Pactes (et impacts): La cassure entre Abdou Diouf et le Ndigël Mouride

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La religion a toujours eu une place prépondérante dans la vie des Sénégalais. Elle est même au cœur de leur existence. Même la Politique et les politiciens ne peuvent s’en départir. Et souvent, dans cette cohabitation du temporel et du spirituel, l’Etat se voit conforté et soutenu par le pouvoir religieux. Mais, il est arrivé qu’il soit également secoué dans ses soubassements régaliens. Alors les relations entre Khalife général et Chef de l’Etat peuvent être amicales, mais aussi de temps à autres problématiques. A l’exemple de Serigne Abdoul Ahad Mbacké et d’Abdou Diouf qui en parle lui-même dans ses Mémoires.

Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal indépendant était le premier à savoir vivre et grandir à l’ombre du pouvoir des chefs religieux dans la marche politique de notre pays. Sa confession catholique n’a pas été une voilette pour obtenir le soutien nécessaire – contre ses adversaires politiques d’alors de confession musulmane – des  khalifes généraux de Touba, en l’occurrence Serigne Fallou (entre 1945 à 1968) et ensuite Serigne Abdoul Ahad Mbacké (de 1968 à 1989). En définitive, avec les guides religieux de tous les autres – Seng ca kaw (Senghor au sommet) comme l’aurait prié Serigne Fallou – le premier président du Sénégal a toujours su placer le bon mot pour arriver à maintenir d’excellentes relations avec les marabouts de toutes les autres confréries.

Serigne Fallou Mbacké

Le poulain de l’enfant de Joal, le natif de Louga non moins longiligne Abdou Diouf a hérité de ces relations privilégiée et particulière dans une Nation qui fonctionne souvent sous le joug d’une France qui a décapité la religion de son État depuis une certaine révolution de 1789. Ainsi, sous l’aile éclaireuse de Senghor, d’abord en tant que gouverneur, ministre, premier ministre et finalement président de la République, Abdou Diouf apprit à prendre la température de la mesure religieuse en notant surtout la spécificité du ‘ndigël’ mouride.

Mais, Abdou Diouf, surtout formaté dans la fraicheur, puis la rigueur et la raideur de l’administration – pâle copie de celle française – mentionne lui-même le relations parfois compliquées avec Serigne Abdoul Ahad Mbacké. L’héritier de Senghor dans la gestion des relations avec les chefs religieux, notamment les Mourides ne fut pas toujours un fleuve tranquille.

Le troisième Khalife général des Mourides est reconnu pour son attachement intransigeant à la vérité, sa rigueur morale et son rejet de toute forme de duplicité. Surnommé « Gnakk Caaxaan » (l’ennemi de la duplicité), il incarnait une posture éthique qui ne faisait aucune concession, même face aux plus hautes autorités. L’ancien procureur Ousmane Camara l’apprit à ses dépens, en racontant, dans ses mémoires (‘Mémoires d’un juge africain’)qu’Abdou Diouf avait sursis à le nommer premier ministre en 1981. La cause : Revenu de voyage, il était parti directement voir le guide des Mourides. Mais, Ousmane Camara n’a pu attendre le Khalife qu’on disait dans ses appartements et pris le chemin pour Dakar. Abdou Lahad qui n’a jamais compris ce comportement s’en est ouvert à Abdou Diouf…

Serigne Abdoul Lahad Mbacké

Autant dire qu’entre Serigne Abdoul Ahad Mbacké et Abdou Diouf, c’était comme entre père et fils. Laissons le successeur de Senghor nous raconter lui-même leur entente. ‘Pour l’élection de 1988, je bénéficiai aussi d’un très fort soutien du Khalife général des Mourides, Abdou Ahad Mbacké. Il donna un ndigueul dont les termes sont encore présents dans beaucoup d’esprits. « Celui qui ne soutiendra pas le Président Abdou Diouf aux prochaines élections aura trahi le fondateur de la confrérie mouride, Cheikh Ahmadou Bamba », lança-t-il. J’avoue franchement que ce que Abdou Ahad a fait, personne ne l’a jamais fait pour moi-même, Falilou ne l’a pas fait pour Senghor. A la limite, il me couvait comme son propre fils’.

Abdou Diouf en évoquant cet aspect de ses liens avec le guide spirituel de Touba avec une pointe de félicité, n’oublie pas que « le Président Senghor avait de son temps beaucoup contribué à forger cela, car c’est lui-même qui m’avait demandé de faire une visite trimestrielle à chacun des Khalifes généraux de confréries, Abdou Ahad et Abdoul Aziz. Fort de ces soutiens ». Il rempota l’élection présidentielle et son parti, – le  Parti socialiste (PS) – sortit majoritaire des législatives, avec 103 sièges sur 120.

Serigne Abdou Khadre Mbacké

Il faut dire que Serigne Abdoul Ahad ne transigeait jamais avec la vérité, même si cela devait lui valoir l’hostilité du pouvoir en place. Sous son khalifat, Touba connut une modernisation spectaculaire, avec des infrastructures religieuses et sociales financées, souvent sans aide gouvernementale directe. Cette autonomie affichée pouvait-elle être perçue comme une forme de défi au pouvoir central ? En tous les cas, ses rapports avec le président Abdou Diouf furent marqués quelques fois par une certaine mésentente, voire des dissensions.

La posture mouride à la venue du Pape Jean-Paul II au Sénégal

Et le président Diouf de nous faire noter son insistance sur sa conception de la laïcité, qu’il qualifie de « laïcité active ». Il affirme avoir cultivé d’excellentes relations avec les chefs religieux musulmans et chrétiens, dans un pays à majorité musulmane. Il cite notamment sa rencontre avec le pape Jean-Paul II en 1992 comme exemple de cette ouverture religieuse. Justement cet épisode a quelque peu embrouillé ses liens avec les guides religieux de Touba.

Extrait : ‘En 1992 aussi, nous avions reçu du19 au 22 février, le Pape Jean Paul II. En ce qui concerne ce voyage d’ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler que le Cardinal Thiandoum s’était lié d’amitié avec le Cardinal Wojtila qui, en 1978, est devenu Jean Paul II. Dès que le Pape a été élu, le Cardinal Thiandoum s’est précipité dans le bureau de Senghor : « Monsieur le Président nous devons être, en Afrique, les premiers à recevoir le nouveau Pape, d’autant que c’est mon ami. ; Senghor lui a alors dit « jamais ; jamais ; tant que je serai président, il ne viendra pas visiter le Sénégal ». Il faut, en effet, se mettre à la place de Senghor. Il était catholique et sa réaction était la bonne. Par la suite, il a dit « Quand un président musulman sera à la tête du Sénégal, il l’invitera ». De ce côté, il me causait des difficultés cependant. Sa réaction était bonne et la phrase qui l’accompagnait n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd, en l’occurrence, celle du Cardinal Thiandoum.

Senghor avait aussi, volontairement ou involontairement, fait passer le message aux Khalifes Généraux des confréries pour leur dire : « bon voilà, Thiandoum voulait que j’invite le Pape, mais j’ai refusé ». Ainsi, quand je suis devenu Président et que j’ai voulu inviter le Pape, les gens m’ont dit : « Ce que Senghor avait refusé, toi tu veux l’imposer, il n’en est pas question ».Ce à quoi, je répondais « il vous avait bien fait dire qu’il a refusé parce qu’il était catholique et que le jour où il y aurait un président musulman, ce dernier pourrait le faire.. » Cette position de Senghor ne m’a pas facilité la tâche pour la gestion de cette affaire.

