[COLY EXPRESS] Saison des pluies: Le temps de nous assainir (par Cheikh Tidiane Coly)

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Tract – Nous ne cesserons de nous répéter, nous dicter les mêmes leçons, nous répéter depuis l’an… 2000 date de la légendaire première Alternance avec Me Abdoulaye Wade qui balaya par des élections le tenace parti au pouvoir  – le Parti socialiste (Ps) de Léopold Senghor et d’Abdou Diouf. Depuis lors, les élections sont encore restées urnes à problèmes, plutôt politiciens et électeurs sont ‘problématiques’ avant chaque élection. Alors, le hic réside dans les postures de chacun d’entre nous. En replongeant dans la lecture de nos écrits de plus d’une décennie que nous renouvelons ici, nous constatons que rien n’a presque changé dans nos comportements à ‘Sunu gallé’.

 L’on a pensé que depuis cette prise de conscience populaire qui a mis au pouvoir Me Wade l’opposant de ‘tous le temps’ à Sunugaal que les élections n’avaient plus besoin de convoquer violence pour désigner un président. Cherchez l’erreur ! Entre Macky Sall et Abdoulaye Wade son prédécesseur et ensuite son successeur Bassirou Dimaye Faye, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, du sang a dégoutté abondamment sous les autoponts, des vies et carrières détruites, des citoyens au cachot.Alors, après le dialogue national initié par les nouvelles autorités comme pour répondre aux exigences d’un calendrier déjà établi, mais surtout en ce début d’hivernage où l’on prie beaucoup pour ‘attùm naatangé’, il faut prendre le temps de se regarder dans la glace des éclairs du ciel, de se desquamer dans le grondement des tonnerres en se laissant bénir par les eaux de pluie qui n’arrêtent pas de nous laver de nos péchés. C’est le temps de nous assainir.Car, quelques années après les scénarii d’affrontements qui se sont déroulés dans Sunugaal, entre ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir et ceux qui l’ont perdu hier, nous avons remarqué que les tensions sont toujours présentes, mais plus soutenues. On parlerait de chasse aux sorcières…Toujours est-il que nos vœux les plus ardents sont de voir le pays fonctionner comme l’ont souhaité Serigne Touba, Maodo Malick, Mame Limamoulaye, Baye Niass… et non une nation qui s’érige dans la désinformation, la délation, la contestation, la froideur, la fuite en avant etc.Alors, pour construire notre pays, il faut la participation de tous. A tous les niveaux. Des gouvernants aux gouvernés, des électeurs aux élus. Parce qu’avant de changer nos comportements collectifs, il faut d’abord que nos élans individuels métamorphosent positivement. Chaque individu doit prendre ce symbole qu’est la liberté d’expression, non pour noyer un adversaire dans une mare baveuse de salives, mais pour sauver l’autre, le citoyen. Parce qu’il ne faut pas oublier, chacun d’entre nous est le reflet de son vis-à-vis qui lui permet, par conséquent, de s’améliorer, de s’élever ou de ne pas tomber dans les mêmes erreurs qu’il a commises par le passé. Alors, on doit se libérer de nos émotions égocentriques. C’est cela la leçon à retenir. Il est vrai que quand on vous confit une parcelle de pouvoir, – parce que le Pouvoir est de Dieu, ne l’oublions pas ; surtout pas – on doit se donner toutes les chances pour le faire fonctionner à bon escient. Face à ce désordre qui semble habiter notre pays, il faut lui appliquer, c’est le lieu de le révéler, une grande pression pour ne pas dire une certaine répression pour donner à l’Etat toute sa Puissance, lui rendre tout son Respect. Pour que règnent l’engagement et la responsabilité.Mais alors, il faudra l’apposer avec la juste mesure. Parce que nous ne voudrions pas terminer dans une jungle où règne la loi du plus fort. Nous ne voudrions pas nous embrouiller dans un système de délation en nous amusant avec cette phrase de Lafontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère… Ou quelqu’un des tiens ». Parce que la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure. Surtout à Sunugaal, depuis ces fameuses années 2000, 2012, 2024… Et, il y a toujours des témoins pour se rappeler de l’incurie des uns. Et des autres aussi.Par Cheikh Tidiane COLY Al Makhtoum

[POINT DE VUE] Le Sénégal du redressement dans la tradition: Organiser les ruptures avec les continuités coloniales (Par Diagne Fodé Roland)

Tract – ‘Dès le rapport de la Cour des Comptes connu, nous avions signalé que l’actuelle phase de transition va nécessiter une sous phase de redressement des finances publiques. Le premier ministre et président de notre parti Pastef confirme ce que nous tirions de notre analyse des rapports des corps de contrôle, notamment du rapport de la Cour des Comptes. Les audits sectoriels et centraux montrent à suffisance que la gestion calamiteuse de la tyrannie hors la loi des libéraux de l’APR/BBY a mis le pays dans le précipice de la ruine avec en prime 4000 milliards de dette cachée confirmée même par les complices des Institutions de Bretton Woods. 

