Starlink va connecter le Sénégal : Elon Musk débarque et va faire trembler Sonatel Orange et autre Yas ex-Free ?

Les négociations entre le gouvernement sénégalais et Starlink, la filiale de SpaceX, traînent en longueur. On nous explique que c'est une affaire de "réglementation", de "cadre légal" et de "souveraineté numérique". Traduction : Musk veut déployer ses paraboles et vendre ses services sans passer par la case "autorisation et taxe", et l'État sénégalais veut sa part du gâteau (et un gros gâteau, s'il vous plaît).

"Fi sabilillaah, Moussié Musk...le Térèzoor Piblic a besoin de xaaliss"
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Tract Hebdo – Le Sénégal, pays de la Teranga, est connu pour son accueil chaleureux, ses plages ensoleillées, sa lutte sénégalaise. Soyons honnêtes, la connectivité, chez nous, en dehors de Dakar, c’est un peu comme le bus Tata à Dakar : on sait qu’il va arriver, mais des fois, elle fait des siennes et on ne sait plus quand elle va revenir, ni dans quel état. Alors, quand l’homme le plus riche (et le plus excentrique) de la planète, Elon Musk, jette son dévolu sur le ciel sénégalais avec ses satellites Starlink, on a d’abord cru à une blague de mauvais goût, ou peut-être à une application futuriste pour gérer les embouteillages de Dakar.

Nous,  on rêve d’un accès internet universel, rapide et abordable pour tous. On veut que le jeune étudiant de Tambacounda puisse suivre ses cours en ligne sans que sa connexion ne le lâche au moment crucial d’un examen. Mais notre très bonne droite nous dit que quand un milliardaire californien veut débarquer dans notre bled, il y a toujours une petite ligne cachée dans les CGV, et une grande ligne budgétaire dans les caisses de l’État.

De la 4G à la 4G de « Gorgui » : Le chemin de croix de la licence

Les négociations entre le gouvernement sénégalais et Starlink, la filiale de SpaceX, traînent en longueur. On nous explique que c’est une affaire de « réglementation », de « cadre légal » et de « souveraineté numérique ». Traduction : Musk veut déployer ses paraboles et vendre ses services sans passer par la case « autorisation et taxe », et l’État sénégalais veut sa part du gâteau (et un gros gâteau, s’il vous plaît).

C’est là que l’on se rend compte que coloniser Mars semble plus simple que d’obtenir une simple licence de télécommunications au Sénégal. Elon Musk, qui a quand même réussi à envoyer des fusées réutilisables dans l’espace, est confronté à un défi de taille : notre bureaucratie nationale. On imagine déjà les réunions : d’un côté, un ingénieur de SpaceX expliquant les débits en gigabits par seconde et la faible latence ; de l’autre, un fonctionnaire de l’ARTP (Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes) demandant poliment où se trouve le formulaire A38 en triple exemplaire, et s’il est possible de payer la redevance annuelle en arachides de bouche.

L’internet pour tous, mais pas à n’importe quel prix (pour l’État)

L’argument de Starlink est séduisant : offrir une connexion internet haut débit, même dans les zones les plus reculées, là où les opérateurs traditionnels n’ont jamais posé un câble (ou une antenne 4G digne de ce nom). Pour les populations rurales, les pêcheurs en haute mer, les agriculteurs isolés, c’est une promesse de désenclavement numérique. C’est la révolution, la vraie ! Finis les « J’ai pas de réseau » pour éviter de répondre à sa belle-mère, finies les coupures en plein « live » TikTok.

Mais l’État sénégalais, avec sa vigilance actuelle (et son pragmatisme fiscal devenu légendaire en deux ans), voit les choses différemment. Un opérateur étranger qui arrive sans passer par la case « partenariat public-privé » ou, du moins, sans une bonne ponction sur les revenus, c’est une hérésie. C’est comme vouloir vendre du bissap au marché Kermel sans payer sa place : impensable ! L’accès à l’internet est un droit, certes, mais le droit de taxer l’internet est sacré.

Le mythe de la « compétition loyale »

Les opérateurs de téléphonie mobile déjà présents sur le territoire (Sonatel, Yas ex Free, Expresso) sont bien évidemment sur le qui-vive. L’arrivée de Starlink, c’est un peu comme si un géant du supermarché ouvrait juste à côté de l’épicier du coin qui vend à crédit depuis 20 ans. Ils dénoncent une « concurrence déloyale » si Musk ne paie pas les mêmes licences, les mêmes taxes, les mêmes « frais de facilitation » que tout le monde.

La concurrence, c’est bien beau, mais quand elle protège des monopoles de fait ou des situations oligopolistiques qui ont maintenu des prix élevés et des services médiocres pendant des années, on a le droit de se poser des questions. Si Starlink peut offrir mieux et moins cher, alors peut-être que l’État devrait se soucier plus du consommateur final que du portefeuille des opérateurs historiques.

Quand la souveraineté numérique rime avec la souveraineté fiscale

Le gouvernement invoque également la « souveraineté numérique ». L’idée est de s’assurer que les données des Sénégalais restent sous contrôle national, et que l’infrastructure ne devienne pas une dépendance totale à une entité étrangère. C’est un argument louable. Mais, encore une fois, est-ce une vraie préoccupation géopolitique, ou juste une manière polie de dire : « Monsieur Musk, nous apprécions votre vision futuriste, mais avant de coloniser Mars, pourriez-vous coloniser notre budget avec quelques millions de dollars, histoire de montrer votre bonne volonté ? »

On imagine bien le ministre des Finances expliquant à Elon Musk que « le ataya, ici, c’est sacré, et il se partage e tout le monde cotise ». Et que le partage, au Sénégal, ça commence par un chèque substantiel à la République. Après tout, les mêmes ministres qui s’étonnent des coupures d’électricité et des routes défoncées ne sont pas les derniers à vouloir une belle enveloppe pour laisser passer un projet, aussi révolutionnaire soit-il.

Entre innovation et tradition fiscale

Au final, l’affaire Starlink au Sénégal est une parfaite illustration de la complexité des défis du développement en Afrique. D’un côté, une innovation technologique disruptive qui pourrait réellement changer la vie de millions de personnes. De l’autre, un État qui, légitimement, cherche à protéger ses intérêts, à réguler son marché, et surtout, à remplir ses caisses.

Nous espérons sincèrement qu’un terrain d’entente sera trouvé. Que l’accès à un internet de qualité ne soit plus un privilège, mais une réalité pour tous. Et que si Elon Musk doit payer le thé au ministère, il le fasse avec le sourire, sachant qu’il contribue à désenclaver des millions de Sénégalais. Quant à la colonisation de Mars, elle pourra attendre. La connexion du « bled » est une priorité bien plus terre-à-terre, mais tout aussi essentielle.

En attendant, on continue de guetter les cieux, non pas pour l’arrivée des fusées de SpaceX, mais pour l’arrivée hypothétique d’une connexion internet stable. Et on se dit qu’il est peut-être temps de proposer un « Starlink spécial Afrique » à Elon Musk : un abonnement gratuit… contre un pourcentage de ses bénéfices martiens.

Damel Gueye, Tract Hebdo

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