[CONCEPT-LEADER] La ‘bonne gouvernance’ est morte. Vive la gouvernance performative ! (Par Idrissa Diabira*)

Tract – Ce qui s’effondre aujourd’hui, en Afrique notamment, ce n’est pas la démocratie en tant que telle, mais une croyance née dans l’euphorie de la fin de la guerre froide : l’idée que la démocratie, à elle seule, suffirait mécaniquement à produire le développement et le progrès…

 Depuis quelques années, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, les ruptures ou menaces de ruptures institutionnelles se sont multipliées, révélant un malaise plus large que le seul espace sahélien. Les réactions internationales se sont concentrées sur la rupture de l’ordre constitutionnel et l’atteinte aux normes démocratiques. Mais le message exprimé par une partie significative des populations est d’une autre nature : une revendication de souveraineté réelle.Cette revendication – souvent articulée autour de la présence militaire étrangère, du franc CFA ou des dépendances héritées – a été largement mobilisée par les juntes pour justifier leurs coups de force, sans résoudre le déficit de souveraineté effective qu’elles prétendent dénoncer. Pour autant, elle ne saurait être réduite à une simple manipulation idéologique. Elle est profondément pratique. Les populations ne rejettent pas la démocratie comme valeur ; elles contestent un modèle de gouvernance incapable de produire la sécurité, les moyens de subsistance et la dignité attendus.

‘Ce qui vacille aujourd’hui, ce n’est pas l’aspiration démocratique des sociétés africaines, mais la capacité des États à faire fonctionner la démocratie comme un système producteur de résultats’

 Autrement dit, ce qui vacille aujourd’hui, ce n’est pas l’aspiration démocratique des sociétés africaines, mais la capacité des États à faire fonctionner la démocratie comme un système producteur de résultats.Les indépendances avaient porté une ambition de souveraineté totale. Mais la crise de la dette et les ajustements structurels des années 1980 ont durablement affaibli les capacités économiques et institutionnelles des États, laissant inachevée la souveraineté économique. C’est dans ce contexte qu’est apparu le paradigme de la « bonne gouvernance », érigé en condition présumée du développement à partir de la fin des années 1980. Trente ans plus tard, le lien causal entre conformité institutionnelle et transformation économique n’a jamais été établi.

‘Les populations ne rejettent pas la démocratie comme valeur ; elles contestent un modèle de gouvernance incapable de produire la sécurité, les moyens de subsistance et la dignité attendus’

 La gouvernance a été évaluée à l’aune des procédures –  élections, lois, agences – plutôt que des résultats. Les États ont appris à maîtriser le langage et les rituels de la réforme sans construire la capacité réelle à produire des effets tangibles. Les révisions constitutionnelles et les cycles électoraux creux ne sont pas des anomalies : ils sont l’issue logique d’un système optimisé pour l’apparence plutôt que pour la performance.La comparaison avec l’Asie de l’Est montre que la croissance n’a d’effet durable que lorsqu’elle est institutionnellement transformée en capacités humaines. Un écart annuel apparemment minime de progression de l’indice de développement humain – environ 1,25 % en Asie de l’Est contre 1 % en Afrique subsaharienne – correspond à un rythme de progrès supérieur d’environ 25 %, qui, par effet cumulatif, a permis de sortir des centaines de millions de personnes de l’extrême pauvreté. ‘Le problème n’est donc pas l’absence de gouvernance, mais son incapacité à produire des résultats’ Les conséquences du défi africain sont aussi visibles dans les secteurs qui comptent le plus pour les citoyens. Près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, alors même que les marchés ont été libéralisés, les régulateurs créés et les cadres juridiques alignés sur les meilleures pratiques. Le problème n’est donc pas l’absence de gouvernance, mais son incapacité à produire des résultats.Ce décalage entre l’abondance de règles et la rareté des résultats n’est d’ailleurs pas propre à l’Afrique : il traverse aujourd’hui de nombreuses démocraties, y compris parmi les plus anciennes, confrontées à une crise silencieuse de l’action publique et de la crédibilité de l’État.La racine du problème se situe au-delà des institutions formelles. Le développement dépend d’un ethos opératoire : un ensemble de normes partagées, de pratiques professionnelles et de capacités organisationnelles permettant aux institutions de fonctionner effectivement. La différence décisive tient moins aux normes elles-mêmes qu’à leur appropriation cognitive.

‘La souveraineté réelle ne se proclame pas ; elle se construit par la capacité quotidienne à produire de la sécurité, des services essentiels, de l’activité économique et du bien-être collectif’

 C’est ici qu’intervient la notion de gouvernance performative. Elle ne désigne pas simplement une gouvernance performante, mais une gouvernance dont les règles, les normes et les politiques publiques produisent effectivement les résultats qu’elles promettent. Contrairement à la gouvernance normative, elle juge les États sur leur capacité à assurer l’accès effectif aux services essentiels – énergie, santé, éducation – et aux capacités productives qui permettent aux ménages et aux entreprises de vivre et de travailler dignement.Une telle gouvernance est performative lorsqu’elle transforme des normes en capacités, et des capacités en résultats observables. Elle recentre l’action publique sur les infrastructures invisibles – comptables, juridiques, professionnelles, informationnelles et cognitives – sans lesquelles les normes restent formelles et le capital demeure invisible.Autrement dit, la gouvernance performative est l’ingénierie institutionnelle par laquelle un capital invisible – informel, latent ou sous-évalué – devient un capital opératoire capable de produire de la valeur économique et sociale.Concrètement, ce type de gouvernance est celui qui permet à une PME d’avoir de l’énergie fiable, un accès au financement productif et des règles effectivement applicables : des règles qui sécurisent les contrats, rendent l’information fiable et permettent l’exécution réelle des droits, et pas seulement des lois bien écrites.La vague récente de coups d’État ne doit pas être idéalisée. Le pouvoir militaire n’est pas une alternative durable, pas plus que les régimes populistes ou les démocraties sans résultats. Partout, les peuples ne demandent pas moins de démocratie, mais d’institutions capables de la faire fonctionner, c’est-à-dire de rendre effectif le contrat social. Car la souveraineté réelle ne se proclame pas ; elle se construit par la capacité quotidienne à produire de la sécurité, des services essentiels, de l’activité économique et du bien-être collectif.*Idrissa Diabira est consultant international et fondateur de SherpAfrica. Il travaille sur les politiques publiques, la gouvernance performative et l’excellence opérationnelle en Afrique.