L’opposition libérale néocoloniale cherche coûte que coûte à dénigrer le souverainisme vainqueur porté au pouvoir dans les urnes, certains, parfois de bonne foi, pointent du doigt le « contraste grandissant entre les attentes nourries et les transformations concrètement engagées. Si des signaux de changement existent, la promesse d’une rupture profonde se heurte aux réalités sociales, institutionnelles, culturelles et économiques du Sénégal ». Les bavures policières de Rosso et Cambérène contre des manifestants, la non abrogation de l’arrêté Ousmane Ngom, la frilosité sur les articles 80, 254 du code pénal, les mouvements grévistes des secteurs de la justice, de la santé, de l’éducation nationale, les passifs sociaux hérités de l’ancien régime en attente, les appels au secours persistants dans le monde agricole, chez les paysans, éleveurs, pêcheurs, les inondations à craindre durant l’hivernage, la vie chère, les énormes écarts de salaires entre les travailleurs du pays, etc sont autant d’épreuves et de défis à relever de l’actuelle période de transition. Or, le gouffre réel des finances publiques héritées du pouvoir hors la loi de l’APR/BBY est un véritable couteau sur la gorge du nouveau pouvoir souverainiste. C’est ce que signale le président de la République quand il déclare « nous faisons face à un État contraint, dont les marges de manœuvres budgétaires et financières n’existent quasiment plus. Ensuite une administration républicaine, certes, mais manquant de cohérence, et figée dans des schémas dépassés ». C’est ce que dénonce le premier ministre quand il dit que « plus grave que ce que nous envisagions, nous avons découvert un pays au quatrième sous sol ».Il devient urgent que la reddition des comptes prenne son envol judiciaire pour faire rendre gorge aux voleurs pilleurs de la République, que l’Assemblée Nationale qui a mis en place la Haute Cour de justice s’empare de la saisine du député Guy Marius Sagna pour juger l’ex-président de la République en exil et que justice soit rendue aux martyrs et victimes des répressions arbitraires du règne de l’APR/BBY.La sous phase du redressement préalable qui nous est ainsi imposée dans l’actuelle transition exige aussi un jub, jubbal, jubbanti exemplaire de la part de l’actuelle gouvernance souverainiste. Or, l’État néocolonial dont nous avons hérité a, durant 64 ans, formaté notre administration à l’image de l’administration coloniale dans l’esprit et la pratique que le peuple colonisé et le citoyen sont des vaches à lait et que les deniers publics servent d’abord les privilèges des détenteurs des pouvoirs Exécutif, Législatif, Judiciaire, etc. Ayant abdiqué en se soumettant aux bourgeoisies impérialistes, la gestion gabegique et népotique de l’appareil d’État néocolonial est le chemin le plus court pour devenir milliardaires en francs CFA pour nos bourgeoisies nationales politico-bureaucratiques.Les « schémas dépassés » dont parle l’actuel président de la République sont ceux de l’habitus néocolonial multi-décennal de 1960 à nos jours qui fait que notre appareil d’État est composé d’un personnel qui se divise en trois catégories : – une minorité patriotique – une minorité de profiteurs – une majorité conformiste qui par habitus balance entre les deux minorités selon qui est au pouvoir.Il faut ajouter que le parti souverainiste, Pastef, qui a renversé avec le sacrifice de plus de 80 martyrs le régime libéral néocolonial est aussi composé de cadres militants dont on peut dire comme nous l’écrivions : «L’opposition frontale à la mal-gouvernance des corrupteurs et corrompus, à la servilité abrutissante à la françafrique, l’eurafrique et l’usafrique pilleuses de nos richesses nationales et l’option souverainiste de la jeunesse pour une vie meilleure au pays contre l’émigration piroguière ou désertique macabre pour devenir sans papiers dans les « eldorados » en déclin d’Europe et des USA met en présence trois courants au sein même du camp souverainiste uni : – le souverainisme libéral mondialiste qui considère que seul le secteur privé crée des emplois et permet la transformation industrielle des richesses nationales pour obtenir une valeur ajoutée en vue d’exporter ; – le souverainisme conservateur libéral mondialiste qui ramène le souverainisme à sa dimension culturaliste sans différencier ce qui est progressiste et réactionnaire ; – le souverainisme révolutionnaire qui œuvre pour que les classes laborieuses (ouvrier, paysan, éleveur, pêcheur, travailleur de l’informel) s’invitent dans le grand débat national pour le ‘’moom sa réew, bokk sa réew et defar sa reéw’’».De cette composition socio-politico-idéologique diversifiée découle des conceptions différentes du jub, jubbal, jubbanti qui se sont manifestées dans ce débat salvateur sur « les dépenses de certains ministères, sukoroukor, les voitures, les billets de pèlerinages, les millions des groupes parlementaires, la rationalisation des dépenses de l’État, etc. ».Le redressement annoncé par le premier ministre rend indispensable de maîtriser et réduire de façon drastique le train de vie de l’État. Or, il est clair que redresser l’économie de ce pays va exiger que « tous et chacun serrent la ceinture ». Il y va donc de la crédibilité de la nouvelle gouvernance que l’effort demandé à tous et chacun commence d’abord et de façon visible par les gouvernants eux-mêmes. L’exemplarité dans le jub, jubbal, jubbanti des pouvoirs Exécutif, Législatif, Judiciaire est une exigence de salubrité publique base de la crédibilité des politiques de redressement des finances publiques. Il nous faut donc repérer les continuités néocoloniales souvent liées à l’habitus conformiste qui tend à reproduire le passé et organiser la rupture fondé sur le jub, jubbal, jubbanti et le don de soi.Fondamental donc que les bouches s’ouvrent pour ne rien laisser passer, car « le linge sale se lave en famille » démocratiquement en toute transparence d’abord au sein du groupe parlementaire et dans le parti, mais ensuite fondamentalement devant le peuple seul juge et garant en dernière instance de la réussite de notre expérience souverainiste.Une certaine incompréhension et colère s’empare des bases militantes de Pastef, notamment à propos des nominations, mais aussi à propos de la léthargie dans laquelle Pastef est quasiment plongé depuis la victoire. Une des sources de cette léthargie réside dans le cumul des mandats entre postes de responsables de Pastef et postes dans le gouvernement, dans les agences dont il faudrait par ailleurs évaluer leur fonction de doublons et leur utilité, de PCA ou encore au parlement. Ce cumul de mandats fait qu’il n’y a plus de responsables pour s’occuper et faire fonctionner à plein temps le parti Pastef pour qu’il maintienne et développe le lien avec les bases militantes et le peuple, la force de contrôle et de proposition de l’action publique. Il nous faut sortir de ce sentiment d’abandon que vivent certains militants des premières heures et militants, notamment de la gauche historique résistante, arrivés par les fusions dans Pastef. La « masse critique » à laquelle fait appel le président de notre parti Pastef ne peut être obtenue qu’à travers l’engagement soutenu d’éducation populaire des bases militantes auprès des populations. L’objectif du jub, jubal, jubbanti est de faire émerger un nouveau type de militants, de députés et de citoyens pour libérer le Sénégal et l’Afrique de l’oppression néocoloniale.Ceux et celles qui ont peur du peuple deviennent facilement les proies de l’ennemi néocolonial et impérialiste. Nous n’avons donc rien à cacher au peuple, mais à l’informer pour le réarmer comme cela a été fait face à la tyrannie meurtrière de l’APR/BBY pour obtenir la victoire présidentielle du 24 mars et législative du 17 novembre 2024.Oui, Diomaye/Sonko ont eu raison de dire la vérité sur l’état catastrophique des finances publiques dont ils ont hérité. C’est au parti Pastef, du sommet à la base, et dans la perspective de son indispensable 1er congrès d’occuper le terrain de la scène politique au sein du peuple en faisant vivre dans les faits l’enseignement suivant du grand révolutionnaire communiste Amilcar Cabral : « Ne pas avoir peur du peuple et l’amener à participer à toutes les décisions qui le concernent, telle est la condition fondamentale de la démocratie révolutionnaire que nous devons réaliser progressivement ». Il faut ajouter à ces points éthiques et déontologiques mobilisateurs cardinaux : – l’initiative annoncée par le FRAPP d’un audit publique de la dette afin d’en établir ce qui est légitime, illégitime et vautour; le parti Pastef doit s’y engager pleinement;

