[L’ET DIT TÔT D’O.N.G] Pouvoir et Opposition, réunis dans la même sauce, par les Lions de la Téranga… le temps de ‘Pakaargni’ politiciens autour d’un thiéboudieune présidentiel ? (Par Ousseynou Nar Gueye Gueye)

Ousseynou Nar Gueye, fondateur de Tract Hebdo

Tract Hebdo – Dakar a explosé de joie, le Sénégal a exulté, et les klaxons des voitures, clandos, Tata, et tiak-tiak à motoristes sans casque, sans oublier les vuvuzelas de fabrication chinoise, ont résonné jusqu’à l’aube. La raison de cette liesse populaire, qui a fait oublier (presque) tous les tracas du quotidien : la victoire éclatante des Lions de la Téranga à la Coupe d’Afrique des Nations, CAN Maroc 2025 ! Un événement qui, miracle du football, a réussi l’impensable : réunir le Pouvoir et l’Opposition au Palais de la République, le temps d’une célébration grandiose.

« C’est incroyable ! », s’exclame un observateur politique, le regard embué par l’émotion (ou le manque de sommeil). « On pensait qu’il faudrait un miracle pour les voir s’asseoir à la même table, et voilà qu’un ballon rond a fait le travail. On devrait peut-être organiser des matchs de football à chaque session parlementaire ? Ou avant chaque élection ? »

La scène, digne d’un film de feu Djibril Diop Mambéty pour son onirisme et son surréalisme, a vu le Président Bassirou Diomaye Faye, rayonnant, accueillir les figures les plus farouches de l’Opposition avec des accolades chaleureuses, des sourires (forcés?) et des éclats de rire (un peu trop sonores ?). Le tout, bien sûr, sous l’œil vigilant des caméras exclusivistes de la RTS1, histoire de prouver au monde entier que le Sénégal, même dans ses divisions, sait faire corps autour de ses héros nationaux.

Selon nos sources (qui étaient cachées derrière un pot de fleurs géant), le menu du festin qui a suivi la cérémonie était à la hauteur de l’événement : des « Pakaargni » à secousses, accueillant, avec du poisson frais, un thiéboudieune à profusion et des jus de bissap à gogo, suivi des trois normaux du ataya. « Même les plus farouches opposants ont fait honneur au repas », nous confie un serveur, visiblement amusé. « On a même vu un ministre échanger sa place avec un leader de l’opposition pour mieux déguster un morceau de thiof ! »

Le gouvernement, dans un communiqué teinté d’optimisme, a salué « l’unité nationale retrouvée » et « l’esprit de rassemblement » qui anime le pays. L’Opposition, elle, a joué le jeu, félicitant les Lions et le Président BDF, mais n’a pas manqué de rappeler, entre deux sauts  de « Pakaargni », que « le football, c’est bien, mais la gouvernance efficace et efficiente, sans chasse aux sorcières mackyavéliques, c’est mieux ». Quant au PM Sonko, il a mis un costume au lieu d’un jogging vert et il a évité de monter sur une chaise pour en sauter au sol, comme il l’a fait devant le téléviseur présidentiel, lors de la finale Sénégal-Maroc de Rabat…

Alors, cette réconciliation est-elle sincère ou éphémère ? Les divisions politiques vont-elles reprendre de plus belle dès que les effluves de « Pakaargni » se seront dissipées ? La question est sur toutes les lèvres.

Un vieux sage, assis à l’ombre d’un flamboyant, résume la situation avec une sagesse toute sénégalaise : « Au Sénégal, le football, c’est comme une trêve sacrée. On se retrouve, on fait la fête, on mange ensemble. Mais après, chacun rentre chez soi, et les problèmes reviennent. C’est la vie. Mais au moins, le temps de ‘Pakaargni’ et d’un tieboudiene, on a rêvé d’un autre Sénégal. Et ça, c’est déjà une victoire en soi. »

En attendant, les Lions sont des héros, les « Pakaargni » étaient épiques et le riz au poisson était d’anthologie , et le Palais a respiré l’unité. Jusqu’à la prochaine élection, sans doute. Ou la prochaine Coupe d’Afrique. Ou Coupe du Monde, en juin 2026 ? Ne rêvons pas trop non plus…

Même si le Sénégal, qui a battu un Maroc demi-finaliste du précédent Mondial, doit pouvoir nourrir sans complexe l’ambition que les Lions de la Teranga atteignent la finale du Mondial de Foot USA-Canada-Mexique 2026. Devant des gradins exempts de supporters sénégalais; absents en grand nombre. Pour cause de politique drastique d’octroi de visas aux Sénégalais. Mesure exigée par Donald Trump, devant le nombre incroyable de nos compatriotes de Ndoumbelane qui font du ‘overstay’ de plusieurs années aux USA, bien après l’expiration de leur visa ! Big up, a mes frères de Little Senegal, Harlem, New York City : ne lâchez rien, la libre circulation des personnes (y compris celles du Sud global dont l’Afrique fait partie et avec des moyens non-piroguiers suicidaires atlantiques ) est un droit humain et un impératif catégorique en ce siècle dont le quart est déjà consomme. Monsieur Trump et vos allies de l’Union Européenne que vous accabliez cette semaine : Ouvrez les frontières.