[NEW DEAL] Inde-Afrique : renforcer les partenariats (Par Rajiv Bhatia)

Tract – Analyser d’un partenariat entre l’Inde, un pays, et l’Afrique, un continent composé de 54 pays, peut sembler exagéré. Pourtant, deux facteurs justifient cette démarche: l’empathie et le soutien de l’Inde envers l’Afrique sont à la hauteur de l’admiration et du respect que la plupart des Africains éprouvent pour le succès de l’Inde, première démocratie mondiale et économie à forte croissance. Chacun, avec ses 1,4 milliard d’habitants, peut aider l’autre à concrétiser sa vision de bonne gouvernance et de prospérité. C’est pourquoi l’évolution du partenariat entre l’Inde et l’Afrique dans les années 2020 suscite un intérêt mondial. 

Le partenariat Inde-Afrique doit être évalué en fonction de quatre paramètres essentiels : multilatérale, continentale, régionale et bilatérale.Tout d’abord, la dimension multilatérale commence avec l’ONU, où, depuis des décennies, l’Inde et l’Afrique collaborent fructueusement pour atteindre des objectifs communs, notamment la décolonisation, le développement économique, le maintien de la paix et la réforme de l’ONU. A ce jour, l’Inde participe aux opérations de maintien de la paix de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), au Soudan du Sud, en République centrafricaine (RCA) et au Sahara occidental. À une époque où le multilatéralisme est soumis à de fortes pressions, les deux parties continuent de coordonner leurs efforts pour maintenir la réforme de l’ONU, en particulier celle du Conseil de sécurité, à l’ordre du jour. Les questions mondiales telles que l’aide au développement de l’Afrique, l’allègement de la dette, une transition énergétique équitable et une croissance inclusive sont soutenues par une diplomatie indienne proactive.L’Inde a apporté une contribution significative en assumant avec fermeté, en tant que président du G20 en 2022-2023, son rôle de leader pour faire en sorte que la demande de longue date de l’Afrique visant à obtenir l’adhésion à part entière de l’Union africaine (UA) au G20 soit acceptée. En outre, lorsque le BRICS a procédé à sa première expansion, l’Inde a eu le privilège de soutenir l’entrée de l’Égypte et de l’Éthiopie dans cette influente instance.Deuxièmement, la dimension continentale a pris davantage d’importance avec le lancement du Sommet du Forum Inde-Afrique en 2008. Deux autres sommets ont eu lieu en 2011 et 2015. Il avait été décidé que le quatrième sommet se tiendrait en 2020. La pandémie de COVID-19 et d’autres facteurs ont empêché sa tenue, mais selon les indications officielles, le prochain sommet pourrait avoir lieu en 2026. Il est grand temps, car la géopolitique a évolué rapidement au détriment des intérêts des pays du Sud. L’Inde, en tant que « porte-parole » des pays du Sud, et l’Afrique, en tant que cœur des pays du Sud, doivent créer une occasion de dialogue franc et complet en vue d’élaborer une stratégie mutuellement acceptable pour leurs objectifs communs.Troisièmement, la dimension régionale du partenariat Inde-Afrique renvoie aux efforts déployés par l’Inde dans le passé pour renforcer des liens de coopération avec certaines communautés économiques régionales (CER) afin de diversifier et d’approfondir la coopération économique. Ces efforts ont été motivés par les grandes chambres de commerce indiennes, telles que la CII et la FICCI, grâce à leurs interactions périodiques avec la CAE, le COMESA et la SADC. Il convient alors de créer une nouvelle dynamique en apportant une vision politique à ces initiatives commerciales. Les experts estiment que certaines communautés économiques restent des plateformes utiles pour accroître le commerce, les investissements et la collaboration dans le domaine des minéraux critiques et pour introduire les technologies numériques en Afrique.Quatrièmement, la dimension bilatérale reste le meilleur moyen pour consolider les rapports entre l’Inde et les pays africains. Compte tenu de la taille du continent et du nombre important de pays concernés, l’Inde a ouvert 18 nouvelles missions diplomatiques sur le continent ces dernières années. Elles sont désormais opérationnelles et relient les autorités, les entreprises, les groupes de réflexion et autres acteurs indiens à leurs homologues africains.Le dialogue politique et diplomatique s’est poursuivi grâce à des échanges réguliers, des rencontres de hautes factures Il a repris après une interruption de trois ans due à la COVID-19. Au total, 12 rencontres de personnalités de très haut rang ont été organisées par l’Inde entre 2022 et 2025, au cours desquelles le président, le vice-président ou le Premier ministre de l’Inde ont discuté avec les dirigeants de 17 pays africains. La liste non exhaustive montre que les intérêts de l’Inde s’étendent à l’ouest, au nord et à la corne de l’Afrique, tout en maintenant ses relations diplomatiques traditionnelles avec l’Afrique orientale et australe.De plus, lorsqu’il s’est agi d’apporter sa contribution dans le combat contre la Covid 19, l’Inde était en première ligne, fournissant des vaccins, des médicaments et du matériel médical à divers pays de toutes les régions d’Afrique. Cela contrastait avec la pratique regrettable de certains pays occidentaux, qui ont laissé leurs stocks excédentaires de vaccins inutilisés, au lieu de les partager avec les populations africaines au moment où elles en avaient le plus besoin.Deux domaines de ce partenariat méritent une attention particulière. Premièrement, la coopération commerciale et économique est la priorité absolue pour les deux parties. Le commerce entre l’Inde et l’Afrique était estimé à 103 milliards de dollars pour l’exercice 2025. New Delhi s’est fixé pour objectif de le porter à 200 milliards de dollars d’ici 2030. L’investissement cumulé de l’Inde en Afrique, qui s’élève à 80 milliards de dollars, doit également être augmenté et diversifié. À cette fin, une feuille de route pratique est nécessaire de la part des chefs d’entreprise et des gouvernements.L’autre domaine est celui du soft power : culture, éducation, développement des compétences et leadership intellectuel assurés par les universités, les think-tanks, les médias et les ONG. Un plan concerté doit être élaboré pour renforcer les interactions au niveau des populations. Au total, 2,8 milliards de personnes méritent de mieux se connaître et de mieux communiquer entre elles qu’elles ne le font aujourd’hui.Le partenariat multidimensionnel entre l’Inde et l’Afrique a un avenir prometteur. Néanmoins, les principaux acteurs des deux entités doivent consacrer davantage de temps, d’attention et de ressources financières pour le faire évoluer.L’Ambassadeur Rajiv Bhatia est membre émérite du Gateway House, à Mumbai. Il a été haut-commissaire de l’Inde au Kenya, en Afrique du Sud et au Lesotho. Aussi, Il a occupé le poste de directeur général du Conseil indien des affaires mondiales (ICWA) de 2012 à 2015. Son ouvrage India-Africa Relations: Changing Horizons (Routledge, 2022) a été salué par la critique littéraire.