[TRIBUNE] L’audition des magistrats, une rupture majeure ! (Par Abdoulaye Tassé NDIAYE)

Tract – Dans une démocratie pour qu’il y est équilibre des pouvoirs il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. Ce n’est pas un secret de polichinelle que de dire, les magistrats bénéficient d’une protection que même le Président de la République n’a pas en tant que Premier (1er) citoyen sénégalais. Celui-ci est redevable devant le peuple et la haute cour de justice selon la constitution. Il peut être poursuivi par l’Assemblée pour haute trahison. 

 Par contre, le juge n’a de conscience à rendre qu’à la loi. Il n’est redevable devant personne. Une incongruité majeure que les constitutionnalistes, ceux-là qui écrivent les lois suprêmes ont sciemment oubliée pour échapper à toute poursuite dans le cadre de leur fonction.L’outrage à Magistrat est même plus sanctionné que l’outrage au Président de la République. Cette dernière disposition est d’ailleurs sous le feu de l’action des hommes de droit, de la société civile, et des organisations des droits de l’homme. Pendant ce temps, le juge se conforte dans son ultime conviction pour sabrer qui il veut.L’Assemblée Nationale en introduisant dans son nouveau règlement intérieur la possibilité d’auditionner un juge se donne les compétences qu’avait un juge à demander via le ministère de la justice la levée de l’immunité d’un député pour être auditionné.Une réforme majeure qui sans doute emmènera les acteurs de la justice à réévaluer leur contrat avec la justice qui est rendue au nom du peuple. Malheureusement ce dernier n’avait aucun moyen d’attaquer, d’entendre ou de poursuivre un juge.Les magistrats bénéficiaient d’un privilège de juridiction à l’interne qui ne garantissait pas une neutralité totale, une indépendance qu’ils ne cessent de proclamer d’ailleurs.Le corporatisme installant des affinités prenait le dessus sur l’objectivité et la rigueur des sanctions. Celles-ci même sont décriées à l’interne comme étant subjectives suivant les jeux d’intérêt et d’égo.Par ailleurs, cette réforme est un signal fort à l’endroit des autres corps de métier comme le journalisme qui a tendance à crier partout une faveur juridictionnelle. En effet, se considérant comme le quatrième (4ème) pouvoir, les journalistes ont érigé un tribunal des pairs, le CORED qu’ils voudraient renforcer afin d’échapper à la judiciarisation disent-ils des délits de presse. Ils veulent ainsi échapper à la justice civile. À la longue, seuls les civils se retrouveront justiciables devant la société. Or la démocratie ne saurait exposer un peuple en protégeant un corps ou des corps qui bénéficient d’une protection les épargnant de toute poursuite à leur encontre par des citoyens lésés. Ces derniers n’ont aucun lieu pour déverser leur amertume. L’Assemblée Nationale leur offre ainsi la possibilité d’une auto saisine pour entendre les magistrats.Nous osons croire que cette possibilité sera élargie dans la grande muette qui bénéficie aussi d’un privilège juridictionnel avec un tribunal militaire et un encadrement de gestion sous le sceau du secret défense.Toutefois ces réformes ne doivent avoir comme soubassement que le renforcement de la démocratie et de la redevabilité envers la société.Abdoulaye Tassé NDIAYE

[FOCUS] La dette au Sénégal: une crise de narratif, pas une crise économique (par Dr Seydou Bocoum)

Non à la manipulation du gouvernement, de l’opposition, du FMI… et de certains médias internationaux