Ousseynou Nar Gueye, Fondateur

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Le « Grand Stade du Futur » de Saly Portudal sera-t-il prêt pour la Coupe du Monde… de nos petits-enfants ?

Tract Hebdo – Le « Grand Stade du Futur » de Saly Portudal, présenté en grande pompe il y a quelques années comme le joyau architectural qui allait propulser stratosphériquement  le Sénégal sur la scène sportive mondiale, et pas seulement africaine avec cette CAN Maroc 2025 remportée, semble avoir pris la tangente. Les travaux avancent à la vitesse d’un escargot asthmatique, et la livraison de l’enceinte sportive est devenue une sorte de mythe urbain, au même titre que l’existence du Yéti.« Franchement, à ce rythme, nos petits-enfants pourront peut-être assister à un match dedans », s’amuse un vieux supporter des Lions, le regard perdu vers le chantier inachevé. « On nous a promis des tribunes dernier cri, des pelouses dignes des plus grands championnats… Pour l’instant, on a surtout des grues rouillées et des ouvriers qui semblent jouer aux dominos plus qu’ils ne construisent. »Les autorités, interrogées sur le retard, évoquent « des imprévus techniques », « des ajustements budgétaires » et « une conjoncture internationale défavorable ». Des excuses qui, à force d’être répétées, commencent à ressembler à un refrain de Youssou N’Dour : on le connaît par cœur, mais on ne l’écoute plus. L’opposition, toujours à l’affût, a dénoncé un « scandale » et un « chantier de la honte », rappelant que les fonds alloués à ce projet auraient pu servir à « équiper tous les centres de santé du pays avec des climatiseurs, histoire que les patients ne se transforment pas en poulets rôtis pendant les fortes chaleurs ».Quant aux supporters, ils ont fini par organiser des matchs amicaux… sur le chantier même, avec des plots en guise de buts et des gravats comme ballon. « Au moins, on s’entraîne à éviter les obstacles, c’est utile pour la vie de tous les jours au Sénégal », ironise un jeune footballeur.Néné SowTract Hebdowww.tract.sn

Où sont passés les pécheurs de Mbour ? La mer, la politique… même combat !

Tract Hebdo – Les côtes sénégalaises frémissent, non pas sous l’effet d’une nouvelle houle, mais d’une énigme digne des plus grands feuilletons de la RTS. Depuis l’aube du 24 janvier, une partie non négligeable de la flottille de pêche de Mbour semble avoir pris le large, et pas pour des raisons halieutiques. Les Mbourois, ces as de la pirogue, ont-ils décidé de troquer leurs filets contre des dossiers ministériels ? C’est la question qui agite les marchés aux poissons et les salons dorés de Dakar.

Selon nos sources (un peu ivres au moment de la confidence, mais on ne juge pas), certains pêcheurs auraient été aperçus, non loin du Palais, arborant des costumes neufs et des cravates étrangement serrées. « On leur a proposé des postes, c’est sûr ! », s’exclame une vendeuse de poisson, mi-amusée, mi-consternée. « Après tout, qui de mieux qu’un homme de la mer pour naviguer en eaux troubles… euh, je veux dire, dans les méandres de l’administration ? »

Le gouvernement, dans un communiqué dont la langue de bois rivaliserait avec la forêt de Casamance, a simplement évoqué « des mouvements de population saisonniers liés à la quête de nouvelles opportunités ». Comprendre : « On ne sait pas trop, mais ça sent le roussi pour les sardines. »

Les Mbourois, eux, restent silencieux. Sont-ils en train de préparer une nouvelle stratégie de pêche révolutionnaire ? Ou sont-ils en réunion secrète pour discuter de la prochaine réforme du code du travail maritime ? Une chose est sûre : le Sénégal, pays de la Téranga et des surprises, n’a pas fini d’étonner ses propres habitants. En attendant, les prix du poisson risquent de prendre l’ascenseur. À moins que nos chers pêcheurs ne reviennent avec des portefeuilles bien remplis, offrant des subventions inespérées aux consommateurs. On peut toujours rêver, n’est-ce pas ?

