié Serigne Fallou – le premier président du Sénégal a toujours su placer le bon mot pour arriver à maintenir d’excellentes relations avec les marabouts de toutes les autres confréries.

Le poulain de l’enfant de Joal, le natif de Louga non moins longiligne Abdou Diouf a hérité de ces relations privilégiée et particulière dans une Nation qui fonctionne souvent sous le joug d’une France qui a décapité la religion de son État depuis une certaine révolution de 1789. Ainsi, sous l’aile éclaireuse de Senghor, d’abord en tant que gouverneur, ministre, premier ministre et finalement président de la République, Abdou Diouf apprit à prendre la température de la mesure religieuse en notant surtout la spécificité du ‘ndigël’ mouride.
Mais, Abdou Diouf, surtout formaté dans la fraicheur, puis la rigueur et la raideur de l’administration – pâle copie de celle française – mentionne lui-même le relations parfois compliquées avec Serigne Abdoul Ahad Mbacké. L’héritier de Senghor dans la gestion des relations avec les chefs religieux, notamment les Mourides ne fut pas toujours un fleuve tranquille.
Le troisième Khalife général des Mourides est reconnu pour son attachement intransigeant à la vérité, sa rigueur morale et son rejet de toute forme de duplicité. Surnommé « Gnakk Caaxaan » (l’ennemi de la duplicité), il incarnait une posture éthique qui ne faisait aucune concession, même face aux plus hautes autorités. L’ancien procureur Ousmane Camara l’apprit à ses dépens, en racontant, dans ses mémoires (‘Mémoires d’un juge africain’)qu’Abdou Diouf avait sursis à le nommer premier ministre en 1981. La cause : Revenu de voyage, il était parti directement voir le guide des Mourides. Mais, Ousmane Camara n’a pu attendre le Khalife qu’on disait dans ses appartements et pris le chemin pour Dakar. Abdou Lahad qui n’a jamais compris ce comportement s’en est ouvert à Abdou Diouf…

Autant dire qu’entre Serigne Abdoul Ahad Mbacké et Abdou Diouf, c’était comme entre père et fils. Laissons le successeur de Senghor nous raconter lui-même leur entente. ‘Pour l’élection de 1988, je bénéficiai aussi d’un très fort soutien du Khalife général des Mourides, Abdou Ahad Mbacké. Il donna un ndigueul dont les termes sont encore présents dans beaucoup d’esprits. « Celui qui ne soutiendra pas le Président Abdou Diouf aux prochaines élections aura trahi le fondateur de la confrérie mouride, Cheikh Ahmadou Bamba », lança-t-il. J’avoue franchement que ce que Abdou Ahad a fait, personne ne l’a jamais fait pour moi-même, Falilou ne l’a pas fait pour Senghor. A la limite, il me couvait comme son propre fils’.
Abdou Diouf en évoquant cet aspect de ses liens avec le guide spirituel de Touba avec une pointe de félicité, n’oublie pas que « le Président Senghor avait de son temps beaucoup contribué à forger cela, car c’est lui-même qui m’avait demandé de faire une visite trimestrielle à chacun des Khalifes généraux de confréries, Abdou Ahad et Abdoul Aziz. Fort de ces soutiens ». Il rempota l’élection présidentielle et son parti, – le Parti socialiste (PS) – sortit majoritaire des législatives, avec 103 sièges sur 120.

