[ANGLUS] *REDRESSEMENT?* (Par Abdou DIAW)

Tract – La nouvelle stratégie de développement, l’Agenda national de transformation – Sénégal 2050, a été adoptée le 14 octobre 2024 avec une première phase quinquennale couvrant la période 2025-2029. À peine moins d’un an après l’entrée en vigueur de ce nouveau référentiel, le Premier ministre nous annonce un plan de redressement. 

 Hâte de savoir ce que l’on va réellement redresser. Le redressement portera-t-il sur les premiers mois de mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement (SND) ? Cette première phase a-t-elle été suffisamment mise à l’épreuve pour justifier un redressement ?Ne faudrait-il pas plutôt parler d’une révision du portefeuille de projets et de réformes retenus dans cette phase quinquennale ? Un exercice qui relevait normalement du cabinet d’experts chargé d’élaborer le nouveau référentiel.Quoi qu’il en soit, tout plan de redressement économique structuré, assorti d’un agenda détaillé, devrait s’aligner sur les orientations de ce référentiel, et en particulier sur la SND 2025-2029. À défaut, on risquerait d’assister à un pilotage à vue, où l’État se contenterait de répondre aux urgences conjoncturelles, au détriment des défis structurels qui interpellent l’économie sénégalaise.Abdou DIAW

[FOCUS] Dakar face aux défis de souveraineté alimentaire: plaidoyer pour une agriculture urbaine audacieuse, solidaire et transformatrice (Par Oumar Ba)

Dakar grandit. Dakar bouillonne. Mais Dakar se nourrit-elle mieux ?

Tract – À mesure que la capitale sénégalaise s’étale et se densifie, sa vulnérabilité alimentaire s’aggrave. Chaque cargaison de riz importé, chaque tomate en provenance du Maroc ou de la Hollande est un rappel cuisant de notre dépendance structurelle. Le paradoxe est flagrant : une métropole africaine, entourée de terres fertiles, de savoir-faire ancestraux et de jeunes bras disponibles, dépend pourtant de l’étranger pour se nourrir. 

 La zone des Niayes, autrefois grenier maraîcher de Dakar, se consume à petit feu sous les assauts conjoints de l’urbanisation croissante, de l’aménagement mal pensé et de la spéculation foncière. Et si Dakar redevenait une terre nourricière, fertile et autonome ?Ce n’est pas un rêve. C’est une exigence, une urgence. Et surtout, une promesse d’avenir.I. Cultiver la ville, nourrir l’avenir : le temps de la reconquête nourricièreL’agriculture urbaine est bien plus qu’un jardinage de loisir. Elle est un levier stratégique, un outil de résilience, un acte politique (de souveraineté). Des villes pionnières à travers le monde en ont fait un pilier de leur souveraineté alimentaire, de leur aménagement urbain et de leur transition écologique. Dakar devrait s’en inspirer, sans copier, mais en adaptant et en innovant.En Île-de-France, 80 % du territoire reste rural, boisé ou agricole (à 50%). Paradoxalement, elle est, à la fois, parmi les premières régions urbaines et agricoles d’Europe. Des métropoles françaises, de Paris à Bordeaux, misent sur la végétalisation productive des toits, la reconversion des friches et la mise en réseau de jardins partagés – devenus de véritables communs alimentaires. Ainsi, les Parisculteurs, traduction d’une politique publique audacieuse, ont permis de transformer l’image de la ville dense en oasis nourricières et jardins suspendus.À Montréal, la transition alimentaire devient politique publique avec incitations fiscales, planification intégrée, soutien logistique aux agriculteurs urbains, développement d’incubateurs agricoles. Toronto innove davantage en intégrant une obligation légale de toits verts sur les bâtiments neufs : l’agriculture n’est plus un choix, c’est une norme.À Brooklyn, la ferme Brooklyn Grange montre que l’agriculture urbaine peut devenir un modèle économique viable, créateur d’emplois pour les jeunes des quartiers marginalisés, tout en fournissant des produits “bio” aux restaurants branchés de New-York. De même, l’île de Manhattan se distingue par ses nombreuses community garden bucoliques et jalousement gardées et entretenues par les populations locales, De véritables temples de l’éco-citoyenneté et écoles pour urban gardeners. Là-bas, l’écologie et l’inclusion sociale s’embrassent sur les toits d’usines réhabilitées et les “dents creuses” entre immeubles..À Tokyo, Singapour ou Séoul, les mégapoles compactes relèvent le défi de la contrainte spatiale grâce à des solutions de rupture : fermes verticales, aquaponie, conteneurs agricoles connectés, agriculture souterraine, etc. L’agriculture urbaine s’y déploie comme une stratégie de souveraineté, de recherche-développement et de modernisation du système alimentaire.À Berlin, les Prinzessinnengärten ont converti une friche en ferme urbaine participative, où 500 variétés de plantes sont cultivées sans pesticides – un bel exemple de reconversion urbaine.Et que dire de Cuba ? Soumise à un embargo étouffant, l’île a transformé ses villes en potagers géants. À La Havane, les organopónicos produisent localement, sans engrais chimiques, l’essentiel des légumes consommés par le ville. Le savoir-faire y est collectif, à la fois scientifique et citoyen. C’est une belle leçon de souveraineté et une grande école de résilience.Pourquoi pas nous ? Pourquoi pas Dakar ?II. Pourquoi Dakar doit semer dès maintenant les graines de sa souveraineté ?Dakar ne manque ni de bras, ni de cerveaux, ni de surfaces exploitables. Ce qu’il manque, c’est une vision, un sursaut, une volonté politique à la hauteur des enjeux : produire ce que nous mangeons et manger ce que nous produisons.En effet, les bénéfices d’une agriculture urbaine audacieuse sont multiples :– réduire la dépendance alimentaire : cultiver pour se nourrir, c’est réduire notre exposition aux chocs extérieurs (conflits, crises logistiques, fluctuations des prix internationaux) ; – améliorer la qualité nutritionnelle : manger local, c’est manger frais, sain, diversifié et de saison. – créer de l’emploi et du sens : l’agriculture urbaine peut former une génération de jeunes cultivateurs, de bio-entrepreneurs, d’éco-innovateurs. Un nouvel écosystème d’activités peut émerger ; – valoriser les déchets et les eaux usées : compostage des déchets organiques, réutilisation des eaux traitées de Cambérène, transformation des boues de vidange en fertilisants ; – lutter contre les îlots de chaleur et améliorer le microclimat urbain ; – réduire les risques d’inondation : les bassins de rétention végétalisés peuvent infiltrer les eaux pluviales et retenir les crues ; – transformer les écoles en micro-fermes pédagogiques : les cours de récréation peuvent devenir des jardins comestibles, alimentant les cantines et les consciences.III. Faire de Dakar une capitale verte, nourricière et solidaire : des actions concrètesCette ambition appelle une stratégie intégrée, structurée et transversale. Il ne s’agit pas de verdir quelques façades ou cours intérieures, mais de repenser la ville comme un système agro-écologique complet. Souvenons-nous que la région s’appelait, jadis, Cap-Vert.Voici quelques leviers essentiels :1. Planifier l’agriculture urbaine comme une fonction à part entière de la ville (au même titre que le logement, les transports ou les équipements).2. Sanctuariser les terres agricoles restantes, notamment les Niayes et interdire toute mutation foncière non stratégique.3. Créer un Fonds d’investissement pour l’agriculture urbaine, appuyé par la coopération, la RSE, les associations et les banques de développement.4. Adopter, dans les codes de l’urbanisme et de la construction, une partie relative à l’agriculture urbaine et définissant statuts, règles, incitations et protections pour les acteurs du secteur.5. Mobiliser les bâtiments publics (écoles, hôpitaux, mairies, ministères) pour expérimenter les cours et toits cultivés.6. Lancer une “Charte Dakar Ville Verte et Nourricière”, assortie d’un label pour encourager les initiatives citoyennes, scolaires et entrepreneuriales locales.7. Mettre en place une gouvernance multi-acteurs : collectivités, État, société civile, universités, jeunes, femmes et diaspora au service de cette politique innovante.8. Déployer une “armée” verte d’agriculteurs urbains volontaires – citoyens, élèves, prisonniers, retraités, jeunes en quête d’insertion – qui cultiveraient la ville au nom de l’intérêt général.9. Travailler sur toute la chaîne de valeur, depuis les circuits courts, de commercialisation et la transformation artisanale ou semi-industrielle des produits.IV. Un appel à l’action collective : pour que Dakar se nourrisse elle-même, dignement et durablementDakar peut devenir un modèle de résilience urbaine en Afrique. Pas seulement une ville moderne, mais une ville nourricière. Pas seulement une capitale administrative, mais une cité cultivée, vivante, verte et écologique.Ce combat pour l’agriculture urbaine est un combat pour la dignité, pour la justice sociale, pour l’autonomie collective. Il est aussi culturel et identitaire : renouer avec la terre, avec les savoirs paysans, avec les pratiques autochtones tout en innovant.Oui, il ne s’agit pas seulement d’agriculture. Il s’agit aussi d’éducation, de santé publique, d’écologie, de jeunesse, de transports (avec les circuits courts), d’économie locale, etc.Et si le XXIe siècle voyait émerger non pas des villes toujours plus verticales, mais des villes plus fertiles ? Et si la révolution verte partait des toits et interstices de Dakar ? Et si, dès aujourd’hui, nous semions les graines du changement ?Le moment est venu : Cultivons Dakar ! Nourrissons notre avenir ! Ensemble.Par Oumar Ba Urbaniste / Citoyen sénégalais umaralfaaruuq@outlook.com

