Tract Hebdo – Quelques minutes seulement après l’interpellation de Pape Birame Bigué Ndiaye, la photo du journaliste faisait déjà la « Une » de la quasi-totalité des sites d’information au Sénégal. On se demande parfois si la justice a le temps de boucler son dossier avant que la sentence populaire ne soit déjà prononcée sur Facebook et X ex-Twitter. Le principe de présomption d’innocence ? Une vieille notion désuète à l’ère de la 54G et de la quête insensée du buzz immédiat.
Le pauvre Bigué Ndiaye, sans même avoir eu le temps de demander son avocat, était déjà devenu un mème, une icône malgré lui du « fait divers » et fait d’hivernage à la sénégalaise. Son visage, figé dans un instant peu flatteur, a fait le tour des rédactions virtuelles avant même d’avoir atteint le bureau du procureur.
On en vient à se demander si les juges ne devraient pas, à l’avenir, consulter les réseaux sociaux avant de rendre leur verdict. Après tout, c’est là que le « peuple » parle, et en démocratie, la voix du peuple, c’est sacré, n’est-ce pas ? Ou du moins, c’est ce que nous répètent les algorithmes.
Cette affaire soulève une question fondamentale : la justice médiatique, rapide et expéditive, est-elle une alliée ou une ennemie de la justice tout court ? Les commentateurs du web, armés de leurs claviers, se transforment en procureurs, juges et bourreaux, parfois avec une efficacité redoutable.
Mais à quel prix ? Celui de la réputation bafouée, des carrières brisées, avant même qu’une seule preuve tangible n’ait été présentée devant une cour. C’est le Far West et Phare Ouest numérique, où la gâchette est plus rapide que la réflexion.
Peut-être devrions-nous instaurer un « délai de décence médiatique » avant de jeter en pâture l’image d’une personne interpellée. Un temps pour que la justice fasse son travail, loin des clics et des partages compulsifs.
Mais qui sommes-nous pour suggérer une telle hérésie ? La liberté d’informer, ou du moins de « liker » et de « retweeter », est à ce prix. Et si la vérité est la première victime de la guerre, la sérénité est sans doute la première victime du buzz.
En attendant, Bigué Ndiaye aura au moins eu le mérite involontaire de nous rappeler que la vitesse de l’information n’est pas toujours synonyme de justesse. Et que le tribunal de l’opinion est souvent plus impitoyable que celui des hommes.
Alors, justice médiatique ou justice tout court ? Pour l’instant, c’est une course contre la montre, et l’horloge médiatique semble avoir une sérieuse avance. Et nous, on ne peut que commenter… en espérant ne jamais être la « une » malgré nous.
La Rédaction de Tract Hebdo
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