Tract Hebdo – Ces derniers mois, le Sénégal aurait enregistré de belles performances sur le plan commercial, avec une augmentation significative des exportations. Pour le mois de décembre, elles ont évolué de 155% par rapport à l’année précédente. Certains crient donc au miracle économique, à la nouvelle terre promise de la croissance ! Mais le citoyen lambda se demande encore si ces 155% finissent dans son portefeuille fané à billets de banque froissés .
Les chiffres sont là, éclatants, dignes des meilleurs bulletins de notes. On nous dit que le Sénégal est sur la bonne voie, celle de la prospérité partagée souveraine. Les économistes s’extasient, les politiques se félicitent, et le peuple Pastef applaudit un peu…car avec un œil sur son porte-monnaie qui, lui, ne semble pas avoir lu les statistiques.
On exporte, on exporte ! C’est formidable. Mais qu’exporte-t-on ? Des cacahuètes ? Du phosphate ? Des politiciens en mal de mandat ? Et surtout, ces exportations se traduisent-elles par une baisse des prix au marché, une augmentation des salaires, ou juste par de beaux graphiques dans les journaux officiels ?
Seydou Sow, l’économiste de service, nous assure qu’un « changement d’échelle s’est produit avec l’or et le pétrole ». Ah, l’or et le pétrole ! Les nouvelles mamelles de la croissance sénégalaise, celles qui, on l’espère, ne s’assécheront pas avant que tout le monde n’ait eu sa part. On se croirait dans un conte des Mille et Une Nuits, avec des gisements qui jaillissent et des richesses qui débordent.
Mais l’histoire nous a appris que l’or et le pétrole peuvent être une bénédiction… ou une malédiction. Une source de développement, ou un terreau fertile pour la corruption et les inégalités. Le Sénégal saura-t-il gérer ces richesses avec la sagesse qu’il se doit ?
Pour l’instant, les chiffres sont beaux, les perspectives prometteuses. On attend juste que cette dynamique de performances se traduise par une dynamique de pouvoir d’achat pour le commun des mortels. Parce que, si l’économie est un marathon, le citoyen, lui, ne veut pas finir la course en ayant faim.
Alors, on garde un œil sur les graphiques, et l’autre sur les prix du marché. Et on continue de se demander : est-ce le grand saut vers l’abondance, ou est-ce que la piscine est encore vide ? Oui, on est là pour poser les questions qui fâchent, même quand les chiffres sont beaux
Ousseynou Nar Gueye, Fondateur de Tract Hebdo
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