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[TRIBUNE] Par Ousseynou Nar Gueye | VERS 2029 : COMMENT DIOMAYE DÉSAMORCE TOUTE ‘CONFLICTOGÉNÉITÉ’ AU SOMMET DE L’ÉTAT

Tract – ‘Circulez, y a rien à voir !’. Président Diomaye a désamorcé derechef toute idée (et velléité?) de ‘conflictogénéité’ au sommet de l’État. Entre lui et son Premier ministre souhaité ‘super-fort’, Ousmane Sonko. ‘C’est mon ami. Il n’y a aucun problème entre nous’.Le patron du GOS (Gouvernement O.S) peut se rendormir sur ses deux oreilles, après avoir mobilisé le ban et l’arrière-ban de l’Etat-Pastef et déclaré mâlement au King Fad Palace qu’il ‘interpelle’ le chef de l’État pour qu’on lui laisse les coudées franches dans son action gouvernementale, afin qu’il puisse cheffer comme un chef  : ‘Soit le président Diomaye règle la question, soit il me laisse la régler!’, a tempêté le prophète (Astagfiroullah!) des masses pastéfiennes, ‘Ousmane-the-man’ .La lucidité sereine de président Bassirou Diakhar, pour rétorquer à cette sortie ; pour le moins ébouriffante de Premier ministre Sonko, a de quoi se faire arracher les cheveux à l’opposition radicale et à ses fourriers d’avant-garde avant-centres qui squattent les médias à longueur d’heure, jours et nuits et à longueurs de débats télé non intercalés de reportages (ce qui nous permettrait de respirer…) : mes chers Hamidou (Anne), Madiambal (Diagne), Dr Yoro (Dia), Seydou (Gueye), Bougane (Gueye)…et autres personnalités publiques moins pratiquées par ma modeste (à défaut d’humble!) personne : comme Kirikou l’honorable Abdou ou Pape Malick Ndour ex-icône de la feue jeunesse apérisante chloroformée et stipendiée dans les megas-meetings mackysants. Jeunesse désormais hors de portée des euphorisants du double Salltennat passé de Macky Toroodo.Alors ? Verdict ? Diomaye a-t-il tendu l’autre joue après la soufflante symbolique de Sonko ?Notre président de la République est en tout cas une figure quasi-christique (Re-astagfiroullah!) dans sa capacité à encaisser et à endosser.Mais n’est-ce pas cela qu’on attend d’un kilifa ? Oui, si : ‘Mu nekk ku mana jélelé, mu doon ku mana jégelé’. Qu’il ait le dos large. De ce point de vue, Diomaye remplit bien tout son fauteuil de président. Comme l’on dit en wolof, je crois pouvoir m’aventurer à conclure, au moins provisoirement jusqu’en 2029, que : ‘fèèss na sissam’.Pour délaisser l’exemple de la figure christique et aller vers les préceptes de la Sunna islamique, en notre peuple si fervent croyant musulman, j’ajouterais qu’il sait ‘dilater sa poitrine’ pour supporter la pression, les pressions, de toutes part qu’elles viennent : du camp d’en face ou du sien propre.Avec la sortie fracassante par live sur réseau social de Sonko au KFP où il installe il y a une semaine, jeudi dernier, le Conseil national de Pastef, d’aucuns, sinon beaucoup se sont laissé aller à pronostiquer une rapide et funeste  issue du duo au pouvoir, à la Senghor-Dia ou même à la Sankara-Compaoré. Il n’en est rien. Et parions qu’il n’en sera rien. Car le duo Diomaye-Sonko est un binôme de deux personnes toutes aussi stoïques, chacun à leur façon.Président Diomaye par la parole rare, le débit monotone et la colère froide, rentrée, cachée et brève. Premier minstre Sonko, qui l’a prouvé à suffisance pendant dix ans d’opposition intranquille, par l’expectoration de phrases fortes et définitives, fracassantes et fermes, le débit menaçant et les révélations en cascade comme pour former un bouclier, un ‘totem d’immortalité’ comme dans les émissions de téléréalité de survie en milieu hostile (‘je suis politiquement indestructible’, dixit le Premier ministre). Mais ce sont là les deux faces d’une même sorte de patience, de capacité de résilience et de foi en ce que tout ce qui arrive et arrivera est deja écrit. Mektoub. L’on comprend que Sonko, avec son ‘rabat d’arrêt Mambaye Niang’ pour diffamation qui le rend inéligible (jusqu’à survenance d’un fait nouveau dans cette affaire, comme m’en prévient mon frère Cheikh Oumar D.?), forclos donc pour la présidentielle de 2029, ait eu un vague à l’âme, un coup de blues, une descente au fond du fleuve Sénégal : eaux profondes dont il ne pouvait remonter qu’en frappant fort du talon pour revenir à la surface des choses essentielles de la République : rester focus sur la conduite du char de l’État et l’assumation de la responsabilité d’être totalement et en pleine capacité aux affaires. Oui, Diomaye détermine la politique de la Nation. Mais oui aussi, Sonko conduit la politique de la Nation.En ma qualité de soutien politique assuré et assumé de Diomaye et Sonko depuis bien avant la présidentielle de 2024, j’en appelle surtout à Sonko d’accepter que les critiques fusent jusqu’à en être redondantes : de la part d’une bonne partie de la presse, opposante par nature et rétive à tout regime politique même si et quand elle a objectivement contribuée à l’élire ; de la part de chroniqueurs souvent ‘ânes-pas alpha-bêtes’, c’est-à -dire toujours adeptes de parler de l’anal et de la bête à deux dos, toutes choses triviales qui ne resteront pas dans les annales de la République dans la suite du cours de ce 21ème  siecle ; de la part d’opposants radicaux aussi par force de l’habitude, de l’habit (de la camisole de force?) et de l’habitus : ils n’ont que le ministère de la Parlotte pour exister : Alors, Premier Sonko, souffrez de le leur laisser exercer un peu et de temps en temps ?Aussi, j’en appelle à l’élargissement de prison des chroniqueurs enfermés et à des jugements rapides, avec des peines de sursis et une totale ‘déprisonnalisation’ des sanctions contre les gens de médias. Laissons tout le monde déblatérer, quoique certains débitent des sornettes pour lesquelles « on ne frapperait pas son