Il faut dire que Serigne Abdoul Ahad ne transigeait jamais avec la vérité, même si cela devait lui valoir l’hostilité du pouvoir en place. Sous son khalifat, Touba connut une modernisation spectaculaire, avec des infrastructures religieuses et sociales financées, souvent sans aide gouvernementale directe. Cette autonomie affichée pouvait-elle être perçue comme une forme de défi au pouvoir central ? En tous les cas, ses rapports avec le président Abdou Diouf furent marqués quelques fois par une certaine mésentente, voire des dissensions.
La posture mouride à la venue du Pape Jean-Paul II au Sénégal
Et le président Diouf de nous faire noter son insistance sur sa conception de la laïcité, qu’il qualifie de « laïcité active ». Il affirme avoir cultivé d’excellentes relations avec les chefs religieux musulmans et chrétiens, dans un pays à majorité musulmane. Il cite notamment sa rencontre avec le pape Jean-Paul II en 1992 comme exemple de cette ouverture religieuse. Justement cet épisode a quelque peu embrouillé ses liens avec les guides religieux de Touba.
Extrait : ‘En 1992 aussi, nous avions reçu du19 au 22 février, le Pape Jean Paul II. En ce qui concerne ce voyage d’ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler que le Cardinal Thiandoum s’était lié d’amitié avec le Cardinal Wojtila qui, en 1978, est devenu Jean Paul II. Dès que le Pape a été élu, le Cardinal Thiandoum s’est précipité dans le bureau de Senghor : « Monsieur le Président nous devons être, en Afrique, les premiers à recevoir le nouveau Pape, d’autant que c’est mon ami. ; Senghor lui a alors dit « jamais ; jamais ; tant que je serai président, il ne viendra pas visiter le Sénégal ». Il faut, en effet, se mettre à la place de Senghor. Il était catholique et sa réaction était la bonne. Par la suite, il a dit « Quand un président musulman sera à la tête du Sénégal, il l’invitera ». De ce côté, il me causait des difficultés cependant. Sa réaction était bonne et la phrase qui l’accompagnait n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd, en l’occurrence, celle du Cardinal Thiandoum.
Senghor avait aussi, volontairement ou involontairement, fait passer le message aux Khalifes Généraux des confréries pour leur dire : « bon voilà, Thiandoum voulait que j’invite le Pape, mais j’ai refusé ». Ainsi, quand je suis devenu Président et que j’ai voulu inviter le Pape, les gens m’ont dit : « Ce que Senghor avait refusé, toi tu veux l’imposer, il n’en est pas question ».Ce à quoi, je répondais « il vous avait bien fait dire qu’il a refusé parce qu’il était catholique et que le jour où il y aurait un président musulman, ce dernier pourrait le faire.. » Cette position de Senghor ne m’a pas facilité la tâche pour la gestion de cette affaire.