Serigne Saliou Mbacké

C’est pourquoi, le Pape n’a pu venir au Sénégal qu’en 1992. Quand la visite était en gestation, j’ai demandé au fils de Serigne Saliou Mbacké de venir me voir à Popenguine. Il faut rappeler que quand Serigne Abdou Ahad a été rappelé à Dieu, le 29 juin 1989, Serigne Abdou Khadre qui lui a succédé est resté trop peu de temps, moins d’une année (14 mai 1990) pour nouer un véritable dialogue avec le Gouvernement. Ainsi Serigne Saliou succèda à Serigne Abdou Khadre. Dès l’entame de son khalifat, il mit fin aux rencontres trimestrielles que j’avais jusqu’alors, eues avec les autorités de Touba. Il se passa aussi de porte-parole officiel, chargeant plutôt son fils de missions ponctuelles auprès du Gouvernement. Ainsi, il m’envoyait son fils que je recevais toujours d’ailleurs en présence de Famara Sagna, qui avait de bons rapports avec eux. Donc, quand Serigne Moustapha Saliou vint à Popenguine, je lui annonçai la nouvelle de la venue du Souverain Pontife ; il me dit que C’est un problème qui avait été évoqué du temps de Serigne Abdou Ahad, mais qu’on avait mis en veilleuse ; on verra bien me dit- Il. Il est alors parti sur Dakar et, quelque deux heures après, le téléphone sonne et Famara Sagna me dit « De la part de Serigne Moustapha Saliou ». Ce dernier me dit : « Président, je dois dire qu’il m’est arrivé une chose ; Quoi donc ? Quand j’ai dépassé Diamniadio en allant vers Dakar, Serigne Touba m’est apparu et m’a dit : ce qu’on t’a proposé tout à l’heure, là d’où tu viens, si tu y adhères, je romprai tout lien avec toi. Je lui dis que Serigne Touba se trouvant dans la Maison de la Vérité (celle du Vrai) et nous, dans celle du Mensonge (le fallacieux), je ne crois pas qu’il puisse avoir cette attitude vis-à-vis du problème que nous avons évoqué ; il a une largeur de vue, une ouverture d’esprit qui dépasse ce que nous pauvres humains encore sur cette terre nous avons. Il répond alors : « Je vous ai dit les choses telles qu’elles se sont passées». Je lui fis alors remarquer que le Pape est un chef d’Etat comme moi et en plus, il est le chef de l’Eglise Chrétienne Catholique. Je dois donc le recevoir à un double titre d’autant que nous avons une minorité catholique dans le pays que j’ai le devoir de protéger. Notre conversation s’est arrêtée là.

Puis, j’ai reçu le Pape du 19 au 24 février 1992 et c’était une très belle visite. Quelques mourides y ont été associés et le Pape a reçu des chefs religieux à la chambre de commerce de Dakar. Cependant ce différend est resté entre le Khalife des mourides et moi-même et il l’avait gardé en lui-même puisqu’en 1998 ou 99, il me l’a encore rappelé : « La visite qu’il a rendue au Sénégal n’a pas plu à tout le monde.» Je lui répondis que cela m’étonnait puisque ce pays, nous le partageons avec d’autres qui y ont leur part. « Certes, me dit-il mais je pense que chacun doit garder sa part » et il poursuit : « je ne les accable pas, mais force est de reconnaître que nous n’avons pas la même religion. » Je lui réponds: « c’est certes vrai, mais, j’ai le devoir d’honorer toutes les communautés de ce pays »’.

Alors, les Khalifes n’ont jamais cherché à s’opposer frontalement à l’État, mais ils ont toujours défendu l’autonomie spirituelle et matérielle de la communauté mouride. Leur attitude vis-à-vis du pouvoir était celle de guides religieux soucieux de préserver l’intégrité de leur mission, sans se compromettre dans les jeux politiques.

Cheikh Tidiane COLY Al Makhtoum

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[MAGGAL] Barkè: Y a-t-il un modèle économique mouride win-win? (Par Cheikh T. COLY)

Tract – Fondé sur les  enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, le modèle économique est bien plus qu’un système religieux : c’est un véritable dynamisme socio-économique qui a pris ses marques au Sénégal depuis plusieurs décennies déjà et rayonne aujourd’hui dans la diaspora. Depuis l’allégeance à Serigne Touba, et ensuite l’alliance entre Cheikh Ibra Fall et le premier Khalife de Touba s’est dessinée une symbiose entre soumission spirituelle et engagement dans le travail, piliers du mouridisme. Au-delà des Khalifes généraux – de Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké (premier khalife) à Serigne Mountakha Bassirou (actuel) qui restent des puissances financières certaines – le mouridisme puise sa force économique dans la générosité de ses disciples, depuis Cheikh Ibra Fall, qui ne lésinent pas sur les moyens humains, matériels et pécuniaires quand il s’agit de Serigne Touba.

Considéré comme le prototype du disciple mouride Cheikh Ibrahima Fall autrement appelé Cheikh Ibra Fall (1855–1930), surnommé encore Lamp Fall pour avoir « éclairé » la sainteté de Cheikh Ahmadou Bamba joua un rôle qui fut fondamental dans la structuration spirituelle, sociale et économique de la confrérie. En l’instrumentalisant comme un acte spirituel, il éleva le travail manuel au rang de pratique religieuse, en disant : « Le travail est une prière ». Il  est reconnu pour son flair dans les affaires, propriétaire de terres agricoles et de maisons à Dakar, Saint-Louis et Thiès.La relation entre ce disciple emblématique du fondateur de Cheikh Ahmadou Bamba et Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, premier Khalife général des Mourides (1927–1945), marqua une alliance fondatrice qui fut illustrée par une collaboration intense et spirituellement chargée. D’ailleurs, de cette collaboration, de grands projets mourides naquirent avec la Construction de la Grande Mosquée de Touba où l’on vit Cheikh Ibra Fall mobiliser 700 disciples Baye Fall, dont ses fils propres Serigne Modou Moustapha Fall et Serigne Ablaye Fall Ndar, pour participer aux travaux de la mosquée et de la voie ferrée Diourbel–Touba. Cheikh Ibra Fall fut chargé du recrutement et de l’encadrement des ouvriers mourides pour la construction de la ligne ferroviaire, essentielle au transport des matériaux vers Touba. Il a également fourni les ressources humaines et matérielles nécessaires, illustrant son rôle de bras droit dans la mise en œuvre des directives du Khalife.
Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, 1e khalife de Serigne Touba
Ainsi, dès 1928, Serigne Moustapha Mbacké organise – avec le soutien logistique et spirituel des Baye Fall – le premier Magal de Touba tenue après le rappel à Dieu du fondateur du mouridisme, Serigne Touba Mbacké. Mais, entre autres aspects, Cheikh Ibra fonda des daaras tarbiyya où l’on enseignait le savoir, le savoir-faire et le savoir-être. Celui qui instaura le jëbëlu, – acte d’allégeance totale au marabout – forma des générations de disciples à la discipline, à la générosité et à la foi, devenant un modèle pour la jeunesse sénégalaise.
Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma
Dans le sillage de l’évolution du mouridisme, Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma (1912–1978) s’annonce comme un géant spirituel et économique du Sénégal. Petit-fils de Cheikh Ahmadou Bamba, il fut bien plus qu’un guide religieux : il incarna une figure de puissance économique, diplomatique et intellectuelle au service du Sénégal et de l’Afrique. Entre autres créations de modèle économiques, il initia des projets comme les huileries du Sénégal et envisagea la création d’une banque islamique. Pour démontrer son entregent dans les affaires, n’obtint-il pas, en 1974, 50 millions de dollars auprès de la banque américaine Exim Corps, avec le soutien du président Richard Nixon. Il ouvrit, d’après des sources, plus de 250 écoles avec un effectif de 20 000 talibés, et envoya des étudiants au Maroc, en Tunisie et en Algérie.
Serigne Mbacké Sokhna Lo
Son fils Serigne Mbacké Sokhna Lô (1934–2005), surnommé Boroom Taïf ak Beyla, prendra le relais dans cette vision économique contribuant ainsi au développement. Il fut également un guide religieux, intellectuel soufi et bâtisseur visionnaire dont l’impact dépasse largement le cadre spirituel. Héritier du réseau de son père Serigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma, il élargit les connexions avec des leaders politiques, hommes d’affaires et intellectuels à travers le monde. On le verra s’impliquer dans le commerce transfrontalier, tissant des liens avec des chefs d’État comme Théodoro Obiang Nguéma qui lui envoya un avion spécial pour une visite à Malabo.Serigne Mbacké Sokhna Lo n’oublia pas d’investir dans un développement local structuré. Il transforma le village de Taïf en un pôle moderne avec des infrastructures de qualité, dont une mosquée estimée à 3 milliards FCFA et un château de 1,5 milliard FCFA. Il s’investit à encourager les dahiras à devenir des entités de développement économique, éducatif et social, avec des projets agricoles, d’élevage et d’éducation dans tout le Sénégal.Alors, la liste est loin d’être exhaustive quand il faut continuer de parler des figures emblématiques du monde des affaires mouride. Dans cette émergence du monde économique sénégalais et au-delà, on peut encore noter des pionniers historiques comme El Hadji Babacar Kébé (dit Ndiouga). Investisseur dans l’hôtellerie, le textile et l’immobilier, il est considéré comme l’un des plus riches Sénégalais de son époque. A côté de lui, El Hadji Djily Mbaye. Membre du Conseil économique et social, actif dans le commerce et l’immobilier, Djily Mbaye, sollicité par l’État, n’hésitait pas à payer les salaires de l’administration sénégalaise toute entière. A plusieurs reprises. On parlera tout aussi d’El Hadj Serigne Sall, cet importateur de thé, riz et tomates qui réalisa, dès 1967, un chiffre d’affaires d’un milliard FCFA…On arrive aux acteurs actuels et philanthropes tels que Serigne Mbaye Sarr, Serigne Abdoulaye Dia, Serigne Seck, Serigne Kabb Guèye, Serigne Pape Fall qui avaient mobilisé, il n’y a pas longtemps, 250 millions FCFA pour soutenir les sinistrés à Touba. Incarnant le culte du travail et de la solidarité communautaire chère au mouridisme, ce collectif d’hommes d’affaires a aussi contribué à hauteur de 2,4 milliards pour la construction de l’université de Touba.Le modèle économique mouride, en rappelant son fondement sur les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba – est un véritable dynamisme socio-économique au Sénégal et dans la diaspora. Les Mourides financent eux-mêmes des projets d’envergure (mosquées, hôpitaux, routes, universités) grâce à des contributions volontaires appelées adiya, pendant que les dahiras (groupes communautaires) collectent et gèrent les fonds avec une transparence et une efficacité impressionnantes. Touba, ville modèle et cité emblématique du mouridisme, incarne une gestion autonome, avec des projets comme Touba Ca Kanam et Touba Xepp qui s’activent à l’amélioration de l’assainissement, l’hydraulique et les infrastructures. Les disciples de Serigne Touba ne sont pas en reste dans l’investissement des médias. Après les hommes d’affaires comme Cheikh Tall Dioum en son temps (Groupe Com7 et Presse des Almadies…), certains se lancent dans la création de chaines à l’image de Touba Tv (de Mbakyou Faye, milliardaire, représentant du Khalife des Mourides à Dakar) et Lamp Fall, et l’utilisation de plateformes numériques pour diffuser les enseignements et chants religieux.A noter que tout récemment, EDK (fondé en 2012 par Demba Ka) – qui s’est diversifié dans la restauration, l’hôtellerie, puis la distribution alimentaire à travers l’enseigne EDK Low Price, qui compte une cinquantaine d’échoppes – a fait une transaction le 23 juillet, fait noter Jeune Afrique, avec CFAO Retail qui lui a cédé l’ensemble de ses magasins Carrefour Market et Supeco, soit huit sites au total, répartis dans la région de Dakar et ses environs. Aujourd’hui dirigé par fervent un talibé mouride, le groupe sénégalais EDK, qui a bénéficié en juin dernier, rappelle encore JA, d’un prêt de 25 millions d’euros de la Société financière internationale (IFC), étend ses tentacules sur le marché… sénégalais.Sa portée dans la diaspora est certaine. Dans une mobilisation internationale, les Mourides, à l’étranger organisent des collectes massives pour financer des projets dans leurs pays d’accueil. Le Bamba Day – célébré dans plusieurs villes (notamment Harlem), cet événement met en valeur l’héritage de Cheikh Ahmadou Bamba et renforce la visibilité du mouridisme dans l’espace public – en est un exemple. Aux États-Unis, la diaspora mouride a lancé un complexe islamique d’un milliard FCFA, illustrant leur capacité à investir à grande échelle. Et, le Magal de Touba génère, selon certains spécialistes, un impact économique estimé à 400 milliards FCFA, avec une forte participation de la diaspora. Très entreprenants, les Talibés de Serigne Touba ont érigé, à New York, Paris, Rome ou Séville, des mosquées et dahiras qui servent de lieux de prière, d’enseignement et de rassemblement communautaire.Pour ce qui est de la solidarité transnationale, les Mourides envoient des dons aux victimes de catastrophes dans d’autres pays, montrant que leur modèle dépasse les frontières. Cheikh Tidiane Coly Al MakhtoumDirecteur des Publications Tract Hebdo et Tract.sn

