INTERNET : Un collectif pour lutter contre la cherté des coûts de connexion

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Tract-Le Collectif F4C annonce son lancement avec pour mission de rendre l’accès à Internet plus abordable et équitable. Sous le nom de « Front contre la cherté des Coûts de Connexion » (F4C), ce collectif rassemble des citoyens, des organisations et des experts déterminés à plaider en faveur d’une connectivité numérique accessible à tous.L’objectif principal des initiateurs est de « sensibiliser, de plaider et d’agir pour réduire les coûts de connexion à Internet. » Dans un communiqué de presse, le F4C a souligné sa conviction profonde en l’accès à Internet « comme un droit fondamental pour tous » et « s’est engagé à faire entendre cette voix auprès des décideurs politiques et des fournisseurs de services Internet. »Le collectif invite tous ceux qui partagent cette vision à les rejoindre dans leur lutte pour un accès Internet abordable et équitable. « Ensemble, ils espèrent construire un avenir où la connectivité numérique est accessible à chacun, sans exclusion ni entrave. »

[LE BIAIS D’O.N.G] Résilience ? Encore ??!! (Par Ousseynou Nar Gueye)

Le mot que je déteste désormais officiellement : résilience.Utilisé d’abord par les psychologues, le terme désigne donc la capacité de surmonter une épreuve. Gadget et sésame, fulgurante ascension sémantique.Dans les librairies, des tombereaux de manuels nous enjoignent à « rebondir face aux turbulences », à « naviguer à travers les défis du quotidien avec joie et succès ». Tout le monde raffole d’un terme qui évoque le rebond après la catastrophe. Les politiques de tout bord, flairant le bon coup, appellent « résilience » tout ce qu’ils voudraient voir bouger. Sans oublier les économistes, les ONG, les agences d’État et les présumés experts en développement personnel, qui le mettent à toutes les sauces. Même la Banque Africaine de Développement à son « Forum pour la résilience en Afrique »…Soyez originaux et sortez donc de votre zone de confort : utilisez un autre mot que « résilience ». Soyez résilients bien sûr. Mais n’utilisez plus ce mot galvaudé ?Ousseynou Nar Gueye
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Avec MIDI, est-il MINUIT au Tchad ? Le Général Déby-fils : de président de transition à président ‘élu’

Je suis désormais le président élu de tous les Tchadiens ». Le général Mahamat Idriss Déby Itno a été déclaré jeudi 8 mai vainqueur de la présidentielle au Tchad, trois ans après avoir pris le pouvoir à la tête d’une junte militaire. Son Premier ministre Succès Masra, battu, lui conteste cette victoire.

Mahamat Idriss Déby Itno, 40 ans, a recueilli 61,03% des voix, selon les résultats officiels provisoires de la commission électorale qu’il avait nommée, contre 18,53% à Succès Masra, 40 ans aussi. Le taux de participation s’est officiellement élevé à 75,89%. Ces décomptes doivent encore être validés par le Conseil constitutionnel, lequel avait également été nommé par le chef de la junte.

Accusation de résultats truqués

Peu après l’annonce, des militaires ont tiré en l’air à l’arme légère à N’Djamena dans le quartier où siège le parti de Succès Masra, de joie mais aussi manifestement pour dissuader les gens de se rassembler, ont rapporté des journalistes de l’AFP. Quelques habitants couraient pour se terrer chez eux et les rues ont vite été désertées. C’était l’inverse près du Palais présidentiel, de nombreux partisans de Déby célébraient sa victoire en criant et chantant et klaxonnant dans leurs voitures, recouvertes du drapeau tchadien pour certaines.

Succès Masra avait revendiqué la victoire avant la proclamation des résultats officiels dans un long discours sur Facebook où il accusait par avance le camp Déby d’avoir truqué les résultats pour annoncer la victoire du général. Invoquant la compilation des comptages des bulletins par ses propres partisans, il a appelé les Tchadiens à « ne pas se laisser voler la victoire » et à la « prouver » en « se mobilisant pacifiquement, mais fermement ».

