[CAN AIRLINE] Géopolitique du football : La sortie stratégique du Premier ministre Ousmane Sonko et la projection internationale du Sénégal (Par Dr. Seydou KANTÉ)

Sadio Mané & Ousmane Sonko
Publicité

Tract – La sortie du Premier ministre Ousmane Sonko à Mbour, à l’occasion de l’inauguration du Centre de formation professionnelle Cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyan, s’inscrit dans une séquence politique à forte densité symbolique et stratégique. Au-delà de l’acte institutionnel, le message est sans ambiguïté : le football est désormais envisagé comme un levier géopolitique, un instrument de projection internationale et un pilier de la stratégie d’attractivité du Sénégal. Cette prise de parole intervient à un moment particulièrement significatif, à la veille de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations que le Sénégal dispute ce dimanche 18 janvier face au Maroc. 

 

La concomitance entre ce discours politique et l’actualité sportive majeure n’est nullement fortuite. Elle traduit une lecture stratégique du football comme espace d’expression de la puissance douce. Le Sénégal ne se contente plus d’exister sur les terrains africains ; il revendique une place durable dans l’architecture du football mondial.

Cette ambition s’appuie sur un socle politique et institutionnel solide. Le Sénégal fait figure d’exception en Afrique de l’Ouest par sa stabilité démocratique, matérialisée par trois alternances pacifiques par les urnes. Cette continuité institutionnelle confère au pays une crédibilité stratégique forte, rassurante pour les investisseurs et les partenaires internationaux. À cela s’ajoute une situation géographique avantageuse : à environ cinq heures de vol de l’Europe, le Sénégal s’impose comme une interface naturelle entre l’Afrique et les grands centres du football mondial.

Sur le plan sportif, le capital symbolique est tout aussi déterminant. Le Sénégal compte plusieurs participations à la Coupe du monde et demeure l’une des rares nations africaines à avoir atteint les quarts de finale, en 2002. Ce parcours historique reste indissociable d’un acte fondateur de la géopolitique du football africain : la victoire inaugurale contre la France, tenante du titre mondial, lors du match d’ouverture. Ce succès n’avait pas seulement valeur sportive ; il avait valeur de rupture symbolique, redistribuant les rapports de prestige entre Nord et Sud dans l’imaginaire footballistique mondial. Fait hautement révélateur, le Sénégal retrouvera de nouveau la France lors de la prochaine Coupe du monde organisée conjointement aux États-Unis, au Canada et au Mexique, confirmant la récurrence de ces confrontations chargées d’histoire et de portée géopolitique.

Les performances récentes de l’équipe nationale s’inscrivent dans cette continuité. Trois finales (depuis l’instauration du format à 24 équipes) de Coupe d’Afrique des Nations (2019, 2021, 2025), un sacre continental en 2021 et une présence régulière dans les grandes compétitions internationales ont installé le Sénégal parmi les puissances sportives du continent. La finale du 18 janvier 2025 face au Maroc, pays organisateur, s’inscrit ainsi dans un duel de leadership africain, où se croisent ambitions sportives, stratégies d’influence et modèles de développement.

C’est dans ce contexte que la référence explicite du Premier ministre à l’engagement du propriétaire de Manchester City, également vice-président des Émirats arabes unis, prend tout son sens. Le football contemporain est structuré par des réseaux transnationaux où se croisent capitaux, diplomatie et stratégies d’influence. En appelant publiquement à la concrétisation d’un institut de formation footballistique au Sénégal, le chef du gouvernement inscrit le pays dans cette cartographie mondiale du pouvoir sportif, tout en assumant une diplomatie proactive.

Le choix de Mbour comme site potentiel de cette infrastructure traduit une volonté claire de territorialiser la géopolitique du football. Il s’agit d’ancrer l’investissement international dans les réalités locales, de structurer les parcours des jeunes talents, de créer de la valeur sur place et de proposer des alternatives crédibles aux trajectoires d’exil. Le football devient alors un outil d’aménagement du territoire, de cohésion sociale et de sécurisation des avenirs individuels.

À travers cette séquence, le Sénégal affirme une vision stratégique assumée : ne plus être seulement un réservoir de talents, mais un acteur capable de maîtriser la chaîne de valeur du football mondial. Formation, encadrement, visibilité, diplomatie sportive et souveraineté symbolique se conjuguent désormais dans un même projet.

La finale de la CAN face au Maroc vient ainsi cristalliser cette dynamique. Sur le terrain comme sur l’échiquier géopolitique, le Sénégal joue une partie décisive : celle de la confirmation de son statut, de la consolidation de son image internationale et de son ambition de puissance douce. La sortie du Premier ministre Ousmane Sonko à Mbour n’est pas un simple discours circonstanciel ; elle marque une étape dans la construction d’une géopolitique sénégalaise du football, lucide, volontaire et tournée vers l’avenir.

Dr. Seydou KANTÉ

Docteur en géopolitique et géographie politique /MBA

Chercheur /Consultant /Analyste et auteur

seydoo@hotmail.com

Publicité