[TRIBUNE] Par Ousseynou Nar Gueye | L’AGENCE AFRICAINE DE NOTATION FINANCIERE VOULUE PAR MACKY, ALORS PRÉSIDENT DE L’UA : À QUAND ? 

 
C’était la grande cause du Salltennat d’un an de Macky à la tête de l’Union Africaine, son mandat entre le 5 février 2022 et le 18 février 2023 : favoriser , impulser et, pourquoi pas, inaugurer la création d’une agence africaine de notation financière. Cela ne s’est pas fait à son époque, ni même avant la fin de son magistère à la tête du Sénégal. Qu’en est-il d’eux ans et demi après ?
On ne peut pas dire que le successeur immédiat de Macky a la tête de l’UA, le Comorien Azali Assoumani, se soit mis martel en tête pour cette question de notation financière africaine sur les dettes souveraines de nos pays tropicaux.
Toutefois, en juin dernier, il a été annoncé que L’African Credit Rating Agency (AfCRA), un nouvel organisme privé de notation de crédit, devrait commencer ses activités en septembre 2025.
Ce projet d’agence est soutenu par des acteurs du secteur privé de toute l’Afrique, et non par des gouvernements, afin de garantir son indépendance et sa crédibilité.
Déjà un retard à l’allumage ? 
Le lancement en était initialement prévu pour juin 2025 lors d’un sommet du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) mis en place par le NEPAD, mais des retards ont repoussé le calendrier.
L’African Credit Rating Agency (AfCRA) ambitionne de « fournir des évaluations de crédit axées sur l’Afrique pour les États souverains, les institutions financières et les entreprises ».
L’AfCRA dit vouloir se spécialiser « dans la notation de la dette en monnaie locale et adaptera ses méthodologies aux économies africaines en utilisant des données régionales et des indicateurs socio-économiques. Sa première notation souveraine est attendue entre fin 2025 et début 2026.
Misheck Mutize, expert en notation de crédit au MAEP du NEPAD, a confirmé que des consultations étaient en cours pour nommer le premier directeur général de l’agence.
Mais pourquoi et pour qui donc une agence de notation « africaine’ ? N’en existe-il pas déjà avec Bloomfield de Stanislas Zézé et Global Credit Rating en Afrique du Sud ? GCR qui a acheté, rappelons- le , WARA, l’agence de notation lancée par le Sénégalais feu Seydina Tandian.
Au niveau des entités publiques africaines, comme a l’ADEPME du Sénégal (Agence de Développement et d’Encadrement des PME), sous son précédent Directeur Général Idrissa Diabira, a prospéré un mécanisme de notation et de profilage des PME appelle ‘e-rating », mécanisme auquel fait entièrement confiance une banque partenaire comme Ecobank, pour financer les PME qui sont fléchées vers elle par l’ADEPME, estimant que l’évaluation du risque effectuée par e-rating de l’ADEPME est suffisamment sérieuse pour être prise en compte, en toute confiance.
Alors donc, pourquoi ce projet d’agence de notation africaine (supposément publique au départ) est -elle une si forte exigence des gouvernements africains, porte a l’époque de sa présidence de l’UA par Son Excédence Macky Sall ? Il est vrai que le Président sénégalais d’alors trouvait injuste que quand il y a des émeutes pendant deux mois en France, Standard and Poor’s , Fitch et Moody’s ne pipent mot, mais des qu’il y a les mêmes émeutes pendant une semaine dans une capitale africaine subsaharienne, les mêmes agences de notation dégradent fissa la note souveraine du pays concerné. Ce qui renchérit d’autant es cout auxquels empruntent ces pays africains, entraînant une déperdition de plusieurs centaines de milliards dans leurs Trésors Publics respectifs .
Car en fait, le maitre mot est …la confiance. La confiance : le mot est lâché. La confiance ne se décrète pas, elle se construit.
La confiance se gagne goutte par goutte et se perd en litres. 
C’est bien pour cela, et on le comprend aisément, qu’en début mai dernier, le Directeur de publication de l’hebdomadaire Financial Afrik, le Mauritanien de Dakar Adama Wade, qualifie cette affaire d’agence de notation africaine de « fausse bonne idée ».
Mais citons plutôt longuement Adama Wade ici :
« Rappelons un principe de base : une notation n’a d’effet que si les créanciers s’en servent. Et ces créanciers, dans le cas de l’Afrique, sont encore largement extérieurs. Ce sont les marchés internationaux, les investisseurs institutionnels, les détenteurs d’eurobonds, les banques multilatérales. Une agence, aussi africaine soit-elle, ne sera utile que si elle parle un langage compris et respecté par ces acteurs.
D’ailleurs, il suffit de regarder ailleurs pour mesurer la marche à gravir. La Chine dispose de plusieurs agences nationales de notation, comme Dagong Global Credit Rating, tout comme le Japon, avec des entités comme Japan Credit Rating Agency (JCR) ou Rating and Investment Information (R&I). Ces agences ont trouvé leur place non parce qu’elles étaient patriotes, mais parce qu’elles sont adossées à des marchés des capitaux massifs, liquides, et bien structurés. Pékin comme Tokyo disposent de bases d’investisseurs locales colossales, de fonds de pension puissants, d’institutions financières disciplinées, et de cadres réglementaires éprouvés. Sans ces fondations solides, leurs agences ne seraient aujourd’hui que des vœux pieux.
L’Afrique n’est pas démunie. Des agences comme Bloomfield Investment Corporation, basée à Abidjan, ou Global Credit Rating, active en Afrique australe, opèrent déjà avec sérieux. Si Bloomfield prospère, c’est parce qu’elle s’inscrit dans un marché réglementé : celui de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), où une note investment grade est exigée pour émettre sur le marché obligataire régional sans avoir à recourir à une garantie. Ce n’est donc pas l’agence qui crée le marché, mais le marché qui donne sens à l’agence.
Il est donc illusoire de penser qu’on pourra faire l’économie d’une vraie réforme structurelle du marché financier africain en brandissant une agence nouvelle. On ne fabrique pas la confiance avec un communiqué. Il faut des statistiques crédibles, des institutions solides, un cadre réglementaire cohérent, et des investisseurs locaux confiants. Sinon, on construit une maison sans fondation – et gare au premier vent.
Ajoutons à cela un réflexe humain mais dangereux : la tentation, pour le débiteur, de contester l’opinion du créancier. Une notation n’est pas un satisfecit, c’est une analyse du risque vue depuis le portefeuille de l’investisseur. Se dire incompris n’est pas une stratégie. Si le coût d’accès au marché est élevé – ce qu’il est, incontestablement – la réponse doit être technique, budgétaire, diplomatique, pas institutionnelle. Notre récente analyse entre les coûts d’emprunt du Maroc et de la Côte d’Ivoire sur des maturités et des montants quasi-similaires montre que lesdits coûts élevés ne sont pas une fatalité.
En attendant, comme l’a rappelé, le rwandais Claver Gatete, sur un PIB cumulé de plus de 3 000 milliards de dollars, l’Afrique ne compte que deux pays classés en catégorie investissement. En fin de compte, claironne l’ancien ministre rwandais, « un écosystème de notation sain va au-delà de l’évaluation du risque : il devient une plateforme de mobilisation du capital, d’amélioration de la solvabilité et de soutien aux objectifs plus larges de développement de l’Afrique « .