Néné Sow

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[BILLET- Victoire des Lions ) ‘F…..tez donc la paix à Omar Sy, le plus sénégalais des Français !’ (ancien ministre sénégalais)

Tract Hebdo – Parlez-vous vraiment d’Omar Sy ? Les médias français, fatalement ceux d’extrême droite, se sont acharné sur le comédien sénégalais Omar Sy, pour avoir osé célébrer la victoire de son pays d’origine (le Sénégal donc) dans une compétition africaine. Les termes les plus cruels ont servi à caractériser celui que l’ont accuse d’avoir trahi la France, d’avoir fait preuve de lâcheté après avoir tout obtenu d’elle. Aznavour peut revendiquer, célébrer l’Arménie, sa grandeur et ses souffrances. Alain Finkielkraut, abonné de Cnews, clame sa fidélité à Israël, tout comme son théocompatriote Bernard Henri-Levy, avec un zèle compulsif, n’hésitant pas à critiquer les positions de la France sur le drame palestinien. Cela ne dérange personne. C’est donc un racisme répugnant qui s’exprime ainsi.Mais, revenons à notre sujet : qu’a fait la France pour Omar Sy ? Aurait-il été le français adulé, aimé sil avait été un petit dealer de banlieue et ne s’était pas imposé par son talent ? N’est-ce pas lui qui a exporté et défendu le cinéma français au-delà des collines d’Hollywood ? Ce racisme épidermique a ressurgi depuis que M. Sy a dénoncé le traitement subi par les tirailleurs Sénégalais après la Seconde guerre mondiale. La vérité aurait-elle une couleur ? Aurait-il (Omar Sy) reçu les mêmes baves injurieuses s’il était polonais, portugais, israélien, arménien d’origine ? Que non ! Foutez-lui donc la paix et mourez de votre rage.Souleymane Jules DiopAnalyste en stratégie internationaleAncien ministre 

[HOMMAGE] Christian Valantin, 96 ans : un prince de la servitude à l’État et à la République