enfant », pour le dire en parler wolof.Oui, ‘que mille écoles (et mille médias!) rivalisent’, comme disait le Grand Timonier chinois Mao, qui n’était pourtant pas démocrate ou multipartite pour un sou (avec ses fameux camps de rééducation culturelle). Laissons proliférer les médias : à la fin des fins, le public sénégalais, l’opinion nationale, le bon peuple toujours souverain par principe, je le pense, je le crois, fera toujours les bons choix : regarder et écouter ce qui leur apporte de la connaissance en instruction et en culture générale, du renforcement dans leur connaissance de leur foi, et qui éclairent leur choix politiques et citoyens. Même ceux non instruits à l’école en français (que je me refuse à appeler ‘l’école française’) et la jeune génération des moins de 35 ans et qui représente 70% de la population de notre pays, accros à Snapchat et a Tiktok qui sont leurs seules sources ‘d’information’.Eh bien, tous ceux-là finiront bien par préférer la qualité de fond et de forme, à toutes ces invectives perpétuellement débitées et répétées à longueur d’antenne par des pessimistes professionnels : ce qui relève de la paresse intellectuelle.Mais une fois de plus, on comprend le Premier ministre Sonko auquel le président Diomaye a fait plusieurs clins d’oeil pour lui indiquer que lui Sonko devait pouvoir prendre la succession présidentielle dès l’élection de 2029 : ‘j’ai dit a Sonko de ne pas lorgner le fauteuil, mais de bien le regarder » , ‘je donne comme second prénom à ma dernière fille celui de la sainte mère de Sonko, Dame Khady’, etc, etc.On serait Sonko ou pas, qu’on serait bardé de certitudes quant à son avenir à moyen terme, pour beaucoup moins que cela, et surtout de la ferme conviction, pour Sonko, que le martyre communicationnel qu’il est forcé d’endurer pendant le quinquennat Diomayat, en tant que bouclier auto-proclamé du chef de l’Etat, en tant que fusible qui refuse de disjoncter, n’est rien d’autre que ce chemin pavé d’épines  qui mène ; ), lentement mais sûrement, au Palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor, dès 2029.2029 s’éloigne donc (un peu? beaucoup?) pour le chef du GOS. Et alors? Un double quinquennat de Diomaye est toujours bon à prendre. Et Sonko ne devrait pas chipoter sur une accession potentielle à la magistrature suprême en 2034, inch’Allah, à l’âge de 60 ans, soit d’une cuvée bien plus jeune que pour Gorgui Wade, qui accède à l’Everest des fonctions électives à l’âge avancé de 74 ans, celui-là même où Senghor démissionne un certain 31 décembre 1980.Duo au sommet de l’Etat? Ou plutôt trio, plus assurément ?Duo de choc ? Chocs de trio ? En effet, il n’est pas impossible que le trio président-Premier ministre-président de l’Assemblée, soit le tiercé dans lequel il faille (re)trouver les présidents sénégalais pour les vingt prochaines années, c’est-à-dire, pour la prochaine génération de Sénégalais.Mais bon, ‘de la coupe aux lèvres, il y a loin’, comme vient encore de le constater Monsieur Sonko, et il ne faudra donc pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : ‘Digeunté khaatj ak door, lépp khatch na ci’. Mais, travaillez, prenez de la peine, il en  sortira toujours quelque chose de bon. A propos du trio aussi, l’absence du territoire national du président et du président de l’Assemblée, les deux premières personnalités  de l’Etat, quand la troisième qu’est le Premier ministre fait sa sortie fracassante d’interpellation, me rappelle un événement similaire : je pense à 1958, lors de la tournée special combo ‘Communauté française’ du Général de Gaulle en AOF et en AEF alors, quand Senghor et Dia se retrouvent comme par enchantement à Paris, alors que le ministre de l’Intérieur Valdiodio Ndiaye dut aller à la corvée pour répondre, en Place Protêt (actuelle Place de l’Indépendance) au discours à la ‘vous-voulez-l’indépendance-alors-prenez-la’ du Grand Charles, chahuté par les porteurs de pancartes sur lesquelles on lisait : ‘Vive l’Indépendance’,’Nous voulons l’Indépendance’, ‘L’Indépendance immédiate’.Enfin, parlant de voyage, Sonko revient récemment de Chine, dont il est bien de ramener des dizaines de milliards de FCFA en dons, aides et prêts, mais dont il faut laisser là-bas le centralisme démocratique du Parti Communiste Chinois. Alors, dans cette affaire de karaté verbal de jeudi dernier, entre le premier ministre, le président et le président de l’Assemblée nationale : lequel aura fait le plus de chinoiseries ? On ne saurait trop le dire.Mais assurément, avec des techniques de judoka qui prend appui sur la pression du poids de l’adversaire ou même de yoga (pour l’élasticité observée..), Diomaye sait résister à tous les supplices, même pouvant être qualifiés de chinois, tant il font mal ou vous rongent à petit feu. Bref, cela n’a rien à voir, mais, quoique… : les deux épouses du président Bassirou Diakhar doivent être bien fières et bien rassurées, pour elles-mêmes et pour le peuple sénégalais, d’avoir un époux aussi maître de ses nerfs. ‘Borom tchaakë, du khèèkh’. Qu’on se le tienne pour dit.Ousseynou Nar Gueye est Directeur Général des médias numériques Tract Hebdo et Tract .sn, Directeur Général d’Axes et Cibles Com et de Global Com International, président du mouvement politique ‘Option Nouvelles Générations – Woorna Niu Gérer’.ogueye@axes-et-cibles.com www.axes-cibles-com.sn

[EXPOSÉ] Un mal et une porte de sortie pour l’université sénégalaise: les antagonismes de personnalités qui contredisent l’effervescence intellectuelle (Par Pascal Oudiane)

Tract – ‘Deux objectifs sont incontournables en ces temps actuels. D’abord il faut sauver l’université sénégalaise et ensuite il faut en faire un instrument fiable pour soutenir l’Etat et prendre en charge les demandes sociales.