Au final, l’Afrique n’a pas besoin d’une énième agence pour exister financièrement. Elle a besoin de marchés profonds, de discipline budgétaire, d’un dialogue régulier avec les agences existantes – et surtout de crédibilité. La meilleure note est celle qu’on ne demande pas, parce qu’elle découle naturellement de la confiance inspirée. Tout le reste n’est que cosmétique. » Fin de citation.
L’analyse du patron de Financial Afrik est froide, brutale et sans concession nais elle reflète certainement la réalité du terrain et du rapport des forces en présence, en matière d’emprunts et de financements en Afrique.
Début juin 2024, la Rédactrice en chef Économie de Jeune Afrique, Aurèlie Mbida, ne dit pas autre chose et renchérit même, en prenant exemple sur ‘ ‘le cas emblématique du Sénégal’’ comme elle l’écrit, dont la note souveraine venait d’être dégradée une deuxième fois (NDLR : depuis lors, la note financière du Sénégal a été dégradée une ….troisième fois !).
Voici ce qu’écrit Mme Mbida : ‘‘Ce n’est pourtant pas une donnée nouvelle : les méthodes d’évaluation de Moody’s, Fitch Ratings ou S&P, les trois leaders mondiaux de la notation, sont conçues pour des économies développées, et donc peu adaptées aux spécificités des pays africains. L’informalité de certaines dépenses, le recours ponctuel à des prêts relais, la complexité des garanties croisées dans les partenariats public-privé sont rarement bien intégrés dans leurs modèles et coûtent, chaque année, des milliards de dollars d’intérêts au continent.
(…) en 2024, la Fondation Mo Ibrahim souligne que les notations financières des pays africains sont inférieures à ce qu’elles devraient être si l’on prenait en compte les fondamentaux macroéconomiques réels desdits États, corrigés des biais de perception. Une injustice qui alimente un cercle vicieux. Une mauvaise note, c’est un coût du crédit plus élevé, donc plus de dette, donc une note encore plus mauvaise. Et ainsi de suite.
Le cas du Sénégal est emblématique. Bien que l’erreur soit réelle, la réaction a été tout aussi disproportionnée (deux crans de dégradation !). Pendant des années, les agences ont applaudi le pays pour ses performances macroéconomiques, adoubé ses eurobonds, salué sa stabilité. Aucun signal fort, aucune alerte publique. Et puis, à la faveur d’un audit interne – non mené par une agence, mais par l’État lui-même, par le biais de sa cour des comptes –, la sentence tombe. Pourquoi ? Parce que les notations sont fondées sur ce que les gouvernements déclarent ? Parce que, même si elles contrôlent 95 % du marché mondial de la notation, les agences ne font que répéter ce que les chancelleries, le FMI ou les directions du Trésor leur soufflent ? Est-ce acceptable ?
À l’heure où l’Union africaine parle de souveraineté financière et où plusieurs voix appellent à créer des agences africaines de notation crédibles, la question prend un tour politique. L’enjeu consiste à ne plus déléguer l’évaluation de la solvabilité du continent à des acteurs qui méconnaissent ses réalités et ne rendent de comptes à personne.
Sans nier les dérives budgétaires de certains États ni blâmer systématiquement les agences pour les fautes commises par certains gouvernements, il est temps d’exiger plus de responsabilité, plus de transparence… des deux côtés. Et, surtout, de construire un écosystème africain d’analyse financière qui produise une notation alternative et qui casse l’hégémonie de Wall Street sur les finances publiques africaines. Car une Afrique mieux notée, c’est aussi une Afrique mieux financée’’. Fin de citation.
On ne saurait mieux conclure, ainsi, en allant dans le sens d’Adama Wade et d’Aurélie Mbida.
Car une place (forte) de marche ne se décrète pas : elle se construit et se constate. 
La place des trois grands de la notation financière sera pour longtemps encore prépondérante pour les écosystèmes d’emprunt financiers des pays africain surtout subsahariens. Cùest comme pour les Big Four du Conseil aux États ( audit, assurance, consulting, conseil financier, gestion du risque et conformité fiscale) que sont Ernst & Young (EY) Deloitte, KPMG, et Price WaterHouse Coopers (PwC), auxquels il faut peut-être rajouter Mc Kinsey : elles n’ont perdu du terrain en Afrique et ont même commence a en partir (comme cela a été récemment le cas de PwC en Afrique centrale) que lorsque de solides firmes de conseil africaines ont émergé, ont grandi et se sont imposées. On peut ainsi citer Mazars ou Performance Consulting au Sénégal.
Ainsi donc, à l’aune d’une absence d’agence de notation africaine leader dont on se saurait décréter l’existence et la performance ultérieure par la simple volonté politique, si forte soit-elle, rappelons pour le déplorer, que :
– La cotation de l’or africain se fait dans une bourse au Canada (Toronto) et dans une autre Bourse en Australie
– Le marché de l’art africain (contemporain ou ancien) a pour places fortes Paris et New-York et pour commissaires – priseurs qui font la cote de nos artistes en arts plastiques Sotheby’s et Christie’s
– Le cours du cacao et du café dont la Cote d’Ivoire et le Ghana sont parmi les plus grands producteurs mondiaux se décide à la Bourse de Londres et au New York Stock Exchange, a Wall Street donc.
On pourrait continuer encore longtemps.
Alors, par où passe le salut africain ? 
D’abord par une augmentation importante des échanges commerciaux et financiers intra-africains, qui, il est vrai, entre 2000 et 2025, sont passés de 3% à 21% des échanges des pays africains. Ensuite, cela passe par la mobilisation des milliards de dollars des diasporas africaines, à faire déposer dans des banques africaines (y compris banques africaines qui installeraient des agences dans les pays (occidentaux) de forte présence migratoire africaine et dans lesquelles les avoirs serait comptabilisées en monnaies (locales africaines) pour que cet argent de la diaspora ne soient pas uniquement fléchés vers le financement de la subsistance mensuelle des ménages de leur parentèle en Afrique ou vers des projets immobiliers privés qui ne créent certainement pas suffisamment d’emploi ni d’emplois décents : que cet argent de la Diaspora qui dépasse maintenant les IDE soit fléché vers l’investissement économique et le financement de projets. Et enfin, il faut plus qu’une Bourse des valeurs Mobilières, fut-elle régionale (Abidjan) dans l’UEMOA : Dakar mérite d’avoir sa propre Bourse ; Lome aussi peut accueillir valablement une Bourse ; tout ceci pour mobiliser les épargnes nationales et celles des investisseurs étrangers dont les fameux fonds de pensions nord-américains (USA et Canada). Mais tant que l’Afrique représentera 2% des échanges financiers mondiaux, tout ceci ne sera qu’un voeu pieux.
Ousseynou Nar Gueye
Directeur Général des médias numériques Tract Hebdo (tous les jeudis) et Tract.sn;
– Directeur Général d’Axes et Cibles Com (www.axes-cibles-sn.com)

[TRIBUNE] | Par Ousseynou Nar Gueye | RETRAIT DES BASES MILITAIRES FRANÇAISES – Diomaye, Ouattara, Oligui : Tirailleurs ou P’tits Railleurs ?

