L’écrivain Im Dieng en appelle à la ‘zéro tolérance’ : ‘rues sales, incivisme au Sénégal, ñu waxtaan dëgg rek’

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Tract Hebdo – Ñu waxtaan, waxanté dëgg. Avant de commencer le sujet, je vous balance cette petite information sur les compagnies aériennes africaines.

Principales compagnies par taille de flotte (estimation 2024-2025)
* Ethiopian Airlines : ~135 à 157 avions.
* EgyptAir : ~70 à 71 avions.
* Airlink (Afrique du Sud) : ~67 avions.
* Air Algérie : ~55 à 57 avions.
* Royal Air Maroc (RAM) : ~50 à 54 avions.

Air Senegal a environ 7 avions. On ne peut pas faire de comparaison ici. Revenons sur terre. Et, s’il vous plaît, en 2026, arrêtons de parler. Commençons à mériter le Sénégal. Nous parlons trop. Nous commentons tout. Nous analysons tout. Nous jugeons tout. Et pendant que nos lèvres courent plus vite que nos mains, la réalité, elle, ne recule pas, elle s’installe, elle s’épaissit, elle s’enracine.

Le Sénégalais est bruyant, et pas parce qu’il est incapable, mais parce qu’il s’est habitué à remplacer l’action par le débat, l’effort par la punchline, la responsabilité par la plainte. Et le plus ironique, c’est que nous nous voyons souvent comme « en avance » sur d’autres pays africains, comme si l’histoire d’hier suffisait à payer la facture d’aujourd’hui.

On me dit , souvent, « Mais il y a quoi en Éthiopie ? Ce pays a la famine. »
Et je souris, mais c’est un sourire amer. Parce que derrière cette phrase, il y a le mépris confortable. Celui qui date du vingtième siècle, quand certaines images circulaient plus vite que la vérité. Celui qui nous rassure. « Nous, au moins, nous sommes mieux. » Celui qui nous empêche de nous regarder en face.

La question est « qu’est-ce qu’il y a, vraiment, chez nous dans nos rues, nos comportements, notre discipline collective, notre rapport au bien commun ? »

Dakar n’est pas pauvre. Dakar est mal traitée. Mal gérée, oui, mais surtout, mal aimée par ses propres enfants.

On jette par la fenêtre comme si la rue n’appartenait à personne.
On salit comme si la saleté était une fatalité.

Et puis on se plaint. On insulte. On accuse l’État, la mairie, le voisin, « les politiciens », « les autorités » Et c’est là que le mensonge commence. Nous voulons un pays propre sans être des citoyens propres.

La ville est le miroir de son peuple.
Quand une capitale déborde de déchets, ce n’est pas un problème de bennes, c’est un problème de mentalité.

Le civisme n’est pas un slogan.
Le civisme, c’est quand tu refuses de salir même si personne ne te voit.
Le civisme, c’est quand tu protèges ce qui ne t’appartient pas individuellement, parce que ça nous appartient collectivement.
Le civisme, c’est une discipline intérieure, pas une campagne d’affichage.

Dakar coûte cher. Tout le monde le ressent, surtout ceux qui comptent les pièces. Mais soyons honnêtes, une ville n’est pas chère seulement parce que les prix montent. Elle devient insupportable quand les revenus stagnent, quand les circuits sont inefficaces, quand la spéculation devient un sport, quand la distribution est fragile, quand l’informel écrase le consommateur, quand l’État ne protège pas assez, et quand le citoyen accepte tout en se contentant de râler.

Et dans tout ça, combien de sénégalais mangent un fruit par jour ?
Un fruit, pas un luxe. Un fruit, pas un privilège. Un fruit, comme un geste normal de santé. Et pourtant, dans beaucoup de foyers, c’est devenu un calcul. Et on s’étonne ensuite des maladies, des fatigues, des enfants qui manquent d’énergie, des dépenses de santé qui explosent.

Nous avons accepté l’anormal comme s’il était normal.

Aussi, au Sénégal, faut-il le dire, critiquer est devenu une identité.
On critique avant de comprendre.
On critique avant de proposer.
On critique pour exister.

Toute une jeunesse parle de politique comme si elle était ministre, économiste, constitutionnaliste et stratège militaire… mais cette même jeunesse trouve normal de jeter un sachet par terre, cracher n’importe où, corrompre un agent ou chercher à être corrompu, saccager une file d’attente, refuser les règles dès qu’elles deviennent  contraignantes.