 Comment sauver l’université ? En 2016 nous avons déjà dénoncé des insuffisances qui datent depuis le régime des socialistes et qui se sont accrues. Des maux qui s’enracinent d’années en année deviennent un danger pour nos institutions surtout celle dont nous discutons aujourd’hui. Si ce ne sont pas les infrastructures sociales et pédagogiques au regard du surpeuplement progressif des étudiants, ce sont leurs conditions de vie ou simplement celle du personnel enseignant et administratif.La montée du chômage qui certes relève de la responsabilité de l’autorité publique pousse les sénégalais à s’interroger sur la qualité des enseignements dans nos universités. Nous savons que pour être en sécurité, il faut envoyer ses enfants dans les écoles supérieures privées. Malheur aux ménages par conséquent qui ne disposent pas de moyens pour financer les études de leurs enfants.L’autorité publique de l’enseignement supérieur sous le régime Macky Sall avait brandi l’idée d’augmenter les droits d’inscription et à la longue d’augmenter le coût des études à supporter par les ménages afin de donner à l’institution universitaire les moyens de son fonctionnement à l’instar de certaines universités d’Europe ou d’Amérique. C’était une mauvaise idée. Il faut d’abord régler le problème du pouvoir d’achat donc de l’économie nationale avant de penser à la marchandisation des études dans nos institutions publiques universitaires.La qualité a un prix. Mais pour ce cas précis, l’erreur est de réfléchir en économiste. Une recherche bien organisée et bien pensée peut documenter un enseignement adapté et répondre aux attentes sociales de l’Etat et de la nation. Je cautionne l’idée qu’il faut un recrutement massif pour assurer les enseignements, les encadrements et éviter l’enchevêtrement des années académiques qui s’étalent sans fin sur d’autres années académiques. Cela a un coût mais ceci n’est rien comparé aux dégâts potentiels que peuvent entrainer les faits non économiques.Nous ne pourrons jamais avoir la qualité escomptée dans nos universités si le relationnel entre PER ou entre PER et étudiants en fin de 2e ou 3e cycle n’est pas éthiquement encadré. De gros potentiels pour la recherche se perdent à côté des lots visibles de nouveaux chercheurs qui sont créés et les quelques exceptions qui sont recrutés. Il y a lieu de réfléchir sérieusement sur ce complexe relationnel dont le premier versant se structure entre l’apprenant et le professeur ou le disciple et le maitre.Le second versant dudit complexe réside dans le relationnel entre PER eux-mêmes qui est fait de fond de mésentente entre personnalités, de querelles silencieuses et subjectives et découragent toute solidarité et émergence intellectuelle pro universitaire. Dans une ambiance pareille, l’innovation que l’on attend d’une institution de recherche de qualité ne peut pas émerger. Il faut régler ce problème sinon la déception en termes d’attente sur la qualité de nos universitaires sera toujours présente.Au-delà du tissu relationnel à éthiciser, il faut des actes d’innovation avec une nouvelle systémique sur la carte pédagogique universitaire. Il a toujours été recommandé de mettre en place des équipes pluridisciplinaires notamment des enseignants chercheurs qui travaillent en permanence en équipe inter-département et inter-section, inter-facultaire et inter-UFR ( unité de formation et de recherche). Cela n’existe toujours pas dans nos universités. Les enseignants sont pressés de candidater pour l’étranger afin d’extravertir leurs expertises à cause des gains monétaires et symboliques.Le complexe du développeur international est toujours là tapis dans l’ombre dans nos universités. Dans les processus de recrutement, les pairs sénégalais sont prompts à préférer des produits formés à l’étranger que leurs propres produits formés au Sénégal. Cette manie continue à nous affaiblir depuis les années 80. C’est une situation qui frise le spectacle. Les maitres de conférence et professeurs titulaire de laboratoire devraient avoir honte de recruter à l’extérieur et d’abandonner les docteurs qu’ils ont produit. Certains vantent l’amélioration et la perfection du système de recrutement mais le malaise est encore là.Le système n’intègre que ceux qui sont dans le système. Il y a lieu de prendre en compte toutes les variables y compris le fonctionnement des laboratoires locaux et le besoin national qui doit porter le choix de la section ou du département sur les profils à recruter. Il faut faire attention aux variables sociologiques et celles du nombre de publication qui fait certes le chercheur mais celui-ci doit être dans les capacités de répondre au besoin national de l’Etat et des masses pour leur formation et leur insertion.Quant aux étudiants actuels, ils savent comme les ainés ce qu’ils veulent. Le porte-parole du jour des étudiants dans son discours au lancement de « l’ANTESRI 2050 » par le MERSRI le jeudi 17 juillet 2025 au CICAD a insisté sur les points suivants qui sont très légitimes : Plus de licence en 5 ans Plus de master très long Plus d’université qui forme des chômeurs Plus de système qui abandonne les étudiants sans mécanisme de récupération Leurs anciens ont souffert des mêmes problèmes. Pour satisfaire des attentes et sauver l’étudiant qui est la relève active tout en relançant l’université sénégalaise, il faut revoir ces leviers précités qui organisent et opérationnalisent la recherche et les enseignements. C’est à partir de la qualité que lesdits leviers vont produire qu’on pourra repenser nos propres épistémologies, adapter nos enseignements, revoir le bac qui est le premier diplôme universitaire et former ce que nous appelons les profils de l’avenir capables d’assumer les besoins du développement endogène du Sénégal.Pascal OUDIANE Docteur de l’UGB Enseignant chercheur Gouvernance Sans Parti

[ANALYSE] Réformer l’architecture financière mondiale : Enjeux, défis et stratégies pour une croissance inclusive face au fardeau de la dette (Par Dr. Seydina Oumar Seye)

Un système financier mondial sous tension

Tract – L’architecture financière internationale, héritée des accords de Bretton Woods en 1944, montre aujourd’hui ses limites face aux défis contemporains : crises de la dette souveraine, inégalités croissantes, changements climatiques et difficultés des pays en développement à financer leur croissance. 

 Selon la Banque mondiale, près de 60 % des pays les plus pauvres sont en situation de surendettement ou à haut risque de l’être, compromettant leur capacité à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Le Sénégal, comme de nombreux États africains, illustre cette réalité : sa dette publique atteint plus de 70 % du PIB, avec des coûts de refinancement élevés qui grèvent les budgets sociaux et d’investissement.Face à ce constat, une réforme profonde de l’architecture financière mondiale s’impose. Cette contribution explore les défis, les enjeux et les stratégies possibles pour une finance internationale plus équitable et inclusive.I. Le fardeau de la dette : Un frein majeur au développement1. L’endettement des pays pauvres : Des chiffres alarmants – En 2024, la dette publique des pays à faible revenu a atteint un record de 1 200 milliards de dollars (FMI). – Les pays africains consacrent en moyenne 25 % de leurs recettes budgétaires au service de la dette, contre seulement 10 % pour la santé et l’éducation combinées (Banque mondiale). – Le Sénégal a émis pour 1 694 milliards FCFA d’obligations en 13 mois pour refinancer des échéances, limitant sa marge de manœuvre pour les infrastructures (Ministère des Finances sénégalais).2. Les effets pervers du remboursement sur la croissance pro-pauvres – Détournement des fonds publics : Les États allouent davantage de ressources au remboursement qu’aux secteurs sociaux. – Dépendance aux créanciers extérieurs : Les prêts assortis de conditions strictes (austérité budgétaire, libéralisation économique) limitent les politiques de développement endogène. – Effet boule de neige : Les émissions obligataires à taux élevés (comme les OAT du Sénégal à 7,5 %) aggravent la dette future. Cependant, elles plus que nécessaires pour dépasser la zone de turbulence économique et in fine, une alternative à la contrainte de décaissement du FMI…II. Les limites de l’architecture financière actuelle1. Un système fragmenté et inéquitable – Asymétrie des pouvoirs : Le FMI et la Banque mondiale, dominés par les pays riches, imposent des politiques souvent inadaptées aux réalités locales. – Clauses déséquilibrées : Absence de mécanismes automatiques de suspension de dette en cas de choc (pandémie, guerre, catastrophe climatique). – Taux d’intérêt discriminatoires : Les pays africains empruntent à des taux 4 à 6 fois plus élevés que les économies avancées (Brookings Institution).2. Le cas du Sénégal : Entre transparence et dépendance – Un héritage de dette opaque : L’audit de 2025 a révélé un déficit sous-évalué (10,5 % du PIB au lieu de 5,5 %), entraînant un gel des décaissements du FMI. – Stratégies de contournement : Recours massif aux marchés régionaux (UEMOA) pour des levées de fonds rapides, mais coûteuses. – Plaidoyer pour une réforme : Le gouvernement actuel mise sur une renégociation des dettes et une diplomatie économique diversifiée (Chine, États-Unis, UE).III. Les pistes de réforme pour une finance mondiale plus juste1. Restructuration et annulation partielle de la dette – Mécanismes d’allègement ciblés : Comme l’initiative DSSI (G20) étendue aux pays à revenu intermédiaire. – Clauses de suspension automatique : Intégrer des pauses de remboursement en cas de crise (proposition du Sénégal à l’ONU). – Audits indépendants des dettes : Pour identifier les dettes illégitimes (ex : prêts opaques liés à des contrats surfacturés).2. Réformer les institutions de Bretton Woods – Redistribution des droits de vote au FMI : Donner plus de poids aux pays africains (actuellement moins de 5 % des voix). – Création d’un fonds monétaire africain : Pour réduire la dépendance au dollar et au FMI. – Émission de DTS (Droits de tirage spéciaux) pour le climat : Financer la transition énergétique des pays vulnérables.3. Vers une souveraineté financière régionale – Renforcement des marchés financiers locaux (ex : Bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA). – Monnaies alternatives : Paiements en devises locales pour le commerce intra-africain (inspiré de la Zone de libre-échange continentale africaine, ZLECAf). – Fonds de solidarité panafricain : Pour mutualiser les risques et les investissements (proposition du Maroc lors du Symposium économique de Rabat).Conclusion : Vers un nouveau pacte financier mondial ?La réforme de l’architecture financière mondiale n’est plus une option, mais une nécessité pour éviter l’asphyxie économique des pays pauvres. Comme le souligne Dr. Seydina Oumar Seye, expert en politiques économiques :> « Ce n’est pas la dette qui est dangereuse, mais l’incapacité à maîtriser les conditions de son financement. Le Sénégal, comme l’Afrique, a besoin d’un système où les règles sont équitables et où les pays en développement ont voix au chapitre. »Les prochains sommets internationaux (G20, assemblées du FMI, sommets États-Unis-Afrique) seront des tribunes cruciales pour porter ce plaidoyer. La voie est étroite, mais l’alternative – un monde où la dette étouffe le développement. Dr. Seydina Oumar Seye Sources : FMI, Banque mondiale, Ministère des Finances du Sénégal, analyses de Dr. Seydina Oumar Seye.