(1ère parution dans ‘’Tract Hebdo’’ du vendredii 25 juillet 2025) –Le titre de cette tribune est inspiré de l’adage qui dit : ‘‘Rira bien qui rira le dernier’’. Dans un Sahelistan dans lequel les États de l’AES ont fini d’expulser toute présence militaire ou diplomatique française (au Burkina, au Mali et au Niger), les autres États de cette UEMOA qui se survit à elle–même ne pouvaient être en reste : il fallait que les quelques rares et parcellaires dernières bases militaires françaises décampent, devant surtout le dégagisme des opinons publiques nationales, de ce côté-ci du Sahara.Sur décision de Dakar, d’Abidjan ou de Paris ? Le président Macron, jamais en reste de fortes phrases disruptives, a dit devant les ambassadeurs de France réunis en conférence annuelle à Paris, que la décision avait été prise ‘d’un commun accord’ : mais, a ajouté le mari de Brigitte Trogneux : ‘Comme nous sommes polis, nous les avons laissé l’annoncer eux-même d’abord’. Arrgh. Pour la politesse, on repassera, hein… ‘‘Je suis poli ’’ : il suffit de le dire pour cesser de l’être. Et passer plutôt pour vaniteux et prétentieux ; épithètes que la presse française et l’opinion hexagonale ne se privent pas de décerner régulièrement à leur chef de l’État, alias Jupiter, le président au gouvernement Bayrou qui ne tient que d’un fil, corde raide qui s’effiloche motion de censure après motion de censure, toujours plus près de réussir.Bon, trêve de franchouillardises. A Dakar, la dernière base militaire française a vidé les lieux en cette fin juillet 2025. Laissant quand même 160 travailleurs sénégalais, employés dans des conditions décentes, sur le carreau du chômage de masse, qui est la chose la plus démocratiquement partagée au pays de Goorgoorlous de feu l’écrivain-vétérinaire Birago Diop – ce qui au passage ne nous empêche pas d’avoir aussi plus de milliardaires que de légal dans ce pays nôtre, les voies de Dieu y étant impénétrables.Or donc, comment se fait-ce qu’Abidjan se soit débarrassée de sa dernière base française de Port-Bouët avant Dakar ? Mystère et boule de gomme, sur ce timing étonnant. En tout cas, en les faisant partir en fin janvier 2025, le président éternel, ADO, alias le Mossi, a réussi d’une pierre plusieurs coups :-Réduire la portée du discours de ceux qui le traitent de valet de la France et de dernier Préfet de la Françafrique dans l’UEMOA. -Se poser en panafricaniste sérieux et serein auprès de la jeunesse ivoirienne desquels il s’apprête à solliciter un ….quatrième bail présidentiel de 5 ans, en octobre prochain. -Passer pour le patron de la région Ouestaf, seul à même de discuter de choses sérieuses d’égal a égal avec la France de Macron : d’abord sur l’ex-future Éco, la prochaine (quand ?) monnaie de la CEDEAO ; puis sur la présence militaire française devenue plus qu’encombrante symboliquement. -Se donner un répit dans les piques incessantes des Abeilles Panafriponnes genre Nathalie Yamb, Kemi Seba et Franklin Nyamsi, qui ont moins de grain à moudre et de sucre à casser sur le dos de l’Excellence Alassane Dramane -Se laver du péché originel d’être l’époux d’une Française ? Restons sérieux. Donc, trêve de bon points décernés pour cette décision éburnéenne pionnière de Ouattara, qui éborgne un peu les Gorguis sénégalais, devant lesquels il gagne aux points sur le front disputé de la bataille du titre de plus grand leader souverainiste panafricain dans le Sahel et dépendances.C’est fait aussi. Dakar n’a plus son camp Geille, dernier vestige de présence militaire française, avec juste une poignée de soldats encore ici ces dernières années, les EFS (Éléments Français au Sénégal) comme on les appelait désormais ; une centaine de piou-pious et leurs chefs.Mais, à quoi bon pouvaient encore servir ces résidus-croupions de bases françaises ? Recueillir du renseignement militaire, espionner avec des incursions de drones et des satellites, faire dans l’intelligence économique en direction de leurs tentatives supposées ou avérées pour maintenir le leadership commercial des multinationales à capitaux français ou envers des pays de l‘AES pour les déstabiliser, comme les en accuse le président burkinabè IB qui n’a pas manqué d’indexer Ouattara comme homme-lige des Français, pour plusieurs tentatives avortées (réelles ou pas ?) de putschs et de contre-putschs à Ouagadougou, pays où le pouvoir Ouagabonde souvent ? Ou encore protéger le palais présidentiel sénégalais en cas de tentative de putsch totalement improbable par les si républicains soldats sénégalais ? Nenni. Regrouper les résidents français au Sénégal en ilots sécurisés en cas d’émeutes (astafourllah !) ou de guerre civile généralisée (re-astaghfiroullah !) pour les évacuer du pays ? Well, on ne sait jamais hein, mais il ne faudra pas oublier d’évacuer les binationaux français du fin fond du Fouta aussi et pas que les Français de Dakar et de Saly Portudal. Former l’élite des armées africaines ? On n’est pas obligé d’être stationnés à demeure dans un pays pour y faire de la formation d’homologues militaires.En tous les cas, dans le sillage de la 80ème commémoration si solennelle en décembre 2024 du massacre des Tirailleurs Sénégalais au camp de Thiaroye (en 1944, pour un bilan humain de victimes encore inconnu), la présence d’une base, même miniature, française, si obsolète et tout autant provocatrice, n’était plus possible au Sénégal. On a acté l’évidence et ils sont partis.Pourtant et pour autant, dans le génie civil, les EFS aidaient beaucoup notre armée nationale et nos pompiers sénégalais ; et ce sont eux qui ont dégagé vers le trottoir la passerelle à piétons, tombée il y a quelques mois au niveau de la double voie routière à hauteur de Yoff Tonghor.Mais bon, quand la table est desservie : il faut se lever et partir. Basta. Full stop.C’est la deuxième et dernière mort de l’emprise militaire française au Sénégal. La première mort a été symbolique, lorsque en 2002, le dernier survivant des Tirailleur sénégalais de 14-18 dans notre pays est passé de vie a trépas, la ….veille du jour durant lequel la France officielle devait lui apposer sur la poitrine, dans son lit de grabataire au fond de son village, une médaille pour services rendus à la France. La seule chose que le vieil Abdoulaye Ndiaye (c’est son nom) a demandé avant de mourir était le bitumage de la route entre son village et la route nationale asphaltée. Ce qui fut fait, notamment grâce a la fondation Sococim, plus ancien cimentier du Sénégal.Verdict : Ouattara et Diomaye peuvent se payer le luxe d’être des p’tits railleurs vis-à-vis de Macron.Au Gabon de CBON (Clotaire Brice Oligui Nguema), c’est plus compliqué , comme on dit dans les pages Facebook à la section informations personnelles amoureuses. Même si le président Bongo a été chassé, sa famille pourchassée, cadenassée en geôle, puis tous expulsés du Gabon, ils sont aussi des citoyens français, cette ex-famille présidentielle gabonaise (ils attaquent d’ailleurs l’État gabonais en justice devant les juridictions françaises pour sévices et mauvais traitement en cette qualité de citoyens de Marianne).Oligui, qui a vu son putsch adoubé par Macron ; comme celui-ci l’a fait avec MIDI (Mahamat Idy Deby Itno) veut et va continuer de s’accommoder de la présence militaire au Gabon.On peut donc lui décerner jusqu’a nouvel ordre, une belle médaille en chocolat (excellent dessert, s’il en est !) de Tirailleur Bon Banania dont le sourire éternel de grand danseur pendant sa campagne électorale présidentielle victorieuse n’est pas sans rappeler la banane de dents blanches éclatantes du zouave à chechia rouge, pantalon bouffant et bottes noires, sur les publicités de la coloniale poudre à petit déjeuner Banania, dont Léopold Senghor, dans un poème post captivité allemande, se promettait de tous les arracher -ces sourires – des murs de France.Mais bon, le même Senghor implorait aussi Dieu d’épargner et de protéger du joug nazi la France, fille aînée de l’Église, dans un poème aux accents ardents.Et donc ? On n’est pas sûr d’en avoir fini avec les rapports schizophréniques entre populations francophones subsahariennes d’un côté et Français de l’autre, notamment au niveau des leaders politiques des deux bords. Cela reste toujours du : ‘‘Je t’aime, moi non plus. Et réciproquement’’.Sinon ? A quand le wolof officiellement décrété comme deuxième langue officielle du Sénégal aux cotés du Français ? Cela me semble la prochaine étape la plus urgente à réaliser, après avoir repris la dernière emprise militaire française au Sénégal. ‘‘Naar bu soonné, wakhi wolof’’ !Et pendant ce temps : personne ne moufte sur les bases militaires américaines en Afrique, dont personne ne connait même les localisations exactes, gardées secrète. Pour vivre heureux, vivons cachés ? Je ne savais point que cela faisait partie du American Way of Life et de leur American Dream si ardemment poursuivi depuis trois siècles, par les habitants, autochtones ex-cowboys colons ou par les Ricains d’importation récente.Conclusion de tout cela ? Remettons-nous en à Dieu aussi pour ce qui est du salut de nos pays subsahariens francophones. Comme dit le Dieu-Dollar : ‘‘In God, we trust’’. Que tout le monde s’assoie, et que Dieu nous pousse.Ousseynou Nar Gueye▪︎ Directeur Général de Tract Hebdo et de Tract.sn▪︎ Directeur Général d’Axes et Cibles Com (www.axes-cibles-sn.com)

