[L’ET DIT TÔT D’O.N.G] Fin janvier 2026 : notre Sénégal, écartelé entre cure de jouvence permanente et séance d’exorcisme obligatoire ? (Par Ousseynou Nar Gueye)

O.N.G
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Tract Hebdo – Par Ousseynou Nar Gueye | Nous y sommes. La boucle est bouclée, ou plutôt, le nœud coulant des actualités de cette fin janvier 2026 s’est resserré sur nos certitudes. Si le Sénégal était un patient sur une table d’opération, le chirurgien hésiterait entre lui prescrire une cure de jouvence ou une séance d’exorcisme. Cette semaine nous a offert un condensé de ce que nous sommes : un pays capable de construire des arènes de basket futuristes pour les regarder se vider, et des partis politiques centenaires auxquels s’accrochent leurs chefs et cheffesses comme des migrants naufragés à une pirogue atlantique suicidaire percée.

À ma gauche — notre gauche « résolue » — on observe avec une tristesse non feinte ce Parti Socialiste sénégalais qui se déchire. Voir les camarades de la Maison Senghor sortir les tournevis pour tenter de déboulonner une statue qu’ils ont eux-mêmes érigée est un spectacle fascinant de masochisme politique. À force de privilégier l’intérim éternel sur le renouvellement sincère, on finit par transformer une « maison de pensée » en une « maison de retraite » où le seul projet de société est la survie du fauteuil. À ma droite — notre « très bonne droite » — on ne peut que s’incliner devant la maîtrise du bétonnage. Qu’il s’agisse des avocats de Mame Mbaye Niang qui murent le droit pour protéger un acquis, ou de la police qui invite Doudou Wade pour un ataya procédural dont on connaît déjà le goût amer, la méthode est la même : figer le mouvement, arrêter le temps, sécuriser le périmètre. L’ordre relatif règne, certes, mais c’est l’ordre d’un musée où tout est sous vitrine et où il est interdit de toucher aux objets. Même si dans la pièce qui garde les porcelaines du musée national qu’est notre pays, il  y a un ou deux éléphants, qu’on ne nommera pas.

Et au milieu ? Il y a nous. Il y a vous. Il y a cette jeunesse sénégalaise qui voit la BAL, Basket-Ball Africa League, s’envoler vers des cieux plus pragmatiques. Le départ d’Amadou Gallo Fall n’est pas qu’une défaite sportive ; c’est le symptôme d’un pays qui sait séduire mais qui ne sait pas garder. Nous sommes les champions du monde de l’accueil (‘l’esprit Téranga’, n’est-ce pas ? Comme le proclame notre pavillon aéronautique sous acharnement thérapeutique de perfusions financières étatiques, Air Sénégal…), mais nous sommes encore en division régionale pour ce qui est de la gestion et de la continuité.

Le Sénégal de ce début février 2026 ressemble à une pièce de théâtre de Sorano dont les acteurs occupent un peu trop longtemps la scène avec un cabotinisme progressivement mais imparablement horripilant. Qui restent, même quand les projecteurs s’éteignent et que le public commence à s’impatienter d’attendre le dénouement de la pièce, a huer, a jeter des peaux de bananes et des oeufs pourris. On convoque les vieux lions, on mure les procès, on s’accroche aux secrétariats généraux de partis et aux présidences de syndicats patronaux. Bon, même les partis politiques n’ont plus des Secrétaires Généraux à leur tête mais des ‘Présidents’. Dans ce pays de Lambbi Golo, le Ndoumbélane alias DjolofLand, parc d’attractions où tout mâle normalement constitué et pas mal de femelles enfoulardées, veulent être ‘Président.e’ d’un quelconque ‘kouréél’ dès qu’atteint l’âge de 50 ans.

Et pendant ce temps, le ballon orange de notre développement durable en direction de 2050 (20250, c’est déjà demain, comme dirait mon ami Mamoudou Ibra Kane exile à Paris) continue de rouler (un peu quand même…) vers la sortie de piste, avec cet accord d’accompagnement avec le FMI multilatéral onusien qui refuse de ‘viendre’ et qui nous ferme pas mal de robinets bilatéraux de financement. Obligeant notre fougueux PM Sonko et notre (un peu trop ?) placide PR Diomaye à se trimballer entre les émirats pétro-monarchiques, la Chine et la Turquie pour espérer collecter de quoi pouvoir payer notre dette publique faramineuse de plusieurs centaines de milliards, due aux PME nationales. Et escompter, un tant soit peu, arriver a remplir les caisses du Trésor Public sénégalais, autrement que par des taxes de 1% sur les achats de tout le monde y compris des Goorgorlous majoritaires, par des redressements fiscaux (à la tête du client?) à coup de milliards pour toutes les multinationales implantées au Sénégal et par l’imposition fiscale à marche forcée de la sept-centaine de PME locales qui sont du secteur formel, avec états financiers, comptabilité journalière et poche du proprio qui est séparée de la caisse de l’entreprise.

Chez Tract Hebdo, nous continuerons de gratter là où ça démange. Non pas par méchanceté, anticonformisme, immaturité ou insolence, et encore moins par anti-pastefisme (car nous soutenons et moi, Ousseynou Nar Gueye, je soutiens ce régime politique du ‘Diomayat’ sonkorisé), mais parce que c’est la seule façon de vérifier que le corps social est encore vivant. Après que commence à retomber, lentement mais sûrement, l’euphorie ‘afrodisiaque’ et la commotion nationale de bonheur collectif populaire et de trêve politique généralisée, nées de notre historique deuxième étoile de champions d’Afrique de football, le 18 janvier dernier

La semaine prochaine sera sans doute faite de nouveaux rebondissements, de nouvelles convocations et de nouvelles « résistances ». Nous serons là, l’œil rieur et la dent dure, pour vous raconter ce magnifique chaos très organisée (mot ‘chaos’, qu’un ancien condisciple à moi de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar prononça magnifiquement, un jour du début des années 90, « tchaosse’, provoquant l’hilarité générale et l’ire de notre professeur Ibrahima Thioub, alors jeune historien quarantenaire). D’ici là, dormez bien en ce dernier week-end de janvier 2026 (même pour ceux qui s’entassent à cinq sur un matelas dans une chambre de la populeuse Médina ou dans un piaule louée de Keur Massar et autres Niafouléne-les-bains…- les banlieusards dakarois me pardonneront, car à la base, je suis un ‘Boy Pikine’, de Pikine Icotaf…!) et travaillez bien en cette prochaine première semaine de février 206 (pour ceux qui ont la chance d’avoir un boulot ‘décent’, comme disent la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement de notre ami naaritanien et non moins panafricain Sidi Ould Tah…).

Mais enfin… : gardez une solide paire de thiarakhs ou de tik-tik à portée de main, au cas où le destin déciderait enfin de nous faire courir vite…vers une providence heureuse, équitablement territorialisée au delà de Diamniadio et inclusive pour tous.

Ousseynou Nar Gueye, Fondateur de Tract Hebdo, Aîné Mi-Public Numéro 1

www.tract.sn

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