[FOCUS] L’Impératif de la Cohésion Étatique (Par Talla Sylla)

Tract – ‘Je m’adresse aujourd’hui à ceux qui expriment leur surprise ou leur désaccord face à ma position concernant les récentes tensions au sommet de l’État. Ma conviction est claire et mes arguments, je crois, le sont tout autant. 

Certains s’étonnent que j’affirme que, si j’avais été à la place du Président de la République, j’aurais envisagé le limogeage immédiat du Premier ministre suite à ses déclarations publiques. Pour les partisans d’Ousmane Sonko, il est crucial de ne pas oublier un fait fondamental : c’est lui-même qui a choisi de rendre ce désaccord public. En portant sur la place publique une divergence qui aurait dû rester interne, le Premier ministre a, de fait, légitimé notre droit et notre devoir, en tant que citoyens et acteurs politiques, de prendre position et d’analyser la situation. Je l’ai dit et je le répète : la cohésion au sommet de l’État est non seulement souhaitable, mais indispensable. Si le Président et le Premier ministre souhaitent se rencontrer, dialoguer et s’entendre, personne ne les en empêche. C’est même la solution que j’appelle de mes vœux pour le bien de notre nation.Il est curieux, et même déconcertant, de constater que certains partisans du « duo » se montrent plus prompts à attaquer ceux qui, comme moi, tirent les conséquences de cette situation, plutôt que d’inviter leurs leaders à éviter d’installer un duel préjudiciable aux intérêts de notre peuple. Ma démarche n’est pas celle d’une simple critique partisane, mais celle d’une alerte. Les dérapages verbaux et la création d’une dualité au sommet de l’État ne peuvent qu’entraver les actions essentielles en faveur de notre développement socio-économique.Le Sénégal ne peut pas se permettre le luxe d’une instabilité au sein de son exécutif. La priorité absolue doit rester l’avancement de notre pays et le bien-être de ses citoyens. C’est dans cet esprit que ma position s’inscrit, fidèle aux principes républicains et à l’impératif de la stabilité institutionnelle. Talla SYLLA Président de JËF JËL

[TRIBUNE] Sonko rompt le silence, pas le pacte ! (Par Hady TRAORE)

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Tract – Ce 10 juillet 2025, devant le Conseil national du Pastef, Ousmane Sonko a pris la parole pour dénoncer entre autres les attaques répétées dont il est la cible, sans toujours sentir la République à ses côtés. Beaucoup y ont vu une plainte, d’autres un désaveu. Il n’en est rien. Ce texte relit cet épisode non comme une rupture, mais comme un geste stratégique. Une parole posée là où le silence devenait dangereux. Une mise en alerte qui oblige à clarifier les rôles, les lignes, les loyautés. Car gouverner à deux exige plus que de la confiance : cela suppose de savoir parler, avant qu’il ne soit trop tard. 