[World Athletics ex-IAAF] 1er patron africain d’un sport international: Feu Lamine Diack réhabilité dans l’asphalte (Par Cheikh T. COLY)

Tract – Lamine Diack, ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) était un homme pluri-casquettes. Il était le sportif, le politique, le social, l’humanitaire. Il était… La symphonie ‘Lamine Diack’ belle au départ, et on s’attendait à fêter avec lui et en beauté la fin du festival de ses années de gloire à l’international. A l’arrivée, il était… A la fin de sa vie, un homme que le succès a rattrapé et écorché malencontreusement pour le mettre au banc des accusés. Condamné avec une dose de dopage ‘anti-glorifique’, Lamine reviendra au Sénégal ce pays qui l’a vu naitre, à Dakar cette terre qui l’a vu mourir auprès des siens.

 Peut-être avait-il trop brillé au soleil de la gloire pour que le destin l’y oublie jusqu’à le faire brûler ? Était-il trop ébloui par la quiétude offerte – comme un chez-soi tranquille – à cette station de la célébrité qu’il n’aurait pu percevoir ce qui se tramât, avec ou sans son consentement – pour entacher la blancheur de ses années d’allégresse ?Lamine Diack a quitté ce bas-monde, en décembre 2021, sur une note dissonante, une composition embrouillée vers la fin de sa carrière à la grande instance de l’Athlétisme mondial. Le natif de Dakar en 1933 était au sommet de la gloire quand, en novembre 2015, on le fait descendre de son piédestal avec le jeu de la boulette, pardon, la roulette russe. Lamine Diack est mis en examen pour ‘corruption passive et blanchiment aggravé’ dans le cadre d’un scandale de dopage russe. Lui qui était en bisbille avec le président Abdoulaye Wade, est éraflé encore par la justice française pour avoir ‘fait financer en partie’ la campagne de Macky Sall par la Russie. Le jeu en valait-il la chandelle ?
À l’initiative du maire de Plateau Alioune Ndoye, la rue du Général Charles Mangin a été rebaptisée rue… Lamine Diack
Toujours est-il, suspendu provisoirement du Comité internationale olympique – CIO (il démissionnera), Lamine Diack voit encore s’ajouter à son panier d’accusations des rétributions de 3,5 millions de dollars versés en octobre-novembre 2011 selon le fisc américain, à son fils Massata Diack. Là, il est question de famille. Toujours la famille, qui vous embarque dans une question de sang, de spontanéité et de la forte promesse de voir, de montrer, de démontrer et dire que son fils ‘a bien travaillé’. Pourtant le Parquet national financier demande le procès au nom du père et du fils. Les liens de sang vont jusque-là. Non. Lors de son procès ouvert le 8 juin, l’ancien président de l’IAAF ne s’est pas retenu. Il a clashé son fils – Pape Massata Diack poursuivi, est allé se terrer à Dakar loin de son père – le qualifiant, selon la presse, de s’être comporté en ‘voyou’.Alors, pour son implication dans un réseau de corruption destiné à cacher des cas de dopage en Russie, Lamine Diack a été condamné, le 16 septembre 2020, à quatre ans de prison dont deux ferme. Également reconnu coupable de corruption active et passive et d’abus de confiance, il est aussi condamné à une amende maximale de 500 000 euros (environ 330 millions de FCFA). Pourtant, en mai 2021, le célèbre Diack bénéficie d’une levée de la mesure d’interdiction de sortie du territoire français, contre le paiement d’une caution de 500 000 euros. Et, c’est son ancien club de football du Jaraaf dont il a été président à deux reprises qui, sous la houlette de l’ancien footballeur Cheikh Seck, joue pour faire sauter la caution.Son retour au bercail – où il rêvait, après sa retraite de l’IAAF, aller à la mosquée, lire le journal et s’occuper de ses petits-enfants -, résonne comme une défaite sportive, un match perdu de la vie. Athlète de haut niveau, champion de France d’avant le ‘soleil des indépendances’, ancien député socialiste, Lamine Diack décède quelques mois après être rentré au Sénégal, en décembre 2021. Il avait 88 ans…Lui qui est né à Rebeuss, précisément à la rue Mangin, angle Ambroise Mendy, a vu son nom sanctifié à Ndakaru. À l’initiative du maire de Plateau Alioune Ndoye, la rue du Général Charles Mangin a été rebaptisée rue… Lamine Diack. Dans un post Linked in,  sentons le flot affectif de sa fille Anta Diack – qui a également perdu, mardi 15 juillet, un autre parent Pa Ass Diack « un éducateur, un pilier incontournable du football » – s’élever et effleurer la sensibilité de ceux qui ont connu et côtoyé l’ancien président de l’IAAF: « Dans le même souffle d’émotion, nous avons assisté ce samedi 19 juillet à l’inauguration de la rue Lamine Diack dans notre quartier familial de Reubeuss. Un hommage fort à un autre géant, dont le nom et l’héritage méritent d’être inscrits à jamais dans notre mémoire collective ».Et ceci pour la fin. « En tant que fille, je n’ai pas les mots… Juste une immense reconnaissance et une douleur silencieuse face à la perte de ces références », termine Anta Diack, dans sa note mélancolique mais fort empreinte d’affection et de gratitude.Cheikh Tidiane COLY Al Makhtoum

[OPINION] Sauvons la République (Par Souley WADE)

Tract – Une élection donne le droit de gouverner. Mais même une victoire claire ne vaut pas mandat illimité. 

 On l’oublie souvent, 54 % des suffrages exprimés, ce n’est même pas un quart de la population. Et gouverner un pays, ce n’est pas gouverner une majorité : c’est gouverner pour tous.Le temps de la conquête du pouvoir est derrière nous. Celui de l’exercice de l’État a commencé. Et l’État, par nature, dépasse les clivages. Il ne sert pas une idéologie, un groupe ou une génération. Il incarne l’intérêt général.Bien sûr, une majorité a le droit de proposer, de réformer, de mener le projet qu’elle a défendu. Mais cela ne dispense pas du respect des règles qui tiennent la République debout. Ce serait une grave erreur de penser qu’au nom de la légitimité du vote, de l’urgence ou de l’enthousiasme, on peut passer en force.Les institutions existent pour ça : encadrer le pouvoir, éviter les excès, garantir l’équilibre. La Constitution prévoit des chemins pour réformer : le référendum, le travail parlementaire, les propositions de loi.Transformer la République sans elle, en contournant les règles ou en affaiblissant les contre-pouvoirs, ce n’est pas gouverner. C’est dénaturer l’esprit même de nos institutions.Nous devons donc nous féliciter d’un Conseil constitutionnel qui garantit la conformité à la constitution. D’une justice qui encadre. De la contradiction qui nourrit le débat démocratique. De la diversité des profils au sein de l’administration, au nom de la compétence.Gouverner la République, c’est accepter les limites. C’est choisir les principes plutôt que les réflexes partisans. C’est savoir que l’intérêt général ne se décrète pas, il se construit. Avec méthode, respect et sens de la mesure.La République n’a pas à se plier à une volonté passagère. C’est au pouvoir, quel qu’il soit, de rester à sa hauteur.Parce qu’au bout du compte, la République, c’est ce que nous avons en commun. C’est ce qui nous protège. Ce qui nous lie. Et ce qui, toujours, devra nous survivre.Souley WADE

[JIFA CANNES-2025] Hommage vibrant aux femmes africaines qui façonnent le monde

Tract – La Journée Internationale de la Femme Africaine, telle que portée ici par PanAfrica Woman Glam’S Ship (PWGS) dont Aïda Diop est la fondatrice, est bien plus qu’une simple commémoration : c’est une réappropriation de récits « invisibilisés », une scène offerte à celles qui n’ont pas toujours eu le micro, et un appel à la transmission vivante des mémoires et savoirs.

