Tract Hebdo – On le pensait définitivement archivé dans le rayon des curiosités politiques du Sénégal post-alternance, quelque part entre un contrat de concession d’autoroute et un souvenir embrumé du Monument de la Renaissance. Et pourtant, Karim Wade, notre « Ministre du Ciel, de la Terre, et de tout ce qu’il y a entre les deux », vient de réussir un come-back médiatique dont il a le secret. Sauf que cette fois, ce n’est pas pour un projet de centrale solaire ou un retour triomphal à l’Aéroport Blaise Diagne, mais pour une mention supposée dans les archives déclassifiées de l’affaire Epstein.
Nous, on croit fondamentalement à la justice sociale et à la transparence. Mais là, on avoue que notre crochet du poing droit est tentant : passer du jet privé de la République aux listes de passagers du « Lolita Express », c’est ce qu’on appelle une trajectoire en chute libre, même pour un expert en aviation civile.
L’art de l’ubiquité (ou comment être partout sauf là où on nous attend)
La rumeur a enflammé les réseaux sociaux ce week-end, entre deux débats passionnés sur le prix du riz et les dernières frasques des Tiktokeurs. Des documents venus d’outre-Atlantique mentionneraient le nom de notre ex-super-ministre national. Bien sûr, il faut rester prudent. Aux États-Unis, « Wade » peut aussi désigner une star de la NBA ou un juge du Texas. Mais au Sénégal, dès qu’on prononce ce nom, les oreilles se dressent plus vite que les prix à la pompe.
Après avoir été l’homme le plus puissant du pays, celui qui gérait les infrastructures, l’énergie, les transports et probablement la météo (si son père le lui avait demandé), Karim s’est mué en fantôme de luxe du côté de Doha. Un exil doré, loin des nids-de-poule de Dakar et des convocations de la CREI. Le voir réapparaître dans les « Epstein Files », c’est un peu comme voir un fantôme sortir d’un placard de Manhattan : c’est inattendu, c’est gênant, et ça sent le vieux parfum de la jet-set mondiale qui se pensait au-dessus des lois.
Cette affaire souligne une fois de plus la porosité des élites mondiales. Qu’un fils de président africain puisse côtoyer le gotha de la finance et de la débauche internationale à New York n’est pas une surprise, c’est une statistique. Pendant que le peuple luttait pour l’accès à l’eau potable dans les années 2000, certains semblaient plus occupés à peaufiner leur carnet d’adresses dans des cercles où la morale est une option payante.
Si ces allégations s’avèrent être de simples homonymies ou des fake news de salon, quel beau gâchis de salive ! Karim Wade est devenu le « Bigfoot » de la politique sénégalaise : on dit qu’il va revenir, on voit des traces de lui partout, mais il reste désespérément invisible. S’il n’est pas sur les listes d’Epstein, il est au moins sur la liste des personnalités les plus « fantasmées » par l’opposition et le pouvoir réunis.
Un écran de fumée ?
Au Sénégal, on a une passion pour les feuilletons internationaux. Ça nous permet d’oublier que le TER est parfois en retard et que l’oignon coûte le prix d’un gramme de caviar. Le « retour de Karim » est une rengaine qu’on nous ressort à chaque fois que l’actualité nationale devient trop pesante. Est-ce une manœuvre pour détourner le regard des récents scandales de détournements à La Poste ? Ou pour masquer l’incapacité de certains à stabiliser le prix du panier de la ménagère ?
À Tract Hebdo, nous ne sommes pas des juges, mais des observateurs impertinents. Si Karim a voyagé dans les avions d’Epstein, il devra expliquer s’il y cherchait des investisseurs pour nos routes ou s’il s’agissait d’un simple « voyage d’études » sur les mœurs de l’oligarchie financière. En attendant, il reste le « Fils du Vent », porté par les courants de la rumeur, insaisissable et étrangement présent dans nos cauchemars politiques.
La transparence n’est pas un luxe
Que ce soit à New York ou à Dakar, le peuple réclame la vérité. Si le nom de Wade apparaît, que ce soit pour une simple poignée de main ou pour des dossiers plus sombres, le Sénégal mérite de savoir comment ses anciens dirigeants occupaient leur temps libre. En attendant, on conseillera à Karim de rester à Doha : le climat y est plus stable que celui des tribunaux américains, et on y trouve moins de journalistes impertinents prêts à lui décocher une droite textuelle.
Note de la rédaction : Le journal rappelle que toute personne mentionnée dans des documents de justice bénéficie de la présomption d’innocence, sauf si elle a déjà été condamnée par le tribunal du bon sens populaire.