Si les partisans de Masra protestent dans la rue, cela pourrait ouvrir la voie à des violences meurtrières, les manifestations de l’opposition étant systématiquement réprimées dans ce pays marqué, depuis son indépendance de la France en 1960, par les coups d’Etat, les régimes autoritaires et les assauts réguliers d’une multitude de rébellions. La Fédération Internationale pour les droits humains s’était inquiétée le 3 mai d’une « élection qui ne semble ni crédible, ni libre, ni démocratique », « dans un contexte délétère marqué par (…) la multiplication des violations des droits humains ».

Le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno, le regard fuyant, paraissait bien timoré ce 20 avril 2021 quand l’armée le proclamait, à la télévision, président de transition à la mort de son père Idriss Déby, maître absolu du Tchad depuis 30 ans, tué par des rebelles en se rendant au front.Trois ans plus tard, à 40 ans, il a fait légitimer par les urnes – dans un scrutin jugé « truqué » par l’opposition et des ONG internationales – une magistrature suprême qu’il semblait avoir fini par apprivoiser ces derniers temps, souvent en mimant, mais mal, la gestuelle de son père, chef autoritaire et politicien madré.Le patriarche avait ravi le pouvoir par un coup d’Etat à 38 ans; le fils par un pronunciamento hors de tout cadre constitutionnel à 37 ans.Il a été proclamé élu au scrutin de lundi après avoir fait violemment réprimer et museler toute opposition et écarter ses plus dangereux rivaux de la course à la présidence. Et, tout comme son père, en phagocytant habilement une autre partie de l’opposition.Il a ainsi neutralisé Saleh Kebzabo, opposant historique au régime du maréchal Idriss, en le nommant Premier ministre en octobre 2022, avant de le remplacer le 1er janvier 2024 par le jeune Succès Masra, le plus farouche contempteur des Déby père et fils. MM. Kebzabo et Masra avaient dénoncé son « coup d’Etat » en avril 2021.– « Dynastie Déby » – Sa junte a aussi écarté politiquement ou physiquement tout rival présidentiel, et l’opposition l’accuse de vouloir perpétuer « la dynastie Déby ».Jeudi, Mahamat Déby a définitivement achevé de placer ses pas dans ceux de son père, pour un long règne.Son nouveau costume de président de transition semblait pourtant bien grand en 2021 pour cet homme issu d’une école d’officiers tchadienne n’ayant jamais approché la politique de près ou de loin.En trois ans et de nombreuses réceptions en grande pompe à Paris, Moscou ou dans les capitales africaines, il a pris de l’étoffe et troqué, comme son père, l’uniforme contre le boubou traditionnel ou le costume de marque.Mais sa légitimité et sa popularité, déjà fragiles au sein même de la famille Déby et de son ethnie zaghawa, qui régissent le pays depuis 33 ans, vacillent un peu plus depuis que les militaires ont tué, il y a deux mois, son cousin Yaya Dillo Djérou, son plus sérieux rival pour la présidentielle, dans l’assaut du siège de son parti d’opposition.Ce que son parti dénonce comme un « assassinat », d’une « balle dans la tête à bout portant », a renforcé une tendance qui sourdait déjà sous le maréchal: Mahamat Déby cristallise une discorde, une faille qui s’est creusée au cœur du clan familial et des Zaghawas.Pour affirmer son autorité, il a écarté plusieurs généraux fidèles à son père dans une toute-puissante armée dont le commandement est trusté par les Zaghawas et quelques alliés de l’ethnie gorane – il est zaghawa par son père et gorane par sa mère.Mais à l’approche de l’élection, la rumeur bruissait de tentative de coup d’Etat ou de mutinerie d’une partie des militaires autrefois fidèles au maréchal ou proches de M. Dillo.– Adoubé à l’étranger – Mahamat Déby est un piètre orateur en meeting et rechigne manifestement aux bains de foule. Il doit parfois forcer le trait en chef de l’État assuré et autoritaire, copiant les attitudes martiales de son géniteur, au pays comme à l’étranger où il avait été rapidement adoubé par une communauté internationale – France en tête – tout aussi prompte à vilipender et sanctionner ailleurs en Afrique les militaires putschistes.Comme son père encore, il renfile volontiers son treillis et son béret rouge des commandos d’élite de la garde présidentielle – qu’il a commandés de 2014 à 2021 – quand il se rend près du front.Biographes et hagiographes assurent qu’il s’est illustré plusieurs fois au combat, notamment en 2009, dans l’Est, contre la rébellion. Tout comme son père là encore, ancien rebelle qui s’est emparé du pouvoir en 1990 – à 38 ans… – et n’a jamais cessé de se dépeindre en « guerrier ».Sur le plan intérieur, Mahamat Déby n’a jamais laissé la moindre opposition, la moindre dissidence prendre corps. Il alterne la répression meurtrière (une manifestation pacifique matée dans le sang le 20 octobre 2022, l’assaut contre le parti de M. Dillo…), et la séduction, voire le braconnage, dans l’opposition politique et armée.Tractwww.tract.sn
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Patrice Talon va accorder automatiquement la nationalité béninoise aux Noirs Américains et autres Afro-descendants