Quand un Premier ministre affirme publiquement qu’il ne se sent plus protégé par l’État, que les attaques à son encontre se multiplient, que des campagnes souterraines l’exposent sans que la République ne réagisse, il faut lire au-delà de l’émotion. Ce 10 juillet 2025, Ousmane Sonko n’a pas improvisé. Il n’a pas dérapé. Il a agi. Et ce qu’il a posé là, devant le Conseil national du Pastef, est un geste politique fort, pensé, lucide. Il ne s’est pas livré à une complainte. Il a pris position. Il a mis en lumière un dysfonctionnement profond. Et ce faisant, il a déclenché une opération de clarification.On aurait tort d’y voir une réaction à des blessures d’ego. Sonko ne se défend pas en tant qu’homme. Il engage une ligne politique. Il s’adresse à l’opinion, au Président Diomaye Faye, à la haute administration, à son parti, à l’opposition, aux faiseurs d’opinion et à l’État profond. Car derrière l’apparente vulnérabilité du propos, c’est une autorité qu’il reconstruit. Une autorité de rupture, une autorité d’alerte.Ceux qui ont lu cette sortie comme un dérapage ou un cri du cœur ne comprennent pas la grammaire du pouvoir. Sonko ne parle jamais au hasard. Il choisit le moment où la rumeur devient insistante, où les frustrations gagnent du terrain, où le pouvoir entre dans sa phase de normalisation bureaucratique. Ce timing est stratégique. Il intervient avant que la mécanique du doute ne s’installe, avant que les silences ne deviennent complicités supposées, avant que les petites trahisons ne se muent en certitudes collectives. Il agit à froid, au moment précis où le gouvernement, pris par la gestion, commence à oublier que l’élan initial doit être nourri, entretenu, ravivé. Cette parole ne cherche pas à choquer. Elle cherche à réveiller. Et c’est en cela qu’elle est redoutablement efficace.Il n’y a rien de plus instable que le pouvoir partagé. Et Sonko le sait. Les binômes au sommet de l’État ont rarement tenu dans la durée, surtout quand les règles de la cohabitation ne sont pas codifiées. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause une amitié. Il s’agit de rappeler que l’exercice du pouvoir ne repose pas sur des sentiments, mais sur des équilibres clairs. Ousmane Sonko appelle à cette clarté. Il n’accuse pas, il interpelle. Il ne cherche pas à fragiliser, il réaffirme une exigence de cohérence.L’enjeu n’est pas la lenteur des réformes, mais les interférences. Car tout laisse penser que des forces agissent en souterrain : une opposition qui harcèle, une technocratie qui freine, une administration parfois ambiguë, et une tentative d’introduire des rivalités internes là où il devrait y avoir unité stratégique. En réponse, Sonko rompt le silence. Non pour dramatiser, mais pour baliser. Il choisit le dévoilement au lieu de l’amertume. Il interroge le pacte fondateur du pouvoir actuel, dans ce qu’il a de plus essentiel : la loyauté d’État.Le pouvoir, pour durer, ne peut s’appuyer uniquement sur des intentions mutuelles ou des souvenirs communs. Il doit se doter de rituels de confiance. De canaux d’alerte et d’espaces de régulation interne. Ce que cette sortie rend évident, c’est qu’il manque encore un langage de la dissension productive entre le Président et son Premier ministre. Dans les régimes à dyarchie fonctionnelle, c’est souvent l’absence d’une grammaire de la différence qui conduit à l’implosion. Le risque n’est pas qu’ils se parlent moins. C’est qu’ils ne sachent plus comment se dire les désaccords sans qu’ils ne soient perçus comme des ruptures. En exposant publiquement une tension, Sonko force donc le système à inventer ses propres garde-fous. Ce n’est pas une fragilité. C’est une maturation. L’histoire contemporaine nous a appris que le silence entretient les fractures. Dans la France de la IVe République, dans la Côte d’Ivoire d’avant la rupture entre Gon Coulibaly et Ouattara, ce sont souvent les non-dits qui ont creusé les abîmes. Sonko, en prenant l’initiative, agit en stratège. Il refuse d’être relégué au rôle de fusible. Il refuse d’incarner seul les retards et les contradictions du moment. Il place chaque acteur face à ses responsabilités.Un autre danger se dessine en filigrane : celui d’une insidieuse fabrique du soupçon. Lorsque le pouvoir commence à produire ses propres rumeurs internes, que des collaborateurs susurrent qu’untel est en disgrâce, que tel autre veut prendre la place, que les propos sont interprétés avant d’être écoutés, alors le système se grippe. Le climat devient irrespirable. Et les décisions s’enlisent. En mettant cartes sur table, Sonko assainit l’atmosphère. Il rappelle que l’engagement politique, surtout dans un régime né d’un soulèvement populaire, ne peut s’exercer dans la méfiance. La transparence devient ici un outil de gouvernement. Elle oblige à sortir du clair-obscur, là où prospèrent les divisions.Sa sortie est aussi une tentative de reconquête du récit. Dans un monde saturé de bruit, où chaque mot est repris, remixé, retourné, il prend le contrôle du discours. Il ne se contente pas de répondre aux attaques : il déplace le débat. Il reformule les enjeux. Il impose une version des faits. Non pas pour se justifier, mais pour éviter que d’autres ne parlent en son nom.Ce geste vise aussi une cible invisible mais bien réelle : les segments de l’État profond encore inféodés à des logiques anciennes. Ces poches de résistance bureaucratique, expertes en obstruction silencieuse, espèrent que le projet de rupture s’essoufflera dans les lenteurs administratives. Sonko les force à sortir de l’ambivalence. Il réclame une fidélité aux institutions, pas à des hommes du passé. Il réclame de l’efficacité, pas des faux-semblants.Mais il s’adresse également à ses propres soutiens. À ceux qui doutent. À ceux qui s’impatientent. Il les rassure, non par des promesses, mais par une posture. Il leur dit : je suis là, je veille, je n’ai pas baissé la garde. Ce faisant, il réactive un lien avec la base, qui ne s’était pas rompu, mais qui avait besoin d’être réaffirmé.On ne choisit pas toujours les conditions dans lesquelles on accède au pouvoir. Mais on choisit toujours la manière d’y inscrire sa marque. Le duo Diomaye–Sonko a une chance historique : celle d’inventer un nouveau modèle de gouvernance fondé sur la complémentarité assumée, sur la lucidité partagée, sur la fidélité non pas aux individus, mais à l’élan collectif. Ce modèle n’existe pas encore. Il est à bâtir. Et cette sortie, en ce sens, n’est pas un accroc : c’est une pierre posée sur le chantier. Il ne suffit pas d’avoir gagné ensemble. Il faut apprendre à gouverner ensemble, dans la clarté, dans la contradiction parfois, mais toujours dans le respect de la mission. Car l’histoire ne retiendra pas les tensions passagères. Elle retiendra si la promesse a été tenue.La République repose sur la parole tenue. Et cette parole-là ne rompt rien. Elle construit. Elle indique une voie. Elle rappelle au Président qu’en période de transition, l’unité ne doit pas être un mythe silencieux, mais une alliance explicite, vivante, incarnée. Elle rappelle que gouverner, ce n’est pas additionner des postes, c’est affronter ensemble l’adversité. Que le pouvoir n’est pas un partage des honneurs, mais une communauté de devoirs.Si rupture il doit y avoir, ce n’est pas entre deux hommes. Mais entre une façon ancienne de taire les tensions et une nouvelle manière de les assumer avec maturité. Ce que Sonko propose, c’est cela : un aggiornamento du pouvoir. Une politique de vérité. Une République où l’on ne se contente plus de gouverner, mais où l’on explicite, tranche, assume. C’est maintenant au Président de répondre. Pas dans l’urgence. Mais dans la justesse. Car cette séquence ne passera pas. Elle s’imprimera. Et elle déterminera, peut-être, la manière dont l’Histoire jugera la solidité du tandem qu’elle avait pourtant rêvé indissociable. À présent, une question s’impose, implacable : qui prendra sur lui la lourde responsabilité de contrarier l’élan démocratique enclenché par le peuple lui-même ? Qui osera interrompre un souffle devenu promesse commune, lucide et active ? Qui, dans la pleine conscience des enjeux, choisira le repli quand la nation tout entière aspire à l’élargissement de ses droits, de sa voix, de sa souveraineté ? Que sais-je ? Mais l’Histoire, elle, est patiente. Et elle n’oublie rien. Hady TRAORE Expert-conseil Gestion stratégique et Politique Publique-Canada Fondateur du Think Tank : Ruptures et Perspectives hadytraore@hotmail.com

[FOCUS] Entre promesses fertiles et désillusions dévastatrices (Par Babou Biram Faye)

Tract – La riziculture dans la vallée du fleuve Sénégal, notamment dans le Walo, aurait pu être une bénédiction nationale. À elle seule, cette région, dotée d’un potentiel agroécologique exceptionnel, est capable de nourrir le Sénégal en riz local de qualité. Pourtant, chaque saison culturale s’accompagne du même refrain : accès difficile aux terres, semences de mauvaise qualité, intrants hors de prix ou livrés tardivement, manque de mécanisation, problème chronique d’écoulement du riz paddy, et attaques d’oiseaux granivores dévastateurs. 

 Une production sous pressionCette année encore, des centaines d’hectares ont été décimés par les oiseaux, notamment les quelea quelea, malgré les efforts de la SAED et des coopératives locales. Pour les producteurs, c’est la double peine : ils perdent leurs récoltes et doivent encore rembourser des crédits contractés pour les campagnes agricoles. Le manque d’un plan national durable de lutte contre les oiseaux pose question, tout comme l’insuffisance des moyens aériens et techniques déployés.L’impasse de l’accès à la terreDans le Walo, l’accès à la terre est un nœud foncier douloureux, pris entre droits coutumiers, attribution par les collectivités territoriales, et occupation de fait. De nombreux producteurs déplorent des affectations non transparentes ou des monopoles concentrés entre les mains de quelques grands exploitants. Le rêve de l’autosuffisance alimentaire se brise souvent sur ces réalités locales.L’écoulement : une autre guerreMême quand la production est bonne, l’écoulement du riz paddy reste un véritable cauchemar. Les usines de décorticage sont souvent saturées, le prix au kilogramme est dérisoire, et les producteurs manquent de pouvoir de négociation face aux grands commerçants. L’État peine à réguler efficacement la filière ou à garantir un prix plancher juste. Pendant ce temps, le riz importé continue d’inonder les marchés sénégalais, au détriment de la production nationale.Ce que l’État doit faireMalgré les efforts visibles de la SAED, force est de constater que l’État doit assumer son rôle de stratège et de régulateur: Mettre en place un plan d’urgence multisectoriel pour sauver la filière riz dans le Walo, renforcer la lutte contre les oiseaux à travers des moyens technologiques et la coordination régionale avec les pays du bassin, réformer l’accès à la terre pour plus d’équité et de transparence, créer un fonds de stabilisation des prix du paddy et soutenir le stockage et la transformation locale, encadrer les producteurs avec un vrai dispositif de suivi, d’encadrement technique et de mécanisation. Le paradoxe est cruel : alors que le Sénégal aspire à l’autosuffisance alimentaire, ses riziculteurs du Walo se battent chaque jour contre l’abandon, les aléas climatiques et les prédations aviaires. Il est temps que les autorités passent des discours aux actes. Car tant qu’un agriculteur dort l’angoisse au ventre, aucun développement durable ne pourra germer. BBF