C’est pourquoi, le Pape n’a pu venir au Sénégal qu’en 1992. Quand la visite était en gestation, j’ai demandé au fils de Serigne Saliou Mbacké de venir me voir à Popenguine. Il faut rappeler que quand Serigne Abdou Ahad a été rappelé à Dieu, le 29 juin 1989, Serigne Abdou Khadre qui lui a succédé est resté trop peu de temps, moins d’une année (14 mai 1990) pour nouer un véritable dialogue avec le Gouvernement. Ainsi Serigne Saliou succèda à Serigne Abdou Khadre. Dès l’entame de son khalifat, il mit fin aux rencontres trimestrielles que j’avais jusqu’alors, eues avec les autorités de Touba. Il se passa aussi de porte-parole officiel, chargeant plutôt son fils de missions ponctuelles auprès du Gouvernement. Ainsi, il m’envoyait son fils que je recevais toujours d’ailleurs en présence de Famara Sagna, qui avait de bons rapports avec eux. Donc, quand Serigne Moustapha Saliou vint à Popenguine, je lui annonçai la nouvelle de la venue du Souverain Pontife ; il me dit que C’est un problème qui avait été évoqué du temps de Serigne Abdou Ahad, mais qu’on avait mis en veilleuse ; on verra bien me dit- Il. Il est alors parti sur Dakar et, quelque deux heures après, le téléphone sonne et Famara Sagna me dit « De la part de Serigne Moustapha Saliou ». Ce dernier me dit : « Président, je dois dire qu’il m’est arrivé une chose ; Quoi donc ? Quand j’ai dépassé Diamniadio en allant vers Dakar, Serigne Touba m’est apparu et m’a dit : ce qu’on t’a proposé tout à l’heure, là d’où tu viens, si tu y adhères, je romprai tout lien avec toi. Je lui dis que Serigne Touba se trouvant dans la Maison de la Vérité (celle du Vrai) et nous, dans celle du Mensonge (le fallacieux), je ne crois pas qu’il puisse avoir cette attitude vis-à-vis du problème que nous avons évoqué ; il a une largeur de vue, une ouverture d’esprit qui dépasse ce que nous pauvres humains encore sur cette terre nous avons. Il répond alors : « Je vous ai dit les choses telles qu’elles se sont passées». Je lui fis alors remarquer que le Pape est un chef d’Etat comme moi et en plus, il est le chef de l’Eglise Chrétienne Catholique. Je dois donc le recevoir à un double titre d’autant que nous avons une minorité catholique dans le pays que j’ai le devoir de protéger. Notre conversation s’est arrêtée là.
Puis, j’ai reçu le Pape du 19 au 24 février 1992 et c’était une très belle visite. Quelques mourides y ont été associés et le Pape a reçu des chefs religieux à la chambre de commerce de Dakar. Cependant ce différend est resté entre le Khalife des mourides et moi-même et il l’avait gardé en lui-même puisqu’en 1998 ou 99, il me l’a encore rappelé : « La visite qu’il a rendue au Sénégal n’a pas plu à tout le monde.» Je lui répondis que cela m’étonnait puisque ce pays, nous le partageons avec d’autres qui y ont leur part. « Certes, me dit-il mais je pense que chacun doit garder sa part » et il poursuit : « je ne les accable pas, mais force est de reconnaître que nous n’avons pas la même religion. » Je lui réponds: « c’est certes vrai, mais, j’ai le devoir d’honorer toutes les communautés de ce pays »’.
Alors, les Khalifes n’ont jamais cherché à s’opposer frontalement à l’État, mais ils ont toujours défendu l’autonomie spirituelle et matérielle de la communauté mouride. Leur attitude vis-à-vis du pouvoir était celle de guides religieux soucieux de préserver l’intégrité de leur mission, sans se compromettre dans les jeux politiques.
Cheikh Tidiane COLY Al Makhtoum
[MAGGAL] Barkè: Y a-t-il un modèle économique mouride win-win? (Par Cheikh T. COLY)
Tract – Fondé sur les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, le modèle économique est bien plus qu’un système religieux : c’est un véritable dynamisme socio-économique qui a pris ses marques au Sénégal depuis plusieurs décennies déjà et rayonne aujourd’hui dans la diaspora. Depuis l’allégeance à Serigne Touba, et ensuite l’alliance entre Cheikh Ibra Fall et le premier Khalife de Touba s’est dessinée une symbiose entre soumission spirituelle et engagement dans le travail, piliers du mouridisme. Au-delà des Khalifes généraux – de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké (premier khalife) à Serigne Mountakha Bassirou (actuel) qui restent des puissances financières certaines – le mouridisme puise sa force économique dans la générosité de ses disciples, depuis Cheikh Ibra Fall, qui ne lésinent pas sur les moyens humains, matériels et pécuniaires quand il s’agit de Serigne Touba.
Considéré comme le prototype du disciple mouride Cheikh Ibrahima Fall autrement appelé Cheikh Ibra Fall (1855–1930), surnommé encore Lamp Fall pour avoir « éclairé » la sainteté de Cheikh Ahmadou Bamba joua un rôle qui fut fondamental dans la structuration spirituelle, sociale et économique de la confrérie. En l’instrumentalisant comme un acte spirituel, il éleva le travail manuel au rang de pratique religieuse, en disant : « Le travail est une prière ». Il est reconnu pour son flair dans les affaires, propriétaire de terres agricoles et de maisons à Dakar, Saint-Louis et Thiès.La relation entre ce disciple emblématique du fondateur de Cheikh Ahmadou Bamba et Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, premier Khalife général des Mourides (1927–1945), marqua une alliance fondatrice qui fut illustrée par une collaboration intense et spirituellement chargée. D’ailleurs, de cette collaboration, de grands projets mourides naquirent avec la Construction de la Grande Mosquée de Touba où l’on vit Cheikh Ibra Fall mobiliser 700 disciples Baye Fall, dont ses fils propres Serigne Modou Moustapha Fall et Serigne Ablaye Fall Ndar, pour participer aux travaux de la mosquée et de la voie ferrée Diourbel–Touba. Cheikh Ibra Fall fut chargé du recrutement et de l’encadrement des ouvriers mourides pour la construction de la ligne ferroviaire, essentielle au transport des matériaux vers Touba. Il a également fourni les ressources humaines et matérielles nécessaires, illustrant son rôle de bras droit dans la mise en œuvre des directives du Khalife.


Sa portée dans la diaspora est certaine. Dans une mobilisation internationale, les Mourides, à l’étranger organisent des collectes massives pour financer des projets dans leurs pays d’accueil. Le Bamba Day – célébré dans plusieurs villes (notamment Harlem), cet événement met en valeur l’héritage de Cheikh Ahmadou Bamba et renforce la visibilité du mouridisme dans l’espace public – en est un exemple. Aux États-Unis, la diaspora mouride a lancé un complexe islamique d’un milliard FCFA, illustrant leur capacité à investir à grande échelle. Et, le Magal de Touba génère, selon certains spécialistes, un impact économique estimé à 400 milliards FCFA, avec une forte participation de la diaspora. Très entreprenants, les Talibés de Serigne Touba ont érigé, à New York, Paris, Rome ou Séville, des mosquées et dahiras qui servent de lieux de prière, d’enseignement et de rassemblement communautaire.Pour ce qui est de la solidarité transnationale, les Mourides envoient des dons aux victimes de catastrophes dans d’autres pays, montrant que leur modèle dépasse les frontières. Cheikh Tidiane Coly Al MakhtoumDirecteur des Publications Tract Hebdo et Tract.sn