Le conseil de ministres béninois a approuvé un projet de loi le mercredi 8 mai, qui permettrait aux Afro-descendants de demander la nationalité béninoise. Ce projet, qui attend maintenant le feu vert de l’Assemblée nationale, pose des critères précis qui excluent la possibilité de voter ou de travailler dans la fonction publique pour ces nouveaux nationaux. Cette démarche vise à reconnaître les descendants des victimes de la traite négrière, une tragédie historique qui a profondément affecté le Bénin.

Le président béninois Patrice Talon, depuis son accession au pouvoir, a concentré ses efforts sur la valorisation du patrimoine mémoriel lié à l’esclavage, notamment à travers le tourisme à Ouidah, ancien port d’embarquement des esclaves. La loi est présentée comme un moyen pour les déportés et leurs descendants de renouer avec leurs racines africaines. Tout postulant à la nationalité devra prouver son ascendance africaine et, après un séjour obligatoire au Bénin, pourra obtenir un passeport, première étape vers une nationalité définitive.

Par ailleurs, Patrice Talon continue de promouvoir cette connexion culturelle, avec des initiatives telles que les ‘Vodun Days’, événement qui attire de nombreux visiteurs descendus d’esclaves, soulignant l’importance de la diaspora africaine. Ces mesures s’inscrivent dans un contexte plus large de reconnaissance et de réparation des séquelles de la traite négrière, reflétant une volonté de renforcer les liens avec la diaspora africaine mondiale.

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Bissau refuse d’extrader l’ex-putschiste Bozizé vers la Centrafrique

La Guinée-Bissau ne va pas accéder à la demande d’extradition de l’ancien président centrafricain François Bozizé. Dans une nouvelle déclaration, le président Umaro Sissoco Embalo a clairement signifié qu’il « n’y a pas d’accord » entre la Centrafrique et la Guinée-Bissau dans ce cadre.

En exil en Guinée-Bissau, l’ancien dirigeant centrafricain François Bozizé est visé par un mandat d’arret international émis par la Cour Pénale Spéciale pour de possibles crimes contre l’humanité. Il a donc été demandé aux autorités bissau-guinéennes d’extrader Bozizé afin qu’il puisse faire face à la justice centrafricaine. Toute chose qui ne rencontre pas l’assentiment du président Umaro Sissoco Embalo.

Face à la presse, le président bissau-guinéen a réitéré que son pays ne va pas extrader Bozizé. « Nous n’extradons pas les exilés. D’ailleurs il n’y a aucun accord entre nos deux pays dans ce sens ».

