La Mauritanie s’invite à Dakar : Couscous ou Gaz, il faut choisir !

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Tract Hebdo – Le Premier ministre mauritanien Mokhtar Ould Diay a débarqué à Dakar ce jeudi 8 janvier 2026, accueilli par un Ousmane Sonko arborant son plus beau sourire de « bon voisinage ». Officiellement, on nous chante la sérénade de la « consolidation des liens historiques » et du « partenariat stratégique ». Mais entre nous, on sait bien que quand deux voisins se retrouvent au milieu de l’océan avec un tuyau de gaz de 120 kilomètres entre les mains, ils ne sont pas là pour échanger des recettes de thieboudienne ou de couscous mauritanien.

Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), ce géant des profondeurs, est enfin entré dans sa phase de croisière. Après des années de retard qui nous ont fait plus transpirer qu’une panne de climatiseur en plein mois d’août à Kayes, le gaz coule enfin. Mais la question qui brûle les lèvres (sans mauvais jeu de mots) reste la même : qui va garder les clés du robinet ? À gauche, on exige que ce gaz serve d’abord à éclairer les cases de Podor avant de réchauffer les salons parisiens ; avec notre droite, on surveille que le partage du gâteau (ou du gisement) ne se transforme pas en une partie de « tire-la-corde » diplomatique.

Le Premier ministre mauritanien n’est pas venu seul. Il traîne avec lui une délégation d’experts qui connaissent le prix du mètre cube sur le bout des doigts. On espère qu’entre deux accolades fraternelles, nos plénipotentiaires n’ont pas oublié de mentionner le sort de nos pêcheurs. Parce que la coopération, c’est bien gentil, mais si nos pirogues doivent slalomer entre les plateformes offshore pour finir dans les filets des garde-côtes de Nouakchott, le deal risque d’avoir un goût de sel un peu trop prononcé.

D’ailleurs, parlons-en de ce gaz. On nous promet des milliards de recettes pour 2026. C’est l’année de l’abondance, paraît-il. Mais au Sénégal, l’abondance, c’est comme le mirage dans le désert : plus on s’en approche, plus elle semble reculer vers 2029. On attend de voir si ce gaz va faire baisser la facture d’électricité de la maman qui vend de l’eau fraîche au marché Tilène, ou s’il va simplement servir à financer des colloques internationaux sur la « transition énergétique inclusive ».

Ousmane Sonko, en hôte attentif, a sûrement sorti le grand jeu. On imagine la scène : « Cher Mokhtar, mon frère, mon ami, prenons ce gaz, divisons-le par deux, et multiplions notre amitié par mille. » C’est beau comme un discours de l’Union Africaine. Mais dans la réalité sonnante et trébuchante, on sait que chaque dollar généré par le champ GTA fera l’objet d’un calcul plus complexe qu’une équation de mécanique quantique. Les Mauritaniens sont des commerçants de génie, et nous, on a tendance à célébrer la fête avant d’avoir acheté le mouton.

La visite se poursuit jusqu’à vendredi. On nous annonce déjà des communiqués finaux remplis de « satisfaction mutuelle » et de « convergence de vues ». On aimerait surtout une convergence sur le prix du gaz domestique. Parce que si pour avoir du gaz moins cher, il faut attendre que les poissons apprennent à chanter l’hymne national, on n’est pas sorti de l’auberge (ou du campement).

En résumé, ce ballet diplomatique est une jolie pièce de théâtre. Le rideau se lève sur une ère de prospérité gazière, mais le public sénégalais, assis au poulailler, attend toujours de voir si les acteurs vont enfin distribuer les bénéfices ou s’ils vont garder toutes les lueurs pour la loge présidentielle. Mokhtar repartira avec des souvenirs, nous, on espère repartir avec un peu plus que des promesses qui s’évaporent au premier coup de vent de sable.

Damel Gueye

Tract Hebdo (www.tract.sn)

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