 
Aïda Diop, entrepreneure, Présidente et fondatrice de PanAfrica Woman Glam’S Ship (PWGS)
Depuis 1962, la JIFA célèbre l’héritage de femmes africaines pionnières, bâtisseuses, conteuses, créatrices, passeuses d’histoire. Cette édition de 2025 rend hommage à Aoua Keïta et à toutes celles qui tracent les voies de l’avenir. Et le thème choisi – « Femmes africaines, scènes du monde : entre arts, récits, transmission et pouvoirs » – met  en lumière la puissance créative et politique des femmes africaines dans l’espace mondial. Ce thème renforcé par le slogan fort –  « Celles qui prennent le micro aujourd’hui sculptent les récits de demain. » – tout aussi professé cette année par la présidente de PWGS, Aïda Diop, est une invite à écouter, transmettre et transformer.
Zeyna Diop, actrice, scénariste, réalisatrice, communicante, modèle et entrepreneure
Aïssatou Diatta Ehemba, écrivaine Cannoise
Necy N’dri, animatrice Tv, actrice de cinéma, entrepreneure, auteure
Pourquoi participer à la soirée JIFA Cannes 2025 ? Les organisatrices répondent :
  • Pour découvrir une histoire puissante et méconnue
  • Pour entendre les voix de femmes influentes, engagées, créatives
  • Pour s’ancrer dans un réseau international solidaire
  • Pour célébrer l’art, la culture, la transmission et les savoirs féminins africains
Agnès Mbome Moume, Fondatrice directrice principale de Racine Croisée & Fondatrice de la Fondation Afromonde
Agnès Mbome Moume, Fondatrice directrice principale de Racine Croisée & Fondatrice de la Fondation Afromonde
Cibelle Essouma, Brand builder, éditrice
Hommage à Aoua Keïta et aux femmes africaines pionnièresIl fut un temps où prendre la parole était un acte de résistance. Où porter ses rêves haut, exiger sa place, écrire sa propre histoire était une conquête. Aoua Keïta fut de celles-là. Sage-femme, militante, écrivaine, pionnière du féminisme malien et figure politique, elle a fait de sa vie un manifeste pour l’émancipation et la dignité des femmes africaines.Son courage n’était pas un cri, mais une voix claire qui résonne encore. Sa plume, dans Femme d’Afrique, trace les lignes de nos mémoires, des luttes silencieuses aux victoires éclatantes.Alors, jeudi 31 juillet 2025, hommage sera rendu à toutes ces femmes africaines qui ont franchi les frontières de l’impossible. Bâtisseuses de nations, passeuses de savoirs, tisseuses de récits, elles ont porté sur leurs épaules l’histoire, la culture, la justice et l’avenir. « Leurs voix traversent le temps. Elles nous relient, nous inspirent et nous rappellent que l’histoire de l’Afrique ne se murmure pas, elle se chante, se scande, s’écrit… au féminin pluriel », s’inspire Aïda Diop qui voudra passer le micro, avec respect et gratitude, à celles – artistes, éducatrices, scientifiques, activistes, entrepreneures – qui continuent à ouvrir des voies là où l’on ne voyait que des murs.Cheikh Al MakhtoumTract  

[TRIBUNE] Conflits inaccessibles : journalisme en terrain fermé… (Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE)

Tract – Gaza : « Depuis que l’AFP a été fondée en août 1944, nous avons perdu des journalistes dans des conflits, nous avons eu des blessés et des prisonniers dans nos rangs, mais aucun de nous n’a le souvenir d’avoir vu un collaborateur mourir de faim. » Cette chute pathétique du communiqué de la Société des journalistes de l’Agence France presse (Afp), en date du 21 juillet, révèle une facette du drame que vit la Bande de Gaza depuis presque deux ans. Mais surtout elle éclaire notre conscience sur le sort des professionnels de médias qui exercent dans les zones en conflit ou en guerre.

 La situation à Gaza est particulière, en ce sens que les populations sont confrontées, tout comme les journalistes aussi, aux affres de la faim, de manque de vivres, de soins, de l’insécurité, d’hygiène (manque d’eau), d’un blocus déshumanisant… Les dix pigistes qui travaillent avec l’Agence, depuis le départ de ses journalistes staff depuis courant 2024 (la presse internationale étant interdite d’entrée dans la Bande de Gaza depuis pratiquement deux ans), en sont réduits à subir l’atrocité de la guerre, la faim et la soif, avec le bombardement intensif et sans répit de l’armée israélienne qui se donne à cœur-joie dans sa riposte après l’attaque du Hamas contre le territoire israélien le 7 octobre 2023. Le quotidien des reporters de guerre (ils le sont par la force des choses) de la Bande de Gaza est balisé entre la mort et la faim. Un autre conflit moins meurtrier, russo-ukrainien, occupe également la Une de l’actualité mondiale depuis plus de deux ans également. Mais là, les professionnels des médias ukrainiens ne subissent pas le sort de leurs collègues de Gaza.Indépendamment des difficultés quotidiennes auxquelles ils font face et pour lesquelles notre compassion et solidarité sont entières et réelles. Nous avons d’ailleurs récemment vu des confrères africains embarqués par l’Union européenne aller jusqu’à la lointaine Ukraine avec néanmoins toutes les mesures sécuritaires nécessaires. Un scénario impensable dans la Bande de Gaza où la perspective et l’angle de traitement de l’information ne nous sont données, nous autres du Sud global que par l’Occident.L’aide apportée par les différentes organisations de journalistes aux confrères d’Ukraine (gilets pare-balles, aide à sortir du territoire, équipements pour la survie et la pérennité des médias, appuis psychologiques…) n’est pas la même que celle prodiguée aux confrères de la bande de Gaza où la principale difficulté demeure l’accès. Evidemment le critère de proximité joue plus en faveur de l’Ukraine qu’on aimerait, depuis l’Europe, écarter des foudres de l’hydre russe.Le drame pour les professionnels des médias, de par le monde, est l’absence de réaction vigoureuse et soutenue de leurs organisations d’abord pour faire sentir une solidarité sans frontière. Indépendamment de ce qu’ont pu jusque-là apporter les grandes organisations comme Reporters sans frontière (Rsf), la Fédération internationale des journalistes (Fij), Committee to protect journalists (Cpj). Se dessine aujourd’hui la perspective de la couverture des conflits en zone de conflit, surtout si ceux-ci se situent en terrains d’accès difficile. Une réalité pas encore suffisamment connue, étudiée, documentée. Mais qui interpelle, au-delà des professionnels, les opinions publiques, les gouvernements, les défenseurs des droits humains et de la liberté d’expression et de presse.Le journalisme de données (data journalism), combiné à l’Intelligence artificielle (Ia), semble être une alternative par rapport l’impossibilité et aux difficultés d’accès de certaines zones. Une bribe informationnelle peut être grossie par ces outils pour une lecture « visualisée » de l’information, mais la réalité du terrain semble plus prégnante que jamais. Loin de tout parti pris où de l’utilisation de l’information comme arme. Encore que vous n’avez certainement pas vu de morts ou blessés ukrainiens pendant que les horreurs d’enfants affamés, tués, sans soins défilent à longueur de chaînes.Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

[ANGLUS] *REDRESSEMENT?* (Par Abdou DIAW)

Tract – La nouvelle stratégie de développement, l’Agenda national de transformation – Sénégal 2050, a été adoptée le 14 octobre 2024 avec une première phase quinquennale couvrant la période 2025-2029. À peine moins d’un an après l’entrée en vigueur de ce nouveau référentiel, le Premier ministre nous annonce un plan de redressement. 