« J’ai reçu François Bozizé dans un cadre purement humanitaire. Et tant que je serai à la tête de ce pays, il ne sera pas extradé. Sauf s’il souhaite partir de son plein gré. Le président Touadéra lui-même le sait. Je suis désolé de le dire cela n’est pas ce que lui et moi avions dit à ce sujet. Nous avions parlé d’autres choses qui n’ont rien à voir avec l’extradition de Bozizé », a précisé Embalo, rappelant que « pour son accueil en Guinée-Bissau, nous avions posé des conditions : il doit s’abstenir de faire de la politique. Il ne doit également pas s’impliquer dans des actions de déstabilisation de son pays ».

Pour l’instant, l’ancien dirigeant et chef de la principale coalition rebelle de la Centrafrique, François Bozizé, reste silencieux dans les médias, se conformant aux demandes des médiateurs, tout en menant une vie discrète à Bissau.

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Surpêche industrielle: l’Union Européenne affirme ne cibler que ‘le thon et le merlu, espèces dont les Sénégalais ne veulent pas’ (sic)

Jean-Marc Pisani, l’ambassadeur de l’UE au Sénégal, a défendu l’accord de pêche actuel, en vigueur depuis 2019 et qui doit expirer en novembre 2024. L’ambassadeur a souligné que cet accord « représente moins de 1 % de la pêche au Sénégal » et est « public, transparent et disponible ». Selon Pisani, l’accord permet aux pêcheurs européens de prélever un quota de 10 000 tonnes par an, bien que seulement 3 000 tonnes soient effectivement pêchées. Il a également affirmé que cet accord ne concerne que la pêche de stocks excédentaires et de deux espèces non ciblées par les pêcheurs locaux : le thon et le merlu noir.
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Bercail : Khalifa Sall et Barthélémy Dias retournent au Parti Socialiste

Tract – « Le bureau du conseil consultatif des Sages du parti Socialiste (PS) s’est réuni le jeudi 09 mai 2024 à la maison du parti, sous la présidence de son président M. Guirane Ndoye, à l’effet de discuter de l’ordre du jour portant sur l’évaluation de l’élection présidentielle du 24 Mars 2024, le bilan de la coalition « Benoo Bokk Yaakar » et les perspectives d’avenir du parti Socialiste. L’évaluation de l’élection et du bilan de la coalition BBY ont été passés en revue avec objectivité et sérénité. L’avenir du parti socialiste, au regard de l’évolution démographique, sa longue absence dans la conduite au premier chef de l’État et de la Nation a suscité un échange large et fécond », a d’emblée informé le bureau du conseil consultatif au sortir de sa réunion du jeudi 9 mai 2024.
S’agissant du tête-à-tête entre Aminata Mb. Ndiaye, Khalifa Sall et Cie. « En premier lieu, les Sages du PS ont salué l’heureuse rencontre à l’initiative de M.Khalifa Ababacar Sall, accompagné de MM. Barthélémy Dias et Jean Baptiste Diouf avec Mme Aminata Mbengue Ndiaye, secrétaire général du Parti socialiste. À l’instar du secrétariat exécutif national (SEN) qui s’est réjoui de cette entrevue, le conseil consultatif des Sages du PS estime qu’il y a là un début d’ouverture qui mérite une profonde et large réflexion pour le devenir de la doctrine socialiste au Sénégal face aux nouvelles générations. »
Non sans rappeler : « avant l’indépendance, les Sages qui ont vécu l’évolution du mouvement socialiste de la SFIO au Parti socialiste, pensent que le moment est venu de rassembler toutes les formations politiques issues de la pensée senghorienne dans un grand Parti Socialiste unifié, sans aucune exclusive. Ce sera une occasion de restaurer les valeurs du socialisme africain, comme levier puissant et legs aux jeunes générations futures. Les Sages rappellent que leur formation politique qui s’est illustrée historiquement au firmament de notre vie nationale, aussi bien dans la période post-indépendance et que dans celle de l’acheminement du Sénégal vers son accession à la souveraineté internationale, se doit d’ouvrir de nouveaux jalons de rassemblement. Cette étape devra également servir de moteur pour une synergie de tous les mouvements de Gauche. Les Sages rappellent que cet héritage a des dates phares qui resteront toujours gravées en lettres d’or sur les pages de la vie du PS depuis le 27 octobre 1948, où Léopold Sédar Senghor fonda le Bloc démocratique sénégalais (BDS). Cette dernière ayant pris de l’envergure, indiquent-ils, fusionnera avec plusieurs groupes politiques pour devenir le Bloc populaire sénégalais, avec Léopold Sédar Senghor comme leader politique et Mamadou Dia comme secrétaire général. Dans ces moments épiques, il y a eu la participation du Parti du Rassemblement Africain – Sénégal (PRA/Sénégal) dans la construction du pays avec son inclusion dans le PS. Un an après, le BPS fusionnera avec le Parti socialiste d’action sénégalaise de Lamine Guèye, pour donner naissance à l’Union progressiste sénégalaise, que le PRA/SÉNÉGAL rejoindra. Par la suite, l’UPS intégrera l’Internationale socialiste. Le nom du parti socialiste apparut un mois après ».
Les sages ont invité la jeunesse à consolider cet acquis. « C’est ce brillant flambeau historique que les jeunes du Parti Socialiste se doivent de tenir vaillamment et l’élever jusqu’au firmament de la vie politique nationale, sur le continent africain et dans le concert des Nations du monde. »
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Le coordonnateur aux USA du parti d’Idrissa Seck démissionne