[L’ET DIT TÔT D’O.N.G] ‘Si la FIFA et la CAF continuent de nous énerver, le Sénégal va remporter la Coupe du Monde 2026… Inchallah !’ (Par Ousseynou Nar Gueye)

0

Tract Hebdo – On connaissait la « diplomatie du dollar », celle du « gros bâton », ou même la très feutrée « diplomatie de la téranga ». Mais un internaute sénégalais vient d’inventer, sur TikTok (ce haut lieu de la pensée géopolitique mondiale entre deux chorégraphies langoureuses mais syncopées de Wally Seck), une doctrine révolutionnaire : la diplomatie de l’énervement. Le message est clair, net et sans bavure : « Si la FIFA et la CAF continuent de nous énerver, le Sénégal va remporter la Coupe du Monde 2026…Inchallah !»

L’arme fatale : La colère patriotique …et même patriote !

À Tract Hebdo, on apprécie cette approche. C’est du pur matérialisme historique appliqué au ballon rond. Pourquoi s’embêter avec des schémas tactiques complexes, des régimes de sportifs de haut niveau ou des pelouses tondues au millimètre quand on possède l’arme absolue : le seum constructif ? Le daass-fanaanal imparable ? D’évidence, Gianni Infantino et Patrice Motsepe jouent avec le feu. Ils pensaient gérer une simple fédération sportive ; ils sont en train de réveiller un géant qui, s’il est trop « énervé », pourrait décider de confisquer le trophée Jules Rimet juste pour donner une leçon de politesse à Zurich et au Caire, siège respectifs de ces mafias notabilisées du patronat africain et mondial du ballon rond.

Le plan de bataille (si on nous cherche trop)

Imaginez la scène en 2026 : Arbitrage vidéo défavorable ? Sadio Mané marque un triplé par pure indignation. Calendrier trop chargé ? Gana Gueye récupère tous les ballons par simple esprit de contradiction. Logistique défaillante ? On gagne la finale 4-0 juste pour pouvoir rentrer plus vite s’expliquer avec la CAF. C’est là toute la beauté de la geste des Lions de la Téranga : elle est imprévisible. On ne gagne pas pour la gloire, on gagne parce qu’on nous a « chauffés ». C’est le triomphe de la volonté sur la bureaucratie. Le football n’est plus une affaire de buts, c’est une affaire d’honneur bafoué sur les réseaux sociaux.

Avis aux instances internationales

Messieurs de la FIFA, un homme averti en vaut deux, mais un Sénégalais énervé en vaut onze (plus les remplaçants, du 12ème Gaindé, fort de 18 millions de Sénégalais, avec à leur tête le très éruptif et disruptif PM Ousmane Sonko, notre Maradona de la politique sénégalaise, adepte de la politique de la « main de Dieu » et prompt à sauter du haut d’une chaise devant son téléviseur quant il y a foot avec Lions au programme).

Continuez à nous envoyer des arbitres aux décisions douteuses ou à organiser des tirages au sort suspects, et vous verrez le drapeau tricolore vert-or-rouge à étoile verte flotter sur le toit du monde ! Ou à tout le moins sur le toit de la planète foufou, folle, foot. On vous aura prévenus : chez nous, le talent est immense, mais notre capacité à gagner « par méchanceté » (comprenez : par réaction d’orgueil) est infinie.

Moralité de ce monde qui tourne rond comme un ballon de foot et où le soleil brille pour tous le monde, y compris les peuples de la périphérie de la planète que sont les nations du Sud global : si vous voulez que quelqu’un d’autre ait une chance en 2026, soyez mignons et même totalement « gnons », aux petit oignons pour les Gorguis sénégalais et Goorgorlous que nous sommes. Ne nous énervez pas trop et plus en avant. Basta ya. On a déjà assez de travail avec la reconstruction nationale pour ne pas avoir à gérer, en plus, une parade en juillet 2026, en pleine saison de fortes pluies hivernagiques, sur les Champs-Élysées (version Dakar) : c’est-à-dire un défilé intempestif et hystérique avec majorettes de Kennedy en tête de gondole, sur le Boulevard du Centenaire chinetoquisé et noir de foules fiers d’êtres nègres; sur cet axe routier rebaptisé depuis un an du nom de l’ancien PM (Président du Conseil à l’Indépendance du Sénégal), le grand Maodo Mamadou Dia, historique homme de refus et de rébellion, calme… mais ferme.