 Tract Hebdo – Christian Valantin, ou la fidélité à l’État et à l’humanisme ?  Christian Valantin s’en est allé. Avec lui disparaît l’un des derniers témoins directs, et l’un des artisans discrets, de ce moment fondateur où le Sénégal se donna à lui-même comme République. Il fut mon oncle par l’amitié profonde et durable qui le liait à mon oncle Cheikh Hamidou Kane — tous deux issus de la même génération formée à l’École nationale de la France d’Outre-Mer (ENFOM), aux côtés de mon autre tonton, Babacar Ba. Mais il fut aussi mon ami, mon voisin parisien, et surtout une présence avunculaire, patiente et formatrice, qui accompagna silencieusement mon propre cheminement. « Tonton Chris », ainsi l’appelions-nous depuis mon enfance, appartenait à ces hommes rares dont la vie épouse l’histoire sans jamais chercher à la dominer. Ami fidèle de ma famille, branche maternelle et paternelle, il succéda au jeune auteur de « L’Aventure ambiguë », qui venait de paraître, comme gouverneur de la région de Thiès, lorsque celui-ci fut appelé à servir l’État au sommet, d’abord comme Commissaire général au Plan, puis ministre, peu avant la regrettable déchirure politique — toujours douloureuse à rappeler — qui, malheureusement, sépara Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Il était le fils de la sœur d’André Guillabert, ami intime d’Aboubakry Kane, lui aussi frère de la mère de Cheikh Hamidou Kane. Les vicissitudes de la vie politique mettront, un temps durant, les deux oncles et neveux dans des camps adverses, mais sans jamais entacher l’amitié et la fraternité indéfectible qui les liait.Laudator temporis acti – Éloge des temps anciens – pour rappeler qu’il fut un temps, aujourd’hui presque révolu, où les démons de la politique ne parvenaient pas à fracturer ce que la famille, le sang, le sens de l’honneur et l’amitié avaient scellé dans un pacte social de haute élévation. En France, mon amitié avec mon tonton Valantin se resserra encore après la première alternance politique de l’an 2000. Elle fut pour moi une véritable école de vie. À Paris, nos domiciles ne sont séparés que de quelques minutes à pied. Je lui rendais visite régulièrement, souvent porteur d’un grand bol de riz au poisson, notre « thiébou djeune » national, qui réjouissait le « domou Ndar », ce natif de Saint-Louis du Sénégal, viscéralement attaché à sa terre jusqu’à son dernier souffle. Ces moments simples disaient beaucoup de son attachement viscéral à la terre natale, à ses saveurs, à sa mémoire.Si aujourd’hui je prends la plume, ce n’est pas seulement pour dire mon affection pour un être cher, mais aussi pour saluer l’un des derniers grands témoins de la naissance de la République du Sénégal. En effet, Christian Valantin en fut, truelle à la main, l’un des jeunes artisans, à l’ombre tutélaire des grands bâtisseurs que furent Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, Lamine Guèye et tant d’autres figures illustres de notre histoire nationale.Formé au lycée Faidherbe de Saint-Louis, pur produit de l’Université française, il était un homme de culture au sens le plus exigeant du terme. Patriote authentique — dans une époque où le mot est trop souvent vidé de sa substance — il servit un pays qu’il aima profondément et auquel il donna sans compter. Fier de la culture sénégalaise, avec son wolof précis et châtié, fier de sa culture française, ouvert aux vents venus d’ailleurs, il incarnait un humanisme de synthèse, sans crispation ni reniement.Mais réduire « tonton Chris » à un parcours institutionnel serait trahir sa vérité profonde. Il était avant tout un homme de bonté, dont l’engagement politique fut marqué par une attention constante aux populations rurales de la région de Thiès, auxquelles il demeura fidèle, convaincu que le progrès d’une nation se mesure d’abord à l’attention portée à ses plus humbles.Gouverneur de région, directeur de cabinet du Président de la République, directeur de l’Office de commercialisation agricole (OCA), rapporteur du budget d’une rare expérience, parlementaire respecté, diplomate portant la voix du Sénégal dans les grandes instances de la Francophonie : sans éclat tapageur, sans bruit inutile, Christian Valantin savait ce qu’est l’État. Il en portait la mystique, cette conviction intime que l’État n’est pas une abstraction froide, mais une pédagogie et une exigence morale, une promesse de cohésion, une transcendance collective.Je lui rendis visite il y a quelques semaines, rue de la Croix-Nivert dans le 15ème arrondissement de Paris. Il était heureux de ma venue et soulagé de me restituer un livre que je lui avais prêté et qu’il avait eu peine à retrouver parmi les piles d’ouvrages qui peuplaient son appartement. C’était « La Plume raboutée », premier tome des mémoires du grand Birago Diop, ce pionnier lumineux des lettres sénégalaises, si profondément attaché à Saint-Louis et au lycée Faidherbe qui le prépara et lui ouvrit les portes de l’Ecole nationale Vétérinaire de Toulouse. Le livre rendu, nous parlâmes du Sénégal pendant de longues heures : d’un pays qu’il connaissait intimement, qu’il aimait passionnément, qu’il avait contribué à bâtir, et pour lequel il souffrait encore autant qu’il espérait. Christian Valantin était un esprit ouvert, attentif, curieux du monde et des hommes. Il se situait aux antipodes des nationalismes étriqués, des postures déclamatoires et mortifères. Il était l’enfant de cette terre-carrefour, ce trait d’union entre mer et fleuve, où se sont harmonieusement mêlées la culture sénégalaise traditionnelle, la culture française et les influences arabo-islamiques. Je demeure convaincu que c’est cette « chimie de la fusion et de la synthèse » qui a façonné ce que nous avons été, et demeure ce que nous devons redevenir pour renaître et habiter pleinement le monde en pleine mutation, le monde de demain.Puisse la trajectoire de Christian Valantin inspirer notre jeunesse : s’enraciner solidement dans les valeurs de la terre-mère, tout en s’ouvrant, sans crainte ni arrogance, aux apports fécondants de l’ailleurs. C’est à cette condition que se construisent les nations durables.Repose en paix, cher tonton Christian Valantin. Ta vie demeure, pour nous tous, une leçon de fidélité, de mesure et d’espérance.Hamidou Sall Écrivain

[PATRIMOINE] Sauvegarde du Kankourang : L’État et la communauté mandingue engagent un partenariat stratégique (Par Kémo Daffé)

Tract – Dans le cadre de la revalorisation et de la sauvegarde de la culture mandingue, notamment du Kankourang, le Comité d’initiative national pour la sauvegarde et la promotion des valeurs culturelles mandingues a été reçu en audience, ce vendredi soir, par le Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, chargé de la Culture, des Industries créatives et du Patrimoine historique.

 Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de concertation engagée depuis plusieurs semaines entre l’État du Sénégal et les représentants de la communauté mandingue, autour d’un enjeu central : la protection du Kankourang, pilier de l’identité culturelle mandingue et patrimoine culturel immatériel inscrit à l’UNESCO.« Le Kankourang n’est pas un folklore »Prenant la parole au nom du comité, le professeur Balla Moussa Daffé, ancien ministre, ancien député, ancien maire de Sédhiou et professeur d’université à la retraite, a rappelé avec gravité l’objectif fondamental de la démarche :« Le premier objectif que nous nous assignons est la protection et la sauvegarde du Kankourang. Nous assistons aujourd’hui à une banalisation dangereuse de ce qui constitue le pilier de la culture mandingue. »Selon lui, l’urbanisation et le cosmopolitisme ont progressivement transformé le Kankourang en un objet de divertissement, voire de commercialisation, en rupture totale avec son caractère sacré.« Le Kankourang est un mythe sacré, pas un objet d’amusement ni de djambadon. Il sort dans des circonstances exceptionnelles, selon une périodicité bien définie. »Le professeur Daffé a également dénoncé certaines dérives, notamment l’exposition d’enfants en bas âge dans le bois sacré ou la confusion entre circoncision et initiation, appelant à une réappropriation rigoureuse des règles traditionnelles.Vers une structuration nationale de la communauté mandinguePour sa part, Séni Mandjang, maire de la commune de Marsassoum et membre du comité d’initiative, a souligné que cette audience constituait une étape technique importante, faisant suite à une première rencontre avec le ministre de la Culture.« Il s’agit maintenant de travailler en profondeur avec l’État sur les statuts, les règlements intérieurs et le fonctionnement des futures instances. »Parmi les projets structurants figurent la mise en place de la Haute Autorité des Milieux Mandingues Organisés (HAMU) et la création d’une Fédération nationale des communautés mandingues. Une approche transversale est également envisagée, impliquant plusieurs départements ministériels, notamment l’Intérieur, les Forces armées, l’Éducation nationale et les Affaires étrangères.Des rendez-vous décisifs annoncésLe calendrier est déjà bien défini. Une rencontre technique à Kabendou, prévue le 14 février, permettra de valider les textes fondamentaux et de statuer sur les questions sensibles liées à la gestion du Kankourang. Ces travaux déboucheront sur les Assises nationales du Mandingue, annoncées pour le mois d’avril à Mbour.Ces assises devraient réunir des figures emblématiques de la communauté mandingue, dont Sadio Mané, cité en exemple pour incarner les valeurs issues de l’éducation reçue dans le bois sacré.L’État rassure et s’engageIntervenant également, Mamadou Aïdara Diop, secrétaire général de la collectivité mandingue de Mbour, a salué l’écoute et la disponibilité du Secrétariat d’État.« Le ministère a été très attentif à nos préoccupations et nous a donné des garanties qui nous permettent d’espérer une organisation conforme aux lois, tout en préservant le caractère sacré du Kankourang. »L’audience a ainsi confirmé la volonté de l’État d’accompagner la communauté mandingue dans la sacralisation, la régulation et la transmission intergénérationnelle de ce patrimoine unique, y compris dans des événements d’envergure nationale comme les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), où la dimension culturelle devra pleinement trouver sa place.Kémo DAFFÉJournaliste

[DÉCRASSAGE] FINALE DE LA CAN 2025 : Une crise salutaire pour le football africain ? (Par Pr. Abdoulaye Sakho)

Tract – Les crises sont intéressantes parce qu’elles amplifient les dysfonctionnements et peuvent devenir des accélérateurs de changement. Puisqu’on est dans le domaine du sport, rappelons que le confinement et les interdictions de rassemblement exigés par la gestion de la crise du COVID 19, ont généré un modèle de sport reposant sur une utilisation intelligente des outils numériques, ce qui a révolutionné la pratique et le spectacle sportif partout dans le monde. 