 
« Une chose n’a pas besoin d’être vraie tant que les gens y croient. » Cette maxime illustre parfaitement le traitement de la dette publique sénégalaise en 2024.
Tract – ‘Le chiffre brut est connu : le stock de la dette publique est estimé à environ 23 273.4 milliards de FCFA. Ce chiffre en lui-même ne suffit pas à caractériser une crise. Ce qui est instrumentalisé, c’est le ratio dette/PIB, présenté comme “explosif” par certains analystes. Or, cette interprétation est fondamentalement erronée pour une raison simple : le PIB 2024 post-rebasing n’est toujours pas officiellement publié.Un ratio dette/PIB sans base de PIB actualisée = manipulation Le rebasing (recalcul statistique du PIB pour intégrer les nouvelles réalités économiques) modifie fortement la taille de l’économie. Le dernier exercice de ce type, en 2014, avait entraîné une hausse du PIB de plus de 30%. Il est donc probable que le ratio dette/PIB de 2024 soit artificiellement gonflé, car basé sur un ancien PIB, sous-évalué. Toute analyse sérieuse devrait attendre la publication du nouveau PIB pour évaluer la soutenabilité de la dette.Barclays, Bloomberg, RFI : quand l’international amplifie la désinformation Certaines publications récentes notamment celle de Barclays, reprise sans recul critique par Bloomberg, puis par des médias généralistes comme RFI évoquent un ratio dette/PIB de 119 %, sans indiquer les hypothèses ou la méthodologie utilisée. Aucune de ces sources ne précise que le Sénégal est en pleine révision statistique de son PIB. Résultat : une crise de confiance sur les marchés, non fondée sur les fondamentaux économiques, mais sur un défaut d’information ou une volonté de manipulation.⚠️ Gouvernement, opposition, FMI : chacun joue sa partition politique • Le gouvernement s’efforce de minimiser les risques en insistant sur la viabilité de la dette sans publier de données actualisées. • L’opposition utilise les chiffres pour agiter l’idée d’une faillite économique imminente, sans faire preuve de rigueur analytique. • Le FMI, quant à lui, joue un double jeu : rassurant en interne, alarmiste dans certains rapports, selon les objectifs géopolitiques du moment.✅ Ce qu’il faut exiger : 1. La publication immédiate du nouveau PIB post-rebasing par l’ANSD. 2. Une clarification officielle sur la méthodologie utilisée par Barclays et Bloomberg. 3. Une relecture critique des narratifs médiatiques locaux et internationaux. La dette du Sénégal est une réalité. Mais ce qui est toxique, c’est la manière dont elle est racontée. Une dette mal expliquée peut tuer plus sûrement qu’une dette mal contractée. Dr Seydou Bocoum
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[IN MEMORIAM] Ndeysaan 1 année déjà! Baba Diaw, le grand homme d’affaires sénégalais, à tiré sa révérence (Par Majib Sène)

Tract – En décidant de consacrer une chronique à celui qu’on appelle « ITOC » à cause de ses activités dans le secteur des hydrocarbures, j’ai voulu lui rendre un hommage à la mesure de ses capacités. Ce thiéssois bon teint, grand intellectuel de surcroît, n’en demeure pas moins un vénérable ardo qui n’est lui-même que quand il est dans sa ferme, entouré de ses vaches laitières qui font sa fierté.

 Peu de sénégalais savent que Abdoulaye Diaw est un intellectuel d’une rare espèce pour avoir fréquenté les bancs du très célèbre Lycée Louis Le Grand à l’instar de son aîné feu Habib Thiam, ancien Premier Ministre du Président Abdou Diouf. Originaire d’une modeste famille qui manquait presque de tout, Dieu lui a donné, dans sa jeunesse estudiantine, une intelligence hors du commun à tel point que partout à l’école, il est premier surtout en mathématiques. Ce privilège qui n’est réservé qu’aux êtres doués, ne lui a jamais fait défaut raison pour laquelle il ne cesse d’accumuler des succès. Refusant la facilité, il a retroussé les manches pour travailler dur à l’instar des bâtisseurs d’empires. Ingénieur diplômé de l’École Centrale de Lille, puis ingénieur de l’Institut Français du Pétrole, il rentre au bercail et se met à la disposition de son pays. Intelligent, travailleur acharné, engagement et détermination sans faille, il a servi son pays d’appartenance dans toute la mesure de ses capacités. Son surnom ITOC résulte de sa cohabitation avec le pétrole, ce liquide précieux qu’il connaît à merveille pour l’avoir étudié en profondeur au point d’en être un exceptionnel manipulateur.Loin d’être un perroquet, encore moins un tonneau d’autant plus vide que sonore, il mène une vie tranquille conformément à son éducation de base, mais également à sa formation scientifique. Malgré une situation sociale proche de la stabilité, l’homme déteste le m’as-tu-vu et préfère la sobriété dans ses actes et dans son comportement dans la société. Beaucoup de sénégalais ignorent que cet homme d’affaires est un brillant intellectuel bardé de diplômes, parce qu’il ne se comporte pas comme un paon, cet oiseau le plus vaniteux d’entre tous. Parler en temps opportun, agir avec méthode et discernement et ne faire que ce qui est utile, tel pourrait être catalogué cet homme aux élans féconds. Jadis adulé par le Président Senghor en raison de sa grande intelligence, ami du Président Abdou Diouf en raison de ses immenses capacités managériales, bien considéré et respecté par le Président Abdoulaye Wade et conseiller privilégié du Président Macky Sall qui a la même formation que lui, voilà Baba Diaw ITOC.Il fait partie des meilleurs fils du Sénégal compte tenu de son engagement patriotique, de son ancrage permanent dans les valeurs et vertus d’un peuple toujours debout, jamais couché. Il peut être offert en exemple à la jeunesse d’aujourd’hui hélas trop souvent pressée pour atteindre les sommets de la gloire. Le Sénégal tel qu’il est aujourd’hui, porte l’empreinte indélébile de nos braves devanciers qui nous ont balisé les chemins incontournables qui mènent vers la réussite. Notre marche résolue vers les terres promises de l’émergence, doit être l’affaire de toutes et de tous car c’est dans ce pays que Dieu a tracé notre destin commun. Vivement que d’autres Baba Diaw émergent dans notre cher Sénégal, terre d’échanges et de rencontres, et carrefour de germination des plus belles fraternités.Hélas, c’est ce matin du mercredi du 3 juillet 2024, au moment où les trombes d’eau annonçant le prochain hivernage tombaient sur une partie de Dakar, que l’annonce a été faite du rappel à Allah SWT, de ce grand homme aux élans féconds. La mort sème partout le désarroi et la désolation. Celle du riche et celle du pauvre, celle du saint et du mécréant, elles ont toutes la même signification parce que marquant la fin de la vie sur terre. À sa famille éplorée, à ses amis et à tous ceux qui l’ont connu et aimé, nous présentons nos condoléances attristées et prions pour le repos de son âme dans les splendides jardins de Firdawsi. Amine.Majib Sène