Ousseynou Nar Gueye – Fondateur de Tract Hebdo, Aîné Mi-public Numéro 1

Tract Hebdo

www.tract.sn

[FOOTPOLITIC] Sénégal-Maroc : La 15ème Commission Mixte, un levier stratégique pour une coopération sud-sud renouvelée (Par Dr. Seydina Oumar Seye)

Tract – Alors que les échos d’une polémique née sur les réseaux sociaux après la finale de la CAN 2025-2026 pourraient avoir obscurci les relations entre Dakar et Rabat, la sagesse et le réalisme des dirigeants (S.E.M Bassirou Diomaye Faye et Sa Majesté Mouhamed-V) des deux pays ont prévalu. L’entente téléphonique entre le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko et son homologue marocain Aziz Akhannouch a non seulement apaisé les tensions, mais elle a aussi réaffirmé l’engagement commun à approfondir un partenariat historique. Cette volonté se concrétise par la tenue, du 26 au 28 janvier 2026 à Rabat, de la 15ème session de la Grande Commission Mixte Sénégal-Maroc. Un événement diplomatique et économique majeur qui démontre la résilience et la maturité d’une relation ancrée dans l’histoire, tissée par des liens séculaires et une proximité socioculturelle et religieuse exceptionnelle entre deux peuples frères.

 Au-delà du symbole, cette commission se tient dans un contexte international complexe, où la coopération Sud-Sud s’impose comme un impératif stratégique pour l’autonomie et le développement des nations africaines. Elle offre l’opportunité de transformer une relation déjà dense en un partenariat économique mutuellement avantageux, capable de rééquilibrer les échanges et de stimuler les économies des deux pays. 
  1. Les enjeux économiques de la 15ème Commission Mixte pour le Sénégal : Au-delà du déficit commercial
Pour le Sénégal, les enjeux de cette rencontre sont multidimensionnels et s’inscrivent dans la vision du gouvernement de « rupture » prônée par le Premier ministre Ousmane Sonko, axée sur la souveraineté économique et le bénéfice concret pour les populations.Premier enjeu : Attirer les investissements structurants. Le Sénégal, en pleine accélération de la Vision Sénégal 2050, cherche à capter davantage d’IDE marocains, reconnus pour leur expertise dans des secteurs clés. Les attentes portent notamment sur les énergies renouvelables, où le Maroc est un leader continental, et sur l’agro-industrie, cruciale pour la sécurité alimentaire et l’exportation. La présence de groupes financiers et de crédit marocains, comme la Banque Centrale Populaire (BCP) ou Attijariwafa bank, est perçue comme un avantage comparatif majeur pour financer ces projets et soutenir les entreprises sénégalaises.Deuxième enjeu : Le transfert de technologie et de savoir-faire. La coopération ne doit pas se limiter aux flux financiers. Dakar mise sur un partenariat qui permette un réel transfert de compétences dans les domaines de la logistique portuaire, de la transformation des produits agricoles et de la gestion des services publics, secteurs où les entreprises marocaines excellent.Troisième enjeu : Consolider la place du Sénégal comme hub régional. En renforçant sa coopération avec le Maroc, le Sénégal ambitionne de se positionner comme la porte d’entrée privilégiée des produits et investissements marocains en Afrique de l’Ouest. Cela passe par des accords de facilitation des échanges et des investissements conjoints dans les infrastructures de connectivité.Quatrième enjeu : Capitaliser sur les liens humains et religieux. La profonde affinité culturelle et la gestion commune de l’héritage religieux (soufisme, échanges entre Oulémas) constituent un capital de confiance unique. Ce « soft power » partagé doit servir de socle à des initiatives économiques conjointes dans les industries culturelles, le tourisme religieux et l’éducation. 
  1. Rééquilibrer la balance commerciale : Un impératif pour un partenariat durable
Le déficit commercial du Sénégal avec le Maroc, évalué à environ 104 milliards de FCFA en 2024, est la face visible des déséquilibres à corriger. Ce gap s’explique par des importations sénégalaises diversifiées (produits pétroliers raffinés, engrais, produits manufacturés, matériaux de construction) face à des exportations encore trop limitées et concentrées (principalement l’acide phosphorique, quelques produits agricoles et le zircon).Pour inverser cette tendance, une action concertée est nécessaire :
  • Diversification et valorisation des exportations sénégalaises : Il s’agit d’aller au-delà des matières premières brutes. Le Sénégal doit promouvoir activement auprès du marché marocain ses produits à plus forte valeur ajoutée : produits agroalimentaires transformés (fruits, légumes, huîtres), produits de l’aquaculture, cosmétiques à base de produits locaux, et services numériques. La création de corridors logistiques dédiés et l’harmonisation des normes sanitaires et phytosanitaires sont cruciales.
  • Encourager la co-localisation industrielle : Les entreprises marocaines implantées au Sénégal doivent être incitées, via des partenariats public-privé et des cadres réglementaires incitatifs, à s’approvisionner davantage localement et à intégrer des sous-traitants sénégalais dans leurs chaînes de valeur. Cela réduirait les importations et dynamiserait le tissu productif local.
  • Lever les obstacles non-tarifaires : La Commission Mixte doit être l’occasion d’identifier et de supprimer les barrières administratives, douanières et réglementaires qui freinent encore les exportations sénégalaises vers le Maroc.
  • Promouvoir les investissements sénégalais au Maroc : L’équilibre passe aussi par une dynamique d’investissement bilatérale. Les entreprises sénégalaises performantes dans le secteur des services, des BTP ou de l’agroalimentaire pourraient être accompagnées pour conquérir le marché marocain, bénéficiant en retour de l’expertise des institutions financières marocaines présentes sur place.
 