Tract – Idrissa Seck et son parti Rewmi perdent un autre collaborateur important, avec la démission de Chouaib Coulibaly “Jacob” désormais Ex- Président RDS, Ex-Coordinateur Reewmi-USA, Ex-Président mouvement and Doléel Chouaib Nguir Idy. Dans une note reçue, il écrit ceci : « je vous informe de ma décision de démissionner de Reewmi, de toutes ses instances et mouvements associés, avec effet immédiat. Ce fut un plaisir et un honneur d’avoir travaillé dans ce parti , fréquenté une excellente école auprès du Président Idrissa Seck et noué des amitiés profondes. Portant le Sénégal dans mon cœur, je vous reviendrai très prochainement sur mon avenir politique ».
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Constitution : le panafricaniste littéraire Boubacar Boris Diop ne veut plus que tout candidat à la présidence soit obligé de savoir parler le français

Tract – Personnalités de renom engagés pour la promotion des langues africaines, l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop et son ami Kenyan Ngugi Wa Thiong’o ont écrit au Président Diomaye. Dans cette lettre ouverte, les deux romanciers proposent la création d’un «Centre national d’interprétation et de traduction qui permettrait une symbiose et une fertilisation croisée entre les langues de votre pays et entre celles-ci et les langues de l’Afrique et du monde». Ils engagent me chef de l’Etat d’abroger «dès que possible l’étrange et embarrassant article 28 de la Constitution sénégalaise, qui exige de tout candidat à la présidence qu’il sache lire, écrire et parler couramment le français». «Aux Nations Unies, parlez dans une langue sénégalaise et votre propos pourra faire l’objet d’une traduction simultanée dans les langues de travail de cette organisation internationale. En d’autres termes, faites comme tous les autres présidents du monde, prononcez vos discours dans votre langue», martèle le duo Boris et Ngugi.
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[TRIBUNE] LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE BASSIROU DIOMAYE DIAKHAR FAYE, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL (Par Ngugi wa Thiong’o et Boubacar Boris Diop)