[FOCUS] Refuser un visa à un Académicien sénégalais de renom : un affront à la science et à la dignité (Par Dr Papa Abdoulaye SECK)

Tract –  »Monsieur le Consul Général de France,

 Je vous écris en tant qu’ancien Ministre, ancien Ambassadeur, ancien Directeur général de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), ancien Directeur général d’AFRICARICE, ancien Président du Groupe des 77 et Chine auprès de la Plateforme des Nations Unies à Rome, membre de six académies scientifiques de prestige – dont la très respectée Académie d’Agriculture de France – Chevalier de la Légion d’honneur française et Commandeur de l’Ordre du Mérite agricole (France).Il s’agit pour moi de dire ce qui suit :La récente décision des autorités consulaires françaises de refuser un visa au Dr Moctar Touré, Président de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal (ANSTS), est une humiliation inacceptable pour la science et pour le Sénégal. Ce refus intervient alors que le Dr Touré était invité pour faire une communication scientifique dans le cadre d’une rencontre internationale. En d’autres termes, pour faire ce qu’il sait faire de mieux : partager le savoir, représenter dignement l’Afrique scientifique, et contribuer à la réflexion mondiale sur les enjeux cruciaux du développement.Ce refus est difficilement excusable. Il constitue un geste d’un autre âge, empreint d’une condescendance qu’on croyait disparue. Empêcher un scientifique de cette envergure – ancien Directeur général de l’ISRA, ancien haut fonctionnaire à la Banque mondiale, pilier de la coopération scientifique internationale – d’accomplir sa mission intellectuelle, c’est s’attaquer à l’idée même de coopération scientifique. C’est envoyer un signal désastreux à tous les scientifiques africains : vos voix, vos idées, vos expertises ne valent pas déplacement. Je m’interroge : comment peut-on, dans le même temps, louer les vertus du dialogue scientifique mondial, vanter l’importance des partenariats équitables, et humilier publiquement l’un de ceux qui, depuis des décennies, incarnent ce pont entre les continents ? Ma déception est sans bornes! En effet, ce refus de visa n’est pas seulement un acte bureaucratique. C’est un acte éminemment politique. Il porte atteinte à la dignité de la science , à la liberté académique et à la reconnaissance du mérite.C’est une décision grave qui éloigne la France de l’Afrique scientifique! C’est pourquoi je me joins à toutes les voix, au Sénégal comme ailleurs, qui exigent des explications claires et des correctifs immédiats. Le Dr Moctar mérite d’être écouté, respecté, honoré! Et la coopération scientifique, si elle veut rester crédible, doit commencer par le respect .Je suis traumatisé et je pense à mes nombreux amis scientifiques français qui vont souffrir de cette décision si irréfléchie si absurde si opposée à une science sans frontière. « L’orgueil d’être différent ne doit pas empêcher le bonheur d’être ensemble « disait si justement le Président-poète feu Leopold Sédar Senghor, ce sénégalais qui a enseignait le français aux français de la France dans un lycée de Tours.En clair, ce qui est beau est la résultante de nos différences , monsieur le Consul général.! Laissez, monsieur le Consul Général, couler mes larmes et aidez-moi à amplifier mes prières pour un monde nouveau. »Dr Papa Abdoulaye SECK Membre de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal Membre de l’Académie d’Agriculture de France Ancien Ministre de l’Agriculture et de l’Équipement rural du Sénégal Ancien Ambassadeur du Sénégal auprès de la FAO, du FIDA et du PAM Ancien Directeur général de l’ISRA et d’AFRICARICE Chevalier de la Légion d’honneur (France) Commandeur de l’Ordre du Mérite agricole (France)

[ÉCOFINANCE] Éviter la crise chronique de l’endettement (Par Me Amadou Aly KANE)

Tract – La Cour des Comptes avait arrêté à hauteur de  99, 97 % du PIB, le ratio d’endettement du Sénégal, courant Septembre 2024. Il y a moins d’une semaine une Banque internationale a surenchéri en portant le taux d’endettement du pays à 120% du PIB.

 Au regard des implications de cette situation, il y a lieu de craindre pour notre pays, le syndrome de la dette argentine c’est-à-dire une spirale d’endettement.Pour combler notre déficit budgétaire élevé car, supérieur à la norme communautaire fixée à 3% du Pib d’une part et d’autre part pour éviter le défaut de paiement de sa dette, le Sénégal sera obligé d’emprunter de manière chronique et , à un taux loin d’être concessionnel .En effet, nous ferons face à un autre déficit jumeau qui est la perte de confiance des marchés financiers, en raison de la dégradation de la note souveraine de notre pays. Ce qui signifie que le loyer de l’argent sera de plus en plus cher pour le Sénégal.Comble de malchance, nous ne pourrons pas pour l’instant compter sur l’appui du bailleur de fonds multilatéral qu’est le FMI.Comment sortir au plus vite de ce mauvais pas ?Il faut indiscutablement un plan de relance pour stimuler notre économie. Ce plan, à notre sens, doit comporter plusieurs volets :– un volet politique– un volet juridique et judiciaire– un volet financier– un volet économique– un volet diplomatique.De notre point de vue, une approche exclusivement économique et financière, ne sera pas suffisante pour nous sortir du tunnel. Le pays scrutera avec une attention soutenue les propositions de sortie de crise du gouvernement.Me Amadou Aly KANE

[POINT DE VUE] Audition des magistrats par la commission d’enquête de l’assemblée nationale dans le nouveau Règlement intérieur: quelques précisions essentielles (par Amadou Ba, député Pastef)