  1. Le poids des entreprises marocaines au Sénégal : Un acteur économique majeur
L’implantation des entreprises marocaines au Sénégal est profonde et stratégique. Elles ne sont pas de simples opérateurs économiques, mais des partenaires structurants de l’économie sénégalaise.
  • Agroalimentaire & Distribution : Le groupe ONA (devenu Al Mada) via ses filiales, et COSUMAR, sont des acteurs clés. Ils participent à la sécurité alimentaire, à la transformation locale et ont développé des réseaux de distribution modernes.
  • Banque & Finance : C’est le secteur le plus visible et peut-être le plus impactant. Attijariwafa bank (ex-SGBS) et Banque Centrale Populaire (BCP) dominent une part significative du marché bancaire sénégalais. Leur présence a modernisé le secteur, élargi l’accès au crédit pour les entreprises et les particuliers, et joué un rôle de financeur de nombreux projets d’infrastructures. Leur connaissance du terrain africain en fait des interlocuteurs privilégiés pour les investisseurs internationaux.
  • Assurance : Wafa Assurance (groupe Attijariwafa bank) et Sanad (groupe Caisse de Dépôt et de Gestion marocaine) sont des leaders du marché.
  • BTP & Infrastructures : Le géant Addoha (cimenterie, immobilier) a fortement contribué au boom du BTP au Sénégal. D’autres groupes sont actifs dans les travaux publics et les infrastructures.
  • Télécoms & Services : Maroc Telecom (IAM), actionnaire majoritaire de Moov Africa (ex-Tigo), est un acteur historique des télécommunications.
  • Énergie : Des entreprises marocaines sont de plus en plus présentes dans les projets d’énergies renouvelables (solaire, éolien).
Poids global : Ces entreprises représentent des milliers d’emplois directs et indirects, forment la main-d’œuvre locale, paient des impôts et participent au développement des compétences. Elles sont devenues incontournables dans le paysage économique sénégalais. Leur ancrage local, via l’embauche et le management sénégalais, est un facteur d’intégration et de stabilité. 
  1. Bilan des accords et perspectives : Vers une coopération rééquilibrée et tournée vers l’avenir
Le bilan de la coopération est globalement positif mais en demi-teinte, marqué par une asymétrie qui appelle à un rééquilibrage.Points positifs : La relation est institutionnalisée (Accord de partenariat privilégié de 2006, multiples accords sectoriels). Elle a permis des investissements massifs, un transfert partiel de savoir-faire, et une intégration financière réussie. La facilitation des visas pour les hommes d’affaires est un acquis précieux.Limites identifiées : Le déficit commercial persistant et la concentration des investissements marocains dans des secteurs captifs (finance, télécoms, ciment) plutôt que dans l’industrialisation lourde ou la R&D partagée sont les principaux points de friction.Perspectives de rééquilibrage :
  1. Négocier des « Accords Gagnant-Gagnant » sectoriels : Par exemple, un partenariat dans la pharmacie pour créer une unité de production de médicaments essentiels au Sénégal, utilisant des principes actifs marocains. Dans l’agriculture, des joint-ventures pour créer des pôles de transformation de fruits tropicaux destinés à l’exportation vers le Maroc et au-delà.
  2. Créer un Fonds d’Investissement Commun : Alimenté par les deux parties, ce fonds pourrait co-financer des projets prioritaires pour le Sénégal (industrie légère, logistique, numérique) tout en offrant des rendements sécurisés aux investisseurs marocains.
  3. Renforcer la coopération triangulaire : Associer l’expertise marocaine et les ressources/filiales sénégalaises pour conquérir ensemble des marchés tiers en Afrique de l’Ouest, dans une logique purement sud-sud.
  4. Institutionnaliser un dialogue permanent sur les déséquilibres : La Commission Mixte ne doit pas être un événement ponctuel, mais s’appuyer sur un comité de suivi économique permanent chargé de monitorer les déséquilibres et de proposer des correctifs en temps réel.
 ConclusionLa 15ème Commission Mixte Sénégal-Maroc est bien plus qu’une routine diplomatique. Elle est le banc d’essai de la capacité des deux nations à transformer une relation historique et affective en un partenariat économique innovant, équilibré et tourné vers l’avenir. En capitalisant sur leurs avantages comparatifs complémentaires, en faisant des institutions financières marocaines un levier de financement de projets communs, et en s’appuyant sur les liens socioreligieux séculaires, le Sénégal et le Maroc peuvent écrire un nouveau chapitre de la coopération Sud-Sud. Un chapitre où le développement économique mutuel et la souveraineté partagée deviendraient la norme, pour le bénéfice de leurs peuples et en tant que modèle inspirant pour tout le continent africain.Dr. Seydina Oumar Seye

[INTERCONFESSION] Plaidoyer pour une équité de traitement entre Daaras et Séminaires (Par Ephrem MANGA)

Tract – C’est avec une joie véritable et un soulagement que je vois l’État s’investir pour organiser et financer les daaras dans notre cher pays.