[L’ET DIT TOT D’O.N.G] Demain 18 juillet, anniversaire Mandela | Quand Gorée abrite les négociations de la dernière chance entre Afrikaners Boers progressistes et Noirs Sud-Africains prêts à cesser la lutte armée, pour en finir avec l’Apartheid par le haut (Par Ousseynou Nar Gueye)

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Tract- Ce vendredi 18 juillet 2025, demain donc, Nelson Mandela aurait eu 117 ans. Mais faisons un détour. Mythe partiel ou vérité parcellaire, l’ile de Gorée est emblématique du Commerce Triangulaire de Trois siècles ou des bateaux négriers venus d’Europe sont venus chercher en Afrique des esclaves, hommes et femmes, pour les transbahuter sur le continent américain (Canada, USA et Amérique Latine et Antilles inclues) pour les soumettre sans rétribution au dur labeur des champs de coton et de canne à sucre ou à l’humiliant travail domestique de Nègres de maison, qui vidaient chaque matin le pot de chambre de leurs maitres et maitresses leucodermes.Quoi qu’il en soit, Gorée est, reste et demeurera un symbole de l’oppression blanche et européenne sur les peuples noirs, sur tous les autres peuples de la Planète Terre.Aussi, en cette fin de la décennie 1980, en 1987 précisément, Gorée est le lieu de rencontres secrètes au sommet, entre Afrikaners Boers Blancs sud-Africains richissimes de leur argent ou de leur capital culturel, d’une part ; et de Noirs sud-africains bantoustanisés qui évoluent dans la guérilla et la lutte armée contre le régime blanc d’Apartheid en Afrique du Sud et veulent bien déposer les armes en échange  de l’émergence d’une Afrique du Sud arc-en-ciel (la Rainbow Nation, comme l’appellera plus tard le premier Président noir Sud-Africain,  nous avons nommé Nelson Rohlilala Mandela dit Tata Madiba, Grand-Pa Madiba, et aussi comme la nommera le pasteur anglican enjoué Monseigneur Desmond Tutu), une Rainbow Nation dans laquelle toutes les couleurs de peau seraient désormais égales.Dans ces négociateurs sud-africains blancs de l’île de Gorée, en ce qui est appelé « la Conférence de Dakar » ou « le Dialogue de Dakar », il y a Frederick Van Zyl Slabert, député démissionnaire l’année d’avant du Parlement sud-africain qu’il avait fini de juger « inutile », et qui fondera plus tard sur l’île martyre, l’ONG pour les arts, la culture et la démocratie, Gorée Institute, en juin 1992, dont il sera Président du Conseil d’Administration. L’Institut de Gorée œuvre ainsi depuis plus de trente ans à renforcer le dialogue politique pour la résolution pacifique des conflits, à contribuer à la consolidation des processus démocratiques et des institutions, et d’encourager la créativité artistique, sociale et économique. Il y a aussi l’écrivain à la plume prolifique et humaniste, Breyten Breytenbach. Il y a les Noirs sud-Africains d’Umkhonto Wa Sizwe, la branche armée de l‘ANC, l’African National Congress, le parti historique de la lutte contre l’apartheid, dont Mandela en prison (il y restera 27 ans, dans une cellule exiguë de Robben Island, dont il ne sortait que pour concasser des cailloux en compagnie de ses codétenus, fers au pieds relies par une chaine), Madiba donc, est le leader et la figure morale, même si hors les barreaux, des leaders de l’ANC comme Oliver Thambo ou Walter Sisulu tiennent haut le bâton de maréchal pour commander et mener aux différents fronts de lutte (armée, pacifique , diplomatique, culturelle, politique, de boycott économique ou de boycott du système éducatif en Afrikaans) les innombrables militants de l’ANC, presque encartés de naissance dans cette formation politique. C’est l’époque de la lutte : the struggle. Il y a à ces négociations de Gorée le futur deuxième Président noir sud-africain : l’intellocrate flegmatique Thabo Mbeki. Des pourparlers donc entre l’IDASA de Van Zyl Slabbert (Initiative pour des alternatives démocratiques en Afrique du Sud) et l’ANC.Mis en place dans les années 40, le système de développement séparé des  »races » (sic !) en Afrique du Sud, est à l’agonie économique et diplomatique 40 ans plus tard, dans les années 80, partout battu en brèche sur la planète Terre.Les pressions viennent de toutes parts. Les artistes musiciens, menés par Bono de U2, font une tournée mondiale triomphale sur toutes les grandes scènes de notre planète, pour en appeler à la libération du détenu ayant passé le plus de temps en prison au monde. ‘Free Mandela ! End Apartheid. Now !’.Le Sénégal n’y est pas en reste dans cette tournée, avec le pas encore trentenaire Youssou Ndour qui y entonne « Nelson Mandela » (chanson, en fait, écrite par son collaborateur au sein du Super Etoile, Kabou Gueye, le fervent talibé mouride qui ne joue plus qu’en studio pour les enregistrements et a cessé de tenir la guitare dans les concerts au Sénégal ou ailleurs dans le monde, du fait du ndigueul le lui prohibant, de son marabout). Boucle bouclée trente ans plus tard quand Youssou nommera d’après Nelson Mandela, son fils eu avec Aïda Coulibaly.Les pays du monde entier, en ces années 80, boycottent les produits et vivres agricoles en provenance d’Afrique du Sud, avec en plus un embargo total sur les ventes d’armes à l’Afrique du Sud. Sauf l’acariâtre Première Ministre anglaise Margaret Thatcher, Miss Maggie, la Dame de fer au cœur de pierre. En Afrique, le sage, le trop sage Félix Houphouët-Boigny, surjoue les patriarches débonnaires en demandant  à l’Afrique de garder le contact et de conserver les liens avec l’Afrique du Sud, au nom de l’humanisme (un peu) et de la realpolitik (beaucoup). Sacré Grand-Père Félix ! Qui fait importer d’Afrique du Sud des oranges ou des cigarettes Rothmans.  Bon, on doit en tout cas reconnaître à Pa’ Houphouët-Boigny, sa conviction sincère et inébranlable que la Côte d’Ivoire devait se construire avec tous les Ivoiriens d’importation de toutes origines possibles qu’on y a vu défiler dans les champs de cacao et de café, à la tête des Directions générales d’entreprises publiques, comme Ministres ou comme chef de l’orchestre national ivoirien…Bientôt l’Afrique du Sud est exclue de toutes les instances internationales.A la tête du pays de Chaka Zoulou règne alors, comme depuis toujours, un Président blanc, en la personne de Frederik de Klerk. Lui aussi descendant de ces colons Hollandais qui ont débarqué en Afrique du Sud dans les années 1700, pour ne plus jamais en repartir. Ces Boers se font appeler les Afrikaners (les Africains), c’est tout dire ! Mais, De Klerk sait que l’apartheid n’est plus viable, avec une large majorité noire de millions de personnes dominée par une poignée (symboliquement en tout cas) de Blancs qui accaparent 95% des terres arables et y cultivent tout, y compris de la vigne dont ils font du bon vin, comme s’ils vivaient toujours dans leur bonne vieille Europe !De Klerk sait qu’il faut sortir par le haut de l’Apartheid ; l’autre seule alternative étant une funeste ‘solution finale’ de guerre civile généralisée, avec extermination des Noirs déjà cantonnés dans des pseudo- États, les Bantoustans. La carte maitresse à jouer pour De Klerk est celle du sort de l’avocat Noir Nelson Mandela, en prison depuis près de trois décennies. Sauf que les émissaires que De