Je crois que la crise actuelle, issue de la finale de la CAN qui vient de s’achever au Maroc avec le sacre de l’équipe nationale du Sénégal pour une deuxième étoile devrait contribuer à des substantiels changements dans la gestion du football africain. N’est-elle pas déjà en train de déboucher sur des questionnements relatifs à l’organisation de la compétition voire même au fonctionnement de la CAF ?Sans préjuger de ce que sera l’avenir, je suis à peu près certain que dorénavant les choses ne se passeront plus comme avant et que la prévention, la concertation et les autres formes de gouvernance efficace prendront une place plus importante dans le management de la CAF et des compétitions sportives africaines concernant le football.Ceci dit, l’actuel traitement de la situation au niveau international m’amène à demander une vigilance particulière à la Fédération Sénégalaise de Football (si ce n’est déjà fait) car il me semble qu’il se prépare, autour de cette affaire, un processus juridico judiciaire qui ne doit ni surprendre ni échapper aux dirigeants du football sénégalais.J’avoue qu’avec les réseaux sociaux, on ne sait plus où se situe la bonne information. Mais ma conviction est faite que concernant : – le résultat du match, c’est acté et plus personne ne pourra y revenir car les conditions de « l’influence illégale sur le résultat d’un match » ne sont pas réunies en l’espèce, c’est une forte conviction de ma part, il ne faut donc pas se laisser distraire ; – l’appréciation des incidents (contestation des décisions arbitrales, interruption de la rencontre …), je suis convaincu que la fédération sénégalaise possède toutes les ressources juridiques pour faire face, (je conseille toutefois, d’éviter d’étaler les arguments à cette période, étant entendu qu’on ne peut être sanctionné définitivement sans avoir été entendu).Par ailleurs, j’aimerais rassurer sur cette coupe qui est bien sénégalaise à présent et qui restera sénégalaise jusqu’à sa remise en jeu à la prochaine CAN car, aucune construction humaine ne pourra se substituer à la réalité dans ce cas précis : le match a été interrompu sur « sortie de joueurs », il a repris sur décision du « maitre du jeu » qu’est l’arbitre, un pénalty accordé avant l’interruption du jeu a été tiré, il est manqué, le jeu s’est poursuivi, une équipe a marqué un but non contesté qui lui a donné l’avantage jusqu’à la fin du match. C’est ça la réalité !Je laisse le soin à ceux qui veulent « broder » sur un seul élément de cette réalité (la sortie du terrain qu’il appartient pourtant aux seuls organes de la justice sportive de la CAF, comme la commission disciplinaire, de qualifier au plan juridique) pour extrapoler au-delà des textes (règles du jeu de l’IFAB, Code disciplinaire de la CAF et règlement de la CAN, dans le but de chercher à faire annuler un résultat acquis sur le terrain ou/et infliger de lourdes sanctions à l’équipe sénégalaise, à son coach et à sa fédération.A tous ceux qui, dans le monde entier et particulièrement au Maroc, aiment le sport et considèrent qu’il ne se résume pas à un score à l’issue d’une rencontre, ne nous laissons pas gagner par les émotions et les déceptions issues du résultat sportif. Nous venons avec cette CAN, de vivre un événement exceptionnel tant par son organisation que par ses résultats économiques. Faisons en sorte que l’issue de cette crise permette l’accélération du développement du football africain qui, sur le plan du jeu fournit par les équipes nationales, rivalise actuellement avec les plus grandes nations du football contemporain !
Pr. Abdoulaye Sakho
Professeur Abdoulaye SAKHO Institut EDGE

Conseil des Ministres : la ‘saponification’ version Keur Socé pour ‘nettoyer’ la dette cachée ? Allégorie économique ou solution miracle ?

Tract Hebdo – Le Sénégal, terre de paradoxes et d’initiatives, nous offre une nouvelle illustration de son ingéniosité locale face aux défis nationaux. À Keur Socé, loin des ors de la République, le maire a entrepris une action aussi simple que louable : former 150 femmes à la saponification. Un geste concret, ancré dans le quotidien, qui vise à l’autonomisation et au développement local. Ces femmes, armées de leurs marmites et de leurs huiles essentielles, transforment des matières premières locales en un produit essentiel. Une véritable « transformation structurelle » à l’échelle micro-économique, qui suscite l’admiration.

Pendant ce temps, dans les salles feutrées du Conseil des Ministres, les discussions se portent également sur la « transformation structurelle », mais à une échelle bien plus macroscopique. Les technocrates se penchent sur des tableaux complexes, des projections économiques et des chiffres qui donnent le tournis. Au cœur de leurs préoccupations : la dette publique, ce fardeau qui pèse lourdement sur les épaules de la nation, culminant à un impressionnant 119% du PIB. Un chiffre qui, pour le citoyen lambda de Keur Socé, reste abstrait, mais dont les conséquences sont bien réelles sur le pouvoir d’achat et les services publics.

Face à cette dichotomie saisissante entre l’action locale et les débats nationaux, une idée, mi-sérieuse mi-facétieuse, émerge : et si le gouvernement s’inspirait de l’exemple de Keur Socé ? Nous suggérons humblement à nos dirigeants d’utiliser ce savon local, fabriqué avec soin et détermination, pour entreprendre un nettoyage en profondeur des bilans de la dette publique. L’image est forte : un savon artisanal, symbole de souveraineté et d’ingéniosité locale, pour récurer les chiffres rouges qui noircissent les perspectives économiques. Si on frotte assez fort, avec la même énergie et la même persévérance que les femmes de Keur Socé, peut-être que ces chiffres deviendront verts ? Qui sait, un peu de « souveraineté savonneuse » pourrait bien faire des miracles là où les instruments financiers traditionnels peinent.

La métaphore de la saponification pour assainir les finances publiques n’est pas si absurde qu’il y paraît. La fabrication du savon, c’est un processus de transformation chimique, où des éléments bruts se combinent pour donner naissance à un produit purificateur. La gestion de la dette, c’est aussi un processus de transformation, où des décisions politiques, économiques et sociales doivent s’articuler pour assainir les comptes et créer de la valeur. Il s’agit de transformer des passifs en actifs, de réduire les charges pour libérer des ressources, et de « nettoyer » les pratiques qui ont conduit à l’endettement.