 La tournée du Ministre de l’Éducation dans les cités religieuses, en prélude aux assises nationales des daaras, ainsi que les financements accordés, témoignent d’une volonté forte relevant d’un souhait national, qui permettra une meilleure organisation de ces centres au Sénégal, une réduction du nombre de talibés dans les rues et un apprentissage religieux de qualité, doublé d’une formation professionnelle.Par ailleurs, le financement dont l’Institut Franco-Arabe « Nouroul Islam » vient de bénéficier contribuera davantage, j’en suis certain, à l’objectif visant à atteindre l’autosuffisance alimentaire dans notre chère nation. Toutefois chères autorités, c’est le lieu de vous informer de la situation des séminaires catholiques dans notre pays laïque, en vue de l’équité prônée par vous-mêmes.Les séminaires et juvénats catholiques vivent en effet des défis colossaux relativement à leur fonctionnement et à la réhabilitation de leurs infrastructures.Pour rappel, un séminaire, tout comme un daara, a pour vocation de former les futurs religieux de la religion catholique (prêtres et frères). Le Sénégal compte trois (3) grands séminaires ainsi que plusieurs juvénats dédiés à la formation des sœurs religieuses qui ne jouissent d’aucun financement étranger.Un récent communiqué des évêques du Sénégal appelle d’ailleurs à la quête annuelle dans les paroisses et à une initiative de solidarité individuelle, en vue de financer des projets dans ces trois grands séminaires, visant à les rendre plus autonomes. Les années précédentes, les collectes n’ont pu contribuer qu’au fonctionnement stricto sensu de ces établissements. Il est important de préciser que ces maisons de formation religieuse catholique du Sénégal sont quasi exclusivement prises en charge par les paroisses, les laïcs et des personnes de bonne volonté.C’est pourquoi Monsieur le Président de la République et chères autorités, j’appelle votre attention sur ces faits majeurs pour la religion catholique, afin qu’au nom de l’équité et de la laïcité dans notre République, l’État réagisse de manière inclusive pour soutenir toutes les structures religieuses à caractère éducationnel des différentes sensibilités religieuses, ayant pour vocation d’assurer la continuité de la formation des ministres de leur foi. Tout soutien national devrait donc profiter et bénéficier à tous.Ephrem MANGA, Membre de Présence Chrétienne et membre de la Société Civile

[Aux Affaires étrangères] Le grand écart du ministre Cheikh Niang entre ‘rupture souverainiste sénégalaise’ et ‘multilatéralisme à assumer’

0

Tract hebdo – C’est le grand écartèlement de la Place de l’Indépendance, au ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur. Depuis sa nomination en septembre 2024, Cheikh Niang, diplomate de carrière au flegme olympien et au CV plus long qu’une file d’attente devant le consulat de France à France dans les années 90 et une cohue tout aussi longue devant VSF Global chargé des visas Schengen en ces années vingt vingt ; Cheikh Niang donc, s’est vu confier une mission de haute voltige : incarner la « rupture souverainiste » tout en restant le chouchou du multilatéralisme. Un peu comme si l’on demandait à un chef étoilé de préparer un « soupoukandia » 100% local, mais avec des épices importées par avion spécial.

 

Le ministre Cheikh Niang se retrouve donc écartelé. D’un côté, il y a la doctrine du « Jub, Jubal, Jubanti », qui exige de regarder les anciennes puissances dans les yeux sans ciller. De l’autre, il y a la réalité des instances internationales où, si l’on tape trop fort sur la table, on finit par renverser son propre verre de champagne…ou de gingembre (on ne veut offenser personne, hein).

La méthode Niang : le souverainisme de velours

Là où sa prédécesseure Yassine Gros Calibre FAll a pu être tentée par la gesticulation activiste, Cheikh Niang a choisi la « diplomatie du murmure souverain ». Il affirme la souveraineté du Sénégal avec une telle courtoisie que même ses interlocuteurs occidentaux se surprennent à acquiescer avant de réaliser qu’ils viennent de se faire gentiment éconduire.

C’est le paradoxe de sa fonction : devoir expliquer à New York que le Sénégal n’appartient à personne, tout en s’assurant que le Sénégal siège partout.

Un numéro d’équilibriste où le ministre semble dire :

« Nous sommes totalement indépendants, mais ne partez pas trop loin, on a encore besoin de réformer votre Conseil de sécurité ! »

Les premiers pas de Cheikh Niang (septembre 2024 – janvier 2026)

Malgré notre ton un tantinet satirique sur lui, le parcours de Cheikh Niang depuis sa prise de fonction montre une activité dense visant à stabiliser l’image du Sénégal après une période de transition politique intense. En terme de rééquilibrage stratégique au Maroc (janvier 2026), il vient de coprésider la 15e Grande Commission Mixte Maroc-Sénégal à Rabat avec Nasser Bourita. C’est l’occasion de signer de nombreux accords (jeunesse, transports, culture), prouvant que la « souveraineté » passe d’abord par le renforcement des alliances sud-sud historiques.

Pour ce qui est du  discours du « réalisme souverainiste », dès ses premières sorties fin 2024, il a théorisé une diplomatie fondée sur la coresponsabilité. Pour lui, le multilatéralisme ne doit plus être une « passivité », mais un espace où le Sénégal impose ses intérêts vitaux.

A propos de l’ancrage dans la CEDEAO, malgré les tensions régionales, il a maintenu une présence active lors des sommets d’Abuja (décembre 2025), tentant de réconcilier l’idéal de l’intégration africaine avec les velléités de départ de certains voisins. Toutefois, le ministre Cheikh Niang, on ne s’est souvenu de son existence et de son appartenance au gouvernement Sonko 2 que lors du putsch contre le Président Embalo à Bissau. Son Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur, le sieur Amdou Chérif Dioouf, membre de Pastef dont il est secrétaire national en cherge des Finances, est plus connu que lui : c’est tout dire…

Enfin, dans la gestion de la diaspora : il murmure avoir placé les « Sénégalais de l’Extérieur » au cœur de sa feuille de route, les traitant non plus comme de simples envoyeurs de fonds, mais comme des acteurs de la diplomatie économique. Wait and see ?

Au total et au final ?  Cheikh Niang n’est pas un révolutionnaire de la table rase, mais un réformateur de la table dressée. Son défi reste de convaincre la base souverainiste que le respect des protocoles internationaux n’est pas une soumission, mais le déguisement nécessaire d’une nation qui reprend ses droits.

Néné Sow

Tract Hebdo

www.tract.sn

[Tract] Diomaye déjà candidat et Sonko en embuscade : 2029, l’année où le Sénégal aura deux Présidents (ou aucun)

0

Tract Hebdo – Alors que certains n’ont pas encore fini de digérer leur thieb de la victoire à la CAN Maroc 2025, d’autres ont déjà sorti les cauris, les calculettes, les banderoles et les boubous de combat. Bienvenue dans la cour de récréation préférée des adultes : la politique sénégalaise.