Tract –  »En tant que membre de la commission ad hoc chargé de la rédaction du nouveau Règlement intérieur de l’assemblée nationale (RIAN), il m’a paru important d’apporter quelques précisions suite aux inquiétudes soulevées par le magistrat Mamadou Yakham Keïta.Dans un article publié dans les médias intitulé: « Quand le juge devient justiciable devant le Parlement », l’éminent juge au Pool judiciaire financier alerte sur les dangers et risques de la possibilité ouverte dans le nouveau RIAN d’auditionner les magistrats devant ses commissions d’enquête.Il estime que la possibilité d’auditionner un magistrat peut entrer en contradiction avec le principe sacro-saint de la séparation des pouvoirs et devenir potentiellement un instrument de pression du juge et de son indépendance.Il convoque pour s’en convaincre le droit comparé, en faisant remarquer que les grands systèmes démocratiques de la France, des États Unis ou du Royaume Uni n’ouvrent pas cette possibilité à leur parlement au nom de la protection de l’indépendance des magistrats.Ces inquiétudes sont légitimes et il faut savoir gré au juge Keïta d’avoir permis le débat juridique grâce à sa contribution de très haute facture.Qu’il me plaise ici de pouvoir lui apporter quelques éléments de réponse qui pourront définitivement (je l’espère humblement) apaiser ses craintes.Il faut rappeler que le nouveau Règlement intérieur est le fruit d’un travail collectif avec la participation de tous les groupes parlementaires.C’est ce consensus qui a permis son adoption par la plénière, à l’unanimité. Ce qui est exceptionnel vu le contexte politique.Ensuite, le Règlement intérieur apporte de très nombreuses modifications et innovations, dont les plus importantes se retrouvent effectivement dans les dispositions sur les Commissions d’enquête qui tenaient en un seul article dans l’ancien RIAN.Aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 5 articles (art 53 à 58) qui traitent des Commissions d’enquête, montrant une volonté de renforcer sa légalité et son efficacité.Effectivement, désormais, les personnes appelées pour audition ont l’obligation d’y déférer avec le soutien de la force publique au besoin.La Commission d’enquête ne peut se faire opposer le secret professionnel dans la communication de certains documents (sauf ceux touchant la Défense).L’assemblée nationale a en outre maintenant la possibilité de saisir la justice si ces commissions d’enquête découvrent des faits pouvant être qualifiés de crimes ou délits.Ces innovations sont des ruptures importantes visant à garantir la mission constitutionnelle de l’assemblée nationale de contrôle de l’action du gouvernement.Bien sûr qu’il est aussi désormais possible d’auditionner des ministres et des magistrats, mais pour ces derniers, il est apporté des garanties essentielles empêchant toute possibilité de dévoiement des commissions d’enquête en instrument de pression sur la justice.Tout d’abord, avant toute constitution d’une Commission d’enquête, le Bureau de l’assemblée nationale saisit OBLIGATOIREMENT le ministre de la justice pour recueillir son avis sur d’éventuelles interférences avec des affaires judiciaires en cours.Si le ministre confirme ces possibles interférences, la proposition de constitution de la Commission d’enquête est annulée sine Die (art 54).Ensuite, Il ne peut être créé de commission d’enquête lorsque les faits ont donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours ou qu’un jugement définitif est intervenu sur les faits. Si une commission a déjà été créée, sa mission prend fin dès l’ouverture d’une information judiciaire relative aux faits qui ont motivé sa création (art 53).Pour l’audition des magistrats en service, il est OBLIGATOIRE de solliciter l’autorisation du Ministre de la Justice (art 56). L’assemblée nationale ne peut donc convoquer DIRECTEMENT un magistrat, encore moins requérir la force publique à son encontre.On voit qu’il impossible qu’une commission d’enquête fasse quelque ingérence contre l’indépendance de la justice et des magistrats dans des affaires en cours, car le ministre de la justice est érigé en rempart infranchissable contré toutes velléités parlementaires.Plus déterminante, une commission d’enquête sur la justice ne concerne que le SERVICE PUBLIC DE LA JUSTICE, et non des affaires en cours ou déjà jugées.Par exemple, si l’assemblée nationale souhaite comprendre les causes de la surpopulation carcérale, il sera impossible d’aboutir à des réformes structurantes sans l’audition des acteurs clefs que sont les juges d’instruction et les procureurs qui sont au cœur des problématiques liées aux longues détentions préventives.D’ailleurs les magistrats ne sont pas les seuls concernés. Les ministres peuvent être auditionnés sur AUTORISATION du Président de la République, de même que les députés sans besoin de lever leur immunité parlementaire.Ces innovations apportées au RIAN sont certes révolutionnaires par rapport à ce qui avait cours au Sénégal, mais elles n’atteignent pas ce qui se fait dans les démocraties majeures.En France par exemple, on se souvient tous de la commission d’enquête dans l’affaire Doutreau avec la mémorable audition du Juge Burgeau.Tout le monde y passe en France, du premier ministre, au magistrat jusqu’au plus petit fonctionnaire, même les gérants des grandes entreprises privées, jusqu’à récemment les Tiktokeurs et influenceurs pour réguler leur influence sur la jeunesse.Comme nous pouvons le constater, l’Assemblée nationale est en train d’opérer une véritable révolution démocratique pour être conforme à ses missions constitutionnelles jusque-là en léthargie.Mais cette révolution se fait dans le strict respect des droits de personnes auditionnées avec des garanties procédurales réelles, eu égard à leur statut particulier, et dans le strict respect du principe à valeur constitutionnelle de séparation des pouvoirs.Honorable député Amadou Ba, Pastef

[POINT DE VUE] Quand le juge devient justiciable devant le Parlement… (Par Mamadou Yakham Keita)

Tract – Le projet de nouveau règlement intérieur de l’Assemblée nationale du Sénégal introduit des innovations importantes, notamment en matière de commissions d’enquête parlementaire. L’intention affichée est louable : renforcer le pouvoir de contrôle des députés sur la vie publique. Mais un article en particulier mérite une attention aiguë, tant il fait peser un risque réel sur l’équilibre des pouvoirs : l’article 56, qui prévoit que les commissions d’enquête pourront convoquer des magistrats en exercice, sous autorisation du ministre de la Justice.