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Excellence, Monsieur le président de la RépubliquePermettez-nous de nous présenter avant d’en venir au cœur de notre propos. Nous sommes Ngugi Wa Thiong’o du Kenya et Boubacar Boris Diop du Sénégal. Tous deux romanciers et essayistes, nos œuvres les plus connues sont respectivement Decolonizing the Mind: The Politics of Language in African Literature (1986) et Murambi, le livre des ossements (2000), consacré au génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi au Rwanda. Ce qu’il importe toutefois de souligner au regard de la motivation principale de cette lettre ouverte, c’est qu’en plus de notre production littéraire en anglais et en français – les langues des anciens colonisateurs – nous avons publié des ouvrages dans nos langues maternelles, le Kikuyu et le Wolof parmi lesquels Matigari (1986) et Bàmmeelu Kocc Barma (2017).Nous vous félicitons sincèrement pour votre investiture en tant que nouveau président de la République du Sénégal. Nos félicitations vont également à votre Premier ministre et compagnon de lutte, M. Ousmane Sonko. Par cette brillante élection qui n’a été contestée par aucun de vos rivaux, le peuple sénégalais ne vous a pas choisi comme son maître mais comme l’esclave de ses rêves. Il ne fait aucun doute à nos yeux que vous saurez vous hisser à la hauteur de ses espérances.Nous ne nous sommes certes jamais rencontrés en personne mais toute l’Afrique, en vérité le monde entier, vous connaît et nous savons que votre jeunesse même a fait souffler un vent d’optimisme sur le continent africain. C’est du reste pour cette raison que nous avons pris la liberté de nous adresser aujourd’hui à vous en tant que vos aînés, à l’africaine en quelque sorte, mais aussi en tant que deux de vos admirateurs.Si l’Afrique va aujourd’hui encore si mal, c’est la faute de ses leaders politiques qui, à quelques exceptions près, comme Kwame Nkrumah, ont trahi les populations africaines. De mauvais dirigeants ont tout simplement normalisé les anomalies du colonialisme et du néo-colonialisme, qui n’est rien d’autre que l’africanisation du système colonial. Voilà pourquoi nos ressources naturelles continuent depuis si longtemps à enrichir l’Europe et l’Occident. Au moment où les regards de ces complexés restent obsessionnellement tournés vers l’Occident, on ne peut manquer de s’interroger : où sont donc nos inventeurs ? Nos ingénieurs ? Nos explorateurs spatiaux ? L’Afrique aspire à un leadership capable d’enflammer l’imagination de sa jeunesse. Mais cela ne pourra jamais se faire avec des présidents  qui ne savent qu’imiter l’Occident, des présidents qui ne croient ni en eux-mêmes ni en leurs peuples. Vous, Excellence, vous avez la possibilité d’ouvrir pour votre peuple des sentiers nouveaux, vous pouvez lui redonner une telle confiance en lui-même qu’il traitera, tout naturellement, d’égal à égal avec toutes les autres nations de la terre. Gardez cependant à l’esprit que si vous choisissez cette voie, vous vous ferez bien des ennemis en Occident. Ce que l’Europe et l’Occident attendent de l’Afrique, c’est qu’elle n’arrête jamais de mettre ses matières premières à leur disposition sans rien recevoir en contrepartie. N’acceptez pas une telle iniquité. Et s’ils vous diabolisent pour cela, et ils ne manqueront pas de le faire, ne vous en souciez pas, car seul doit compter pour vous le jugement du peuple sénégalais.Nous aimerions à présent partager avec vous quelques brèves réflexions sur la question linguistique qui nous est très familière en tant qu’écrivains. Nous avons choisi de nous concentrer sur ce problème particulier parce que, à notre humble avis, sa résolution est un préalable à toute révolution économique, politique, sociale et culturelle, et donc au bien-être de vos compatriotes.Voici quelques points que nous tenons à souligner :
  1. Votre pouvoir tire sa force des citoyens sénégalais. Vous les défendez, ils vous défendent. Vous leur parlez, ils vous parlent. Mais vous ne pouvez pas le faire en utilisant une langue qu’ils ne comprennent pas. N’est-ce pas là une évidence, M. le président ?