Klerk envoie à Mandela pour qu’il accepte de sortir de prison sous conditions, en acceptant notamment de ne plus faire de la politique, Nelson Madiba Mandela y oppose un non ferme et catégorique : il entend bien rester dans et a la tête du « struggle »de son peuple noir et fier, dut-il en mourir en prison. De Klerk est bien au courant des négociations en cours sur l’île de Gorée en cette fin des années 80 et il n’a pas donné son feu vert, à ces compatriotes blancs qui vont discuter avec un parti interdit. Abdou Diouf, lui, a donné son go, sollicité par Breyten Breytenbach a travers la Première Dame de France, la très progressiste Danielle Mitterrand, conscience de gauche de son mari François. Et Ndiol Diouf ouvrira officiellement les travaux de la ‘‘Conférence de Dakar’’. Les Afrikaners qui viennent à Gorée veulent sauver leurs terres agraires et aussi le tissu économique sud-africain fort de plusieurs industries et PME de grande envergure, pouvant rivaliser en termes de know-how et de ressources humaines avec celles des pays occidentaux.Depuis les années 70 d’ailleurs, l’Afrique du Sud possède (et c’est le seul pays sur le continent noir à en détenir une, y compris jusqu’à nos jours en 2025), une centrale nucléaire qui alimente le pays, les ménages et surtout les entités économiques, en électricité bon marche, lui permettant d’être compétitifs avec le monde entier. Pour autant que le reste du monde veuille bien consentir de continuer à commercer avec l’Afrique du Sud. Ce qui n’est plus le cas, en cette décennie d’agonie et de collapsus en mode ralenti de l’Apartheid. Oui, le Sénégal est de la partie : en 1985-1986, alors qu’il est président de l’OUA, notre chef de l’État Abdou Diouf fait en avion la tournée des pays partageant une frontière avec l’Afrique du Sud et leur demande de maintenir la pression sur le pouvoir d’État exsangue Boer et Afrikaner et d’exiger sans discontinuer la libération de Nelson Rohlilaha Madiba Mandela. Ces pays de la ligne de front sont galvanisés, même si souvent, leurs populations dépendent des cultures vivrières, denrées alimentaires et objets technologiques venant d’Afrique du Sud, et aussi parfois, ils dépendent de Pretoria pour leur alimentation en électricité. Cette tournée d’un pugnace mais souriant Abdou Diouf dans les pays de la ligne de front est un véritable succès diplomatique, politique, médiatique et au plan des symboles.Oui, De Klerk savait que la seule issue était de sortir de cet Apartheid devenu funeste, par le haut. Et le haut du panier, le haut du pavé, c’était Mandela qu’il fallait sortir de sa geôle. De Klerck visite Mandela en 1989, effet indirect de la « Conférence de Dakar tenue a Gorée’’. Puis, il libère le Pa’ Nelson le 11 février 1990. On voit la Marche triomphale de Madiba, aux côtés et au-devant de la foule, le poing dressé, dans des images dont nous nous souvenons bizarrement comme étant en noir et blanc. Winnie la Mère Courage dont nous savons l’issue future en eau de boudin de son mariage fantomatique avec Nelson, aux amours jamais ressuscitées.Et tout le reste est de l’histoire si bien connue. Mandela premier Président noir de l’Afrique du Sud élu en 1994, pour un mandat unique qu’il n’a pas voulu renouveler. Mandela qui met en place une Commission Justice et Réconciliation, grâce à laquelle les pires bourreaux blancs avouent des crises atroces mais ne sont pas pour autant sanctionnés. Des terroristes noirs en avouent aussi, dans la même impunité de sanctions.  Une nation arc en Ciel ou en 2025, les Blancs détiennent toujours 80% des terres, mais ne font que 7% de la population. Une population blanche qui se croit victime de racisme systémique, dans une Afrique du Sud qui est surtout le pays le plus violent de la planète, avec des victimes choisies au hasard sans distinction de couleurs de peau.Sans les terres, les Noirs y ont toutefois bénéficié du BEE, le Black Economic empowerment, une politique publique qui leur donne des places de cadres, d’actionnaires et d’investisseurs dans les sociétés auparavant exclusivement détenues par les Blancs.Une Rainbow Nation qui a toutefois trahi le rêve panafricaniste de Mandela et du soutien de l’Afrique à sa lutte anti apartheid, ou on opère des pogroms d’Africains des autres pays du continent noir, appelés péjorativement Makwérékwéré, même les proches voisins zimbabwéens qui n’y échappent pas.Une Rainbow Nation dans laquelle existe la ville privée d’Orania ou habite exclusivement les Blancs et dont les Noirs sont interdits d’entrée. Un Rainbow Nation dont des Blancs, conviés par Trump, sont partis (49 d’entre eux) profiter de l’asile politique aux USA en 2025. Parions qu’ils en reviendront bien vite, comme les Blancs des premières années post-apartheid, qui ont massivement fui en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada (comme la famille d’Elon Musk dont la mère est d’ailleurs canadienne et le père sud-africain), pays dont ils sont revenus en masse quelques années plus tard, réalisant que l’herbe est plus verte dans leur pays, même avec l’épouvantail Julius Malema aux bottes rouges qui chantonne dans ses meetings « Kill the Boers ». Chanson que la Cour Constitutionnelle sud-africaine a qualifié de chanson de lutte anti-apartheid qu’on ne pouvait pas interdire donc. Oui, belle démocratie mais pays de violences extrêmes, y compris les violences symboliques. Pays dans lequel, les trois fois où je m’y suis rendu, le personnel des différents hôtels ou je résidais me déconseillait fermement, voire m’interdisait, d’aller dans les rues adjacentes pour y déambuler, car j’aurais alors couru le risque de me faire ‘‘hijacker’’ (braquer au pistolet) alors même qu’on était en plein centre-ville et qu’il était à peine 18h en heure locale.Pays de vibrante culture qui exporte ses séries et ses films et ses œuvres d’art contemporain dans le monde entier.Pour finir par Gorée par laquelle nous avons commencé ? J’ai travaillé à Gorée Institute en 2000, pendant une année. J’étais Directeur adjoint du Département Culture ; John Matshikiza en étant Directeur du département. Dans ce Département Culture de Gorée Institut, il y a avait aussi Marie-Noelle Koyo Kouoh que j’y avais trouvé et qui était sous ma responsabilité hiérarchique.John Matshikiza était écrivain, journaliste, dramaturge, acteur de théâtre et acteur de films et il était apparu dans plusieurs films hollywoodiens. Bougon en diable derrière sa moustache fournie, intellectuel sartrien de gauche communisante, il savait rire aussi. Et racontait de belles histoires africaines dans sa colonne hebdomadaire dans le très réputé journal Mail and Guardian. Matshikiza décédé en 2008 d’une crise cardiaque alors qu’il était attablé en journée au chic restaurant le Monticello dans la belle banlieue de Sandton près de Johannesburg. John avait 54 ans quand il est décédé. Je viens d’en avoir 53…My bad…!Ousseynou Nar Gueye
  • Directeur Général d’Axes et Cibles Com
  • Directeur Général de Global Com International
  • Directeur des médias numériques Tract.sn et Tract Hebdo
  • Président du mouvement politique ‘‘Option Nouvelles Générations – Woorna Niu Gérer’’
ogueye@axes-et-cibles.comwww.axes-cibles-com.sn