Opération « Diomaye 2029 » : parce que 5 ans, c’est trop court pour un « Projet »

Un nouveau mouvement vient de naître, plus rapide qu’une connexion 5G à Diamniadio : « Diomaye 2029 ». Les initiateurs, sans doute frappés par une nostalgie précoce, estiment que notre cher Bassirou Diomaye Diomaye Diakhar Faye est comme un bon vin de palme de soum-soum : il faut le laisser vieillir au Palais.

Pour eux, 2029 n’est pas une échéance, c’est une destination touristique. « Pourquoi changer une équipe qui gagne (ou qui essaie de comprendre comment on gère un pays) ? », s’interroge un militant, un badge « Diomaye pour l’éternité » épinglé sur son cœur.

Sonko 2029 : « le Premier qui dit Premier est le Premier ! »

Mais attention ! Dans le rétroviseur, il y a une silhouette bien connue. Ousmane Sonko, notre Premier Ministre qui ne fait jamais les choses à moitié et souvent confond vitesse et précipitation depuis 10 ans qu’il est entré en politique comme un météore en gardant ses réflexes d’ancien premier syndicaliste des impôts, a aussi les yeux rivés sur le fauteuil de l’Avenue Léopold Sédar Senghor. Pour lui, 2029, c’est l’heure de la « Téra-Récupération Totale », la TRT, après la TNT, le BRT, le TER et le Téra-Meeting de « plus rien ne sera plus comme avant ».

On assiste à un spectacle inédit : un tandem au pouvoir où l’un pédale pour 2029 et l’autre passe les vitesses pour la même année. C’est la première fois dans l’histoire qu’une coalition se prépare à s’affronter tout en partageant le même Conseil des ministres. On espère juste que les dossiers de la République ne resteront pas coincés entre les deux ambitions.

Les marraines de la discorde sur le ring : Mimi contre Aïda

Et comme dans toute bonne tragédie grecque (ou sénégalaise), il faut des gardiennes du temple. Aminata « Mimi » Touré, la dame de fer qui a vu passer plus de régimes que de saisons des pluies, a choisi son camp : elle est derrière Diomaye. Pour elle, la stabilité, c’est le Président BDF. Ou peut-être est-ce une vieille rancune de Premier Ministre qui refait surface ? Face à elle, la « Lionne du Baol », Aïda Mbodj. Elle, elle ne jure que par Sonko. « C’est le génie du projet », crie-t-elle, prête à sortir son foulard de guerre pour défendre la candidature du Premier Ministre.

Prévoyez le popcorn (pour les toubabs bu niul) et le guerté thiaaf

Résumons : nous sommes en janvier 2026, il reste trois ans avant l’élection, et la coalition présidentielle ressemble déjà à un ring de boxe. Entre le mouvement « Diomaye 2029 » qui veut prolonger le bail et « Sonko 2029 » qui veut récupérer les clés, le peuple sénégalais regarde le match avec un mélange d’admiration et de fatigue.

Le vrai luxe au Sénégal en 2026 ? C’est de trouver un politicien (surtout de ceux au pouvoir) qui parle de 2026 et non de 2029. Mais bon, comme on dit chez nous : « Incha’Allah, ça ira bien, di naa baakh ». D’ici là, attachez vos ceintures, les secousses politiques ne font que commencer !

Dibor Faye

Tract Hebdo

www.tract.sn

[KRONIK] Ousmane Sonko à Rabat : l’art délicat du ‘c’est passé, on oublie ?’ (Par Damel Gueye, Tract Hebdo)

Tract Hebdo – Pendant que les claviers sénégalais et marocains fument encore sur les réseaux sociaux, menaçant de provoquer une surchauffe généralisée des serveurs de la Silicon Valley, le Premier ministre Ousmane Sonko a posé le pied sur le tarmac de Rabat ce lundi 26 janvier au matin. Officiellement, il vient pour la 15ème Grande Commission mixte Sénégal-Maroc. Officieusement, il vient surtout vérifier que l’amitié entre les deux peuples est plus solide qu’une défense centrale marocaine à la 90ème minute.

Entre phosphate et fair-play

Sur le papier, l’agenda est d’une austérité à faire dormir un comptable de la Banque Mondiale : économie numérique, souveraineté alimentaire, et surtout, le précieux phosphate. Le Sénégal veut des engrais pour ses champs de mil, et le Maroc en a à revendre. Mais dans les couloirs du Palais des Hôtes, l’ambiance est aussi tendue qu’une séance de tirs au but. Le protocole marocain a dû recevoir des consignes strictes : « Interdiction formelle de prononcer les mots ‘penalty’, ‘arbitre’ ou ‘VAR’ en présence de la délégation dakaroise ».

Un conseiller sénégalais, aperçu en train de dissimuler maladroitement un maillot des Lions sous son costume de chez l’artisan tailleur, aurait glissé à son homologue chérifien : « Écoute, mon frère, on est venus pour le phosphate, pas pour la VAR. Gardez vos ralentis, on garde la Coupe, et tout le monde est content, non ? »

La diplomatie du couscous contre le celle du thieb

Le véritable défi de cette visite ne réside pas dans les accords commerciaux de plusieurs milliards, mais dans la gestion des ego sportifs. Imaginez la scène lors du dîner officiel : entre le thé à la menthe et un tajine aux pruneaux, le silence devient pesant. On n’ose pas demander « Comment s’est passé votre voyage ? », de peur que la réponse ne soit : « Plus fluide que votre défense sur l’aile droite ».

La diplomatie, c’est cet art sublime de serrer la main de celui à qui on a « emprunté » le trophée continental une semaine plus tôt, tout en discutant avec un sérieux olympien de la coopération décentralisée. Sonko le prophète en son pays, en maître des jeux politiciens contorsionnistes mais fermes, sait qu’une tonne d’engrais vaut bien quelques sifflets dans les stades, mais l’histoire ne dit pas s’il a réussi à ne pas sourire en passant devant la vitrine (vide) du musée de la Fédération Royale Marocaine de Football.