Politiquement, l’idée divise. Notre gauche, fidèle à ses principes de valorisation du travail et de l’artisanat local, applaudirait sans doute cette approche symbolique, y voyant une promotion du « produire local » et une réappropriation de notre souveraineté économique. Elle saluerait l’effort des femmes de Keur Socé comme un modèle à suivre, une preuve que les solutions aux grands problèmes peuvent aussi venir d’en bas. Notre droite, elle, plus pragmatique et attachée aux chiffres, compterait les bulles avec un air sceptique, se demandant si un savon, aussi artisanal soit-il, peut réellement effacer des milliards de dettes. Elle préférerait sans doute des mesures plus orthodoxes, des ajustements budgétaires et des négociations avec les créanciers internationaux. Mais l’image, elle, reste puissante et interpelle.

Dibor Faye, journaliste

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Ce jeudi 22 janvier, défilé de robes pour la Rentrée des Cours et Tribunaux à Dakar : la Justice en habits neufs ?

Tract Hebdo – Ce jeudi, Dakar a des airs de défilé de haute couture, mais version palais de justice. C’est la rentrée solennelle des Cours et Tribunaux. Pour l’occasion, tout le monde a sorti sa plus belle hermine, les toges sont repassées de frais et les discours sont plus lisses que la peau d’un tambour neuf. Le thème de cette année : « Justice et protection des droits ». C’est un titre magnifique, presque poétique, qui ferait un excellent sujet de dissertation pour un étudiant en première année de droit ou un refrain de chanson engagée. Mais à Tract Hebdo, on a le défaut d’avoir de la mémoire, et surtout, d’avoir une « très bonne droite » qui n’aime pas qu’on lui raconte des histoires à dormir debout avant la sieste.

On nous promet, pour la millième fois, une justice « indépendante ». À entendre les orateurs, la justice sénégalaise serait désormais si autonome qu’elle n’aurait même plus besoin de l’avis du Garde des Sceaux pour décider du menu de la cantine. On attend de voir si cette indépendance est réelle ou si elle est aussi relative que notre envie de faire la sieste après un thieb bien gras un vendredi après-midi. Car, entre la théorie des manuels et la pratique des couloirs du palais, il y a souvent un fossé que même un saut d’athlète olympique ne pourrait franchir. On espère surtout que cette année, la célèbre balance de la justice sera un peu plus précise qu’une balance de vendeur de riz au détail dans un marché de quartier, où le poids varie étrangement selon la tête du client ou l’épaisseur de son portefeuille.

La « gauche » de notre rédaction, toujours prompte à défendre le veuf et l’orphelin, salue l’intention de protéger les droits. C’est beau, c’est noble, c’est presque révolutionnaire ! Mais on se demande de quels droits on parle. S’agit-il du droit du citoyen lambda à ne pas attendre dix ans pour un jugement de divorce, ou du droit des puissants à voir leurs dossiers s’égarer « accidentellement » dans les tiroirs d’un bureau sans fenêtre ? Parce que, jusqu’ici, la protection des droits ressemble parfois à un buffet VIP : tout le monde est invité sur l’affiche, mais seuls quelques privilégiés ont accès aux couverts en argent.

Quant à notre « très bonne droite », elle s’inquiète du coût de cette solennité. Toutes ces hermines, ces tapis rouges et ces petits fours ont un prix. Si l’on pouvait transformer chaque discours ronflant en un nouveau tribunal de proximité ou en une pile de papier pour les greffiers qui travaillent encore sur des cahiers d’écolier, le pays ferait un bond de géant. La justice, c’est le socle de l’économie, nous dit-on. Certes. Mais un socle qui vacille dès qu’un vent politique souffle un peu trop fort, c’est moins un socle qu’un château de cartes.

En cette journée de rentrée, les magistrats se jurent fidélité à la loi. C’est touchant. On aimerait juste que cette fidélité ne soit pas une « relation libre » où l’on s’accorde des petits écarts selon les circonstances ou les appels téléphoniques nocturnes. La justice ne doit pas être un spectacle de gala où l’on brille une fois par an avant de retourner dans l’ombre des lenteurs administratives et des décisions sibyllines. On veut une justice qui n’a pas besoin de loupe pour voir le citoyen, et qui n’a pas besoin de calculette pour peser les arguments.

Alors, messieurs les juges, rangez vos plus beaux atours après la cérémonie et mettez-vous au travail. Le peuple n’attend pas des poèmes en latin, il attend des actes en wolof, en sérère ou en diola, qui lui prouvent que la loi est la même pour celui qui conduit une limousine que pour celui qui pousse un carrosse. À Tract Hebdo, on garde l’œil ouvert, et on a la main lourde sur la plume. Parce qu’une justice qui dort, c’est une démocratie qui ronfle.