 Hâte de savoir ce que l’on va réellement redresser. Le redressement portera-t-il sur les premiers mois de mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement (SND) ? Cette première phase a-t-elle été suffisamment mise à l’épreuve pour justifier un redressement ?Ne faudrait-il pas plutôt parler d’une révision du portefeuille de projets et de réformes retenus dans cette phase quinquennale ? Un exercice qui relevait normalement du cabinet d’experts chargé d’élaborer le nouveau référentiel.Quoi qu’il en soit, tout plan de redressement économique structuré, assorti d’un agenda détaillé, devrait s’aligner sur les orientations de ce référentiel, et en particulier sur la SND 2025-2029. À défaut, on risquerait d’assister à un pilotage à vue, où l’État se contenterait de répondre aux urgences conjoncturelles, au détriment des défis structurels qui interpellent l’économie sénégalaise.Abdou DIAW

[FOCUS] Dakar face aux défis de souveraineté alimentaire: plaidoyer pour une agriculture urbaine audacieuse, solidaire et transformatrice (Par Oumar Ba)

Dakar grandit. Dakar bouillonne. Mais Dakar se nourrit-elle mieux ?

Tract – À mesure que la capitale sénégalaise s’étale et se densifie, sa vulnérabilité alimentaire s’aggrave. Chaque cargaison de riz importé, chaque tomate en provenance du Maroc ou de la Hollande est un rappel cuisant de notre dépendance structurelle. Le paradoxe est flagrant : une métropole africaine, entourée de terres fertiles, de savoir-faire ancestraux et de jeunes bras disponibles, dépend pourtant de l’étranger pour se nourrir. 

 La zone des Niayes, autrefois grenier maraîcher de Dakar, se consume à petit feu sous les assauts conjoints de l’urbanisation croissante, de l’aménagement mal pensé et de la spéculation foncière. Et si Dakar redevenait une terre nourricière, fertile et autonome ?Ce n’est pas un rêve. C’est une exigence, une urgence. Et surtout, une promesse d’avenir.I. Cultiver la ville, nourrir l’avenir : le temps de la reconquête nourricièreL’agriculture urbaine est bien plus qu’un jardinage de loisir. Elle est un levier stratégique, un outil de résilience, un acte politique (de souveraineté). Des villes pionnières à travers le monde en ont fait un pilier de leur souveraineté alimentaire, de leur aménagement urbain et de leur transition écologique. Dakar devrait s’en inspirer, sans copier, mais en adaptant et en innovant.En Île-de-France, 80 % du territoire reste rural, boisé ou agricole (à 50%). Paradoxalement, elle est, à la fois, parmi les premières régions urbaines et agricoles d’Europe. Des métropoles françaises, de Paris à Bordeaux, misent sur la végétalisation productive des toits, la reconversion des friches et la mise en réseau de jardins partagés – devenus de véritables communs alimentaires. Ainsi, les Parisculteurs, traduction d’une politique publique audacieuse, ont permis de transformer l’image de la ville dense en oasis nourricières et jardins suspendus.À Montréal, la transition alimentaire devient politique publique avec incitations fiscales, planification intégrée, soutien logistique aux agriculteurs urbains, développement d’incubateurs agricoles. Toronto innove davantage en intégrant une obligation légale de toits verts sur les bâtiments neufs : l’agriculture n’est plus un choix, c’est une norme.À Brooklyn, la ferme Brooklyn Grange montre que l’agriculture urbaine peut devenir un modèle économique viable, créateur d’emplois pour les jeunes des quartiers marginalisés, tout en fournissant des produits “bio” aux restaurants branchés de New-York. De même, l’île de Manhattan se distingue par ses nombreuses community garden bucoliques et jalousement gardées et entretenues par les populations locales, De véritables temples de l’éco-citoyenneté et écoles pour urban gardeners. Là-bas, l’écologie et l’inclusion sociale s’embrassent sur les toits d’usines réhabilitées et les “dents creuses” entre immeubles..À Tokyo, Singapour ou Séoul, les mégapoles compactes relèvent le défi de la contrainte spatiale grâce à des solutions de rupture : fermes verticales, aquaponie, conteneurs agricoles connectés, agriculture souterraine, etc. L’agriculture urbaine s’y déploie comme une stratégie de souveraineté, de recherche-développement et de modernisation du système alimentaire.À Berlin, les Prinzessinnengärten ont converti une friche en ferme urbaine participative, où 500 variétés de plantes sont cultivées sans pesticides – un bel exemple de reconversion urbaine.Et que dire de Cuba ? Soumise à un embargo étouffant, l’île a transformé ses villes en potagers géants. À La Havane, les organopónicos produisent localement, sans engrais chimiques, l’essentiel des légumes consommés par le ville. Le savoir-faire y est collectif, à la fois scientifique et citoyen. C’est une belle leçon de souveraineté et une grande école de résilience.Pourquoi pas nous ? Pourquoi pas Dakar ?II. Pourquoi Dakar doit semer dès maintenant les graines de sa souveraineté ?Dakar ne manque ni de bras, ni de cerveaux, ni de surfaces exploitables. Ce qu’il manque, c’est une vision, un sursaut, une volonté politique à la hauteur des enjeux : produire ce que nous mangeons et manger ce que nous produisons.En effet, les bénéfices d’une agriculture urbaine audacieuse sont multiples :– réduire la dépendance alimentaire : cultiver pour se nourrir, c’est réduire notre exposition aux chocs extérieurs (conflits, crises logistiques, fluctuations des prix internationaux) ; – améliorer la qualité nutritionnelle : manger local, c’est manger frais, sain, diversifié et de saison. – créer de l’emploi et du sens : l’agriculture urbaine peut former une génération de jeunes cultivateurs, de bio-entrepreneurs, d’éco-innovateurs. Un nouvel écosystème d’activités peut émerger ; – valoriser les déchets et les eaux usées : compostage des déchets organiques, réutilisation des eaux traitées de Cambérène, transformation des boues de vidange en fertilisants ; – lutter contre les îlots de chaleur et améliorer le microclimat urbain ; – réduire les risques d’inondation : les bassins de rétention végétalisés peuvent infiltrer les eaux pluviales et retenir les crues ; – transformer les écoles en micro-fermes pédagogiques : les cours de récréation peuvent devenir des jardins comestibles, alimentant les cantines et les consciences.III. Faire de Dakar une capitale verte, nourricière et solidaire : des actions concrètesCette ambition appelle une stratégie intégrée, structurée et transversale. Il ne s’agit pas de verdir quelques façades ou cours intérieures, mais de repenser la ville comme un système agro-écologique complet. Souvenons-nous que la région s’appelait, jadis, Cap-Vert.Voici quelques leviers essentiels :1. Planifier l’agriculture urbaine comme une fonction à part entière de la ville (au même titre que le logement, les transports ou les équipements).2. Sanctuariser les terres agricoles restantes, notamment les Niayes et interdire toute mutation foncière non stratégique.3. Créer un Fonds d’investissement pour l’agriculture urbaine, appuyé par la coopération, la RSE, les associations et les banques de développement.4. Adopter, dans les codes de l’urbanisme et de la construction, une partie relative à l’agriculture urbaine et définissant statuts, règles, incitations et protections pour les acteurs du secteur.5. Mobiliser les bâtiments publics (écoles, hôpitaux, mairies, ministères) pour expérimenter les cours et toits cultivés.6. Lancer une “Charte Dakar Ville Verte et Nourricière”, assortie d’un label pour encourager les initiatives citoyennes, scolaires et entrepreneuriales locales.7. Mettre en place une gouvernance multi-acteurs : collectivités, État, société civile, universités, jeunes, femmes et diaspora au service de cette politique innovante.8. Déployer une “armée” verte d’agriculteurs urbains volontaires – citoyens, élèves, prisonniers, retraités, jeunes en quête d’insertion – qui cultiveraient la ville au nom de l’intérêt général.9. Travailler sur toute la chaîne de valeur, depuis les circuits courts, de commercialisation et la transformation artisanale ou semi-industrielle des produits.IV. Un appel à l’action collective : pour que Dakar se nourrisse elle-même, dignement et durablementDakar peut devenir un modèle de résilience urbaine en Afrique. Pas seulement une ville moderne, mais une ville nourricière. Pas seulement une capitale administrative, mais une cité cultivée, vivante, verte et écologique.Ce combat pour l’agriculture urbaine est un combat pour la dignité, pour la justice sociale, pour l’autonomie collective. Il est aussi culturel et identitaire : renouer avec la terre, avec les savoirs paysans, avec les pratiques autochtones tout en innovant.Oui, il ne s’agit pas seulement d’agriculture. Il s’agit aussi d’éducation, de santé publique, d’écologie, de jeunesse, de transports (avec les circuits courts), d’économie locale, etc.Et si le XXIe siècle voyait émerger non pas des villes toujours plus verticales, mais des villes plus fertiles ? Et si la révolution verte partait des toits et interstices de Dakar ? Et si, dès aujourd’hui, nous semions les graines du changement ?Le moment est venu : Cultivons Dakar ! Nourrissons notre avenir ! Ensemble.Par Oumar Ba Urbaniste / Citoyen sénégalais umaralfaaruuq@outlook.com