 Cette disposition ne tombe pas du ciel. Elle fait écho à une actualité encore récente, où des soupçons graves avaient visé des membres de l’autorité judiciaire. L’idée d’une audition parlementaire avait alors été évoquée, puis abandonnée, car elle ne reposait sur aucune base légale. L’article 56 semble vouloir combler ce vide pour l’avenir.Mais ce qui est en jeu dépasse de loin un simple correctif technique. Car cette disposition — jointe à la procédure prévue à l’alinéa 2 de l’article 62, qui permet le recours à la force publique en cas de refus de comparution — crée un brouillage institutionnel d’une gravité inédite.La force publique – police ou gendarmerie – placée sous l’autorité du juge, pourrait-elle être requise pour contraindre ce même juge à se présenter devant une instance politique ? Que resterait-il alors de l’autorité symbolique et fonctionnelle du magistrat ? Comment pourrait-il exercer son office avec la sérénité et l’impartialité requises, après avoir été publiquement convoqué, voire physiquement contraint, à répondre à une instance législative ?L’argument selon lequel la procédure parlementaire ne serait pas pénale pourrait être avancé. Mais cette distinction ne résiste pas à l’analyse. L’article 56 impose la comparution, le serment obligatoire, prévoit des sanctions pénales (articles 355 et suivants du Code pénal), autorise le recours à la force publique (article 62, alinéa 2), et permet de saisir le procureur de la République en cas d’infractions (article 57).Ces éléments traduisent une dynamique quasi juridictionnelle. Or, selon l’article 25 de la loi organique n°2017-10 portant statut des magistrats, un magistrat ne peut être auditionné, même à titre préliminaire, que par le Procureur général près la Cour suprême ou par un pair habilité, et uniquement avec l’autorisation expresse du ministre de la Justice.Ce niveau élevé de protection procède d’un souci de préservation de l’indépendance fonctionnelle de la magistrature.L’article 57 du projet de règlement, en confiant la transmission des faits au Procureur de la République, semble ignorer cette architecture statutaire. Il introduit ainsi une confusion regrettable entre mécanisme politique d’enquête et cadre judiciaire réservé, pourtant strictement balisé par une loi organique.Il en résulte un conflit normatif entre deux textes organiques que seul le Conseil constitutionnel pourra trancher.Mais il y a plus fondamental encore : la commission d’enquête parlementaire est un outil de contrôle de l’exécutif, pas un instrument d’investigation sur le pouvoir judiciaire. Les magistrats ne relèvent pas du gouvernement. Ils ne sont pas comptables de leur action devant l’Assemblée nationale. Les convoquer, c’est confondre la transparence avec l’ingérence, et le contrôle démocratique avec l’empiétement sur une sphère institutionnelle indépendante.Et sur ce point, le droit comparé est limpide.* En France, les magistrats en fonction ne sont jamais convoqués par les commissions d’enquête. Leur contribution éventuelle se fait par écrit, via le ministère de la Justice ou le Conseil supérieur de la magistrature.* Au Royaume-Uni, les select committees n’ont aucun pouvoir contraignant sur les juges en exercice. Lorsqu’un point de vue judiciaire est requis, il passe par des rapports ou des institutions spécialisées, mais jamais par des auditions directes.* En Allemagne, les commissions d’enquête n’entendent que des experts extérieurs ou des anciens magistrats. Aucun juge en service n’a à justifier son action devant le Bundestag.* Même aux États-Unis, où les commissions du Congrès disposent de pouvoirs étendus, les juges fédéraux bénéficient d’une immunité fonctionnelle stricte. Le Department of Justice peut être saisi, mais les magistrats eux-mêmes restent hors de portée des convocations politiques.Ces exemples ne sont pas des exceptions. Ils sont la norme dans toutes les démocraties respectueuses de la séparation des pouvoirs.Or, l’article 56, en l’état, fait du Sénégal une anomalie démocratique en devenir : le seul pays, à notre connaissance, à prévoir formellement la convocation, et potentiellement la contrainte physique, d’un magistrat par une commission d’enquête parlementaire.Ce n’est pas ici une réaction corporatiste. C’est une alerte institutionnelle. La justice ne peut rester sereine et impartiale si elle est exposée, même ponctuellement, à une mise en cause politique directe.Renforcer le contrôle parlementaire, oui. Mais en respectant la ligne rouge de l’indépendance judiciaire. Car le contrôle n’est pas la subordination, et la transparence ne doit jamais servir de prétexte à l’affaiblissement des contre-pouvoirs.D’autant plus que ce texte, adopté sous forme de loi organique, devra, avant toute promulgation, être soumis au contrôle de constitutionnalité, conformément à l’article 78 de la Constitution. C’est une étape décisive. Car une démocratie forte ne se mesure pas à l’étendue des pouvoirs, mais à leur équilibre.Mamadou Yakham KeitaMagistrat

[FOCUS] L’approche sectorielle du changement climatique, un blocage aux financements et aux politiques climatiques (par Dr Aliou Gori DIOUF)

Tract – À l’occasion de la Conférence mondiale sur le financement du développement, ouverte ce lundi 30 juin en Espagne, nous partageons une réflexion critique inspirée par la dernière publication de la Climate Policy Initiative (CPI), consacrée au paysage mondial du financement climatique.