Damel Gueye

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[L’ET DIT TÔT] ‘Statut de l’Artiste’ sénégalais : enfin reconnus, mais toujours fauchés ? (Par Ousseynou Nar Gueye)

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Tract Hebdo – Le Conseil des ministres s’est enfin penché sur le sort de nos créateurs, et la nouvelle est tombée comme un riff de guitare mal accordé : l’État veut valoriser le « Statut de l’Artiste ». L’arme fatale pour sortir nos génies de la précarité ? Une carte professionnelle. Oui, vous avez bien lu. Une petite carte en plastique avec une photo souvent ratée et un tampon officiel. À Tract Hebdo, on se demande si l’on pourra bientôt payer son loyer ou sa facture de la Senelec avec des autographes ou des dédicaces personnalisées. « Tenez, Monsieur le bailleur, je n’ai pas les 150 000 francs, mais voici une carte qui prouve que je suis un poète lyrique certifié par le ministère. » On imagine déjà la tête du propriétaire.

Blague à part, le discours officiel ne varie pas : la culture est notre « pétrole ». C’est le moteur de notre soft power, le rayonnement du Sénégal à l’international. Mais pour l’instant, si la culture est du pétrole, nos artistes ressemblent étrangement à des stations-service à sec en pleine pénurie. On adore voir nos musiciens, nos plasticiens et nos comédiens parader lors des cérémonies officielles, mais on oublie souvent que derrière les paillettes du Grand Théâtre national Doudou Ndiaye Rose (Ndiaye Rose, artiste qui refusait un hommage post-mortem de l’Etat vu qu’on ne lui avait pas rendu justice dans notre pays de son vivant…) , il y a une réalité faite de fins de mois qui commencent le 5 du mois.

La gauche de notre rédaction se réjouit de cette reconnaissance institutionnelle. Il était temps que le travail de l’esprit soit considéré comme un travail tout court, avec une protection sociale, une retraite (on peut rêver) et une assurance maladie qui ne repose pas sur une quête en ligne ou un élan de générosité d’un mécène de passage. C’est une victoire idéologique : l’artiste n’est plus un « amuseur public » mais un travailleur de la culture. Mais notre « très bonne droite », toujours un peu plus terre-à-terre, se demande où sont les budgets. Une carte professionnelle sans fonds de garantie, sans accès au crédit bancaire et sans lutte réelle contre le piratage numérique, c’est un peu comme donner un permis de conduire à quelqu’un qui n’a pas de voiture et pas de jambes.

Le texte de loi promet des « incitations fiscales ». C’est charmant. Mais pour payer des impôts (ou bénéficier d’abattements), encore faudrait-il avoir un revenu régulier. La plupart de nos artistes vivent en mode « freelance sauvage », oscillant entre un cachet providentiel et six mois de diète artistique. La carte professionnelle va-t-elle forcer les banques à prêter de l’argent à un sculpteur ? Permettra-t-elle à un danseur contemporain d’obtenir un visa sans qu’on lui demande de prouver qu’il possède trois immeubles à Dakar ? Le doute est permis, surtout quand on sait que l’administration sénégalaise aime les papiers, mais déteste les dossiers complexes.

On nous parle aussi de la « redevance pour copie privée » (dont le décret d’application signé en …octobre 2024 par le PR Diomaye et le PM Sonko n’est toujours pas contresigné par le ministre de la Culture et celui des Finances et du Budget…quinze mois plus tard! Ce gouvernement Sonko 2 est-il bien tenu ?) et des droits d’auteur et autres droits voisins. Là encore, c’est le serpent qui se mord la queue dans un studio d’enregistrement. Tant que les plateformes de streaming paient en centimes de poussière et que les radios nationales  diffusent en boucle sans déclarer la moindre playlist, l’artiste restera le parent pauvre de sa propre création. Valoriser le statut, c’est bien. Valoriser le compte en banque, c’est mieux. En attendant, nos artistes vont continuer à faire de l’art pour l’art, c’est-à-dire de l’art pour oublier qu’ils ont faim.

À Tract Hebdo, on conseille à nos créateurs de bien plastifier leur nouvelle carte. Elle ne servira peut-être pas à acheter du riz, mais elle fera un excellent grattoir pour les pare-brise en cas de tempête de sable. Messieurs les ministres, la culture mérite mieux qu’une simple reconnaissance administrative. Elle mérite une économie. En attendant, on retourne écouter du mbalax, ça aide à oublier que le prix de l’huile, lui, n’a pas besoin de statut pour grimper au plafond.

Ousseynou Nar Gueye

Fondateur

Tract Hebdo (www.tract.sn)