Le spectre de la 90ème minute

Alors que les ministres signent des mémorandums d’entente à tour de bras sur le transport et l’énergie, les experts en géopolitique se demandent si le Sénégal ne devrait pas inclure une clause « clémence arbitrale » dans ses futurs traités internationaux. « Si vous nous donnez des tarifs préférentiels sur les engrais au phosphate, on vous promet de ne pas célébrer trop fort la prochaine fois », aurait pu être la proposition la plus honnête de la semaine.

En attendant, Ousmane Sonko joue la carte de la « souveraineté partagée ». Comprenez : le Maroc garde le leadership sur le phosphate, et le Sénégal garde le leadership sur le ballon rond. Un échange de bons procédés qui prouve que dans le « Sénégal nouveau de rupture systémique », on sait quand même  faire la part des choses entre le développement agricole et la passion du cuir. Mais attention, au retour à Dakar, il faudra expliquer aux supporters que le phosphate marocain ne servira pas à fertiliser les pelouses pour que les Lions courent encore plus vite… Quoi que ?

Damel Gueye

Tract Hebdo

www.tract.sn

[Tract] Les méga-téra-embouteillages de Dakar : klaxons en tam-tams et nerfs en fils de fer !

Tract Hebdo – Ah, Dakar ! Ndakarou et ses Nitt Ndiaye, Ndakarou et ses Doff Diop ! Ses plages ensoleillées, sa téranga légendaire, ses odeurs de thiéboudienne, de mafé et de soupoukandia… et ses embouteillages, un spectacle si grandiose qu’il mériterait sa propre catégorie aux Oscars ! Avec son gaz carbonique, ses fumées noires et ses odeurs de gazole. Chaque début de semaine qu’Allah fait, et jusqu’au samedi (les dimanches, c’est répit : tout le monde récupère de ses efforts…), notre capitale crée en 1857 prouve qu’elle est la championne incontestée du « stop-and-go » à l’échelle planétaire. On suppute même que les embouteillages dakarois sont si épiques qu’ils servent de banc d’essai pour les systèmes de freinage des plus grands constructeurs automobiles mondiaux. « Si ça tient à Dakar, ça tiendra partout ! » C’est leur nouveau slogan, paraît-il.

Imaginez la scène : lundi matin, 8h. Le soleil darde ses rayons sur une ville qui s’éveille… enfin, qui essaie. Car entre le point A et le point B,le Point E et Pikine, il y a un océan de tôle, de sueur et de patience égarée. Les automobilistes, véritables stoïciens des temps modernes, transforment leurs habitacles en temples de méditation forcée. Certains ont même développé des techniques de respiration yogique pour éviter l’implosion veineuse. On a aperçu un chauffeur de taxi (un Yango ou un Yassir ?) réciter des poèmes de Léopold Sédar Senghor pour se calmer (‘Ô femme nue, femme noire, vêtue de ta couleur qui est beauté »…mais on s’égare!), tandis qu’un autre tentait d’apprendre le tachahoud avec une applic’tion mobile, faute de mieux.

Les embouteillages à Dakar, ce n’est pas seulement un problème de circulation, c’est une expérience sociologique unique. C’est là que l’on observe la véritable nature humaine, entre l’ingéniosité du vendeur ambulant qui propose des chargeurs solaires et des cacahuètes grillées, et la fureur du cadre supérieur dont la chemise est déjà froissée avant même d’arriver au bureau. C’est aussi l’occasion de tester la solidité des amitiés, car partager une heure et demie de klaxons et de pots d’échappement, ça soude ou ça brise à jamais.

Les autorités, elles, semblent jouer à un jeu de cache-cache avec le problème. Chaque nouvelle route, chaque autopont, chaque giratoire est annoncé comme la solution miracle, le messie du fluide routier. Mais invariablement, le serpent de métal se reforme, plus long et plus patient que jamais. On se demande parfois si les ingénieurs ne cachent pas un générateur d’embouteillages pour maintenir une certaine « ambiance » locale. Après tout, sans embouteillages, Dakar ne serait plus tout à fait Dakar, n’est-ce pas ? Il manquerait ce petit quelque chose, cette saveur particulière qui fait qu’on aime la détester… et qu’on ne peut s’empêcher de revenir. C’est comme ce pont à l’entrée de Keur Massar fait dans le mauvais sens, pour desservir Malika et Mbeubeuss sans trafic, au lieu d’aller vers les tréfonds de Keur MAssar noirs de monde, d’habitations et de nouvelles cités…

Alors, la prochaine fois que vous serez coincé dans l’interminable file d’attente, ne râlez pas. Profitez-en ! Écoutez ce podcast que vous n’avez jamais le temps d’écouter, appelez votre grand-mère en banlieu profonde qui a tout son temps vu qu’elle vend des arachides devant sa maison, ou méditez sur le sens de la vie. Car à Dakar, l’embouteillage n’est pas un obstacle, c’est une destination en soi. Et pour certains, c’est même le seul moment de la journée où ils sont obligés de ralentir. Peut-être est-ce cela, au fond, le vrai luxe ? Dalal ak jamm ci Daar, ô visiteur temporaire. Pour les résidents ? : « Kou mougne, mouuugne »!

Damel Gueye

Tract Hebdo

www.tract.sn

Le PR Diomaye candidat à l’élection présidentielle de 2029

Tract Hebdo – Le quotidien Les Échos informe dans son édition de ce lundi 26 janvier que «des politiciens ont porté sur les fonts baptismaux un mouvement dénommé ‘Diomaye 2029’». Objectif : «porter la candidature du chef de l’État à la prochaine présidentielle», relate le journal. La publication souligne que le coordonnateur de l’entité, Moïse Kama, en conférence de presse, n’a pas pris des gants pour clamer haut et fort que lui et ses compagnons veulent faire réélire Diomaye Faye en 2029.La Rédactionwww.tract.sn