  2. Les langues sénégalaises doivent être la pierre angulaire du nouveau Sénégal. Chaque Sénégalais a le droit d’exiger le respect de sa langue maternelle. Évitez toute hiérarchisation des langues. Priorité donc à la langue maternelle, qu’elle soit le pulaar, le seereer, le soninke, le wolof, le mandinka, le joolaa ou toute autre langue parlée au Sénégal. Mais si une langue sénégalaise, par exemple le wolof, devient celle qui permet la communication entre tous les Sénégalais, cela ne doit poser aucun problème. Voici notre conception de la politique linguistique : la langue maternelle d’abord. Ensuite, disons, le wolof. Ensuite, disons le swahili, le français, etc. Si vous connaissez toutes les langues du monde sans connaître votre langue maternelle, vous êtes en état d’esclavage mental. En revanche si après avoir maîtrisé votre langue maternelle vous y ajoutez toutes les autres langues du monde, vous n’en serez que plus riche et plus fort.
  3. Encouragez les traductions entre les langues sénégalaises. C’est à nos yeux un point fondamental. Nous proposons à cet effet la mise en place d’un centre national d’interprétation et de traduction qui permettrait une symbiose et une fertilisation croisée entre les langues de votre pays et entre celles-ci et les langues de l’Afrique et du monde. Votre Excellence, de nombreux Africains ont apprécié le fait que lors de votre première visite officielle en Gambie, vous et le Président Barrow avez échangé directement en wolof. Nous savons également que, contrairement à vos prédécesseurs, vous prononcez la plupart de vos discours à la fois en français et en wolof et nous pensons que c’est exactement ce qu’il faut faire. Faites votre discours dans une langue sénégalaise, puis mettez-le à disposition dans toutes les autres langues sénégalaises avant de le faire traduire en français. Aux Nations Unies, parlez dans une langue sénégalaise et votre propos pourra faire l’objet d’une traduction simultanée dans les langues de travail de cette organisation internationale. En d’autres termes, faites comme tous les autres présidents du monde, prononcez vos discours dans votre langue. En visite en France par exemple, faites-vous accompagner d’un interprète et adressez-vous dans une langue sénégalaise à votre homologue de l’Élysée. En bref, veillez à faire respecter partout les langues sénégalaises. Et cela doit commencer par l’abrogation dès que possible de l’étrange et embarrassant article 28 de la Constitution sénégalaise, qui exige de tout candidat à la présidence qu’il sache lire, écrire et parler couramment le français.
  4. Organisez les paysans et les ouvriers sénégalais. Stimulez leur créativité. Ils seront vos plus ardents défenseurs. Ne vous préoccupez pas des soi-disant élites intellectuelles qui, parce qu’elles auraient tant à perdre dans le développement des langues de votre pays, multiplient les manœuvres et les arguments fallacieux pour faire dérailler le train de l’Histoire.
  5. Les œuvres de Sembène Ousmane, notamment Les Bouts-de-bois-de-Dieu, et celles d’autres grands noms de la littérature comme Cheikh Hamidou Kane, devraient être disponibles dans toutes les langues sénégalaises. Quant à Cheikh Anta Diop, il est temps que ses livres soient au programme de toutes les écoles de votre pays.
  6. Nous souhaitons aussi que les littératures progressistes d’Afrique et du reste du monde soient disponibles dans les langues sénégalaises et enseignées dans vos écoles et dans vos universités.
  7. Nous savons bien que le Sénégal sera votre priorité. Mais il faudra ensuite vous tourner vers l’Afrique puis vers l’Asie et l’Amérique latine avant de penser à l’Europe. Et cette option devrait se refléter dans le système éducatif.
  8. Faites du Sénégal une nation de penseurs, d’inventeurs, d’artisans, d’explorateurs, une nation de créateurs, ouverte à tous les vents du monde et capable de faire respecter ses intérêts vitaux.
En espérant que ces idées et suggestions de deux compatriotes africains de bonne volonté retiendront votre attention, nous vous prions de croire, Excellence, à notre profond respect.Ngugi wa Thiong’o et Boubacar Boris Diop
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