 IntroductionCe rendez-vous international de haut niveau constitue, à notre avis, un cadre opportun pour interroger les dynamiques actuelles du financement du développement, mais aussi pour examiner de manière approfondie les avancées, les limites et les perspectives du financement climatique mondial.La Climate Policy Initiative (CPI) établit régulièrement un état des lieux du financement climatique mondial à travers des publications fondées sur la compilation rigoureuse de données issues de multiples sources et acteurs. Ces rapports visent à analyser les flux financiers destinés à lutter contre le changement climatique, tant à travers l’adaptation que l’atténuation.C’est dans ce contexte que nous proposons une lecture critique des constats posés par la CPI, en y apportant une grille d’analyse centrée sur les limites structurelles de l’architecture institutionnelle actuelle et sur la nécessité d’un changement de paradigme pour accélérer les politiques climatiques. 
  1. La Climate Policy Initiative alerte
La publication de la CPI, parue en juin 2025 et portant sur les flux financiers de l’année 2023, dresse un bilan actualisé et détaillé des ressources mobilisées pour faire face au changement climatique, tant pour l’atténuation que pour l’adaptation. Elle met en lumière des progrès encourageants, mais également des alertes majeures sur les menaces qui pèsent sur la mobilisation future des ressources. Si une analyse approfondie des résultats fera l’objet d’un autre document, nous proposons ici une réflexion critique inspirée par l’alerte majeure et les menaces qui pèsent sur la mobilisation future des ressources identifiées par la CPI.La CPI alerte :« Même si les investissements climatiques sont en hausse, les événements géopolitiques en cours en freinent l’élan, risquant d’accentuer la fragmentation et d’avoir un impact sur les flux futurs. Le changement climatique ne s’interrompra pas du fait de priorités politiques changeantes – des politiques climatiques accélérées et des investissements renforcés sont nécessaires pour garantir la stabilité et la sécurité socio-économiques. Une telle action ouvre également de vastes perspectives de développement économique, de création d’emplois, de compétitivité et de prospérité à long terme. L’alternative – le statu quo – ne fera qu’aggraver les dommages économiques, sociaux et environnementaux dans le monde entier. »Cette alerte met en évidence un risque additionnel : l’imprévisibilité des changements de priorités politiques, dictés par des crises géopolitiques susceptibles de surgir à tout moment. Ces crises peuvent entraîner une réaffectation des ressources financières initialement prévues pour l’action climatique vers d’autres priorités nationales. En réponse, CPI recommande l’adoption de politiques climatiques accélérées, accompagnées d’investissements soutenus, comme gage de stabilité et de sécurité socio-économiques. Selon l’Initiative, une telle dynamique serait porteuse d’opportunités concrètes pour le développement, la compétitivité, l’emploi et la prospérité à long terme. À défaut, les pertes économiques, sociales et écologiques risquent de s’aggraver. 
  1. Un statu quo toujours constaté et dénoncé mais toujours mal compris.
Cette mise en garde, bien que particulièrement pertinente et réaliste, n’est pas nouvelle. Elle est récurrente dans la littérature sur l’action climatique depuis plusieurs années. Pourtant, les progrès dans la mobilisation des ressources financières et la mise en œuvre accélérée des politiques climatiques demeurent limités. Ce statu quo est régulièrement dénoncé par les États les plus vulnérables et par la majorité des organisations de la société civile du Sud global comme du Nord. Mais il y a une question rarement posée : pourquoi la léthargie persiste-t-elle malgré les constats et dénonciations ?Peu d’analyses interrogent véritablement les causes profondes de cette inertie. Nous formulons ici l’hypothèse que cette situation découle d’une compréhension biaisée de la problématique climatique – et plus largement environnementale – perçue à tort comme une question strictement sectorielle. 
  1. La dérive sectorielle et sa traduction institutionnelle
Dans la quasi-totalité des pays membres de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), la réponse au changement climatique a été presque systématiquement institutionnalisée via la création de ministères de l’Environnement, devenus les principaux porteurs des politiques climatiques. Cette « ministérialisation » de la question climatique a conduit à une sectorialisation de fait : on applique une approche sectorielle à une question multisectorielle, voire transsectorielle. La question climatique est institutionnellement réservée aux ministères de l’environnement.Pourtant, dans les discours, les acteurs reconnaissent à l’unanimité que le changement climatique est une problématique multisectorielle, voire transversale. Ce paradoxe – une approche sectorielle pour un enjeu fondamentalement transversal – explique en grande partie l’absence d’accélération des politiques climatiques. Les efforts déployés par les ministères de l’Environnement, bien que louables, ne suffisent pas à impulser un changement systémique. 
  1. Un changement de paradigme vers une gouvernance climatique qui donne aux secteurs la place qui leur sied est nécessaire
Aucune politique climatique ambitieuse ne pourra émerger tant que les autres ministères, ceux qui sont impactent et sont impactés par le changement climatique, ne seront pas impliqués de manière équivalente. Il est impératif que les ministères de l’Économie et des Finances, des Infrastructures, des Transports, de l’Énergie, de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche, de l’Éducation, de la Santé, de la Culture, des Télécommunications, de la Recherche, de la Formation professionnelle, de la Protection sociale, ou encore du Numérique etc., soient pleinement engagés dans la lutte contre le changement climatique, au même titre que les ministères de l’Environnement.Chaque ministère doit disposer de son propre agenda climatique, d’un budget spécifique, et de ressources humaines qualifiées, d’un dispositif de mise en œuvre et de suivi-évaluation et apprentissage dédiées à cet enjeu, coordonnés par une structure logée à la Primature ou à la Présidence de la République. Ce n’est qu’à cette condition que pourra émerger une action climatique collective, systémique et coordonnée. ConclusionIl est urgent de rompre avec la logique hiérarchique qui relègue les autres ministères au rang d’acteurs de seconde zone dans la lutte contre le changement climatique. Il faut instaurer une gouvernance climatique partagée où chaque secteur du développement humain se sentira autant responsable et impliqué que le ministère de l’Environnement.Ce changement de paradigme est une condition sine qua non pour voir se développer, dans chaque secteur, des politiques climatiques budgétisées, exécutées par des personnels compétents et ancrées dans les réalités opérationnelles de chaque domaine.Par Dr Aliou Gori DIOUF