On veut un « État fort » sans citoyens forts. On veut la « rupture » sans rupture avec nos mauvaises habitudes. On veut la souveraineté en paroles, mais pas la souveraineté intérieure, celle qui commande l’autodiscipline.

On ne construit pas un pays avec des slogans.
On construit un pays avec des comportements répétés.

Ouvrez nos réseaux, c’est soit la politique, soit la comédie.
La politique pour s’énerver.
La comédie pour oublier.
Et l’essentiel ? Presque absent.

Où sont les tendances sur la propreté et la salubrité, la lecture, l’agriculture moderne, les métiers techniques, la productivité, les solutions locales, la santé publique, l’éducation pratique, la discipline au travail, la culture de l’excellence ?

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On veut des résultats, mais on nourrit notre cerveau de bruit. Et le bruit ne construit rien. Le bruit fatigue. Le bruit divise. Le bruit rend pauvre.

Oui, d’autres pays avancent. Et ça doit nous piquer. Le Kenya, le Rwanda, l’Éthiopie, le Botswana… ces pays ne sont pas parfaits. Mais sur certains aspects, ils ont compris une chose que nous refusons encore d’accepter pleinement. Qu’une nation progresse quand la discipline collective devient une fierté.

Là-bas, on te rappelle les règles sans te supplier.
Là-bas, tu comprends vite que le pays ne peut pas être l’otage de tes humeurs.
Là-bas, « tu es libre, mais ta liberté s’arrête là où commence le bien commun. »

Et nous ? Nous voulons tout. La liberté, l’indiscipline et les résultats d’un peuple discipliné. Ça n’existe pas.

Je ne veux pas me limiter à accuser. Parce que c’est justement ce que nous faisons trop. Je veux proposer.

Tolérance zéro, c’est la base. Sanctions réelles contre les dépôts sauvages et les incivilités (pas symboliques).Brigades de salubrité de quartier + numéros de signalement + suivi public. Contrats de performance pour la collecte (quartiers notés, résultats publiés, pénalités si échec.) Éducation à la propreté dès l’école, avec exercices pratiques (pas seulement des leçons).

Pour le civisme, il sera question de réintroduire la honte positive
Il y a une honte qui détruit et une honte qui construit. C’est celle qui te retient de faire le mal par respect de toi-même. C’est faire de l’incivisme un acte socialement rejeté. C’est valoriser publiquement les bons comportements (quartiers propres, écoles exemplaires, initiatives citoyennes). Encourager le volontariat local et les journées communautaires régulières.

Nous devons renforcer les marchés de producteurs, réduire les intermédiaires abusifs. Investir dans le stockage, le froid, la logistique. Un fruit est cher aussi parce qu’on perd trop dans la chaîne. Contrôles efficaces sur la spéculation et les ententes. Soutenir l’agriculture périurbaine et les jardins communautaires( produire près de Dakar pour nourrir Dakar.).

Réorienter les discussions vers les compétences (métiers, entrepreneuriat, innovation locale). Inciter les jeunes à documenter des solutions (tutoriels, projets, apprentissages, initiatives), pas seulement des opinions. Créer une « culture de la preuve ». Tu critiques ? Propose un plan. Tu accuses ? Donne des données. Tu veux du changement ? Montre ton effort.

L’État doit faire sa part, mais le citoyen doit arrêter de se défausser
L’État doit être plus ferme, plus efficace, plus exemplaire.
Mais le citoyen doit arrêter de dire « C’est l’État. »
Parce que l’État, c’est aussi toi, quand tu respectes ou non les règles.
Quand tu payes ou non tes taxes.
Quand tu protèges ou non l’espace public.
Quand tu refuses ou non la corruption.

Je le dis sans diplomatie, nous devons grandir. Grandir, c’est arrêter de confondre intelligence et bavardage.
Grandir, c’est accepter que la modernité n’est pas dans les discours, mais dans les habitudes.
Grandir, c’est comprendre qu’un pays ne se développe pas seulement avec des projets. Il se développe avec une discipline nationale.

Le Sénégal a du génie.
Mais le génie sans rigueur devient folklore.
Le talent sans méthode devient frustration.
La fierté sans travail devient arrogance.

Arrêtons de parler.
Faisons moins de bruit.
Faisons plus d’effort.
Et que chacun commence par sa rue, son immeuble, sa famille, son comportement.

Parce que la révolution la plus difficile n’est pas politique.
Elle est intérieure.

I’mDieng, écrivain africain du Sénégal

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