Tract Hebdo – Le Sénégal, qui se prenait pour le centre du monde de la balle orange, vient de voir la Basketball Africa League (BAL) lui glisser entre les doigts. Amadou Gallo Fall et sa caravane de dunks partent voir si l’herbe est plus verte (et les parquets mieux cirés) ailleurs. Score final : Ego 1 – Sénégal 0.
C’est un silence de cathédrale qui s’abat sur le Dakar Arena. Vous entendez ? C’est le bruit d’un ballon qui rebondit une dernière fois avant de rouler lentement vers la sortie. La Basketball Africa League (BAL), ce joyau de la NBA sur le continent, a décidé de plier bagage. Dakar, qui se rêvait en New York de l’Afrique de l’Ouest, se réveille avec une gueule de bois digne d’une défaite en finale de zone. Amadou Gallo Fall, le grand manitou, l’homme qui murmure à l’oreille des géants de deux mètres, semble avoir conclu que le « Destination Sénégal » commençait à ressembler à une impasse technique.
La « gauche résolue » de Tract Hebdo ne peut que pleurer sur ce gâchis. On nous avait promis le sport comme moteur de développement, des infrastructures de classe mondiale et une jeunesse portée par le rêve américain sauce Yassa. Résultat ? On a construit un magnifique bijou à Diamniadio, mais on a oublié que pour garder un locataire de prestige, il ne suffit pas de lui montrer la piscine ; il faut aussi s’assurer que l’électricité ne saute pas et que l’administration ne joue pas au « chat et à la souris » avec les contrats.
Le départ de la BAL, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué entre une vision globale et des lourdeurs locales. On a vu passer les stars, on a vu les paillettes, on a vu les dunks stratosphériques, et puis… pfiout ! Plus rien. On se retrouve avec nos paniers percés et nos gymnases de quartier où le cercle est plus tordu que la ligne politique de certains partis. C’est un aveu d’échec cinglant pour notre diplomatie sportive qui, à force de se gargariser de slogans, a fini par oublier que dans le sport professionnel, le « Teranga » ne remplace pas le « Business Plan ».
Notre « bonne droite », elle, sort le carton rouge. Elle pointe du doigt l’incapacité chronique à pérenniser les grands événements. On aime accueillir, on aime les photos de famille, on aime les discours d’inauguration avec des ciseaux dorés. Mais quand il s’agit de rigueur, de gestion de calendrier et de respect des standards internationaux sur le long terme, on dirait que nos décideurs ont les mains moites. On perd la BAL comme on perd parfois nos nerfs en conseil des ministres : par excès de confiance et manque de suivi.
Amadou Gallo Fall, en bon stratège, ne va pas faire de vagues. Il partira avec son élégance habituelle, ses costumes impeccables et ses valises pleines de projets pour d’autres capitales africaines qui, elles, ont peut-être compris qu’un panier à trois points rapporte plus qu’une énième querelle de préséance dans les loges VIP. Dakar perd son éclat, sa place de « Hub » et, soyons honnêtes, un peu de sa superbe.
Pendant ce temps, les jeunes basketteurs des Parcelles Assainies ou de Guédiawaye regardent l’horizon. Ils ont vu le rêve passer, ils ont touché du doigt le professionnalisme, et maintenant on leur demande de retourner jouer sur du béton effrité avec des chaussures trouées. C’est ça, la réalité du sport au Sénégal : on nous offre le caviar pendant une semaine, et on nous laisse avec le pain sec pour le reste de l’année.
Chez Tract Hebdo, on se demande quel sera le prochain départ. Après le basket, à qui le tour ? Le Sénégal est-il en train de devenir ce stade magnifique où tout le monde veut jouer mais où personne ne veut rester ? La BAL s’en va, et avec elle, une certaine idée de l’excellence qui nous aurait fait le plus grand bien. Il ne nous reste plus qu’à organiser un tournoi national de « parlote politique », là au moins, on est sûrs de garder le trophée à la maison.
Dibor Faye, journaliste
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